Joseph

Joseph ne comprend pas Alice.
Est-ce qu'on est pas tous enfermés?
J'ai commencé dehors, on m'a trouvé dans la rue.
Plus tard, il a fallu trouver un rein? C'est ahurissant, trouver un rein? Et bien, je l'ai trouvé dans une rue, oui.

Le monde est étroit et mon domaine immense, entre les murs du jardin qui entoure la maison où je vis, entre des murs encore.
Je suis mené par mes forces, je cultive et j'entretiens ce que je peux tenir de mes mains, bien incapable d'embrasser la nature au delà du cercle de mes bras.

Mais Joseph, dit Alice. Comment faites-vous?
Je ne tiens rien, moi, je travaille à Paris, je suis dans la foule et je ne connais personne.
Les limites de mon existence sont tracées mon auteur, je n'ai pas le choix.


Pfff!  L'auteur de qui, de quoi? Et moi-même de qui suis-je le pantin?
J'écris Alice, Joseph, Troudup, Denise, Espérandieu, Marianne, Corinne, et les autres, et alors?!
C'est vous qui m'enfermez, vous qui occupez ma tête, vous qui encore aujourd'hui parlez avec mes voix.

Alice m'agace, elle est trop seule, c'est sa couleur, mais je ne suis pas responsable de tout, elle a un bon salaire, un métier où elle voit du monde, elle avait un chouette appartement, c'est elle qui a décidé de partir, je n'avais pas prévu ça.

- Vous auriez pu me donner un compagnon...

- Ah voilà, la solitude, c'est moi, la solitude? Je n'avais pas prévu, moi, que Joseph ramène Seth à Forcalquier.

Aujourd'hui rien n'ira, j'ai un poids sur le cœur, sur l'estomac, sur les poumons.

Je n'ai plus qu'à écrire un conte de fées, ou bien, tiens, une histoire pour Alice, je vais lui offrir un bonheur, puisque-je-suis-l'auteur-qui peut-tout.