26 mai 2010

Ouvrages de dames

Sabine et moi avons en commun une chirurgienne qui a dû tout faire toute seule. Les couturiers au moins ont des premières d'atelier, des petites mains et des mannequins de cabine.

Nous n'avions que nos seins, Sabine pour une réduction de cent-trente à quatre-vingt-quinze et moi pour une amputation anti cancer et reconstruction pro esthétique. 

- Il faudrait une pince, dit Sabine. Là, regarde, ce serait mieux non, et puis ici, oui, là, regarde mieux, là, oui, une reprise, non?

Elle a raison, je suis avec elle dans la cabine d'essayage, elle a raison, une pince,

- Ou bien, dis-donc, je dis, peut -être un soufflet plutôt, une pièce ici, oui, là en dessous, un soufflet pour donner un peu d'aisance, pris dans la couture.

- Ah oui, tu crois, peut-être, je sais pas.

Devant le miroir elle soulève un sein, puis l'autre.

- Oh pis non, une pince, c'est ça qu'il aurait fallu.

- Mais quand, mais quand, mais quand est-ce que les chirurgiens feront des stages chez les grands couturiers!?

- J'aurais pas eu les seins en portefeuille, dit Sabine, non j'te jure, on dirait la fiancée de Frankenstein.

- Moi j'ai une belle cicatrice, balafrée comme une écharpe de maire, Miss Cancer. Mais les dauphines ne se bousculent pas pour le titre.

Elle veut voir, je lui montre.

- Ah oui,  Sabine trouve  mes seins pas mal, sacrée cicatrice mais l'ensemble est harmonieux, c'est pas comme moi avec la peau en trop par là qui fait un bourrelet.

- Oui, une pince, c'est ça qu'il fallait. Mais toi tu peux mettre des soutiens gorge, moi je ne peux plus.

- Ben pourquoi ?

- Le tissu ne glisse plus sur ma peau, peut-être parce que la prothèse est toujours froide,  ou bien je ne sais pas quoi mais c'est toujours ondulé, pas moyen d'habiller ma balafre en dentelle.

- On devrait envoyer les anciennes de chez Lacroix dans les hôpitaux, dit Sabine sérieusement, comme consultantes coupe et couture au bloc opératoire.

- Alaïa aussi il fait bien.

- Alors là moi je veux bien défiler.

- Me to si c'est comme ça!


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09 avril 2010

N'importe qui

Marité

Cancer?  Non mais dis-donc, n'importe qui entre ici ?!

C'est pour ça qu'on met des verrous sur les portes, des codes, des interphones, pour ça qu'un jour j'habiterai un cinquantième étage sans ascenseur,  pour décourager les indésirables, y compris moi quand je n'aurai plus la force de monter ni de descendre pour acheter de quoi manger.

Je m'attendais à un commentaire du Sida: Coucou Cancer!
Salut les Copains! mais non.

Je m'attendais à un commentaire de Frédéric, comme Salopard! mais non.

Je m'attendais à un soutien ou à des excuses du Concierge.

Mon Sur Moi toujours prêt à censurer ne m'a envoyé aucun signe, ne m'a pas recommandé de ne pas ouvrir ma porte à n'importe qui.

Je m'attendais à être protégée malgré moi par quelqu'un, enfin, Quelqu'un qui de près comme de loin, veillerait sur moi.

Seule donc, face à cette saloperie de Cancer et tant pis, sans bouclier je l'affronte pour le foutre à la porte:
Salopard! Pourriture! Raclure d'Enfer! Assassin! Hypocrite Larve!
Retourne à tes origines térébrantes, dévore-toi toi-même !

Que le courroux du ciel allumé par mes vœux
Fasse pleuvoir sur toi un déluge de feu!... etc. etc.

Je ne devrais pas le tutoyer, mais on se connait bien, il est entré dans la famille et prétend aujourd'hui en faire partie:
Je ne veux plus te voir chez moi, tu as déjà presque tout mangé.

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08 avril 2010

Hop! Hop! Hop!

Moi je ne dis pas mon nom d'entrée, j'aime le suspense, j'aime trop la vie pour gâcher ses surprises.

C'est drôle d'entrer ici par la grande porte, je suis plutôt du genre discret moi, en général j'arrive sans m'annoncer, et puis doucement je me rassure et une fois au grand jour, je m'épanouis!

J'ai une grande qualité, je suis très sociable, je me plais avec tout le monde, je n'ai pas d'idéal ni d'a priori, franchement, pas l'ombre d'un soupçon de racisme ou de quelconque discrimination, j'aime les gens, tous les gens.
J'aime l'humanité, oh oui! Oh oui je l'aime, sans elle, je ne serais rien, partout j'ai ma place.

Je suis une bonne nature, je me satisfais de peu mais de beaucoup aussi, vraiment facile à vivre tant que ça dure, parce que vous savez ce que c'est, les relations humaines, qui peut dire c'est pour toujours?
Mais je ne me lasse jamais, jamais je ne désespère, toujours je repars au contact.

Je suis plein de vitalité, je suis gai, exubérant, je foisonne, je suis gorgé d'énergies, vraiment.

Je ne comprends pas pourquoi je suis si mal aimé, mais c'est comme ça, la vie est injuste.
Tant pis, je la prends comme elle est, je suis un gars optimiste, pour moi, tout va toujours bien.

Allez,  je peux vous le dire, de toute façon, une fois que vous saurez mon nom, je suis sûr que vous me reconnaitrez!

C'est moi! Le Cancer! Le vrai, le frais, l'universel, l'incontournable Cancer!


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