- Ouais, ouais, ouais, marmonne Fabienne Berman.

Elle suit la procédure sur l'écran, elle a fait le tour des sites de couture et elle a élu celui-là, Thread & Neadle.

Elle est couturo-analphabète, illettrée en tout ouvrage domestique.

Je ne sais pas faire grand-chose de mes mains, pense-t-elle, prendre, jeter, frapper... Une pensée intérieure vite refoulée a à peine le temps de ne pas émerger, caresser... Heureusement que je n'écris pas avec mes pieds.

Elle a dû choisir entre la méthode française, épingler le patron sur le tissu et l'américaine (oh oui elle préfère les américaines), poser des poids. Mais j'ai pas de poids ! Elle a posé des bouquins sur le patron péniblement découpé de Laurel, Colette Pattern's, version top. 

anaïs tout

- Voilà une oeuvre vraiment utile, se dit Fabienne. Je l'ai lue, relue, et maintenant elle intervient directement dans ma vraie vie, exactement comme Nin a vécu, écrit, réécrit, entre Nin et moi, c'est pas la couture c'est la vie.

anaïs J3

- Bon, alors, je coupe ? lance-t-elle pour les trois experts qui observent le déroulement de l'expérience sur leurs écrans.

Si elle coupe dans le tissu que maintient Anaïs, c'est l'irrémédiable, il faudra vivre avec le dépeçage. Fabienne se dit que c'est Anaïs Nin qui a commencé, découpé sa vie dans ses cahiers. Saura-t-elle saura recoudre les morceaux ?

- Alors, ça vient, dit Paulette Dosltein dans le casque.

- Franchement, j'aurais mieux fait de poser les deux tomes du Deuxième Sexe sur les patrons, c'est plus lourd qu'Anaïs Nin.

- Tiens, dit Dieu, Robert, pas l'Autre, Beauvoir, Beau Voir, est-ce que ça ferait un nom de produit ?

- Je préfère Anaïs, dit Bruno Ragazzi, c'est féminin.

- Justement, dit Dolstein, il faut du plurisexuel, de l'universel. On devrait peut-être se concentrer sur le marché des poids ménager, pour les patrons, pour les balances, pour la musculation, pour l'autodéfense.

- Alors, lance Fabienne Berman, je peux laisser tomber ?

- C'est dommage, pense Dieu (l'Autre).