- Qu'est-ce que je fais là ? C'est pas ma salle d'op' !

Inquiet, très inquiet le gars en chasuble bleue, pantalon bleu, chaussons bleus, masque bleu sur la bouche et le nez, bizarre le Schtroumpf, il s'est trompé d'histoire ?

- Inquiet, non, je ne dirais pas que je suis inquiet, surpris oui.

- Oh! Précision, sang-froid, sûr de soi, vous êtes mon chirurgien !

- F.L. Le Chir' en effet. 

- Enchantée monsieur Effel.

- Faudrait m'indiquer la sortie, j'ai une opération en cours.

- Je sais, c'est moi que vous venez d'ouvrir.

- Très chère, dit Braise, pas de temps à perdre, libérez sans tarder ce charmant homme, il sera plus utile dans ses fonctions réelles que dans votre imaginaire.

- Qui sait, je réponds, moi je crois que j'ai besoin des deux, un chirurgien audacieux et un personnage poétique, il faut bien ça pour assurer ma vraie vie sans saborder ma liberté. A quoi bon vivre sans inventer, sans rêver, sans projeter mes mondes.

- Il a une bonne tête, dit Braise, je suis sûre qu'il n'enlèvera que l'indispensable.

- Mais l'indispensable je ne saurais m'en passer.

Noir, noir, blanc, noir, noir, rose, noir, noir, vie ?

Le chirurgien voyageur s'est envolé, il est revenu dans l'instant à ses affaires, les mains plongées dans mon sang.

- Mmmm dit Dracula, j'ai beau être devenu végan, le sang, l'odeur, les couleurs, le flux, la vitalité, oh oui ! je n'ai pas de regrets, je suis tout de même pris dans une mélancolique nostalgie... Ne craignez rien, Aimable Logeuse, Inventive Démiurge, il a su échouer ici et repartir sans mode d'emploi, c'est le parfait acteur de votre réalité.

- C'est vrai, d'ailleurs, endormie sur la table d'opération je suis en train de rêver que tout va bien.