We need le Ça-Qui-Pousse
Le Ça-Qui-Pousse a disparu.
- Mais où est-il ? demande La Taulière.
- Il n'est pas en fuite dit Dolstein, il a simplement échappé à notre attention.
- Mais où ? Comment ?
- Dans le déménagement il a pu s'affoler dit Dracula, tout en s'aiguisant les canines en prévision du printemps qui s'annonce.
- Oh ! dit La Taulière un tantinet dramatique (moi je trouve qu'elle en fait juste presque trop, mais enfin, moi, je ne suis que N. le Narrateur anonyme). Oh ! donc dit-elle, pas lui !
L'affaire est d'importance, le Ça-Qui-Pousse n'est pas une chignole, le Ça-Qui-Pousse n'est pas un vilebrequin ni un Ça-Qui-Pousse: le Ça-Qui-Pousse est Le Ça-Qui-Pousse, Le Grand Ça-Qui-Pousse, le Seul Ça-Qui-Pousse.
- Sans lui, pense La Taulière, sans lui, je ne saurais poursuivre.
- We don't need a hero, hurlechante Tina Turner, we don't need a hero, we need le Ça-Qui-Pousse.
- Poursuivre quoi disent en choeur Les Gens de l'Appartement, poursuivre quoi ?
Et c'est le silence qui répond.
Mais quand même enfin quoi et alors enfin ? Poursuivre quoi, c'est vrai quoi, mince, poursuivre quoi ?
Un, deux...treize, cinquante-trois, quatre-vingt-dix--sept...
- Kévin Hyckse.
- Hein ?
- Je suis Le Recenseur.
- Ah oui, je lui tends la feuille couverte de signes. C'était un peu juste je lui dis, parce qu'il y a du monde ici.
- Fallait me dire, j'ai des fiches annexes.
- Oh alors, il faut peut-être recommencer.
- Oui, qu'il dit, faut tout refaire au propre, je ne peux pas rendre ça.
La feuille est illisible, on dirait une écorce desséchée, mais j'avais mis tout le monde il me semble.
- Ah oui, dit une voix inconnue, et moi, hein, j'y suis ?
- Ça dépend, je réponds, vous êtes qui ?
- Oh mère ingrate, oh la vache, renier sa créature à la première rencontre, putain, merde, c'est pas bien.
- Troudup a un fils ?
- Hein ? Quoi ? J'ai rien fait dit Troudup, il parle en dormant.
- Je suis Mandrake, dit l'inconnu.
- Ah oui, Mandrake. Vous êtes gonflé ! Je ne vous ai même pas encore écrit, faut pas exagérer, attendez d'exister avant de vous plaindre.
Il se trouve que Mandrake est prévu dans Bourg-Les-Nains, un manuscrit presque bientôt terminé, mais enfin, pas encore.
- Ben c'est qui alors, s'il n'existe pas, demande Kévin Le Recenseur, c'est qui le type-là que vous dites qu'il est pas encore là ? J'y comprends rien moi.
- Et moi alors, dit un drôle de corps à l'accent slave.
Il parle mal mais il a du mérite, étant donné qu'il n'a pas de tête, à faire valoir son existence.
Il lui manque aussi un bras ou deux mais ce n'est pas ce qui gêne le plus pour parler. Lui aussi il arrive de Bourg-Les-Nains.
Je crois qu'il est temps de finir leur histoire, ça déborde.
Coco beach
- Tout est déjà vécu, tout a été fait déjà, on n'a pas à s'inquiéter, tout s'est déjà passé.
- Ben oui répond Troudup au hasard, il finit le whisky, et je m'en fiche, parce que l'Appartement déménage bientôt et que je vais pouvoir jeter la bouteille. Et puis, Troudup n'est pas vraiment cet homme qui boit devant moi, il est ailleurs, lui aussi, déjà parti.
- Alors, continue la voix, on est sans doute tous déjà morts, ou pas. C'est pareil ?
- Oui, dit la voix d'outre-tombe, tiens ça y est je l'ai reconnu c'est Dracula, mort, vivant, c'est pareil.
Qu'est-ce qui se passe ? Il ne fait pas nuit, ni jour, pas de brouillard mais rien de clair, quoi alors ?
Leurs voix sont des échos, elles se croisent sans se répondre, la réverbération des sons lance des ondes, j'ai mal aux oreilles, je me réveille.
J'éprouve une relative gêne, le coup du cauchemar pour sortir d'une situation inexplicable n'est pas très glorieux, mais c'est peut-être mieux que le pathos, la vie, la mort, tout ça, le choix entre Alzheimer ou le caveau.
"Ou", c'est optimiste parce que c'est les deux. Et Gerda est morte.
Je me rendors, je rêve de Coco Beach à Goa, la moiteur salée, le ciel vide, l'océan gris et poisseux, le crabe plein de chair que j'y ai mangé, cuit juste pêché pour moi.
Coco Beach, où le temps rejoint l'espace, où Auschwitz n'existe pas, l'invention de l'écriture, ces petits signes sur leurs bras.
- Alors quoi ? Serai-je arrivée aux rives où l'on dit je ?
- Non, dit Braise, tu as un coup de pompe, une nuit sans dormir, ça met du monde à l'envers, d'ailleurs profite de la seconde où tu peux te voir inversée, regarde-moi, toi c'est moi.
Déménager, nous allons changer d'airs.
Recense ment
- Hein ?
- Je suis le recenseur monsieur, c'est affiché à la mairie. Je dois compter les habitants.
- Eh ben compte-moi, mon gars, c'est pas dur je suis qu'un, Michel Troudy: Un.
- Vous habitez seul, monsieur?
- De quoi j'me mêle !
- Je dois compter tous les habitants monsieur, là où ils habitent. C'est national monsieur.
- T'es qui d'abord ? T'as une carte ? Et comment qu'tu t'appelles d'abord, hein ? C'est vrai quoi, hein !
- Je m'appelle monsieur Hyckse, je suis écrivain c'est pour ça...
- Pour ça quoi ?
- Que ça m'intéresse de compter les gens comme vous, j'ai du temps, j'écris la nuit.
- Putain un vampire !
Kevin Hyckse est perplexe. Il pensait que ça serait une super expérience pour lui qui rêve d'écrire, rencontrer des gens, entrer chez eux, leur poser des questions. Sa tournée de recensement commence tout juste, il se dit c'est pas gagné
Après la maison Troudy, il va passer au Petit Renard demander à louer une chambre, il sent qu'à Batbourg le temps ne va pas passer vite.
- Alors monsieur, combien de personnes vivent ici, s'il vous plaît ?
- Trois.
- Leurs noms sivouplaît ?
- Troudy Michel, c'est moi, et pis Suzanne et Léon.
- Votre fils monsieur ?
La question émeut Troudup, Léon, son fils ? Il n'y a jamais pensé et pourtant se dit-il, ça se pourrait presque.
- Ouah ! Ouah ! dit Léon qui fait le chien pour une fois.
- Léon, dit Troudup, c'est Léon.
- Ah, ça fait deux alors.
Oui, dit Troudup, et il ferme la porte en soupirant parce que la vie est injuste. Enfin, qu'i's'dit, c'est l'recensement qu'est injuste.
La Voie du cul de jatte manchot.
Paulette Dolstein prendrait bien La Taulière en photo, pour garder trace du 2 janvier 2012.
Fabienne Berman ne se pose pas de question, elle fait la photo, Robert Dieu est songeur, il a déjà vécu ça. Et d'ailleurs, pense-t-il, on n'en a pas tiré les bénéfices, il sort son bloc et fait des opérations.
Depuis son haut, La Taulière les trouve petits joueurs.
- L'évènement est minuscule, moi je vous le dis, il n'y a pas de quoi faire la Une des carnets de route des psy, sociologues et marketteurs de haut vol, un lumbago, ça arrive à tout le monde.
- Certes, dit Troudup.
Et alors là, oui, La Taulière voit le problème, faire dire certes à Troudup, se reproche-t-elle, c'est signe qu'elle a un intrus dans la cafetière, un ver luisant à courant alternatif, ou la coquette limace en Stiletto.
- T'inquiètes, dit Troudup, qui la tutoie, encore imbibé des réveillons successifs des quinze jours passés. T'inquiètes, ça va passer.
- Mais qu'est-ce qui va passer ? hurle l'écho du ver qui me tricote un cervelet fluo. Et avec quoi tricote-t-il ce cul de jatte de ver manchot?
- Avec des aiguilles, c'te blague, répond La Myrtille Souche.
- C'est vrai ça, dis-je, que se passe-t-il ? Qu'est-ce qui se passe ? Que pasa ?
- Rien de grave, finit par dire Dolstein, il semble que l'interne des urgences y soit allé trop fort sur la morphine.
- Mmh, que je dis, wourmmm, mmmh, que je refais, c'est donc ça ! La morphine rend myope, voilà pourquoi je ne décolle pas du plafond ! Je cherche depuis ce matin le passage pour l'étage au dessus. Respire encore, que je me redis, tu vas y arriver, car moi aussi je me tutoie. Respire et entre dans la Voie du Chemin, laisse l'Esprit du Suppositoire te Pénétrer et tu Trouveras le Tunnel qui Mène à la Lumière. En Vérité Je Vous Le Dis, 2012 sera l'Année des Majuscules Ou Ne Sera Pas.
- La Taulière ne bouge pas, dit Louka. Quoi qu'il arrive, on la trouve telle qu'en elle-même l'éternité ne la change pas.
Je suis vexée mais je ne réponds rien à Louka parce que je suis sur le point de traverser les murs.
A propos de passer à travers, Bonne Année 2012! Qu'elle soit belle et bonne, douce et piquante, sucrée salée, and so on.
Ça y est, je suis de l'autre côté du plafond, je vais tout savoir sur les voisins !
Dans la kvizinn
- La Patronne, dit Troudup, t'as vu, elle fait la cuisine ? J'en r'viens pas.
- Caisse-tu racontes, dit Suzy Troudy, quelle patronne? Quelle Cuisine ? Y a du nouveau au P'tit Renard ?
- Oh ben non, c'est toujours Nono qu'est l'patron, et pour la cuisine, j'en mange pas.
- Ça je l'sais, au P'tit Renard, tu bois, pis c'est tout.
- Mais la Patronne, enfin La Taulière, qu'est-ce qu'elle peut bien foutre dans une cuisine ?
- A c'qu'on dirait, dit la Myrtille Souche, si a s'rait en cuisine, c'est qu'ça s'rait un être humain.
- Pas comme nous alors, dit Léon, songeur.
- J'vois pas l'rapport, dit Troudup, dans la cuisine à Suzy, y a des robots qui triment, j'vois pas l'rapport.
- E'l'rapport, dit la Myrtille, c'est qu'al bouffe!
- Nan, c'est qu'al fait à bouffer.
- Et surtout, complète Paulette Dolstein, elle nourrirait d'autres que vous, est-ce possible ?
Ils sont troublés, dois-je les éclairer ?
Disons que je suis dans la kvizinne, l'arrière-boutique où je cultive et traite les pissenlits par la salade et par les racines. Car si la mémoire passe par les mots, qui seraient le propre de l'homme, la mémoire et les mots, moi je crois, car il s'agit de foi, que ça passe d'abord par les lèvres, la langue, les papilles, l'oesophage et l'estomac.
- Et tout ça finit dans les cabinets et la chasse d'eau, précise encore Paulette Dolstein.
- Les déchets, oui, dit Robert Dieu, les déchets finissent ainsi.
- Pas toujours, dit Paulette.
Mortivité
J'ai pensé fort: bon anniversaire mais je n'ai rien dit. Déjà bien beau qu'on soit encore là pour l'entendre, encore là pour le dire.
- Euh là ! Pardon ! Ce serait-y le blues de Noël ? C'est qui qui trinque à sec ? C'est qui qui pleure en douce ?
Je suis prise de court, j'ai d'abord cru que c'était Troudup, mais non. D'ailleurs Troudup réveillonne au Petit Renard tous les 24 et tous les 31.
- Décembre ?
- Non, tous les 24 et 31 du mois, sauf en février.
- Et les mois en 30.
- Oui, il y a les mois en 30 et les mois en r.
- On ne dit jamais les mois en 30.
Je ne sais toujours pas qui parle, quelqu'un de passage ?
- Eh non, répond-il, vous me connaissez, mince alors, je n'aurais pas dû laisser sortir ces mots-là de cette bouche-là.
- Ah! Lucien Übernix, ça alors ! D'où vient que je ne vous ai pas reconnu ?
- Pour une raison simple, très chère, dans votre presque fond du trou, vous êtes très plate. N'y ayant accès qu'à une seule dimension, votre intelligence naturelle est dramatiquement réduite et vous voilà transformée en perroquet à clichés, en stupide bonne femme.
- Quand même, cette façon de parler, ce vocabulaire ...
- So what ? Vous êtes encore hébétée par votre grand chagrin ? Pauvre petite solitaire à Noël, pas même une allumette à vendre ou à brûler ? Pauvre veuve de frère, comment nomme-t-on ça ? Flûte ! Aidez-moi!
- Je ne sais pas. On est orphelin de parents, on est veuf de conjoint, mais de ses enfants on est éternellement le père, la mère, et quoi qu'il arrive, on reste inexorablement le frère ou la soeur. Comment appelle-t-on le dernier à parler une langue ? Comment dire le survivant d'un monde ? Amputé ?
- Ah! Vous m'agacez ! Quittez vos préoccupations de comptable, cessez d'aligner les pertes, tirez un trait.
- C'est fait.
- Maintenant, écrivez le total sous le trait.
- Ça ne s'additionne pas.
- Quand même! Ça revient on dirait. Un peu de lumière, une étincelle de raison ? Ou un éclat de coeur ?
J'ai le sourire, Lucien Übernix s'évapore et se cristallise dans "Bienvenue à la Fabrique". Là, installé dans un labyrinthe construit par Alzheimer Aloys, il a pris le rôle du fils, mais il bat des ailes sans s'approcher du soleil de la vérité qu'ils cherchent tous.
Lucien a inventé une science où la mémoire fait défaut, où l'intelligence jaillit toute nue du puits de l'ignorance, depuis son vide il interpelle. Ses pourquoi sont plus fertiles que tous les parce que des recherches qu'il mène en parfaite liberté.
Crise de loose
- I beg your pardon, but i was before you.
- Oh, là, là, i beg too, euh, two ? Or to. Bref, j'm'en fous qu't'était là avant moi, de toute façon, on fait pas la queue.
- Coupez ! Coupez ! Putain Troudup, apprends ton texte !
- Mais c'est un texte de merde, caisse tu veux que j'y foutasse !
Atmosphère, atmosphère. L'Appartement tâte de la VO. L'idée est partie de je ne sais où, personne en s'en vante, de faire un clip pour l'étranger alors ils tentent l'anglais.
- Ce n'est pas tout à fait ça, rectifie Paulette Dolstein, la chose est fondée sur le projet de voyager à Noël.
- Comme tout le monde, dit Fabienne Berman.
- Nous, dit Alice, Albert et moi, nous ne voulons pas du tout voyager.
- Nous sommes très bien chez nous, dit Myrtille Souche.
- Absolument, dit Troudup.
Moi je suis très inquiète, voilà que Troudup et la Myrtille ne savent plus parler leur langue, la traduction les aseptise.
- Pas la traduction, dit Dolstein, c'est le traducteur qui fait défaut ici.
- Moi, dis-je, moi ? Je fais défaut ?
- Vous n'êtes pas maître de tout, répond Dolstein.
- Mais c'est moi qui traduis.
- Si c'est ce que vous croyez, dit Dracula, il ne fallait pas nous donner de libre arbitre.
- Ils sont possédés par l'Anglische, dit Braise, il faut les exorciser.
- L'Anglische ? L'Anglische ? entonne le choeur de tous les gens de l'Appartement, surpris par l'incursion d'un nouveau.
- Je le connais l'Anglische, dit Robert Dieu, c'est le fantôme rémanent de tous les cours de lycée, le reste ectoplasmique de la figure du Wall Street English. On ne torture pas impunément les mots, mêmes étrangers, ils se vengent, L'Anglische est leur Golem. Je ne crois pas à l'exorcisme, je préconise un repas à la française.
- Dinde aux marrons ? Foie gras ? Huitres, bûche ? propose Fabienne Berman.
- Je vous trouve bien prosaïque Fabienne, dit Bruno Ragazzi, ce n'est pas normal, vous n'êtes pas toujours originale, mais là... Ah oui ! C'est l'effet Anglische !
- Non, répond Robert Dieu, camembert barraqué, bourgogne ou bordeaux, de la gnôle de contrebande (la gnôle pascale), des noix, des pommes, des chataignes au feu de bois, du pain au levain, une omelette aux cèpes. Et du riz au lait.
Ça ne suffira pas, je médite une opération de sauvetage pour les gens de L'Appartement, un jeu de rôle pour les remettre dans leurs vies, et pour effacer la tentative de clip, un tournage à la française, avec Pierrot aux projecteurs, Michel aux dialogues, Carette et Carmet en parrain de Troudup, Arletty pour Louka, la mère Sardou pour Myrtille ...
- Et tout à lavement, dit Bérurier Alexandre venu en urgence depuis San Antonio.
Moi je dis merci à Frédéric Dard, dans ces circonstances, Bérurier est un allié de poids.
- Oh my God, dit l'ectoplasme, you are so desesperating, you are so horrible, bleah on you! You are so... so... so French !
- Ta gueule L'Anglische !
Ouf. Troudup est guéri.
Absconsités abstruses
- Ça j'peux pas l'endurer. Y en avait, c'est mort, y'en a plus.
- Ce sont des choses qui arrivent.
- Elles passent, je ne sais pas où elles vont.
- Il y en a qui n'arrivent jamais.
Je n'ai pas su qui parlait. D'où ça venait je le sais, ça vient toujours du même endroit, mais qui ?
Plusieurs voix, une était nouée, plutôt furieuse, on aurait pu dire Troudup, mais un Troudup avec de la fermeté. Son ombre peut-être.
Je me suis rendormie, ou je rêvais.
Je me suis endormie où je rêvais.
Des ménages
- 35 mètres cube, dit le type.
- Bon, répond-elle, j'attends le devis.
Il est parti, elle est restée.
Cette étape est habituellement ellipsée, que le type s'en aille on le sait, il est venu faire un devis, il va en faire un autre ailleurs. Que la cliente reste chez elle, on le sait aussi. Même quand on la retrouve quelques minutes plus tard dans la rue, on sait qu'elle est d'abord restée chez elle, elle a mis son manteau par exemple, elle a fermé la fenêtre de la chambre en pensant c'est assez aéré, elle est sortie, elle a descendu l'escalier et la voilà dans la rue.
Le type a descendu l'escalier, il a fumé une cigarette dehors et il est remonté dans son deux tonnes, c'est le nom de sa voiture, déformation professionnelle.
L'ellipse, c'est supposer sans dire, mais quand on déménage, on ne suppose rien, on compte et on porte.
- 43 mètres cube, dit un autre.
- Bon, que je réponds interloquée, j'attends le devis.
- 49 mètres cube.
- J'attends le devis.
Je suis rassurée, je ne sais pas qui qui dit n'importe quoi mais du coup ça devient léger. Jusqu'à ce que je me demande si l'un d'eux n'aurait pas vu traces des Gens de l'Appartement, pesé leurs âmes aux aguets, additionné les ombres tapies dans les coins, dans les creux, les lignes effacées de leurs mains sur les murs courbes et, sur les plafonds hauts les reflets de leurs cerveaux luisant à travers les scalps.
J'ai fait le tour et je n'ai rien vu que d'invisible pour les yeux. Ouf.
Je regarde mes meubles avec amitié, vous êtes gonflés les gars.
