21 juillet 2010

CA, CE, Etc.

Ils se sont réunis en Comité et Conseil.

Ils ont décidé de s'offrir les vacances.

Un peu de vacance.


Je leur ai donné du champ ils me donnent de l'air.


Les Gens de l'Appartement (dont je suis) l'ont voté
à l'unanimité.

Nous avons replié les volets intérieurs en bois, fermé la porte à clé, éteint le gaz et décidé de passer du temps les uns sans les autres.

Est-ce concevable, est-ce réalisable...

Serait-ce bien cette création d'un vide et son occupation qu'on appellerait communément des vacances?


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19 juillet 2010

La Grande Vadrouille

- Nous,  les Gens de l'appartement, nous sommes réunis ce jour, ou cette nuit, bon, et nous avons pris la décision de partir en vadrouille.

- Oui, mais... et ils m'interrompent aussitôt.

- Pas de mais qui tienne, plus de mais, restons-en à oui.

J'ai fini ma phrase malgré leur opposition ferme à toute objection

- ... où est la vadrouille?

Ah oui alors, c'était une bonne question, mais une objection trop raisonnable.  Léon, l'expert du sujet, a donné la réponse, il connait la chanson.

- La vadrouille est partout, la vadrouille est nulle part.

- Oui! Oui! Oui! entonnèrent-ils tous d'une même voix, et moi avec, entraînée par leur élan, partons en quête de La Grande Vadrouille.

Puisqu'aussi bien c'est la saison des estives et des changements de rythme, je partirai, moi aussi, par les chemins, par les trains et les voitures, mais pas par les avions c'est comme ça, et je trouverai La Voie de la Vadrouille.

Bref, je pars en vacances.

Mais je ne peux pas finir ma valise tout de suite ainsi que je comptais faire parce que Dracula me dit

- Avant de partir, ne pourriez-vous procéder à un léger ajustement ?

- Lequel ?

- Ne pourriez-vous, je vous prie, et là il a souri, ça faisait froid au cou, changer cette petite chose: je souhaiterais supporter la lumière du jour.

-  C'est trop dangereux, je ne peux pas faire ça.

- Rappelez-vous, dit-il d'une voix d'outre-tombe (et oui), que vous pouvez tout. Dans le même temps que vous me ferez tolérant aux rayons du soleil, faites-moi  végétarien.

- Que cela soit écrit et que cela soit accompli (comme dit Yul Brunner dans les Dix Commandements). Et hop, je l'ai fait.

Alors, ça a été le défilé, pour l'Albert d'Alice j'ai créé une voiture neuve, confortable avec le budget qui va avec, pour Troudup j'ai créé des alcools sans gueule de bois, Braise m'a rappelé que je lui devais un grand rôle, ah oui, il va falloir, Jésus m'a demandé des apôtres, ah oui, je me souviens, j'avais promis d'y penser.

Marianne m'a prise à part, elle voulait que je la change en femme heureuse,

- Je ne sais pas faire ça,

- Alors faites-moi gaie.

J'ai fait Marianne gaie, j'ai fait Paulette Dolstein optimiste (bien qu'elle ne m'ait rien demandé),  j'ai fait Robert Dieu rigolo, j'ai fait Louise Kowski amoureuse, j'ai fait le Nono du Petit Renard bavard, j'ai fait Fabiola aimable.

Et ça continue, Joseph veut un micro climat sur ses terres, Seth veut parler toutes les langues, Rachel Zukolowsky veut rencontrer Rachel Lehmann qui veut revenir en chair et en os,

- Je ne veux plus être un fantôme.

Et le défilé continuait, alors j'ai dit, stop!

- Voilà du papier, voilà des crayons et voilà le clavier, choisissez où et comment vous voulez écrire votre demande. Tout le monde sera servi par ordre d'entrée en scène.

Quand je suis partie, ils commençaient tout juste à écrire, écrire, écrire.

Il est dit, dans une histoire Yiddish, qu'au Jour du Jugement, chacun se présentera devant Dieu, lui dira sa maladie et en sera délivré, afin que dans sa résurrection, il soit en parfaite santé.

Tous seront guéris, sauf les imbéciles, car ils seront les seuls à ne savoir dire leur mal.

Et moi qui ne demande rien et me suis inscrite sur aucune liste, je crains d'être cette imbécile qui ne saurait pas dire sa maladie.


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17 juillet 2010

Colère

- Faites quelque chose! me dit Braise abruptement.

- Que dois-je faire? Qu'ai-je oublié que je devais faire?

Elle, d'habitude plus réservée, gardant l'expression des émotions pour la scène, est très émue, ses yeux brillent de larmes. Agacée que je ne comprenne pas, elle doit se dominer pour ne pas pleurer.

Elle prend une profonde respiration et me dit en articulant un peu trop, pour dominer son trouble,

- Bernard Giraudeau aujourd'hui, après Laurent Terzieff ! Vous attendez quoi pour leur redonner vie?

- Ah, cela. J'ai de la peine autant que vous, autant que vous je suis révoltée par le départ de ceux-là, mais Braise, je n'ai aucun pouvoir sur la réalité.

- A quoi serviriez-vous sinon?

- A rien de plus que vous, Braise, je vis la peine avec le reste.

- C'est tout?!

- C'est tout.

- Vous pourriez leur créer des vies.

- Rien.

- Vous savez quoi? Vous devriez nous oublier, si vous ne pouvez que rien, personne n'a besoin de vous.


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16 juillet 2010

Réalité

Elles sont toutes là, venues spécialement, certaines des Voies Obscures, mais aussi Hannah, et la plupart venaient du Journal, dans une grande maison où l'on en attendait une venue de très loin.

Toutes sont les femmes de la famille.

Un grand oiseau a cogné à la fenêtre, immense aigle, fatigué, déplumé, est-ce que c'était elle? On a ouvert la baie mais le grand oiseau est reparti.

Non, ça n'était pas elle.

Tous les cousins sont arrivés en jeunes gens dissipés.

Je ne connais pas cette maison qui est La Maison de  ma Famille, elle est vendue, cette grande fête est la dernière.

J'étais là, venue de loin dans tout mes états, en bébé, en petite Thé, en jeune fille, en cousine, en fille, en sœur et toutes les autres, c'est mon anniversaire.

Jeannette était belle, bien habillée et fardée comme une vedette de cinéma d'autrefois.

Jeannette qui fut secrétaire, chef de service, actrice occasionnelle, je me souviens de sa casquette quand elle était taxi, de son beau visage, de son sourire, de ses yeux clairs.

Jeannette m'a donné une liste pour  y mettre mon nom et le moyen de m'appeler quand elle voudrait, mais aussi quand moi je voudrais.

- Quand tu veux, ai-je dit, je suis toujours libre pour toi.

J'ai compris à son sourire qu'elle n'était pas cette Jeannette mais aussi  l'Ange Heurtebise qui viendrait me chercher.

Il aurait fallu que je porte les vêtements posés au pied du lit, il aurait fallu que je me coiffe des couronnes de feuilles, que je me maquille, il aurait fallu que je dise oui à tout ça, et que je chante.

J'ai dit non et je me suis réveillée, entière et seule dans l'Appartement.


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14 juillet 2010

Les ci devants

Comme ils sont tous en goguettes, en embuscades, en arrière, en avant, n'importe où sauf ici, avec moi dans l'Appartement, je décide de commencer une nouvelle dynastie grâce au réseau.

Vive le Net !

Sur un site très ouvert, je choisis des personnages, ils ont déjà leurs rôles et je ne prends pas n'importe qui.
Des rois, des reines, des magiciens, des héros, des chevaliers, quelques dames d'honneur.

Du beau monde, vraiment.

Fi des habitants de lotissements, des représentants de commerce, traductrice, inspecteur de police, médecins, comédiennes et autres psy, halte aux ménagères, infirmières, barmen, gondolières et autres livreurs et vendeurs à domicile, non, non, ça suffit comme ça, j'ai choisi le haut du panier.

Ils se sont présentés dans leur ordre d'arrivée, c'était pas mal du tout, ils ont joué leur partie sans s'opposer en rien à mes volontés.

Ma tentative de putsch n'a pas été une réussite.
J'ai perdu.

J'ai fumé un cigarillo tout
en réfléchissant, le bruit de mon souffle rejetant la fumée faisait pff, pff, comme si je me fichais bien du pouvoir créateur, alors que pas du tout.


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13 juillet 2010

R'évolutes partent en fumée

Ils sont surexcités par le feu d'artifice.

- Mais il n'y a pas de feu d'artifice ?

Il va y en avoir un, ça suffit à mettre des bulles dans toutes les têtes.

Moi je dis que les bulles dans le cerveau anévrisent.

- Oh, dit quelqu'un (mais qui?), pourquoi rabats-tu la joie ?

Je reconnais la voix, c'est moi qui cause.

Le 13 juillet ici, c'est donc bal, bal, artifices, fêtes et joie populaire.

- Belle occasion, dit Dracula, d'honorer le sang, têtes tranchées, têtes aux bouts des piques, révolution !

- Que oui, dit le Troudup, le peuple souverain s'avance.

Troudup est à jeun, que se passe-t-il ? J'entends le silence de Dolstein car son sourire vient jusqu'à moi, Paulette en Joconde dit comme elle sait faire, sans rien révéler, que Troudup est capable d'être un autre que ce lui-là.

- Qu'est-ce vous croyez, aboie Léon (quoi? Hein? Léon aboie?), que nous resterons tous ce que nous sommes ?

- Non, non, non, dit Astrid Tayeurt, la révolution c'est pour tout le monde.
Les planètes nous engouffrent dans leur mouvement, ça tourne, ça vire et nous changerons tous.

Parce que demain c'est 14 juillet, ils sont tous en suspension, le monde va changer de face, ceux qui ne sont rien seront tout (qu'ils disaient).

Dracula prétend qu'il ne craint plus le jour, Braise est d'accord avec lui, Alice et son Albert ont mis des chapeaux de paille, Marianne est en bain de soleil, Batbourg rutile, les Voies Obscures térébrantent, La Bernique hurle, Noé navigue en pleine lune, Bienvenue à la Fabrique est sur le point d'avoir son Frédéric et l'Appartement presque moi: tous mes pays trépignent.

Rachel Z. traduit le sentiment général, demain est un autre jour.

Je sais d'où vient l'embrouille, l'orage de la nuit a détrempé les rêves, ils sont délavés, lourds de nuages crevés, et depuis ce matin je ne sais pas qui je suis.

Que leurs volontés soient fêtes: Bingo !