- Y a quelqu'un ?

- Y a personne ?

- C'est qui ? Hein ?

Bizarre, se dit le Passant, on dirait qu'il n'y a personne, moi, je dirais y a personne, et pourtant, ça ne sent pas le vide, ça ne sonne pas le creux et je jurerais voir quelqu'un là, en face.

- Eh ben oui, eh Crétin, c'est toi que tu vois ! C'est toi dans le reflet de l'écran, ah la truffe, non mais j'te jure, y en a des copieux !

- Bonjour, dit le Passant, bonjour monsieur Troudup.

Et Troudup en reste coi, qui est ce type sorti de nulle part et qui connait son nom ?

- Qu'est-ce que se passe-t-il ? se demande Troudup dans cet espace très large, très large de son cerveau, son for intérieur qui lui offre une vaste étendue de vide où pourtant il ne se sent jamais seul, lui non plus.

- Ah! J'éclate, dit Troudup, c'est ça, j'm'y sens pas seul parce que j'y suis plusieurs! Le Passant c'est moi ?!

J'avais oublié, moi, que mes personnages perçoivent dans le même temps que moi ce que je pense.

- Vous avez raison Troudup, le Passant, c'est un vous.

- C'est un moi ?! Bonjour moi, dit Troudup au Passant. Comment tu vas mon pote ?

- Ben ça va mieux se répond le Passant tout en se fondant en Troudup, je ne savais pas qui j'étais.

- Et moi donc, réponds Troudup, depuis l'temps que la Patronne nous a laissé tomber, chavais pu qui j'étais moi non plus. A force de pas exister on perd substance.

- Nous en sommes tous là, réponds-je à Troudup, être ou ne pas être. 

- Pas besoin de Shakespeare, dit Paulette Dosltein, soyons ce que nous sommes au moment où nous sommes, ce sera suffisant.

- Ah merde et pute, la v'là qui refout tout en l'air, j'avais presque été là et j'm'y r'trouve plus!

- Vous êtes là, Troudup, pas de doute. Je vous vois, vous m'entendez, non ?

- Ben oui, c'te question. Ah oui, ça y est, la Patronne est de retour! Quand le chat n'est pas là les souris dansent, mais sans Taulière, on a plus assez de vie pour exister.

- Bienvenue, dit Braise.

- Il était plus que temps,  ajoute Marianne, j'étais presque effacée.

- Et ce n'est pas peu dire, approuvent Berman et Ragazzi.

Oui, oui, oui, ils bruissent, soupirent et se réjouissent, ils accourent, tous: les Fred, la Suzanne, le père Phouettard, Corinne, Dracula, les Souche, Tristan, Gorgiette, Ünternix, Droopy, et  le Bougnat pas encore investi, ils affluent pour m'enlacer, me féliciter, m'encourager à exister pour qu'ils retrouvent une place dans le monde. Il vient même des inattendus, qui n'habitent pas l'Appartement, j'aperçois Sarah, j'aperçois le père de François et d'autres que je ne reconnais pas. le monde revient.

- Ouvrez la fenêtre ! Ouvrez la porte ! Ouvrez quelque chose, qu'on puisse respirer !

- OK :

"