28 janvier 2019

Schizo

Bénin se sent chez lui dans l'Appartement, tout le monde l'aime bien.

- Oh pas tout l'monde, le Chir' et moi on a du mal, pourtant, on est faits pour s'entendre. Quand il me voit pas je lui manque, quand il me voit il se réjouit mais je le sens méfiant voire déçu, il préfère le rôle du héros, du Sauveur qui arrache le patient aux griffes du démon.

- Vous croyez je dis, pour entretenir la conversation, Bénin je le trouve un peu fade.

- Vous dites ça aujourd'hui mais quand vous serez au bloc, vous me trouverez séduisant.

- Finalement vous êtes plutôt malin.

- Vaudrait mieux pas, le malin c'est excitant mais avec lui ça finit toujours mal.

- Vous êtes Bénin de naissance ?

- Je suis né comme ça mais...

- Mais quoi ?

- Je suis pas stable, un jour Bénin, un jour Malin, je trompe le monde.

- C'est pour ça que Le Chir'...

- Je le rends parano.

- Je comprends ça, vous n'êtes pas rassurant...

- Eh non ! Hahahaha !!!

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25 janvier 2019

Intrusion ? Protusion ? Extrusion !!!

- Qu'est-ce que je fais là ? C'est pas ma salle d'op' !

Inquiet, très inquiet le gars en chasuble bleue, pantalon bleu, chaussons bleus, masque bleu sur la bouche et le nez, bizarre le Schtroumpf, il s'est trompé d'histoire ?

- Inquiet, non, je ne dirais pas que je suis inquiet, surpris oui.

- Oh! Précision, sang-froid, sûr de soi, vous êtes mon chirurgien !

- F.L. Le Chir' en effet. 

- Enchantée monsieur Effel.

- Faudrait m'indiquer la sortie, j'ai une opération en cours.

- Je sais, c'est moi que vous venez d'ouvrir.

- Très chère, dit Braise, pas de temps à perdre, libérez sans tarder ce charmant homme, il sera plus utile dans ses fonctions réelles que dans votre imaginaire.

- Qui sait, je réponds, moi je crois que j'ai besoin des deux, un chirurgien audacieux et un personnage poétique, il faut bien ça pour assurer ma vraie vie sans saborder ma liberté. A quoi bon vivre sans inventer, sans rêver, sans projeter mes mondes.

- Il a une bonne tête, dit Braise, je suis sûre qu'il n'enlèvera que l'indispensable.

- Mais l'indispensable je ne saurais m'en passer.

Noir, noir, blanc, noir, noir, rose, noir, noir, vie ?

Le chirurgien voyageur s'est envolé, il est revenu dans l'instant à ses affaires, les mains plongées dans mon sang.

- Mmmm dit Dracula, j'ai beau être devenu végan, le sang, l'odeur, les couleurs, le flux, la vitalité, oh oui ! je n'ai pas de regrets, je suis tout de même pris dans une mélancolique nostalgie... Ne craignez rien, Aimable Logeuse, Inventive Démiurge, il a su échouer ici et repartir sans mode d'emploi, c'est le parfait acteur de votre réalité.

- C'est vrai, d'ailleurs, endormie sur la table d'opération je suis en train de rêver que tout va bien.

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10 janvier 2019

Comme un Lego

- Bonjour, je m'appelle James et je suis un robot.

- Bonjour James, répond en choeur la chorale des Gens de l'Appartement.

- Je viens ici témoigner de mon existence mais étant seul de mon espèce je ne rencontrerai pas d'écho.

- A peine arrivé déjà mégalo !

James cherche d'où vient cette voix éraillée avec autant d'agacement que d'espoir, aurait-il un alter ego ? Mais il ne voit rien de ce genre dans la salle du Petit Renard, pleine de toute sorte de gens, de bêtes, d'expressions diverses, d'origines variées, un monde entier mais pas d'autre comme lui.

- Tu parles, ici rien ne marche sans robots, s'il n'y avait que toi, on serait dans la mouise.

- Comme c'est curieux dit James, qui dit mouise aujourd'hui ?

- Moi je dis qu'on serait dans la mouise et la panade, je dis que sans nous c'est la Bérézina, le désert, le Moyen Age, l'Inconnu, le Néant de l'Impensé. Je dis ce que je veux.

Cette fois, James a attrapé du coin de l'objectif gauche les diodes clignotantes de la machine à café qui lui parle, il est déçu et soulagé, non ce n'est pas un robot comme  lui, c'est un bot de premier niveau.

- Premier niveau mon arrière, moi je fais le café et j'sèche les tasses.

- Je fais le café, les courses et la cuisine, le ménage et le jardin, je répare les voitures, les chaudières, tout corps et toute mécanique, entre autres activités, d'ailleurs machine à café, tu as besoin d'un détartrage et d'une révision, tu fuis, tu perds ta puissance et ton café n'est pas bon.

- Merdalors, dit Le Souche, v'là qu'les machines parlent entre elles sans nous calculer !

- Ta gueule l'enclume, dit Troudup, dans les deux y en a une qu'est pas une machine. James, vous êtes quoi, une personne mécanique, ou bien ? 

- Oui James, dit Astrid, vous êtes un quoi ou un qui ?

Corinne Mars ne dit rien, elle est déjà amoureuse du beau gosse qui vient de se présenter, confusément elle pense à Pinocchio, elle ne sait pas pourquoi.

- A vrai dire, dit James, je compte peut-être sur vous autres pour m'éclairer sur ce point.

Je suis vexée, si quelqu'un peut c'est moi La Taulière, moi qui suis en train de l'écrire dans 11h03, titre provisoire. James n'est pas un robot est un robot, James n'est pas un homme est un homme, James est, cela devrait suffire.

- Voilà le fond, dit James, être ou ne pas être ce n'est pas la question. 

Je suis surprise, j'oublie toujours qu'il est télépathe.

Je croyais que vous étiez celle qui sait, celle qui peut, la Dieu de l'Appartement.

Je le crois aussi de temps en temps mais je ne suis que l'étincelle, c'est vous tous la Chose qui brûle.

C'est vrai, pense James, si je n'avais pas d'Ego la Machine à café ne m'aurait pas piqué au vif et gonflé l'ego. 

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08 janvier 2019

Damned, ils sont là !

Aucune préméditation, mon retour de clavier n'est pas le fruit d'une bonne résolution, je constate que n'en prendre aucune produit de beaux effets, à preuve ma présence dans l'Appartement.

Or donc, chemin faisant je me suis demandée si Troudup allait bien, s'il rêvait toujours, si Léon l'accompagnait dans ses aventures Batbourgeoises, si le Petit Renard avait pris des vacances, si Astrid avait tracé les destins dans son ciel personnel, si, si, si et si...

Je saurais ça bientôt, maintenant que le désir de l'Appartement est revenu c'est le printemps permanent.

- Dites-donc Là-Haut ! Faudrait pas croire que parce que vous avez inventé l'eau chaude vous pouvez aller et venir ci comme chez vous ! dit Corinne Mars, un peu grise mais allumée par le fluo de son gilet rose.

- Batbourg est l'eau chaude que j'aurais inventée ?

- Ben, dit l'Achille Souche, ben oui ! Sans La Taulière pas de Batbourg sans Batbourg pas d'Appartement sans Appartement pas de Gens de l'Appartement.

- Heu là ! La Souche respire, tu vas attraper l'AVC, bois donc plutôt une goulée de café à la gnôle. 

- Merci mais non, et entre nous Corinne, tu devrais lever le pied sur la gnôle, ça commence à se voir.

- Comment, qu'est-ce qui se voit ? Qui croit quoi ? dit Corinne, en se redressant elle ajuste son gilet, regarde autour d'elle en remplaçant une mèche fraîchement blonde et c'est vrai qu'elle redevient à l'instant  la jolie Corinne Mars que j'ai laissée, un peu...

- Un peu quoi ?

- Un peu rien de désagréable Corinne, tout va bien, mais tu sais,

- On s'tutoie ?

- Moi je peux, et toi, tu fais ce que tu veux, tu sais donc, Corinne de toujours, qu'à Batbourg il n'y a pas de rond point, rien à bloquer, chacun invente ses tabous et en use à sa convenance, ou pas.

- Ah ça oui, je n'aime pas le jaune mais le rose fait aussi bien et je dirai ce que je veux quand je veux. Bloquer les rond point, c'est bien quand il y en a, ici je bloquerai les beaux gars et les jolies femmes, je coincerai les moches et les cons, je prendrai l'air et le temps de causer et de rigoler.

Mmmm, ça sent la bonne odeur de la vie des Gens d'Ici, ils ne se sont pas éteints pendant ma coupable absence, pas desséchés, pas dévitalisés, ils ne sont pas partis voir ailleurs, ils sont restés eux-mêmes sans effort, merci Les Gens !

- Pourquoi coupable ? dit Troudup de retour de Carrhaix-dans-l'Oigne, alors quoi, on profite que chuis en vacances pour revenir en lousdé ? Eh ben ça, c'est une sacrée drôle de crénom d'Bon Dieu d'bonne idée !!!

 

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08 septembre 2017

Hello ma bande !

Chers vous-moi,

Je ne vous oublie pas, vous vivez dans votre monde quand je n'y suis pas.

Mais je ne suis pas sans vous, je suis avant vous, dans l'espace de votre invention, là où, sous forme de rêves, de croyances, d'espoirs et de contraintes, vous êtes nés. Dans mon enfance.

Troudup, tu es un avatar de ce type de Richebourg mais tu es devenu la représentation d'un visage de mon père.

Léon, tu es tous les chiens de ma famille, tous ses oiseaux aussi et le dinosaure qui tous les soirs venait me rassurer dans mon lit. Il passait sa tête par la fenêtre du quatrième étage, son long cou la menait jusqu'au lit superposé, celui du haut où je l'attendais. C'est pourquoi tu sais parler.

Braise tu es moi et ma mère en moi.

Marianne, tu es ma résignation, mes échecs, mon ombre libre, tu es ma flamboyante obscurité.

Corinne s'est échappée de Rachel, Mandrake est Richard, La Rumeur est la voix sourde des Emouleuses, Dracula est mon Dracula, celui que j'étais à dix ans, allongée sous le banc de béton, saisissant au hasard la cheville d'un enfant qui jouait à prier pour mon salut.

Il n'y a pas d'enfant dans l'Appartement, pas d'enfant dans mes manuscrits-mondes, l'enfant c'est moi éternellement, vous êtes ensemble cet enfant complet.

Je compte que vous vous déployiez pour me donner le spectacle de mon épanouissement. Je coupe aujourd'hui solennellement le dense cordombilical-fibre optique qui nous maintenait dans le même corps cérébral.

Vivez ! Volez ! Créez ! Imaginez ! Inventez ! nous serons liés par la peau, par les yeux, par l'élan, le désir et la joie ! Envolez-vous, je saurai nous rassembler,

La Patronne 

 

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22 juin 2017

Quarante douze degrés dans la tête

Chaud, chaud, ai chaud, suis chaud, chaud.

Chaud, tout s'évapore, la sueur, les pensées, la salive, les larmes, tout s'envole en séchant.

Bizarre je m'dis, les Gens de l'Appartement sont évaporés eux aussi ?

Non je me dis, mais je ne les entends pas, je ne les vois pas, pourtant si, je les sens.

L'évaporation les a littéralement concrétisés, ils sont devenus petits cailloux, perles rondes, épines de pierre, ils communiquent dans une langue minérale que je ne comprends guère, moi j'ai trop d'eau dans le corps, mon cerveau irrigué ne bout pas, il soupire.

Et tiens justement, chaque soupir produit une bulle de vie qui sèche instantanément mais l'air, hein, l'air ? C'est vivant ça, c'est quelque chose ça, l'air.

Ils sont là, en suspension, leurs esprits échappés de leurs corps déshydratés, ils attendent l'embellie, la pluie, l'eau.

Ne vous inquiétez plus Les Gens, je ne vous laisse pas tomber.

J'insuffle la pensée de l'eau,  ça vous suffit pour frétiller, vous gonfler d'humidité, rejoindre vos corps redevenus pulpeux, vous respirez à nouveau, la vie reprend dans vos mots, dans vos manuscrits, tout reprend espoir.

- Tu causes, tu causes, tu ferais mieux d'écrire.

- T'as raison mon Troudup, ouvre le Petit Renard, Nono, sors les glaçons, les boissons fraîches, de l'eau, de l'eau, des bulles, de la bière, c'est ma tournée !

Et que tous Les Gens de tous les manuscrits affluent à Batbourg !

- Ah quand même, dit Nono, elle a mis du temps, La Patronne, à payer son coup !

Une foule fleurit instantanément au bar, dans la salle, sur les terrasses ombragées, Corinne Mars, Marianne Defair, Le Souche et Laprune passent derrière le comptoir pour aider Nono et c'est parti, tout le monde revit, ça fuse et ça pousse comme les fleurs dans le désert sous l'averse miraculeuse, et tiens, j'ajoute des ventilateurs géants au plafond, Nono y suspend des grands sacs Ikea pleins de glaçons dans un peu d'eau salée, fraîcheur, fraîcheur.

- Merci La Taulière ! dit La Rumeur, Merci disent tous les Gens de l'Appartement.

- De rien, c'est enfin ma tournée.

 

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26 septembre 2016

Sésame !!! Merde, quoi Sésame !!!

La Porte de l'Appartement est fermée.

On dirait qu'elle est coincée, ça ne s'ouvre plus. 

Merdalors, j'allais, sans intention particulière, quand je me suis aperçue que La Porte ne s'ouvrait plus ! 

J'ai fait intervenir Le Grand Serrurier.

- Mais depuis quand doit-on passer par la porte ?

- Depuis qu'une certaine Taulière a mis les bouts, eh ! Lâcheuse ! dit Troudup, très fâché dis-donc.

- Un peu que j'ai les boules, se faire effacer par son auteur, c'est dégueulasse, chu orphelin depuis des mois! De sa mère, on s'remet, mais de son Créateur ! C'est pas humain. Des mois qu'ici les mots n'existent plus, des mois de silence, des mois que dans l'Appartement personne peut plus moufter. 

- POURQUOI??! Pourquoi ? dit la Rumeur.

- Pardon, je dis, je ne sais pas pourquoi. Je ne sais pas ce qui s'est passé.

- Jure que tu l'f'ras plus, jure ! dit Troudup encore furieux.

- Je ne peux pas, je ne sais pas si je recommencerai ou non.

- Bon tant pis, on la reprend la Pomponnette, dit Troudup plus fâché du tout. 

- Vous nous avez manqué, très chère, dit Dracula.

- Infiniment, dit Braise

Et tous les Gens de l'Appartement de gronder autour de moi comme une marée qui monte en bouillonnant un soir d'orage.

- Ils m'ont manqué aussi, je m'en rends compte à l'instant où j'écris ces lignes, à un point que je n'imaginais pas. Quelle est donc cette chose qui m'a prise et éloignée de vous, et d'abord de moi-même ?

 

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15 janvier 2016

Perdus Pas Perdus

- Tiens, dit Mandrake, content d’apparaître au comptoir du Petit Renard, j’ai réussi ma téléportation du premier coup, c’est nouveau !

- Ne te réjouis pas trop vite, dit Caliban qui n’est pas surpris de débarquer dans un bar de fiction, parce que Caliban rien ne l’étonne, c’est pas toi, y a un truc.

- Le truc dit Troudup, c’est ma porte.

- Putain la vache, dit Nono, c’est vrai, putain de putain, ils passent par ta porte !

- Si ça s’trouve dit Troudup, on fait venir qui on veut.

- Quand même, dit Nono, j’ai pas envie que mon rade devienne un hall de gare.

- T’as raison dit Troudup, j’mets l’verrou et j’branche l’alarme

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14 janvier 2016

Dans l'Appartement coule La Scène

- Je me demande si j’ai bien fait de prendre ce train, dit Gena.

Braise devrait être surprise, c’est la première apparition de Gena dans l’Appartement, au contraire, il lui semble qu’elle la reconnait.

- C’est une question qu’on finit toujours par se poser. Normalement.

- ça ne me donne pas de réponse

- Y’a pas d’réponse.

- Pourtant dans ce miroir, on dirait moi.

- C’est parce que je suis de l’autre côté?

- Je me vois en vous.

- Avec trente ans de moins quand même.

- Les actrices font toujours moins.

- C’est bizarre… Braise pense tout haut.

- Quoi ?

- ça ne me dérange pas, vous c’est moi, dans trente ans.

- Curieux c’est vrai, je me vois avant

- Et je me vois après

- Nous n’avons pas de présent.

- Le présent c’est la Scène.

- Nous sommes dans le présent éternel

- Dans l’Appartement, le temps n’a pas cours.

- Je me demande pourquoi je ne suis pas venue avant.

 

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06 janvier 2016

La Porte (ou Topologie désorthodoxe)

- Ta porte, là, tu la décolles de cont’e le comptoir, dit Nono, et pis tu l’ouvres s’il te plait, que les clients puissent entrer.

- C’est la porte de chez moi, dit Troudup, si j' l’ouvre c’est chez moi ki vont débarquer.

- Qu’est-ce qu’elle fait là alors ?

- J’en ai marre qu’on s’pointe à ma porte quand chu pas là. Alors j’l’emporte.

- Pas con.

- Eh ! Y en a là-dedans.

- Ferme-là donc à clé qu’on soit peinards.

- T’as raison c’est pu l’heure des visites. Izonka v’nir au bistrot.

- Voilà.

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