Chers vous-moi,

Je ne vous oublie pas, vous vivez dans votre monde quand je n'y suis pas.

Mais je ne suis pas sans vous, je suis avant vous, dans l'espace de votre invention, là où, sous forme de rêves, de croyances, d'espoirs et de contraintes, vous êtes nés. Dans mon enfance.

Troudup, tu es un avatar de ce type de Richebourg mais tu es devenu la représentation d'un visage de mon père.

Léon, tu es tous les chiens de ma famille, tous ses oiseaux aussi et le dinosaure qui tous les soirs venait me rassurer dans mon lit. Il passait sa tête par la fenêtre du quatrième étage, son long cou la menait jusqu'au lit superposé, celui du haut où je l'attendais. C'est pourquoi tu sais parler.

Braise tu es moi et ma mère en moi.

Marianne, tu es ma résignation, mes échecs, mon ombre libre, tu es ma flamboyante obscurité.

Corinne s'est échappée de Rachel, Mandrake est Richard, La Rumeur est la voix sourde des Emouleuses, Dracula est mon Dracula, celui que j'étais à dix ans, allongée sous le banc de béton, saisissant au hasard la cheville d'un enfant qui jouait à prier pour mon salut.

Il n'y a pas d'enfant dans l'Appartement, pas d'enfant dans mes manuscrits-mondes, l'enfant c'est moi éternellement, vous êtes ensemble cet enfant complet.

Je compte que vous vous déployiez pour me donner le spectacle de mon épanouissement. Je coupe aujourd'hui solennellement le dense cordombilical-fibre optique qui nous maintenait dans le même corps cérébral.

Vivez ! Volez ! Créez ! Imaginez ! Inventez ! nous serons liés par la peau, par les yeux, par l'élan, le désir et la joie ! Envolez-vous, je saurai nous rassembler,

La Patronne