Après ce tout petit échange avec Joseph, Alice a un coup de blues.

Assise à son bureau face à son écran noir, elle est abandonnée à elle-même une fois de plus, elle pleurerait bien, elle pleure un peu.

Comme elle a installé son bureau en face d'un grand miroir, elle se voit si triste, comme elle est bien triste! Elle ébouriffe ses cheveux, ça rajeunit, elle essuie trois larmes, elle se met du  mascara, du rouge aux lèvres, et alors, elle ne sait pas d'où ça lui vient, elle éclate de rire.

Abandonnée à moi-même ce n'est pas une telle punition, dit-elle au miroir qui lui vient de son père.

Puisque c'est comme ça elle fait une énorme tarte Tatin, caramélisée, fondante, qui embaume tout l'escalier de son immeuble, rue de Bagnolet.

Au moment où elle la sort du four, tous les voisins sont à la porte, emballés par la bonne odeur.

Ils ont apporté du thé, du café, et une bouteille de champagne, dit Albert, ce monsieur du troisième, qu'Alice avait remarqué, qui est charmant vraiment, enfin, elle est charmée, et il ajoute, je vais la mettre au frais, elle sera bien  tout à l'heure.

Alice sort les assiettes à dessert, les fourchettes à gâteau, on déguste la tarte, on félicite et se réjouit, puis tout le monde s'en va. Sauf Albert qui va chercher la bouteille au frais pendant qu'Alice sort deux flûtes.

Ils s'assoient sur sa petite terrasse pour boire le champagne.

C'est du Ruinart.

Du Ruinart dit Alice?

Oui je réponds, moi, l'auteur, parce que le Ruinart, c'est mon champagne préféré.

Mais Albert n'a rien entendu, Alice s'en rend bien compte, parce qu'il est un personnage secondaire, dont on ne sait pas encore s'il va s'installer dans l'histoire.

Alice me coule un regard pressant, oh oui! dit son regard, faites-en un personnage de premier plan, s'il vous plait.

Alors bon, oui, je vais lui faire une vie, et je promets après ça de ne plus m'en mêler.

Albert Schwantz, 48 ans, son métier c'est jardinier de balcons et terrasses, divorcé depuis cinq ans, il aime le rock, la chanson française, les soirées entre amis et les vacances gaies.

Il a repéré Alice il y a un bon moment, il attendait une occasion favorable.

C'est fait.