Marianne

Figurez-vous que je sais ce qui se passe.

Parfaitement.

Je suis une femme agaçante, moi-même je m'agace et je n'y peux rien.

Je suis cette femme douce et tranquille, l'eau qui dort, l'eau du lac, l'eau de l'étang, pas  l'eau du ruisseau ou de la mer, encore moins le fleuve puissant.

Je suis cette face mouvante qui ne se défait jamais.

C'est comme ça.

La lune ne me soulève pas en marée, ce qui m'agite reste enfoui.

Vous autres, vous comprenez tout, tout de suite, moi non.

Je suis lente, je mets longtemps à mettre des mots sur les sentiments de ce que j'ai vu.

Il suffit de passer le temps et tout affleure en bulles venues des fonds.
Elles explosent longtemps après.

Ma vie est une étoile morte depuis longtemps dont la lumière trop vive ferait croire qu'elle est encore là.

Et la vôtre aussi, c'est votre impuissance que vous voyez en moi, et qui vous agace.

Je le sais parfaitement.

Je fume un cigarillo en regardant défiler La Queue passant devant chez moi, les figurants me regardent fumant, comme si j'étais une héroïne de télé réalité, parce qu'ils n'ont rien à voir là où ils sont, à espérer je ne sais quoi.

Je les regarde à travers la fumée mouvante et parfumée,  et encore une fois, je ne comprends pas ce que je vois.