Marité

Hannah, Féla, Rachel Z., et Jeannette  sont dans la cuisine de l'Appartement.

- Qu'est-ce que c'eï lé fass foude? dit Hannah, ma grand-mère personnelle qui ne se souvient pas des Wimpy et autres Macdo qui ont poussé dans Paris quand elle vivait encore.

- Des Macdou, voilà ce que c'eï dit Jeannette en se moquant de l'accent de sa mère.

- Né té mok pas dé ta mèïre, gronde Féla.

- Woï, woï, woï, concluent-elles d'une seule voix, lé fass foude, c'est pas kasher.

- Il y en a de casher, dit Rachel, il y a des orthodoxes qui mangent des hamburgers, même à la maison leur femme en fait.

- A la maison ? Dans la kvisine ?!!

Elles sont outrées.

Oh bien sûr, le rabbin dit c'est kasher parce que la cacherout est respectée mais on ne peut pas nourrir sa famille comme ça !

- Mais où sont-elles leurs familles, se demande Rachel Zukolowsky, où est une famille qui ne se réchauffe plus au même feu, qui ne mange plus à la même table ?

Et si elles avaient raison les grands-mères? pense-t-elle, si c'était ça qui nous nouait ensemble, manger cette cuisine-là, du bouillon avec des kneidelers, ces gâteaux-là, ces plaisirs-là ?
Si ça n'était que ça la famille, des estomacs pleins de la même nourriture?


Rachel est seule devant le mode d'emploi en français de Chine d'une urne funéraire pour poisson rouge.
Elle se demande par où passe l'amour, où sont les morts qui n'ont pas d'urne.

Moi je crois qu'il aurait fallu les manger, au moins. Absorber leurs corps, les digérer avec nos corps, les prendre en nous pour les garder toujours.
Je suis une sauvage, ceux de ma tribu sont les miens et je suis à eux.

Mais aujourd'hui Rachel et moi, nous sommes orphelines jusqu'à nous mêmes.