27 mai 2011

Héroïque fantaisie

Schyzophrénie civile.

Louka n'est pas d'accord avec le titre au dessus mais elle ne dit rien. Elle range le dossier rose anthracite sur lequel est écrit en noir satiné le mot Taulière, et elle s'attable au bureau avec le Professeur Übernix.

Monsieur Troudy est moins délicat, il est comme ça Troudup, tout en sensation.

- C'est quoi c'turbin ? Ê m'fout d'ma gueule la cafetière, euh, la Taulière ?   J't'en foutrais des fyzokrénie civile ? 

Dolstein sourit, elle est Troudy-sensible, sans quoi elle ne le recevrait pas deux fois par semaine depuis des années. Mais elle reste neutre, lacanienne frigide pense Übernix, Carabosse pense Louka pendant que Troudy ne pense rien, comme d'habitude.

- Qui est schyzo ici ? demande Braise.

- Certainement pas nous, disent les gens de l'Appartement.

- Messieurs, mesdames, mesdemoiselles, jeunes gens, tous les particuliers de l'Appartement dont Léon, les nains de jardin, le lombric de Marianne (qui n'est jamais venu mais que je sens se tortiller tout de même dans l'Appartement) et tous les autres, c'est bien sûr de moi qu'il est question.

- La Taulière ?

-  Qu'est-ce qui se passe ici ? demande Fabienne Berman qui ne comptait pas passer mais qui a été emportée par l'arrivée en masse des Gens de l'Appartement.

C'est Louka qui répond sur l'indication du professeur Übernix

- La Patronne prend des vacances.

- Oh ben, dit la Myrtille Souche, y avait pas besoin d'un dictionnaire pour nous chanter ça.

- Ah ben oui, franchement, dit Astrid, et son mari le docteur hoche la tête, franchement !

- Ce qu'il y a dit Ragazzi, ou plutôt ce qui manque ici, c'est le contre pouvoir.

- Contre pour voir ? dit Corinne Mars en se collant à lui.

- La presse, l'oeil du Grand Autre lui répond Robert Dieu.

- Arrêtez les digressions, laissez-moi faire mon annonce !

Ils se taisent enfin mes bavards.

- Schyzo Civile, ni religieuse, ni militaire, laïque et non systématique, moi sans uniforme et sans sur moi (censure-moi, je ne peux pas m'en empêcher), sans dogme ni doctrine. Moi-Celle-Qui-Ecrit, je me suis engagée dans un manuscrit de longue haleine à longue alène. Les autres Celles-Qui assureront l'interim de la Régence.

- C'est tout ? la rumeur les enrobe tous, ils craignaient un abandon, la démission. Ils avaient peur que Marité de Vos K. les lâche. Au contraire, elle les lâche.

- Bref, dit Celle-Qui-Coud entourée d'un petit bataillon de Celles-Qui, souriantes et pas du tout prise de tête comme la Marité de Vos K. qui écrit, qui pense et qui pèse trois tonnes, bref, nous prenons la Régence du Blog, l'Appartement est à nous. Première décision, réaménagement du grand salon. Dès demain, visite de l'Atelier.

Ils ont tous un vague sourire incrédule. Braise passe son bras sous celui de Dracula, Fabiola prend discrètement la main de Dolstein, Ragazzi se rapproche de Corinne, le lombric change de poche et moi je me réjouis de me laisser la place.

Il n'y a qu'Übernix pour songer que le contraire de Schyzophrénie Civile c'est Fantaisie Militaire.

 

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09 mai 2011

Education sentimentale

Paul est passé ce week-end.

Je ne le comptais pas parmi les Gens de l'Appartement parce qu'il ne vient pas d'un manuscrit. Qui ne vient pas d'un manuscrit n'est pas un personnage pensais-je stupidement.

Paul mène une vie secrète dans un sac, c'est un animal de sac.

Il s'est posé tranquillement sur une étagère, il avait des questions, sur la littérature, comment écrire, jusqu'où aller, par quels moyens. Moi, je ne voyais pas quoi lui dire.

Mais nous avons vite compris tous les deux que sa demande n'était pas du tout de cet ordre.


00003

Ce qu'il venait vraiment chercher dans L'Appartement c'est un sens à sa vie, et même le sens de la vie et d'abord, l'amour, c'est quoi l'Amour, c'est quand c'est où c'est qui ?


00004

Quelques éléments de réponse l'ont laissé sur sa faim. Quelle voie choisir, Jane Austen, San Antonio ?

Je ne réponds pas à ce genre de question. Ils ne sont pas là pour mon éducation sentimentale mais pour le style.

 

Austen et Antonio bordent un univers dans lequel je trace ma ligne.

Ça ne faisait pas l'affaire de Paul, perplexe devant une supposée révélation qui ajoutait des questions sans répondre à rien.

Paul, peux-tu appréhender la complexité de la vie ?

00005

Il y a un temps pour Jane Austen, et un temps pour San Antonio.

La fréquentation de Bérurier pourrait faire grand bien à cette cruche de Fanny Price qui est très, très, énervante.

Il l'assouplirait, il lui donnerait le sens de la relativité, et un peu d'humour si possible. Ah! de l'humour! C'est trop demander à Fanny Price.

Paul est-il trop jeune ou trop chiffon pour comprendre la frustration? Pour ne pas s'effrayer de la perspective de l'acte ?


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09 avril 2011

Ya Basta

Oui et ben non.

Moi je dis ça suffit, y a basta. Je vais reprendre l'affaire en main, ça ira plus vite, et dans la bonne direction.

Je constate que la Taulière est en train de virer métapsychanalycoblabla.

Dans le premier chapitre de L'Apocatastase des Cons, elle m'a fait nommer au BAB (Bureau des Affaires Bizarres) par le préfet de police, je me sens le profil pour enquêter sur sa Non-Near-Death-Experience.

Et vérifier son état mental.

Au vu des derniers commentaires, on peut se demander s'il n'y a pas eu excès d'opiacés, overdose de morphine, et penchant exagéré pour les sédatifs de compétition.

Je me fiche qu'elle soit saine d'esprit, elle ne l'a jamais été, ni qu'elle soit dans la norme, quelle norme ? Mais si elle a passé la ligne, elle peut nous balancer, Nous les Gens de l'Appartement, dans des histoires tordues, nous déménager dans des mondes glauques ou (trop) déjantés. Elle n'a qu'à l'écrire pour nous le faire vivre. Moi je dis gaffe, il y a danger.

- Enfin dit Braise, on prend les choses en main. Depuis qu'elle est revenue, nous nous attendons à tout, Dracula s'est terré dans sa crypte, de peur de faire le mal, Rachel a pris dix kilos de stress et moi, je ne dors plus.

- Tu ne dors jamais, tu es un personnage qui vit la nuit, le jour, tu ondules entre les lignes.

- Façon de parler. Les vrais gens font ça, Louka,  ils enfilent les mots et en font des expressions sans odeur.

- Vrais gens mon cul

- Tiens, Troudup, dit Louka, ça faisait longtemps.

- Ouais ben, mon cul aussi pour longtemps. Elle a raison la Braise, on peut pas attendre que la Taulière nous rectifie les habitudes. Dans l'état qu'elle est, on risque le pire. Juste quand j'ai enfin réussi à me remettre à boire, c'est pas le moment qu'elle vienne secouer la ruche.

- Pourquoi, demande Alice, pourquoi pas faire appel aux médecins qu'elle a créés? Le docteur Dolstein, ou le docteur Chauze?

- Dolstein, oui, je vais aller la voir, répond Louka, mais pour Chauze, j'hésite, c'est  un légiste, je vais attendre que la Taulière soit morte pour la faire autopsier.

- Ehh! Ehh! Ah ouais, ehh y a aussi Tayeurt qu'est docteur, i r'çoit nuitéjour, on dort vachement bien sur sa table d'examen.

- Merci Troudup, mais je vais chercher des lumières, pas des mal comprenants.

- Hein ? Quoi ? Kess' kelle dit celle-ci?

- Elle dit, traduit Alice sur un ton très doux, qu'elle préfère s'adresser au Bon Dieu qu'à ses crétins.

Nous la Trinité, moi, je et mon soi, alias La Taulière Atteinte, je les comprends et finalement, j'attends d'eux qu'ils me sortent de là, il ne fait aucun doute qu'ils sont ma solution.

Pour l'heure, je vais entrer dans la peau de Celle-Qui-Crochète et croiser les fils en suivant les diagrammes au signe près, et puis profiter de ma traversée du  Grand Vague pour n'être que le Dieu des Issus. Ils rêvent en Moi leurs maisons, leur village et leur éternité.

En Vérité je vous le dis, ils auront ce qu'ils espèrent.

- Oh là là, disent les gens de l'Appartement, ça ne s'arrange pas, il ne faut pas tarder à s'en occuper.

 

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01 avril 2011

La vie, pas la mort.

Je suis Marité de Vos K.

Bien que je vive dans l'Appartement avec les autres Gens, moi je suis une vraie personne, j'habite dans le Réel.

J'ai créé ce blog avec un principe directeur: pas de vie privée, pas d'intime journal, de la fiction, du surréel, pas moi, eux.

Mais la vie, la mort, tout ça viennent de faire que je dois accepter que les choses ne soient pas exclusivement ce que je veux qu'elles soient.

J'ai failli mourir, en vrai, pas dans le virtuel, j'ai failli y rester.

J'ai mis du temps à admettre, non que je sois mortelle (encore que ce soit inimaginable, si je suis mortelle, à quoi bon?).

Non, ce que j'ai dû admettre c'est que mes personnages aient failli mourir avec moi.

C'est inadmissible, mais dans le déroulement de cet évènement, leurs vies ont été suspendues à la mienne. Ils vivraient si je vivais, sinon, au revoir tout le monde.

Puis j'ai compris, bien après, que comme eux, j'avais été le temps de cette histoire de vie et de mort un personnage. Comme eux.

Sur une table d'opération de vraies personnes m'ont pratiquée, ouverte, refroidie, découpée, rassemblée, recousue.

Puis elles m'ont rangée dans un lit, branchée à beaucoup de machines et de tuyaux divers qui m'ont maintenue dans le monde.

J'ai été leur personnage, absolument hors de toute conscience, ils m'ont actionnée, ont pris ma vie entre leurs mains et l'ont rendue en état de marche, du point de vue du Réel qui dit: La-vraie-vie-c'est-comme-ça.

Je suis donc revenue sous les aspects d'une vraie personne. Mon père est Georges Mitchum


Papa_et_les_pinces___linge Mon père

et ma mère est Anna Magnanni

Ici ma mère  

dès que je retrouve la photo, je la publie.

Mes père et mère sont connus, identifiés, je suis donc, preuves à l'appui, une vraie personne du réel de la vraie vie, pas un personnage de fiction.

Je ne sais comment nommer cet accident qui m'en fit douter, peut-être simplement en disant son nom: j'ai surmonté une dissection aortique.

C'est fait, j'ai parlé de moi.
Je relaterai plus tard la célèbre et mystérieuse Near Death Experience dont j'ai eu la chance de revenir.

A plus tard donc, puisque depuis après le 28 janvier, grâce au professeur Kirsch, chirurgien remarquable et efficace, et à l'hôpital de La Pitié Salpêtrière, j'ai un plus tard.


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27 mars 2011

Exister.com

Ambiance d'émeute dans l'Appartement, ça crie la honte à sa Majesté la Taulière qui ne daigne pas se remettre à l'ouvrage, ça renaude, ça crépite, ça revendique, ça hurle à l'existence.

Ils sont tous là, Marianne, Troudup, Suzanne, les Souche, Mani et Dinarzade, Joseph, Plidec Storma, Corentin et sa soeur, leur mère et le directeur du cinéma, Ava Gardner, Dracula et Braise, Antonin, les deux Rachel, Hugo, King Kong qui ne s'était jamais montré, tenant à la main sa Blonde, et qui encore?

Encore Robert Dieu, Berman, Espérandieu, tous les habitants de Batbourg, jusqu'au boucher avec les moutons écorchés du barbecue, Corinne et le Jésus, descendu de sa croix pour venir aux nouvelles, et Frédéric, le professeur Übernicht, le poulet d'anniversaire, rôti et appétissant, la libraire, le Père Noël étripé, Mandrake, tous ceux de Bourg-les-Nains, Martin Martin et son associée, les Issus, jaillis tout droit de l'Autobiographie de Dieu, le village des Polly Pockets, le Ça-Qui-Pousse

Et moi, Louise Kowski, comme eux, avec eux, encadrée par mes deux Fred, et Fabiola  venue aussi, qui n'a pas pris le temps de nettoyer sa tempe ensanglantée, et Paulette Dolstein qui la couve du coin de l'oeil, et d'autres, et d'autres que je ne connais pas ni ne reconnais.

Chacun dans cette foule vient réclamer la dignité, le respect de son existence, car, oui, nous craignons tous que La Taulière se défile.

Elle n'est pas réapparue pour expliquer l'affaire, la grande affaire: pourquoi elle est absente depuis deux mois, ce qui lui est arrivé et comment elle a failli partir définitivement.

Ils m'ont engagée pour enquêter, et  raconter, si Marité de Vos K. persiste à jouer l'Arlésienne.

D'accord, ils ont raison, je dois cesser de ne plus être là.

Je veux restaurer leurs existences, je ne veux pas continuer à me terrer dans le silence de la  prétendue discrétion.

Je n'avais pas pensé à eux, pas pensé qu'ils n'existeraient que par moi. Indifférente à leur sort, j'étais concentrée sur ma (sur)vie, mon moi, mon corps.

Pas une pensée pour eux alors.

Mais c'est fini, je suis Marité de Vos K., La Taulière est de retour, je vais tout dire: de ma NDE, la Near Death Experience.


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18 mars 2011

Rappel au règlement

Hello visiteurs du soir, du matin, hello passants intéressés ou pékins vagant à leurs vagues occupations, hello mous curieux, hello vous tous.

Je prends la parole ici, car voici que l'Investigation m'appelle au front.

Car oui, La Taulière a disparu de l'Appartement depuis des semaines.

Magnifique excuse au silence des semaines passées, remarquable aventure, incroyable évènement, La Taulière rapportera bientôt le récit de la Chose.

Alors quoi ?

Où était-elle?

Que faisait-elle?

Ne manquez pas les révélations imminentes.

Et à défaut de ses propres commentaires, je livrerai les résultats de l'Enquête.


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01 janvier 2011

Deumille quoi?

Hein ? Quoi ?
Brouhaha dans la rue, silence dans l'Appartement et puis le contraire.
Du monde partout, derrière les portes, sur la table et sous la table, dans le réfrigérateur, sous le lit, jusque dans les angles des plafonds, des regards, des voix, des questions.

- Hein ?

- Deumil quoi?

- Deux mille onze.

- Bon.

Que dire à ces vagues affluentes, est-ce qu'elles sont vraies ces histoires de terre qui tourne sur un axe en biais autour d'un soleil indifférent.

Est-il est vrai que cette rotation autour de celui qui s'en fout durerait trois cent soixante cinq jours et quart.

Et pour finir, je suis agacée par cette situation qui nous met à la merci de qui sait tout ça et nous octroie, tous les jours à la même heure la (bonne) date.

- Bien, conclut Dolstein, cette année commence par des questions auxquelles nul ne répond, quand sommes-nous, où sommes nous, et les étagères.

- Et sommes qui donc nous ? réponds-je facétieuse parce que moi je suis de bonne humeur, mince alors ! dis-je à mes colocataires.

Ils répondent aussitôt, frétillants de leurs joies et impatiences, se rassemblant dans le trop étroit, pour cette foule excitée, Appartement
, et me hurlent dans les intérieurs qu'ils se souhaitent et à moi aussi une année, comment disent-ils ? une nouvelle année, voilà, une autre, et qu'elle soit nouvelle.

En quoi ils et moi montrons notre grande sagacité et tout ça, car il est sûr que cette année sera, oui, et
nouvelle certes, jusqu'à ce soir et un peu plus.


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29 décembre 2010

Je n'ai pas le Temps

- Le temps... dit Dracula sur un ton alangui.

A demi allongé sur un divan bas, dans le salon atelier de l'Appartement, il joue vaguement avec un des Issus que je lui enlève, ce ne sont pas des jouets.


Dracula me déçoit.

- La neige en hiver, c'est normal.

Il a l'air tellement fatigué. S'il n'était pas si beau, ses yeux noirs étincelants, ses lèvres pulpeuses, le nez droit, le front clair et ce teint lumineux, jamais blafard malgré qu'il soit mort depuis, depuis...  S'il n'était pas si beau il ferait peine à voir.
Je me demande à quoi il a passé sa nuit, je m'inquiète.

- Et Braise ?

- Braise dort.

Il dit ça avec un sourire stupide qui me rassure. Le sourire fat, le voici. Pour la première fois j'utilise ce mot désuet, mais c'est bien un sourire fat qui enlaidit le bien joli Dracula.

Bon, ils vont bien ces deux-là, ce n'est pas une raison pour lancer des conversations stupides sur le temps qu'il fait.

- Je ne parlais pas de ce temps-là dit Dracula.

J'oublie toujours qu'ils peuvent entendre mes pensées, ça amuse monsieur qui précise,

- Le Temps. Ce soit-disant Temps de la soit-disant Éternité, Saturne, Chronos, la Faucheuse et toute cette mythologie de bazar, mais tout de même le Temps ?

Ah, ce Temps ! C'est moi l'idiote pour le coup.

- Je ne crois pas à son existence, ce n'est qu'une invention contingente. Pour des raisons commerciales, il fallait bien arriver à faire marcher le monde au pas cadencé. Alors, ils ont inventé le Temps, qui passe, pour tout le monde à la même heure. Le Temps qui encadre la vie, il fallait maîtriser ça aussi, un début, une fin, et personne n'est responsable de rien, de la naissance à la mort, c'est le Temps qui impose sa Loi.
Tu parles! Le Temps n'est rien.

Dracula sourit, toute fatigue effacée, je sais ce qu'il pense moi aussi.
Il est la preuve que le Temps n'existe pas. Ce qui existe c'est le sang, c'est Braise, et la vitalité de leur désir poignant et leur amour comme un oiseau palpitant.

Je n'ai pas le Temps, le Temps ne m'a pas


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17 novembre 2010

Lizzie

Alors il y a cette Lizzie, Lizzie Je-ne-sais-qui, à qui j'ai promis ce quelque chose, enfin, alors, euh...

- Alors quoi ? Alors quoi ? Dites-le, mince alors, pourquoi je saurais pas, hein ? Pourquoi je saurais pas qui je suis ?

- Je préfèrerais laisser venir ça tranquillement, je préfèrerais ne pas dire n'importe quoi, c'est à dire que je préfèrerais ne pas m'en remettre à la vérité, je préfèrerais inventer.

- Mais je m'en fiche moi, de ce que vous préférez ou pas, je veux savoir, tout, tout de suite !

- Oh alors, tant pis, ce sera la vérité.

Lizzie s'est assise, puis elle s'est levée, elle allait d'une pièce à l'autre, elle tournait en rond, puis elle s'est rassise, elle attendit la suite.

Elle était surexcitée et moi j'étais mal à l'aise.

J'aurais voulu avoir le temps de lui inventer une vie qui la satisfasse, dans laquelle elle se sente exister, du sur mesure, au lieu de quoi, pour cause d'urgence, je devais procéder sans distance, sans fards.

Bon, je me suis dis, c'est elle qui l'a voulu.

J'étais de mauvaise foi, Lizzie n'a rien voulu, elle ne peut rien vouloir, elle n'est qu'un personnage de papier.

Et ça me dérange que ça me dérange mais c'est comme ça, je peux la recevoir, je peux l'agréer mais la vie que je peux lui offrir ne vaut pas tripette pour ce qu'elle ne viendrait pas de mes tripes, ces tripes particulières, blotties dans la boîte crânienne, faites de tuyaux soudés, de circulations invisibles productrices d'étincelles aléatoires.

Lizzie donc, espérait, patiente à présent, touchante, elle attendait de naître.
Est-ce que je serais capable d'aller au delà de la vérité pour lui ouvrir les portes ?

- Premièrement, tu ne t'appelles pas Lizzie, ton vrai nom c'est...

- Elizabeth !

- Pas du tout. Tu t'es appelée Jacqueline Banault, tu vivais dans une cité d'urgence de la banlieue de Paris.

Tu voulais être comédienne mais là où tu vivais, les  filles ne devenaient pas comédiennes.

Il y a eu un garçon, puis un autre et plein d'autres, tu as eu beaucoup, beaucoup d'enfants.

Des filles exclusivement.

Parce qu'ils te jugeaient incapable (et le fait est que tu l'étais, incapable), les sevices  (il semblerait que le manque de r pour services soit un lapsus mais je me demande) sociaux te les enlevaient tout juste nées.

Elle me regardait toujours, des larmes coulaient doucement sur son visage lisse, elle avait les yeux vides, elle n'avait plus qu'une seule dimension, plate.

J'ai pensé elle est en train de fondre, elle va redevenir la fille de papier.

Est-ce que je pouvais dire sa vérité à mademoiselle pâte à papier ?

Tu n'existes pas, tu es une ébauche, tout juste assez formée pour figurer dans des romans médiocres et servir de pantin à des auteurs en mal de personnage?

Est-ce que j'en étais si sûre ?

Avec le doute enfin jaillit la lumière et je vis et je sus qui elle était, vraiment.

- Mademoiselle, je lui ai dit, arrête de te morfondre et écoute-moi bien, maintenant, je vais te dire la vérité. Voilà ce qui s'est passé: Jacqueline a disparu, elle était trop malheureuse, mais son rêve n'a pas disparu, lui.
Tu es ce rêve, cette Lizzie qu'elle rêvait d'être, c'est toi, mais...

- Quoi, mais quoi ?!

- Mais tu es une parmi les autres. Toutes les filles de Jacqueline sont un éclat. Tu dois les retrouver toutes, et alors seulement, vous formerez ensemble le rêve complet et tu-vous deviendrez une, complète, une grande comédienne et d'abord, une femme, une vraie.

- Vous m'aiderez ?

Et oui, j'allais l'aider, la clarté jaillissante de sa réalité m'avait prise par surprise, je l'avais adoptée, elle avait ranimée en moi cette Jacqueline malheureuse.

Pfff. Je n'avais pas besoin d'être une autre encore.

- Je vais te dire ton nom secret, il est ta certitude et ton vaisseau insubmersible: tu t'appelles Jeanne.

Elle a repris couleurs et volume et s'est évaporée en rêvant vers sa quête, et moi, j'ai remisé ma baguette magique et mon costume de marraine fée, et j'ai pensé à cette Jacqueline B. des Emouleuses, qui voulait être comédienne.

 

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11 novembre 2010

Art Kaïque

Une bande de gamins s'est éparpillée dans l'Appartement, des fillettes, des garçonnets, des nourrissons, des filles et des garçons de toutes couleurs, de toute origines, de tous genres,  avec lunettes, qui en couches culottes, qui en langes, sanglés comme autrefois, d'autres bébés tout nus.
Il y a des fillettes aux nattes si serrées qu'elles tirent leurs yeux vers les tempes, d'autres aux cheveux noués de satin pâle, avec des franges, sans franges.

Est-ce ma partie K qui se manifeste avec fra-K ?

Que non, ça vient de plus loin, car il y en a une, plantée devant moi, que je reconnais .

Elle a les cheveux courts, en vrac, un pantalon de garçon, de grosses chaussures de montagne, elle a un pull en V trop grand, un col blanc douteux là-dessous, elle a le regard triste et le sourire franc,  c'est moi à dix ans.

- D'où est-ce que vous sortez tous?

- Ben, on vient de ton rêve de cette nuit.

- Ah! C'était vous ces colonies d'enfants abandonnés que je devais convoyer je ne sais où, remettre à des gens dont je ne savais pas ce qu'ils feraient de vous. C'est vous la honte et la peur?

- Ah, non, dit-elle, pas la honte, pas la peur, nous sommes ceux d'avant.

- Ceux d'avant quoi?

- Ceux d'avant ceux de ton rêve, nous sommes tes archaïques, des ancêtres bénins.

Elle ne sait pas ce qu'elle dit cette petite moi, ancêtre bénin, c'est joli mais ça n'a pas de sens.

- Ce que tu ne comprends pas peut avoir du sens, me répond-elle.

J'oublie toujours que dans l'Appartement n'importe qui peut lire mes silences sans obstacle.

- Je ne suis pas n'importe qui me rappelle moi.

Et elle enchaîne pour m'expliquer, puisqu'il faut m'expliquer ce que je sais déjà puisqu'un de mes moi le sait.

- Nous sommes bénins, nous ne transmettons aucune des conséquences que nous portons Nous  ne sommes que des passeurs de relais, nous avons disparu dans les adultes que nous sommes devenus.

- C'est bien facile ça, vous n'êtes pas que des supports, vous vous êtes faits aussi. Ne fais pas l'innocente.

Elle me regarde avec ses yeux tristes, je lui ai parlé comme à une adulte elle ne peut pas comprendre.

- Bien sûr que je comprends, je me demande qui est cette personne que je suis devenue. Tu as oublié qui tu es?

- Non, je soupire, non je n'ai rien oublié, mais j'ai parfois envie de ne rien savoir. C'est qui tout ce monde?

- Tu n'as qu'à leur demander.

Ils m'ont répondu en rafale, il y avait là Michel Troudy, Mani, Rachel Z. et Rachel L. les Albert, Alice, Paulette Dolstein, Suzanne Troudy, Frida, Louise Kowski, Astrid T., Jacques L., Robert Dieu, Bruno Ragazzi, Léon, et tous les autres. La cohorte de mes personnages, enfants, bébés, certains dans plusieurs étapes. Frédéric était le plus nombreux, avec mes moi aussi.

- Qu'est-ce que ça veut dire?

Leur réponse n'a été que leurs yeux vides fixés sur moi, et tout de même, la compassion d'un moi.

La Marité de dix ans m'a dit, si tu veux vraiment savoir, pense à autre chose. Ou revient demain, si on est encore là, peut-être qu'on pourra se dire quelque chose ?

Un embryon de réponse (ah, m'a soufflé un moi nourrisson) a filé dans un coin de mon cerveau, aussitôt évaporé, dont je n'ai retenu que ces mots obscurs: un numéro de sens.

 

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