30 avril 2011

For extérieur

- Professeur Übernix ? Vous voilà de retour dans l'Appartement, je suis honorée, que je lui dis comme ça au Grand Professeur. Mais je ne suis pas si contente et je le laisse avec Louise Kowski qui n'attend que ça pour en apprendre sur moi.

Je suis mal à l'aise parce que j'habite dans Bienvenue à La Fabrique.
Übernix me connait très, très bien, plus intimement qu'aucun amant. Parce qu'il me l'a demandé je me suis mise plus qu'à nu, pour  lui je suis passée sous les rayons et les ondes, IRM, scanner, radios ordinaires et échographies de toute sorte.

A mon tour de me dissoudre dans l'air du bureau et de m'envoler par la fenêtre.

C'est jour de marché, je vais acheter un bar sauvage et l'apprivoiser à la vapeur.

Übernix vient avec un lourd dossier encombré de radios, Louka frétille, enfin elle va savoir.

- Quel genre de médecin êtes-vous, professeur Übernix?

- Ah oui, il faut afficher son genre, après quoi on exige que vous l'assumiez. Quel genre de médecin je suis ? Je  suis ce genre qui s'occupe de l'humain.

- Vous êtes généraliste ?

- De votre point de vue, oui. Mais non.

- Psychanalyste ?

- Et anthropologue, sociologue, légiste, obstétricien, cancérologue, etc.

- Votre réponse ne m'éclaire pas.

- Je suis spécialiste de la conception, la fabrication, la mise au monde, la vie et la mort d'un humain. Compétences et aptitudes qui m'ont fait Directeur Scientifique de La Fabrique.

- Qu'est-ce que c'est que La Fabrique ?

- Il faudrait répondre à ça ?

- Il faudrait commencer par là, pour que je puisse comprendre d'où vous parlez, qui vous êtes pour savoir qui elle est, ce qui est arrivé, ce qui peut arriver, tout sur elle. Car nous en dépendons tous.

- Alors plus tard.

- Quand ?

- Je trouverai un créneau dans les jours qui viennent. Je vous dirai tout ce que vous pouvez savoir.

- Pourquoi acceptez-vous ?

- Elle m'intéresse, vous saurez ça aussi. Ce sera l'occasion de faire le point sur ce que je sais d'elle.

J'ai beau m'être évaporée, je les entends. Où que je sois, j'entends tout ce qui se passe dans l'Appartement, je vois tout.

Alors comme ça, Herr Professor Übernix s'intéresse à moi ? Il a ce dossier, il en sait long ? C'est lui qui me suit et m'observe ?

Je croyais être le Créateur et voilà qu'il annonce un numéro spécial: (Presque) Tout sur La Taulière.

Eh bien ça m'inquiète, est-ce que ce blog tenterait de devenir intime ? Pathétojournal ? Egopipolisateur?

Pas question, je les attends les paparrazzis suscités par moi-même, je ne les laisserai pas faire.

- Cause toujours, dit Dolstein.

 


25 avril 2011

Le Trèfeuleu

- Je transpirais comme ver qui pisse, j'avais les chocottes et puis j'ai trouvé le tréfeuleu.

- ?  répond succinctement la Myrtille Souche plus loquace en d'autres occasions.

- J'avais plus besoin d'avoir peur, j'avais le trèfeuleu ! Le trèfeuleu comme l'as de trèfeuleu, le trèfeuleu à quatre feuilles !

- Hola monsieur Troudy ! Hey! Oh! Troudup ? C'est quoi là ? Ou bien ?

- Ail bègue yor pardonn mâme Souche, mais pas du tout, c'est le chouchen dans le café qui me donne du vocabulaire.

- Mais c'est pas français. Du pastis dans le thé, ça f'rait-y pas mieux  ?

- Oh, oh, oh ! Ne faites pas le malin, madame Je-suis-la-plus-forte, je vois clair dans votre feu.

Myrtille Souche et monsieur Troudy ne prêtaient pas attention à moi, pourtant il est d'usage que la présence de la police les rende muets. Mais là non, je pouvais les écouter à ma guise, la grosse Myrtille arrêtée sur le chemin, un nain sous le bras et Troudy, adossé au mur du Petit Renard, retenu ferme par Léon en embuscade à l'entrée.

J'avais enfin le rapport d'hospitalisation de Marité de Vos K, j'attendais Dolstein. J'espérais qu'elle me le traduise bien qu'au téléphone elle m'ait dit, je vous le redis, inspecteur Kowski, c'est non.

Elle seule pourrait faire quelque chose pour Troudy, qui depuis quelques mois délaissait la table d'examen du docteur Tayeurt pour son divan, avant de virer analyste elle était ortophoniste.

- Oh que non, dit-elle avant même que je ne m'aperçusse de son arrivée dans  l'Appartement, j'ai renoncé à tous les ortho-trucs. Je ne vais pas lui enlever les mots de la tête.

- Mais on n'y comprend rien.

- Qu'il le dise comme ça ou autrement, il n'y a rien à comprendre.


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14 avril 2011

L'invention des autres

Louise Kowski voudrait ranger la vie des autres dans ses carnets, avec les preuves en regard, procès verbaux, rapport d'autopsie et, pour Celle-qui-est-l'appartement, dossier médical.

Si la vie était là, chacun en disposerait avec facilité.

Mais elle n'est pas là, elle est partout, les religions enseignent que c'est Dieu qui est partout.

L'ADN, dît un jour un grand rabbin confondant le mot et la chose, en donnerait la preuve car en hébreu ADN serait Adonaï.

Moi, Paulette Dolstein, je ne suis que psychanalyste, je n'ai aucune certitude, aucun accès privilégié aux inconscients. Je suis un humain comme tout le monde, avec les mêmes outils que tout le monde pour tenter de saisir l'invisible qui anime les hommes, les femmes et leurs enfants.

Je les écoute. Puis l'alchimie du mélange des inconscients, dont le mien, de nos expériences qui s'intriquent et se repoussent m'ouvre des portes.

C'est une sacrée cuisine n'est-ce pas, qui bouillonne dans mon crâne, ce chaudron résistant à tous les feux.

J'écoute et je me tais, la psychanalyste que je suis prend son plaisir dans le secret.

Marité de Vos K m'a mise au monde, je suis elle mais elle est moi, je ne suis pas la chair de sa chair je suis l'être de son être.

En silence je la regarde.

Elle ébauche, assemble les éléments disparates qu'elle ramasse ici et là, elle détruit, elle recommence, croyant que son souffle aura le pouvoir de donner une âme à l'inanimé.

Elle travaille au corps, elle souffre dans la conception d'un monde disparu: elle construit le pays des Issus.


Maison_Kyjouh_1

La fabrique de la Maison Kyjouh

 

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13 avril 2011

Une vie en kit

Trouvé sur ebay cette annonce dans une rubrique Tout faire soi-même: une vie en kit.

Fin de la vente, minuit ce soir, 595 euros 50, quarante-sept enchérisseurs.

Je l'ai mise dans mes affaires à suivre.

Depuis je cherche sur Internet combien ça vaut,  je ne veux pas me faire avoir. Contrairement à ce que disent morales et religions, toutes les vies ne se valent pas.

J'en ai trouvé une masse incroyable, dans des blogs de tous genres, dans les sites des journaux et radios, au rayon faits divers, dans les sites people, partout, partout, partout les vies s'offrent en vrac au passant connecté.

Je constate que la vie (des autres) ne vaut rien, il y en a trop.

Je vais garder la mienne qui ne vaut ni plus ni moins que celle des autres, et je ne vais pas la laisser se faner dans les dossiers médicaux, procès verbaux d'audition, extraits de naissance, de mariage, écrits certifiés conformes et autres compte rendus d'enquêtes.

Ma vie, c'est moi qui l'écris.

 

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12 avril 2011

Pisser plus pleurer moins

Il y avait cette émission de télé, dans les années... euh ... vers 1960 je suppose, (tous mes souvenirs, je les ai rangés par là).

Où vont-ils ? Qui sont-ils ? Que font-ils ?

Je cherchais qui, je me demandais ce que ces gens faisaient dans la télévision. Est-ce qu'ils n'avaient pas une vie ailleurs ? Est-ce qu'ils étaient payés pour ça ?

Je n'avais pas compris que c'était des silhouettes fabriquées.

Les Gens de l'Appartement jouent la même histoire, où vont-ils, que font-ils, qui sont-ils ?

Messieurs dames et demoiselles et chiens et tous êtres vivants dans mes manuscrits, et maisons, rues et  jardins,  ciels et fleuves, enfin tous les mondes assis dans les pages, il faut vivre vos vies dans votre ailleurs, pas Ici.

Louka, Braise, Dracula, Troudup, Alice et tous les autres, cessez de vous occuper de moi, retournez chez vous.

- Tu vois, dit Frédéric.

- Je vois quoi?

- Ce que ça fait d'être l'objet et le sujet, d'être sélectionné, observé, étudié dans tous les coins, de finir collé aux pages d'un manuscrit, dans la vie où tu es cloué par un auteur ? C'est ton tour.

- Ah mais non, je ne suis pas le sujet, je suis le Créateur.

- Toute créature finit par dépecer le Créateur, pour voir comment c'est fait dedans, comment ça fonctionne, au risque de ne pouvoir remonter la machine.

- Moi je ne fais pas dans la métaphysique du personnage, dit Louka, je suis flic, je ne manipule pas les idées mais le concret. J'ai les rapports d'hospitalisation de Marité de Vos K, mais Dolstein ne veut pas les interpréter.

- Je n'interprète pas, dit Dolstein, les faits mentent toujours, traduire c'est réduire l'autre à soi.

Louka soupire, agacée d'être d'accord, elle lutte en permanence contre la tentation de résoudre les enquêtes avec ses propres raisons.

- C'est bien d'avoir des principes, répond-elle à Dolstein (elle ne dira jamais qu'elle est d'accord avec elle) mais je fais quoi ? Des études de médecine ?

- Madame la policière, dit Frédéric, pourquoi n'allez-vous pas chercher plus loin ? Il y a des Gens ailleurs qui pourraient vous répondre. Tu as remarqué, dit-il pour moi, que certains ne sont jamais venus dans l'Appartement?  La Porte n'est pas ouverte pour tout le monde ?

Louka se tait, patiente, et moi, je suis bien embêtée,

- Oui j'ai remarqué, certains ne sont pas venus.

Je voudrais bien que cette conversation s'arrête là, mais c'est Frédéric, je ne peux pas lui répondre  par le silence. Il se tourne vers Louka qui a sorti son bloc, prête à noter,

- Oui ? Vous avez des noms à me donner ?

Mais ce n'est pas Frédéric qui répond, Frédéric s'est fondu dans ma tête, il ne veut pas me forcer ni me décortiquer, lui. C'est un autre qui entre pour la première fois dans l'Appartement.

- La Fabrique a besoin de vous, Marité de Vos K, dit-il, vous avez des obligations n'est-ce pas ?

- Oui j'ai ces choses à terminer.

Oui je dois me remettre et m'y remettre, oui il y a La Fabrique, le Projet, faire revenir les disparus qu'on n'oublie pas.

- Bonjour professeur Übernix. Je ne vous ai pas oublié savez-vous.

- Je sais. Et il tendit la main vers Louka qui lui remit sans hésiter mon dossier médical.

- Au moins, on n'en finira après ça, non? demandais-je, tendue et pas contente de le montrer.

- Oui, nous pourrons passer à autre chose, dit-il. Je ne comprends pas que vous n'ayez pas fait la relation avec le Projet Frédéric.

Sa remarque me saisit, je n'y ai pas pensé ?

- Je ne comprends pas non plus comment j'ai pu négliger ça.

- Nous en reparlerons n'est-ce pas ?

- Oui, j'ai dit, nous en reparlerons.

Et de mes Issus qui sont aussi la relation de Frédéric à moi, de nos vies à nos disparus.

- Meeeerde ! dit Troudup, meerde, la mort y en a marre, feriez mieux de boire plus et de parler moins ! La vie, la mort, tout ça, c'est que d'la bibine tiède, buvez-là fraîche, vous pisserez plus vous pleurerez moins.

- Il n'a pas entièrement tort, dit Dolstein. Alors, Monsieur Troudy, où est passé Léon ? Ça fait longtemps qu'on ne l'a pas vu. Et ils s'évaporèrent tous les deux en passant La Porte de l'Appartement.

Übernix et Louka sont partis en discutant, effacés en un instant et moi, j'étais dans mon bureau.

Ah ! Ah! Moi je suis là en vrai, pensais-je tout en doutant de la réalité.

 


10 avril 2011

L'Enquête

Louise Kowski, dite Louka, a commencé la recherche.

- Vers une heure du matin, La taulière s'est absentée, j'entre dans sa tête.

J'arrive en plein rêve.

Elle est dans un hall d'aéroport.

Trois hôtesses de l'air barmaid ignorent ostensiblement les clients.

La Taulière râle:

- La Sarthe est réputée pour ses andouilles mais là, vous dépassez le niveau, faut arrêter l'entraînement.

-  Je sens que La Taulière sent ma présence, j'évacue les lieux pour ne pas être repérée. Mes premières conclusions sont que La Taulière est en forme.

- C'est un rêve, dit Braise, il faudrait voir dans le réel.

- Comme si on savait ce qu'c'est le réel, comme si quelqu'un au monde savait ce qu'c'est!

- Écoutez Dosltein, réponds-je, agacée, c'est facile de jouer les Zazie, ce serait plus utile de faire un commentaire sensé.

Dolstein s'en fout,

- J'ai dit ce que j'avais à dire, à vous d'en trouver l'usage.

Là-dessus elle s'évapore, mais, bon, elle a raison, c'est quoi le Réel ? C'est où ?

Troudup, les yeux ronds et injectés d'éclairs rouge vif, répond que c'est moi le flic.

- Allez vous coucher, lui dit Dracula, dégouté.

- M'approche pas, vampire, me touche pas !

- Aucun risque, à l'œil nu vous êtes impropre à la consommation.

Mais Troudup s'envole quand même à grande vitesse vers Batbourg.

- Bref, conclut Louka, même s'il faut confirmer, les premières conclusions sont positives, La Taulière va bien.

- C'est à dire, précise Braise, elle va comme avant.

- Je préfèrerais, dis-je à l'intention de Louise Kowski, que vous cessiez vos incursions dans ma tête.

- Je comprends, répond-elle, mais il faut ce qu'il faut.

- C'est ça, ainsi va la cruche et il ne faut pas ce qu'il ne faut pas, assez de clichés, brisons-là.

- Maintenant, dit Braise, on peut dire qu'elle va bien dans le Réel aussi.

- Alors, je continue à enquêter ou on arrête les frais?

- Continuez, dit Frédéric, mais concentrez-vous sur la réalité au lieu d'explorer ses rêves. Laissez ça aux spécialistes.

- Bravo ! s'exclame Dolstein depuis son lointain, voilà des paroles sensées.

- Ah non ! soupire Louka, c'est quoi la réalité, c'est où ?

- Retournez à la base, dit Frédéric, le bloc opératoire, la dissection aortique, le Signifiant outragé.

- Chercher le coupable, chercher à qui profite le crime, le mobile, les suspects, les alibis. C'est OK pour moi, ça c'est du concret, j'y vais.

- Dis-donc, que je dis à Frédéric, il faut que je meure pour que tu te repointes?

- Ben oui, la vie n'est plus notre seul lieu commun.


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09 avril 2011

Ya Basta

Oui et ben non.

Moi je dis ça suffit, y a basta. Je vais reprendre l'affaire en main, ça ira plus vite, et dans la bonne direction.

Je constate que la Taulière est en train de virer métapsychanalycoblabla.

Dans le premier chapitre de L'Apocatastase des Cons, elle m'a fait nommer au BAB (Bureau des Affaires Bizarres) par le préfet de police, je me sens le profil pour enquêter sur sa Non-Near-Death-Experience.

Et vérifier son état mental.

Au vu des derniers commentaires, on peut se demander s'il n'y a pas eu excès d'opiacés, overdose de morphine, et penchant exagéré pour les sédatifs de compétition.

Je me fiche qu'elle soit saine d'esprit, elle ne l'a jamais été, ni qu'elle soit dans la norme, quelle norme ? Mais si elle a passé la ligne, elle peut nous balancer, Nous les Gens de l'Appartement, dans des histoires tordues, nous déménager dans des mondes glauques ou (trop) déjantés. Elle n'a qu'à l'écrire pour nous le faire vivre. Moi je dis gaffe, il y a danger.

- Enfin dit Braise, on prend les choses en main. Depuis qu'elle est revenue, nous nous attendons à tout, Dracula s'est terré dans sa crypte, de peur de faire le mal, Rachel a pris dix kilos de stress et moi, je ne dors plus.

- Tu ne dors jamais, tu es un personnage qui vit la nuit, le jour, tu ondules entre les lignes.

- Façon de parler. Les vrais gens font ça, Louka,  ils enfilent les mots et en font des expressions sans odeur.

- Vrais gens mon cul

- Tiens, Troudup, dit Louka, ça faisait longtemps.

- Ouais ben, mon cul aussi pour longtemps. Elle a raison la Braise, on peut pas attendre que la Taulière nous rectifie les habitudes. Dans l'état qu'elle est, on risque le pire. Juste quand j'ai enfin réussi à me remettre à boire, c'est pas le moment qu'elle vienne secouer la ruche.

- Pourquoi, demande Alice, pourquoi pas faire appel aux médecins qu'elle a créés? Le docteur Dolstein, ou le docteur Chauze?

- Dolstein, oui, je vais aller la voir, répond Louka, mais pour Chauze, j'hésite, c'est  un légiste, je vais attendre que la Taulière soit morte pour la faire autopsier.

- Ehh! Ehh! Ah ouais, ehh y a aussi Tayeurt qu'est docteur, i r'çoit nuitéjour, on dort vachement bien sur sa table d'examen.

- Merci Troudup, mais je vais chercher des lumières, pas des mal comprenants.

- Hein ? Quoi ? Kess' kelle dit celle-ci?

- Elle dit, traduit Alice sur un ton très doux, qu'elle préfère s'adresser au Bon Dieu qu'à ses crétins.

Nous la Trinité, moi, je et mon soi, alias La Taulière Atteinte, je les comprends et finalement, j'attends d'eux qu'ils me sortent de là, il ne fait aucun doute qu'ils sont ma solution.

Pour l'heure, je vais entrer dans la peau de Celle-Qui-Crochète et croiser les fils en suivant les diagrammes au signe près, et puis profiter de ma traversée du  Grand Vague pour n'être que le Dieu des Issus. Ils rêvent en Moi leurs maisons, leur village et leur éternité.

En Vérité je vous le dis, ils auront ce qu'ils espèrent.

- Oh là là, disent les gens de l'Appartement, ça ne s'arrange pas, il ne faut pas tarder à s'en occuper.

 

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05 avril 2011

Everybody but me

La troisième personne

J'ai écrit un titre: La troisième personne, et j'ai coché la case brouillon pour y revenir plus tard,

Dans l'instant

Je n'ai pas le temps,

Je pars

Pour un' prise de sang.

La machine me répond: Erreur. Votre message est vide. Le titre ne suffisait pas, tant pis.

Je pars au labo

Il fait beau

ou bien

Il fait beau

Je pars au labo ?

24 heures après, je relis mes vers pas assez libres, et j'y vais, fini les détours, c'est pour aujourd'hui.

La raison de la troisième personne du titre, c'est mettre hors jeu la personne qui cause.

Non, Je n'est pas un autre, Je est je mais Soi c'est n'importe qui, sauf moi.

Moi et mon Soi donc, étions attablés dans un restaurant vietnamien, en conversation avec RL, le psychanalyste qui mena mon analyse.

Je reprochais à la psychanalyse en général et à ce groupe d'excellentes personnes que RL organise et anime, de ne pas mettre le corps à sa juste place.

Le corps, disai-je, est au moins aussi important que le langage. Mon corps je ne l'ai pas, je le suis, sans corps je ne suis pas née, quand mon corps mourra je disparaitrai en même temps que lui.

A cet instant mon Soi et moi avons senti des papillons dans notre oesophage. Mon moi dit Je ne me sens pas bien, à quoi RL ne répondit pas, buvez un verre d'eau ça va passer mais, j'appelle les secours.

Quand les secours arrivèrent, mon corps gisait sur le carrelage, mon Je, très objectif et presque parfaitement détaché du Réel de l'évènement, s'appliquait à décrire les symptômes, très alarmants, et à informer les pompiers que ce corps ne souffrait d'aucune allergie.

Mon Soi, goguenard il me semble, observait la scène, mais pas de très haut contrairement à ce que décrivent les revenants de Near Death Experience.

Pas de lumière vive, pas de vision d'ensemble depuis le plafond, pas d'appel du Ciel, pas de haie d'honneur des chers disparus. Mon Soi savait peut-être que j'étais en train de mourir mais pas moi.

Nous n'étions pas trop de trois pour vivre cette expérience.

Point, fin de la première partie. Le drame est en cours.

Tout comme Phèdre a lancé sa tragédie en avouant son amour incestueux, lui donnant ainsi corps (ah tiens, corps hein!), j'avais ouvert la voie à la mienne en donnant corps, par la parole aussi (damned!), à ma mort.

Tiens, m'a-t-il renvoyé dans son langage de corps, tu ne crois pas à la primauté du Signifiant?  Tiens ! Prends celle-ci dans ta face.

Traduction: voici qu'est déclarée une dissection aortique aigue, affection autrefois mortelle à coup sûr mais qui tue encore vite et beaucoup.

Aux urgences de l'hopital Cochin le diagnostic a été fait très vite. Nous avons, le corps, moi et mon soi, été envoyés tous les trois au bloc opératoire de La Pitié Salpêtrière où nous avons été accueillis par un homme masqué et une piqûre. Arrivée sur la table d'opération, Je lâchai prise.

C'est dans ce lieu et dans ce temps que je suis morte. A l'instant et au lieu Là, ce Soi a pris les rênes.

Pour mieux dire: Je est morte, un Elle/Soi a pris la suite.

L'instant de ma naissance est précis, 6h45, Paris 12ème, celui de ma mort tout aussi précis, 1h30, Paris 13ème. Une vie commencée dans un hôpital après une nuit de bal de 14 juillet, terminée dans un hôpital après une soirée, avortée (eh oui) au restaurant, c'était très cohérent.

Ce qui l'est moins, c'est que ce soit en train de s'écrire.

Que S'est-il passé, que Se passe-t-il ?  A la première personne, à la troisième ? Au singulier ou au pluriel ?

Bref: y-a t-il un narrateur dans le récit ?

 

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03 avril 2011

Le Ça-Qui-troue

Le docteur Chauze proteste, Louka de même, et Braise, et Dracula ne sont pas d'accord, ni aucun d'Eux, tous les Gens de l'Appartement revendiquent des informations détaillées.

Ils sont tous leurs raisons. Pour Chauze, des raisons médicales, il veut du précis, Braise veut savoir ce que j'ai ressenti, Dracula veut savoir où est allé le sang, si j'ai reçu des transfusions, Dolstein est parmi les rares à ne rien demander, pour la raison qu'elle en sait beaucoup et surtout qu'elle compte que ça vienne en son temps, Berman et Ragazzi sont simplement curieux, Mandrake est le seul à s'en foutre, peut-être qu'il aurait été content d'avoir disparu au bloc avec moi, ou avant, dans le camion des pompiers ou après dans celui du samu.

Tous, tous réclament, exigent, tempêtent. Ils viennent à tout moment, intempestifs, ils font intrusion dans mes rêves, mais ils viennent aussi aux heures de visite pour exiger leur livre de chair.

Alors quoi ? Je les aurais décortiqués, écartelés, étripés, je les aurais cloués aux portes des granges, des églises et des librairies, je les aurais offerts tout crus à tous les vents et moi, j'y échapperais?

Je pourrais ne rien dire sur moi, mes sentiments, mes terreurs, mes désirs?

C'est ça l'égalité?

La voilà celle-qui-dit je suis comme Eux, tout pareil, je ne suis pas pour de vrai La Taulière, je ne suis maître de rien ni de personne ?

Pourquoi Marité de Vos K aurait-elle ce droit exorbitant et pas Nous ?

Leur révolte m'impose réflexion.

Je ne sais que dire dans l'instant, mais je crois avoir un indice.

Peu de jours avant le Grand Evènement j'avais acheté sur une impulsion un objet dont je n'aurais su que faire.

Il a pris depuis à mes yeux (à mon coeur) des allures de présage: les attributs d'un Signifiant maître (de ma vie).


_a__a

Le Ça-Qui-troue


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01 avril 2011

La vie, pas la mort.

Je suis Marité de Vos K.

Bien que je vive dans l'Appartement avec les autres Gens, moi je suis une vraie personne, j'habite dans le Réel.

J'ai créé ce blog avec un principe directeur: pas de vie privée, pas d'intime journal, de la fiction, du surréel, pas moi, eux.

Mais la vie, la mort, tout ça viennent de faire que je dois accepter que les choses ne soient pas exclusivement ce que je veux qu'elles soient.

J'ai failli mourir, en vrai, pas dans le virtuel, j'ai failli y rester.

J'ai mis du temps à admettre, non que je sois mortelle (encore que ce soit inimaginable, si je suis mortelle, à quoi bon?).

Non, ce que j'ai dû admettre c'est que mes personnages aient failli mourir avec moi.

C'est inadmissible, mais dans le déroulement de cet évènement, leurs vies ont été suspendues à la mienne. Ils vivraient si je vivais, sinon, au revoir tout le monde.

Puis j'ai compris, bien après, que comme eux, j'avais été le temps de cette histoire de vie et de mort un personnage. Comme eux.

Sur une table d'opération de vraies personnes m'ont pratiquée, ouverte, refroidie, découpée, rassemblée, recousue.

Puis elles m'ont rangée dans un lit, branchée à beaucoup de machines et de tuyaux divers qui m'ont maintenue dans le monde.

J'ai été leur personnage, absolument hors de toute conscience, ils m'ont actionnée, ont pris ma vie entre leurs mains et l'ont rendue en état de marche, du point de vue du Réel qui dit: La-vraie-vie-c'est-comme-ça.

Je suis donc revenue sous les aspects d'une vraie personne. Mon père est Georges Mitchum


Papa_et_les_pinces___linge Mon père

et ma mère est Anna Magnanni

Ici ma mère  

dès que je retrouve la photo, je la publie.

Mes père et mère sont connus, identifiés, je suis donc, preuves à l'appui, une vraie personne du réel de la vraie vie, pas un personnage de fiction.

Je ne sais comment nommer cet accident qui m'en fit douter, peut-être simplement en disant son nom: j'ai surmonté une dissection aortique.

C'est fait, j'ai parlé de moi.
Je relaterai plus tard la célèbre et mystérieuse Near Death Experience dont j'ai eu la chance de revenir.

A plus tard donc, puisque depuis après le 28 janvier, grâce au professeur Kirsch, chirurgien remarquable et efficace, et à l'hôpital de La Pitié Salpêtrière, j'ai un plus tard.


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