23 mai 2010

Froide Vague

- Quoi? Hein? Qui?

- Ian Curtis est mort.

- Ah, euh, désolé, chuis désolé, oh là là, c'est triste hein, oh là là, oui c'est triste.

- C'était, euh, un ami, hein?

- Ben non, c'est le chanteur de Joy Division,

- Goy Division? Goy Division? Putain! Une agression antigoy?

- Joy Division, c'est de la cold wave, il s'est pendu, je ne le connaissais pas.

- Quoi hein? Pendu, la vache, pendu, hein? Oh là là, désolé, désolé.

- Ben, c'est la vie, quoi, enfin, la mort, enfin, bon, ça fait trente ans.

- Ah ouais, trente ans, évidemment, trente ans.

- Trente ans.

- Oui, bien sûr trente ans, mais, je veux dire, quand même, trente ans, bon, mais il est mort quoi.

- Ça, il est mort.

- Alors bon, c'est pareil non?

- C'est ça, c'est pareil. Le fan de Curtis préfère changer de crèmerie, il s'évapore, c'est un soir sans à La Bernique.

- Quoi? y a eu un mort? dit le type, ébahi. Il sort fumer son clope, il revient, y'a un mort.

- Mais d'où qu'i' sort lui, il fait le beau, là, y a eu un mort ouh là là!

- Ben oui il fait beau, c'est pas trop tôt!

- Mais c'est pas de ça qu'on cause, qu'est-ce qu'il vient foutre sa merde celui-là!

- Quand même un mort c'est un mort. Les apéros géants, ça fait des cuites géantes!

- Mais c'est pas à l'apéro qu'il est mort, merde!

- Ben tu dis ça mais il était dans sa cuisine, qu'est-ce qu'i' foutait dans sa cuisine?

- Il se pendait.

- On n'a pas besoin d'être dans la cuisine pour se pendre, mais pour sortir une bière du frigo, oui.

- Oh mais qu'il est con sui-ci!

- Cool, il fait beau, c'est le printemps.

- Ouais, alors qu'est-ce tu viens nous faire chier avec des histoires de cuisine, pourquoi pas la Fête des Mères tant que tu y est.

- Oh merde, la Fête des Mères, c'est aujourd'hui?

- Nan, c'est le week-end prochain.

- Qu'est-ce que tu lui offres toi, à ta mère?

- Des fleurs.

Et c'est sorti de ma tête. Je n'aime pas jouer les échangeurs d'autoroutes pour des zozos en vadrouille, mais je peux rien faire aux twists on my porosité.

Quand ils ne s'évaporent pas, je les trouve dans les coins de ma tête, endormis, cuvant je ne sais quels rêves.

Les rêves des autres pèsent plus lourd.  


Posté par Marite de Vos à 09:27 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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