Première fournée de mes jeunes gens, les trois plus clairs.

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Alors que je les regarde, tâchant de voir qui est homme, qui est femme, et comment ils vont s'appeler, Braise contemple rêveusement les autres habitants de K.

- Si tu regardes bien, me dit-elle, tu verras qu'il y a de moi dans Anna-Magna Kowski, la femme de William Kyjouh.

- Forcément il y a de toi, elle est comédienne. Mais ça n'est pas là que je te trouverais, moi.

- Et où donc ?

- Chez les Kypensz. Tsiporah te ressemblerais si elle était une vraie personne, et pas une créature.

- Mais je suis une créature ma chère, regarde, dit Braise avec la voix de Frida, son amie dont le timbre est aussi chaud et vibrant que celui de Delphine Seyrig.

Braise se plante devant moi et dans une profonde respiration elle grandit.
Pleine de beauté et de terreur, s
es yeux brillent, ses cheveux s'enroulent en sifflant sur ses épaules, ses dents semblent aiguisées, Dracula dit ha! ha! Braise le fait taire d'un regard et lance depuis ses ténèbres enluminées:

- Si je ne suis pas une créature, alors que suis-je ?

D'accord, d'accord, Braise aussi est une créature, ce sont tous des créatures mais je me défausse de toute responsabilité.
Je n'y suis pour rien, tout juste puis-je admettre que je sois leur médium.

Ils passent tous par moi et je constate à quel point je ne maîtrise rien.

Mes derniers-nés en sont l'exemple, ils sont neufs, ils portent ces bébés ramassés dans les fossés et les décombres.
(Ils me manifestent ainsi qu'il n'y en a pas assez, d'accord, je leur en ferai encore.)

les_neuf

Mais, voyons, ces neuf-là, il leur manque quelque chose.


C'est la vie qui manque, que je ne sais où prendre. Je dois attendre qu'ils me le disent et alors, oui, je pourrais poser la flamme.

Finalement, ce n'est pas si mal de n'être qu'un truchement, que leur Dieu se débrouille.