28 mai 2010

Un monde étroit

Marité

En route vers en endroit oublié de l'ADSL, je ne sais comment Ceux de l'Appartement pourront sortir, mais ils vont entrer, aller et venir comme à leurs habitudes.

Je serai toujours la nef de leurs voyages, mais ces jours-là, enfermée en eux, ils seront mon sang, mes nerfs.


Arrêtée à Bourges, pour quelques heures avant de franchir le pas du monde sans technologie je prends mon élan pour quelques jours.


Traduction:

L'Appartement se délocalise en Lozère, dans un hameau où vivent trois habitants et des vaches Aubrac, où l'ADSL ne parvient pas.

Pas moyen avec le bas débit d'alimenter correctement les mouvements de mes personnes et de mes personnages.

L'imaginaire va continuer à ramifier ses tentacules dans ma tête.

Si ce sera dangereux, oui.

Si j'en sortirai indemne, non.

Mardi au plus tard, je rejoindrons le monde occidental.


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27 mai 2010

Grève de moi

Marité

Ils s'en fichent pas mal, tous, de la grève, des services publics, de la vie quotidienne des gens, des vrais gens, des faux, des travailleurs et des salaires, des chômeurs, des retraites, des SDF.

Ils s'en fichent, ils voyagent sans autre moyen de transport que des connexions neurologiques,  ils se nourrissent de leurs imaginaires, emprunté au passage aux miens, eux-mêmes empruntés à tous, en direct où en souvenir de cette vie où d'autres, de plusieurs générations avant, après...


Ils n'ont besoin que de l'existence d'un monde où se mouvoir,
les Gens de l'Appartement sont anarchie et individualisme.
Ils n'ont aucune solidarité, ils n'apportent rien au monde que leur image qui ne se reflète dans aucun miroir ni aucun événement.

Les Gens de l'Appartement ne sont d'aucune société que la leur, volatile et changeante.


Aujourd'hui, comme les autres jours, ils vont et viennent, seuls ou en cohorte, ils ne lisent pas les informations, ils s'en créent à mesure, si ça les arrange.


Moi je ne suis pas comme eux, m
ais je les entends s'insurger et se moquer.

- Ah oui, pas comme nous?


- Qu'est-ce que tu crois être Marité de Vos K? Qu'est-ce que tu crois être d'autre que nous?


- Tu n'es pas provisoire? Tu n'es pas invention? Tu n'es pas volatile?


Et je dois d'admettre qu'ils ont raison, je ne suis rien d'autre qu'eux, animée des mêmes indifférences, des mêmes incapacités à penser le monde.

Oui, il y a grèves aujourd'hui, ici, en France, et ici à Paris je ne sais pas si le métro sera là.
Je ne m'en fiche pas mais s'il n'est pas là, quoi de neuf?


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26 mai 2010

Ouvrages de dames

Sabine et moi avons en commun une chirurgienne qui a dû tout faire toute seule. Les couturiers au moins ont des premières d'atelier, des petites mains et des mannequins de cabine.

Nous n'avions que nos seins, Sabine pour une réduction de cent-trente à quatre-vingt-quinze et moi pour une amputation anti cancer et reconstruction pro esthétique. 

- Il faudrait une pince, dit Sabine. Là, regarde, ce serait mieux non, et puis ici, oui, là, regarde mieux, là, oui, une reprise, non?

Elle a raison, je suis avec elle dans la cabine d'essayage, elle a raison, une pince,

- Ou bien, dis-donc, je dis, peut -être un soufflet plutôt, une pièce ici, oui, là en dessous, un soufflet pour donner un peu d'aisance, pris dans la couture.

- Ah oui, tu crois, peut-être, je sais pas.

Devant le miroir elle soulève un sein, puis l'autre.

- Oh pis non, une pince, c'est ça qu'il aurait fallu.

- Mais quand, mais quand, mais quand est-ce que les chirurgiens feront des stages chez les grands couturiers!?

- J'aurais pas eu les seins en portefeuille, dit Sabine, non j'te jure, on dirait la fiancée de Frankenstein.

- Moi j'ai une belle cicatrice, balafrée comme une écharpe de maire, Miss Cancer. Mais les dauphines ne se bousculent pas pour le titre.

Elle veut voir, je lui montre.

- Ah oui,  Sabine trouve  mes seins pas mal, sacrée cicatrice mais l'ensemble est harmonieux, c'est pas comme moi avec la peau en trop par là qui fait un bourrelet.

- Oui, une pince, c'est ça qu'il fallait. Mais toi tu peux mettre des soutiens gorge, moi je ne peux plus.

- Ben pourquoi ?

- Le tissu ne glisse plus sur ma peau, peut-être parce que la prothèse est toujours froide,  ou bien je ne sais pas quoi mais c'est toujours ondulé, pas moyen d'habiller ma balafre en dentelle.

- On devrait envoyer les anciennes de chez Lacroix dans les hôpitaux, dit Sabine sérieusement, comme consultantes coupe et couture au bloc opératoire.

- Alaïa aussi il fait bien.

- Alors là moi je veux bien défiler.

- Me to si c'est comme ça!


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25 mai 2010

La Patarôma

Astrid rentre de l'Heureux Marché avec ce truc, enfin, ce machin, qu'elle ne sait comment nommer à son mari le docteur.

Il a rarement vu sa femme aussi déroutée, son Astrid est une grande et grosse femme solide.

Ils regardent tous les deux la pâte informe qu'elle vient de sortir de son caddie.

- Qu'est-ce que c'est? lui demande-t-il.

Astrid sort un lot de fioles en plastiques contenant des liquides très colorés et des moules en silicone, elle les pose à côté de la masse blanchâtre et molle et lui répond:

- La promotion du jour. De la Patarôma.

- Et c'est quoi la Patarôma?  

- Chais pas. C'est nouveau.

Ils se tournent vers moi tous les deux, désemparés. Est-ce que c'est sérieux? Il va vraiment falloir qu'ils en mangent?

Bien sûr, puisqu'ils sont mes personnages.

La Patarôma est issue d'un contrat entre un pool agroalimentaire et Transmen Genetick, ils doivent le tester, Batbourg le teste.

C'est une pâte protéinée, aromatisable, colorisable avec les fioles et façonnable dans les moules en option.

Patarôma + arôme de poulet dans moule poulet = poulet rôti, grillé, bouilli, etc.

Patarôma + arôme dans moule tarte = tarte pomme, poire, fraise, poireau, saumon, etc.

Moi je trouve ça plutôt marrant, on peut mélanger les concepts, poulet rose en forme de tarte, asperges noires arôme rose d'Ispahan, mousse au chocolat parfum porc barbecue.

Mais le docteur Tayeurt et sa femme ne sont pas d'accord.

Ils tournent la tête de droite à gauche, non, non, non, et mettent la chose et ses attributs directement dans la poubelle.

Après quoi Astrid cueille au jardin quelques tomates pour une salade traditionnelle avec des œufs durs.

Dolstein note tous les éléments de la réaction des Tayeurt au Patarômea elle encode la séquence  la sauvegarde, puis elle demande:

- Dites-moi, Berman, c'est si mauvais que ça?

- Je ne sais pas.

Robert Dieu et Bruno Ragazzi non plus.

Mais est-ce que ça se mange? se demande Dolstein.


24 mai 2010

Fraîcheurs du matin

Prof, Atchoum, Simplet, et les autres.

Prof harangue le jardin des Souche.

Sous la pleine lune il se laisse aller à des exercices de tribun, mais, ce soir, parce que Batbourg a été gravement troublé par les événements que ceux qui savent savent, il peine à trouver le beau style.

- On nous exploite, on nous méprise, mais on s'en fout, on est dans les jardins, au soleil, sous la pluie, sous la neige. On se fout des saisons, des fleurs qui poussent ou ne poussent pas.

- Qu'est-ce qu'on se fout pas alors? dit Atchoum.

Et il éternue, Atchoum!! non qu'il en ait envie, avec le temps ça a fini par l'insupporter, mais il ne peut pas faire autrement, c'est dans sa nature.

Grincheux, en râlant, lui passe un mouchoir, qu'Atchoum ne prend pas parce que Gisèle, jaillie d'une chanson de Bashung, lui tend ses jarretelles et que ça le plonge dans un abîme d'ahurissements.

Prof, imperturbable, qui ne sait rien non plus des jarretelles, ni des Gisèle, poursuit son discours interrompu :

- Je vous prie d'accepter mes regrets d'avoir utilisé des termes inadéquats, je ne m'en fous pas mais m'en fiche, et toi Atchoum, tu devrais faire quelques efforts afin de t'exprimer correctement.

Atchoum est d'accord:

- De quoi ne se fiche-t-on pas?

Timide répond en hésitant sur chaque mot et d'une voix si douce qu'on ne l'entendrait pas s'il n'était porté par la nuit silencieuse:

- De parler bien, nous ne nous fichons point.
  Et si des saisons peu nous chaut,
  Des étoiles, de la lune, des odeurs et des brumes,
  Grand cas faisons
  Pour ce que dès que tombe la brune
  A la vie revenons

Prof est sur le point de répondre quand brutalement le poing (oui avec un g, le jour est brutal aux nains de jardin), le poing, donc, du jour les renvoie tous à leur état minéral.

Louka s'est réveillée sous un soleil trop chaud déjà, bien qu'il ne soit que six heures du matin.
Elle a fini tard hier et après une rude journée et un dernier échange avec Chauze, le légiste, elle s'est endormie dans le pré de l'Ecole.

Elle s'y trouve au matin couverte de rosée, telle une fleur juste éclose.

- Tu parles d'une fleur éclose, crache la Myrtille Souche, une fleur saoule oui! Si c'est pas dégueulasse des trucs pareil!

Et Simplet, intéressé demande:

- C'est quoi dégueulasse?

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23 mai 2010

Froide Vague

- Quoi? Hein? Qui?

- Ian Curtis est mort.

- Ah, euh, désolé, chuis désolé, oh là là, c'est triste hein, oh là là, oui c'est triste.

- C'était, euh, un ami, hein?

- Ben non, c'est le chanteur de Joy Division,

- Goy Division? Goy Division? Putain! Une agression antigoy?

- Joy Division, c'est de la cold wave, il s'est pendu, je ne le connaissais pas.

- Quoi hein? Pendu, la vache, pendu, hein? Oh là là, désolé, désolé.

- Ben, c'est la vie, quoi, enfin, la mort, enfin, bon, ça fait trente ans.

- Ah ouais, trente ans, évidemment, trente ans.

- Trente ans.

- Oui, bien sûr trente ans, mais, je veux dire, quand même, trente ans, bon, mais il est mort quoi.

- Ça, il est mort.

- Alors bon, c'est pareil non?

- C'est ça, c'est pareil. Le fan de Curtis préfère changer de crèmerie, il s'évapore, c'est un soir sans à La Bernique.

- Quoi? y a eu un mort? dit le type, ébahi. Il sort fumer son clope, il revient, y'a un mort.

- Mais d'où qu'i' sort lui, il fait le beau, là, y a eu un mort ouh là là!

- Ben oui il fait beau, c'est pas trop tôt!

- Mais c'est pas de ça qu'on cause, qu'est-ce qu'il vient foutre sa merde celui-là!

- Quand même un mort c'est un mort. Les apéros géants, ça fait des cuites géantes!

- Mais c'est pas à l'apéro qu'il est mort, merde!

- Ben tu dis ça mais il était dans sa cuisine, qu'est-ce qu'i' foutait dans sa cuisine?

- Il se pendait.

- On n'a pas besoin d'être dans la cuisine pour se pendre, mais pour sortir une bière du frigo, oui.

- Oh mais qu'il est con sui-ci!

- Cool, il fait beau, c'est le printemps.

- Ouais, alors qu'est-ce tu viens nous faire chier avec des histoires de cuisine, pourquoi pas la Fête des Mères tant que tu y est.

- Oh merde, la Fête des Mères, c'est aujourd'hui?

- Nan, c'est le week-end prochain.

- Qu'est-ce que tu lui offres toi, à ta mère?

- Des fleurs.

Et c'est sorti de ma tête. Je n'aime pas jouer les échangeurs d'autoroutes pour des zozos en vadrouille, mais je peux rien faire aux twists on my porosité.

Quand ils ne s'évaporent pas, je les trouve dans les coins de ma tête, endormis, cuvant je ne sais quels rêves.

Les rêves des autres pèsent plus lourd.  


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22 mai 2010

Rirette

Bruno Ragazzi

Il est absorbé par l'image, sur l'écran géant, de Marianne revenant du marché de Jolibourg, son panier plein de pommes. Il se met à chanter, très content de ce qu'il voit

- Pompompompom... Pompompompom...

Fabienne Berman, Paulette Dolstein et Robert Dieu n'y prêtent pas la moindre attention, ils sont habitués à ces accès imprévisibles.

Mais il a envie cette fois de leur expliquer pourquoi un panier de pommes le met en joie:

- C'est l'histoire du banquier à qui on demande comment il a fait pour parvenir au sommet, il répond volontiers:

-  Comme vous savez, l'Amérique est le pays de la libre entreprise. A six ans, j'ai trouvé une pomme par terre. Je l'ai lavée, frottée, et quand elle a été brillante, je l'ai vendue un cent. Avec mon cent, j'ai acheté deux pommes, une fois lavées, frottées, je les ai revendues quatre cents, et puis...

- C'est magnifique! s'écrie le journaliste, une telle réussite à partir d'une pomme!

- Eh oui, et puis, donc, mon père est mort et j'ai hérité de sa fortune.

- Merci, monsieur Rothschild pour cette histoire exemplaire qui j'en suis sûr va encourager nos jeunes.

- On la connait Bruno, dit Berman, on la connait par cœur!

Elle est en train de noter la référence de Marianne Defair qui vient de démarrer, son panier calé sur le siège avec la ceinture de sécurité: 2.60.02.35.0.2.IND.EXO.3.  Type réfractaire.

Et Dieu de noter lui aussi, dans sa tête: caler les courses, truc pour caler les courses, produit, besoin.

- Je ne m'en lasse pas, répond Bruno Ragazzi.

Il adore l'histoire des pommes, elle contient tout ce qu'il aime, les fruits associés à l'argent, l'industrieuse activité récompensée par la chance, l'héritage, la fortune, la pérennité.

Il sourit.

Dolstein quitte l'écran, elle finit de noter la liste des achats de Corinne Mars et se tourne vers Ragazzi, elle a été alertée par son sourire:

- Allez-y, Ragazzi, développez.

Et Ragazzi développe son sujet préféré.

- L'argent est vivant. L'argent bouge, il va et vient, il attache, on s'attache, mais il ne me décevra jamais parce qu'il ne meurt pas. J'aime l'Argent et elle m'aime aussi, elle ne me quittera pas, c'est une chose qui me tient, que je sais. Je lui donne la vie, je l'anime, je la fais voyager, je lui offre tout, elle me le rend au centuple, l'aventure, le risque, la réussite, la peur mais l'audace.

Il s'arrête là, ému, sans aller au bout, sans dire que dans son intime il lui a donné un nom, sans dire que ça a commencé, pour lui aussi, tout petit. A six ans il a eu une tirelire, les pièces tombant dedans faisaient de la musique, les billets n'en faisaient pas, leur silence était un soupir. La nuit il regardait par la fente pour voir si son argent dormait bien, s'il ne faisait pas de cauchemars, et pour lui parler il lui a donné un nom, devenu ridicule peut-être, un enfant de six ans ne va pas chercher très loin ce dont il a besoin. Rirette. Rirette, c'est son petit nom, le doux petit nom de l'Argent, vivante, chaude, toujours accueillante.

Dolstein a tout vu et tout noté, ce qu'il a dit et ce qu'il n'a pas dit. Elle s'éloigne en hochant la tête, confirmée dans ce qu'elle sait, Bruno Ragazzi est un tendre, sous des dehors froid et calculateur, qui ne pense jamais en chiffres mais en amour.

Elle a toujours su que l'homme aura beau chercher de nouvelles ressources, de nouvelles technologie, de nouvelles motivations, il n'y aura jamais rien d'autre que Amour, Passion, Talent.


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21 mai 2010

Aiguillages

Marité

Je suis figée par la sensation d'une présence inhabituelle, je me retourne vivement et je tombe nez à nez avec Romario, fasciné par l'écran de mon ordinateur où les mots s'alignent, accrochés en rames à la traîne de mes idées.

- Oh Romario !? Contente de te voir, mais qu'est-ce que tu fais ici?!

- Je cherche Vava, tiens!

- Mais... Vava  ne fait pas partie des Gens de l'Appartement, ni toi, tu t'es trompé d'histoire. C'est chez Eric Téhard que tu habites, dans Avel.

Romario s'est perdu dans les méandres du cerveau de son auteur. Comment le remettre sur les bons rails, je n'en ai aucune idée. Je lui donne quelques pistes, mais saura-t-il se repérer à travers le réseau d'Internet, dans les sites, les blogs, les e-mails et quoi encore?

- Si tu te perds, demande ton chemin sur WBE, il y aura du monde pour t'aider,Tichapo y est souvent, tu peux même tomber directement sur lui.

Mais il regarde le défilé des mots sur l'écran, ne note rien et part en rigolant, ravi de l'aventure, il s'est perdu? Egaré sur le Net?

- Ben dis-donc, on peut voyager comme ça? Tu parles d'une histoire, c'est Vava qui va être épatée !  Oh ben didon didon!

Nos imaginaires seraient poreux? C'est inquiétant, je veux bien de Romario, de Vava et tous les autres, mais j'en connais que je maintiens loin de moi dont je ne voudrais pas dans l'Appartemente

- Romario, par où es-tu venu? Par qui es-tu passé?

- Oh ben je sais pas moi, y a Salomé qui me sourit, je vais entrer à l'Avalons, je croise le regard de Tichapo qui en sort, et hop, je suis ici.

- Voilà! Tu es passé par Eric, ça ne m'étonne pas plus que ça. Et co...

Pas le temps de finir de lui demander comment il comptait s'en sortir, il a disparu, son sourire en premier, contrairement au chat du Cheshire.


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20 mai 2010

Merdre alors!

Marité

Lapinochio et monsieur Amigu me troublent les méninges, parce que j'y étais, moi aussi, dans la même Provence qu'eux.

Moi aussi j'ai vu le thym en fleur, les amandiers, les collines, les beaux cailloux et le ciel par dessus la terre, j'ai senti les odeurs, j'ai senti le vent et le soleil vivants, et
à aucun moment je n'ai pensé que ça pouvait disparaître.

DSCN1710

Je n'ai songé à aucune conséquence, eux, si.

Et pourtant, moi aussi je change, je vais changer et peut-être un jour je ne verrai ni sentirai plus rien de la même façon. 

Ils y ont pensé et moi non.

Ces deux machinuscules en tissu et coton, que j'ai cousus et crochetés moi-même, me rappellent à l'ordre de la pensée sauvage, me mettent au pied du mur de mes certitudes?


mon_profil_sur_Internet

 Merdre alors, je suis une truffe.


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19 mai 2010

Vivre libres

Lapinochio et Monsieur Amigu

De retour de la jungle, ils ont changé d'avis, enfin pas sûrs de changer d'avis ils demandent un armistice à leur Fée Bleue: moi.

- Mes petits gars, que je leur envoie sans ultimatum, armistice n'est pas le mot qui convient, il n'y a pas de guerre entre nous, ni même d'hostilité il me semble, même pas un enjeu.

Lapinochio n'est pas de mon avis:

- Ah mais si, nous sommes en négociation active madame la Fée Bleue, active oui, pour obtenir un statut de citoyen, nous voulons devenir Gens de l'Appartement, de vraies personnes.

- Oui, Oui, Oui, ajoute monsieur Amigu, il a une petite voix grinçante, je n'apprécie pas quand il crie, Oui, Oui, Oui, et il continue.

- Comment? Comment? Monsieur Amigu, je ne perçois plus votre voix dans les aigus, sans doute une déficience de mon appareil auditif de personne.

J'avoue que j'ai un peu honte de profiter de ma situation d'humaine pour obtenir ce que je demande, mais il me fait très mal aux oreilles ce petit Amigu.

Il souffle oui, oui, oui.

- J'entends à présent que vous appuyez l'interprétation de Lapinochio?

- Oui, dit-il avec une drôle de voix de basse, où va-t-il la chercher? Je suis d'accord avec Lapino. Nous voulons devenir des personnes mais pas tout de suite, nous devons réfléchir aux conséquences.

- Bravo, vous êtes sur le bon chemin, vraiment, c'est sans ironie que je vous félicité, réfléchir aux conséquences, c'est presque sur humain.

Ils se tortillent tous les deux en baissant la tête, autant de plaisir que de timidité, le compliment les trouve humbles, c'est très sympathique. Je me demande s'ils ne sont pas déjà prêts à changer de nature, mais je n'en dis rien, ça me flatte de les laisser croire que je suis La Fée Bleue, que j'aurais le pouvoir de les transformer.

- Que s'est-il passé ?

- Regardez Fée Bleue, regardez, dit-il en sortant des photos de sa poche, c'est arrivé là-bas.

DSCN1726

- Vous étiez en Provence?!

- Là où vous êtes, nous sommes, répondent-ils, surpris, comme si vous ne le saviez pas?

- Bien, sûr que je le sais, tout ce qui vit dans l'Appartement est partout avec moi, mais vous deux, j'avoue que je vous avais un peu oubliés.

- Ah! Tu vois, dit monsieur Amigu, je te l'avais dit, il faut qu'on soit des personnes pour être dans la tête des Vrais Gens.

- Pas du tout, répond Lapinochio, qui s'énerve tout de suite, et pas du tout et pas du tout, je te l'ai déjà dit, il y a des gens qui aiment leurs chiens plus que leurs enfants.

- Et co... co... et coco et comment je peux croire une cho... cho...  une chose pareille!

Monsieur Amigu est hors de lui, manifestement, le sujet les agite depuis un moment.

DSCN1727Lapinochio ne lui répond pas et me tend cette photo de lui là-bas:

- Vous comprenez?

- Oui, Lapino, je comprends.

- C'est difficile de choisir un autre état après avoir découvert tout ce que je peux faire dans ma peau de Lapinochio. Je n'étais jamais sorti, je n'avais jamais senti le vent, le soleil, la terre mouillée. Et si tout ça disparaissait?

- Je crois que ça ne disparaitra pas, même s'il est certain que dans une autre peau, ça ne sera pas la même chose. Mais demain, l'année prochaine ou tout à l'heure, Lapinochio, ça ne sera pas non plus la même chose.

Ils se regardent alors tous les deux, si désolés, avec tant de compréhension mutuelle que je suis touchée de la détresse dans laquelle les plonge la difficulté de leur choix..

Monsieur Amigu, pensif, dit alors avec sa voix grave (mais d'où la sort-il?):

- Ce qui a été ne sera plus jamais.


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