01 décembre 2011

Le Marché éclairant Le Progrès

C'est une fresque trouvée dans une grotte sous marine. On a pu la dater grâce à ses pigments très épais.

Leur matière est très riche en minéraux et éléments indégradables, les matériaux nucléaires notamment sont très présents, il s'agit sans aucun doute de la période qui va des années 1950 à 2050.

L'assemblée frémit, c'est un siècle dont il ne reste que très peu de traces, une découverte de cette ampleur est  un évènement unique.

A la base de la paroi qui porte la fresque, une séquence sémantique est inscrite: Le Marché éclairant Le Progrès.

L'orateur sourit et se tait, il n'a plus rien à dire.

L'assemblée est perplexe, le silence s'installe pour longtemps, Marché, éclairant, Progrès, quel peut être le sens de ces signes ?

Ceux de l'Appartement ricanent. Pas tous en réalité, Ceux-qui-savent ricanent, ça fait pas mal de monde. Je réalise à l'instant que la majorité de mes personnages sont des sachants.

Je suis bien embêtée, tous mes personnages sont plus intelligents que moi. Ils me disent tous: ça t'apprendra, bien fait pour toi, pour qui tu te prends.

- Alors quoi, je leur dis, mon histoire ne vaut rien parce que d'autres ont eu des idées avant moi ?

- C'est pas la question, répond Chauze, le légiste de l'Apocatastase.

- La question, dit Mani, c'est que La Planète des Singes, 1984, c'est très, très bon.

- La question, dit le pape aveugle (il vient du même manuscrit que Mani, il ressemble à l'acteur Michel Robin et Mani à Sami Frey vers trente ans), la question c'est de faire autre chose.

- C'est ça dit Troudup, c'est ça !

- C'est ça quoi, je lui réponds, c'est ça quoi , vous les avez lus ?

- Nan, qu'i dit le Troudup, j'ai vu les dessins animés, c'est vachement bien.

Pff, je me dis, c'est vraiment dur de vivre avec eux tous. Mani et le pape viennent du moyen âge, ils découvrent tout juste dans "Mani" que la terre tourne. Qu'ils aient pu lire 1984, et La Planète des Singes, c'est une distorsion temporelle inadmissible,  et qu'ils me reprochent de venir après Orwell et Pierre Boulle, c'est de la grande mauvaise foi, merdalors.

-  A propos de mauvaise foi, dit Dolstein, n'oubliez pas que c'est vous qui avez fait les règles.

Ah oui, je les ai faites, moi je les pense et vous les vivez. Je ne contrôle pas grand chose, le seul paramètre que je maîtrise c'est la naissance des nouveaux occupants. Et encore, les personnages évoluent sans moi, je n'avais pas prévu que Troudup  devinsse (tiens, prends ça) intelligent, à sa manière. (Sans compter ceux qu'ils pourraient ramener mais ils ne l'ont pas encore fait, fermez la parenthèse s'il vous plait, je préfère qu'ils ne lisent pas ça)

Michel Troudy alias Troudup était un archétype du con mais dès qu'il a eu la liberté de ses actes et de ses pensées, grâce à l'Appartement, il s'est mis à penser son existence. Heureusement que les manuscrits sont bouclés sinon, il pourrait s'échapper de son personnage et mes livres se déferaient tout seuls.

Au fait, la grotte sous-marine, ce n'est pas une grotte sous-marine, c'est le un pour cent culturel d'une entreprise du CAC 40 (qu'est-ce que ça peut bien pouvoir dire ces signes ?). La fresque couvre tous les murs du hall du siège social rue Simon-Crubellier à Paris. Rachel Zukolowsky, qui vit dans "Des Voies Obscures", traduit des modes d'emploi pour cette Société Anonyme.

C'est pas de ma faute si ça existe, ça existe et c'est tout, je ne suis pas responsable de l'invention du monde, c'était déjà là.

 

Posté par Marite de Vos à 00:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


15 juillet 2010

Crapauds, vipères, and so on.

- Les héros négatifs, dit Paulette Dolstein, ne sont ni des paradoxes ni des oxymores. Ce sont des personnalités clivées, non par leur besoin ou leur pathologie mais par ceux de leurs contempteurs.

- Je ne comprends rien, dit Troudup, allongé sur le divan, Léon en train de copiner avec les grands chiens noirs de la Dame.

- Cela n'a aucune importance que vous ne compreniez rien, cela en aurait, par contre, que vous compreniez.

- Wohou, grommelle-t-il, je vais finir par en avoir marre vous savez.

- C'est le travail de la cure mon cher, quand vous en aurez fini de ne rien comprendre, vous comprendrez.

- Et ça me fera une belle jambe.

- Vous ne viendrez plus.

- Je serais guéri?

- Il faudrait d'abord que vous soyez malade.

- Je ne suis pas malade?

- A vous de voir.

- Et c'est reparti !

Carabosse, confortablement installée dans le lustre du cabinet de consultation de Dolstein écoute attentivement. Elle comprend, elle.

C'est simple de son point de vue, elle est moche, elle est vieille, elle fait peur aux adultes comme aux enfants et elle a du temps: elle est la méchante.

C'est pourquoi elle organise des séminaires auxquels assistent de belles assemblées.

Pour la dernière édition, on a projeté en ouverture Le Magicien d'Oz, un  grand drame sorcier. On a pu remarquer la présence des sœurs de Cendrillon, Anastasie et Javotte, de la belle-mère de Blanche-neige, d'Eponine et Azelma, Artémise et Cunégonde, les sœurs Fenouillard (qui ne sont pas à proprement parler des héroïnes négatives), de goules et de vampires et, discrète note masculine, le Génie de la lampe d'Aladin entouré de quelques effrits des Mille et Une Nuits.

On a pu entendre des oratrices comme la femme de l'Ogre du Petit Poucet, la Reine des Neiges de Kay et Gerda ou la sorcière gastronome de Hansel et Gretel.

Tous ces négatifs officiels ont discouru sur la Psychanalyse des Contes de Fées, de Bruno Bettelheim, la nouvelle cuisine et les sortilèges alternatifs.

Ils ne sont pas d'accord entre eux, mais intervenants et participants s'entendent sur l'injustice du jugement toujours renouvelé et toujours critique sur leurs personnes.

- Les siècles passent et rien ne change, résume Dolstein, invitée d'honneur, ce qui prouve l'ouverture d'esprit de Carabosse, une humaine en guest star, tout le monde n'en a pas.

- Ben oui, approuve l'andouille qui n'a pas su contrecarrer le sort de Carabosse sur la Belle au Bois Dormant. Je suis trop sévèrement jugée alors que j'ai fait de mon mieux avec des moyens de débutante. Mais personne ne connait mon nom, ça laisse un peu d'espoir.

- Pourquoi, lance Carabosse à la tribune, n'avons-nous pas droit à la compassion, à la pitié, à la rédemption ?

- Rédemption mon cul, répond Zazie, vous êtes trop moches et trop vieux.

Elle inaugure cette année le Café  Sorcellerie sur le thème retournement de situation.

Chez les HN (Héros Négatif) on veut savoir comment cette sale gosse a réussi à figurer en personnage sympathique alors que c'est une teigne mal élevée. Le portrait craché, et ce n'est pas une image, de Carabosse enfant.

Troudup s'en fout, il s'est endormi comme d'habitude.

Quelqu'un au fond de lui protège sa relation avec Dolstein-maman, et pour ça, comme elle vient de le rappeler, il n'a qu'une seule solution, ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire, s'échapper bien avant d'être sur le point de comprendre quelque chose.


Posté par Marite de Vos à 16:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

09 juillet 2010

Daube de fées

Javotte dit à Anastasie,

- On peut dire qu'on s'en est drôlement bien sorties.

- C'est justement ce que je pense, répond Anastasie, parce que si tu compares, ouh la la!

- Oh oui! C'est facile de dire ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants, mais après, il y a tous les jours.

- Qui aurait cru que ce Prince Charmamt changerait à ce point!

- Mais que la Cendrillon tournerait mégère! ricane Javotte, on le savait, mais on était les seules à le savoir.

- Une si gentille fille.

- Ah! Ah! Ah! A!

- Quand même, dit Anastasie, on a dû marner sec, ça ne s'est pas fait...

- ... d'un coup de baguette magique, hein!

Je les écoutais en silence mais je suis intervenue.

- Je suis curieuse, vous avez les avez réussies comment, vos vies ?

Javotte alors de me raconter sa carrière débutée dans l'obscurité, c'est le cas de le dire,

- J'étais technicienne de surface dans un parking, pendant qu'Anastasie accumulait les petits boulots en interim,

- Comme tu dis, hôtesse, caissière, distributrice de tracts, toiletteuse pour chiens et encore bien d'autres pas mieux payés.

- Pour faire court, continue Javotte, on n'a pas eu le choix mais on a eu de la chance, je suis devenue caissière du parking, gérante, directrice du développement et aujourd'hui, PDG du groupe Rembrandt International Parking's.

- Et moi, dit Anastasie, j'en ai eu assez des CDD, j'ai vendu des sandwiches mais comme je ne savais même pas faire une mayonnaise, j'ai dû apprendre la cuisine. J'ai ouvert un petit restaurant, puis un moyen et puis un grand, j'ai rencontré plein de gens intéressants, et voilà quoi!

- Je n'aurais jamais cru que vous pouviez changer autant, et en bien.

Pfff, soupire Javotte, et Anastasie me regarde avec commisération.

- C'est terrible les rumeurs, nous n'avons jamais été des harpies, ni jalouses, ni mauvaises!

- Au contraire, dit Anastasie, c'est Cendrillon. Elle a un caractère de cochon, elle est bête à pleurer, même pas bonne à rien, on a tout essayé pour lui toruver uen occupation, le ménage elle s'en tirait mal, mais elle était "si" jolie.

- Et elle pleurait sur commande, ajoute Javotte, déjà toute petite c'était une pure manipulatrice. Bref, elle n'a eu aucun mal à nous écarter.

- On était toutes amoureuse du Prince, et pas seulement nous, dit Anastasie, toutes les célibataires en rêvaient.

- Bien sûr, avec la campagne média autour du casting de ce mariage, on aurait eu du mal à vouloir autre chose. Cendrillon a remporté le gros lot, parce qu'elle était la plus jolie, ça c'est vrai. Mais elle est restée molle, et le mariage ne l'a pas rendue plus intelligente.

- Côté vie privée, dit Javotte, on n'a pas eu mieux que les autres.

- Ah oui, dit Anastasie, on a été jeunes et seules, moins jeunes et seules, pas jeunes et seules. On n'était pas jolies et ça console.

- Parce que les jolies, commente Javotte, se reprochent tout. Puisqu'elles sont jolies c'est que le problème est ailleurs.

- Elles se croient trop bêtes

- Trop naïves

- Trop pauvres

- Trop ci et ça

- Et c'est sans fin.

- Nous, on est comme on est, seules aujourd'hui comme hier mais nous nous avons l'une l'autre.

- Je suppose, dit Javotte, que Cendrillon est heureuse entre son alcoolisme mondain, son mari mou du genou et leurs sept enfants.

- Oh ben moi, dit Anastasie, je m'en contenterais, les garden partie chez Blanche Neige, les vacances d'hiver chez Aladin et Jasmine, l'été au Pôle avec le Père Noël, c'est pas si mal.

- Comme quoi, disent-elles, les contes de fées c'est de la daube, la méchanceté, la bêtise et l'hypocrisie ne sont pas toujours punies.


Posté par Marite de Vos à 11:39 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

18 avril 2010

Toute puissance de l'auteur

Après ce tout petit échange avec Joseph, Alice a un coup de blues.

Assise à son bureau face à son écran noir, elle est abandonnée à elle-même une fois de plus, elle pleurerait bien, elle pleure un peu.

Comme elle a installé son bureau en face d'un grand miroir, elle se voit si triste, comme elle est bien triste! Elle ébouriffe ses cheveux, ça rajeunit, elle essuie trois larmes, elle se met du  mascara, du rouge aux lèvres, et alors, elle ne sait pas d'où ça lui vient, elle éclate de rire.

Abandonnée à moi-même ce n'est pas une telle punition, dit-elle au miroir qui lui vient de son père.

Puisque c'est comme ça elle fait une énorme tarte Tatin, caramélisée, fondante, qui embaume tout l'escalier de son immeuble, rue de Bagnolet.

Au moment où elle la sort du four, tous les voisins sont à la porte, emballés par la bonne odeur.

Ils ont apporté du thé, du café, et une bouteille de champagne, dit Albert, ce monsieur du troisième, qu'Alice avait remarqué, qui est charmant vraiment, enfin, elle est charmée, et il ajoute, je vais la mettre au frais, elle sera bien  tout à l'heure.

Alice sort les assiettes à dessert, les fourchettes à gâteau, on déguste la tarte, on félicite et se réjouit, puis tout le monde s'en va. Sauf Albert qui va chercher la bouteille au frais pendant qu'Alice sort deux flûtes.

Ils s'assoient sur sa petite terrasse pour boire le champagne.

C'est du Ruinart.

Du Ruinart dit Alice?

Oui je réponds, moi, l'auteur, parce que le Ruinart, c'est mon champagne préféré.

Mais Albert n'a rien entendu, Alice s'en rend bien compte, parce qu'il est un personnage secondaire, dont on ne sait pas encore s'il va s'installer dans l'histoire.

Alice me coule un regard pressant, oh oui! dit son regard, faites-en un personnage de premier plan, s'il vous plait.

Alors bon, oui, je vais lui faire une vie, et je promets après ça de ne plus m'en mêler.

Albert Schwantz, 48 ans, son métier c'est jardinier de balcons et terrasses, divorcé depuis cinq ans, il aime le rock, la chanson française, les soirées entre amis et les vacances gaies.

Il a repéré Alice il y a un bon moment, il attendait une occasion favorable.

C'est fait.


Posté par Marite de Vos à 21:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :