17 juillet 2010

Colère

- Faites quelque chose! me dit Braise abruptement.

- Que dois-je faire? Qu'ai-je oublié que je devais faire?

Elle, d'habitude plus réservée, gardant l'expression des émotions pour la scène, est très émue, ses yeux brillent de larmes. Agacée que je ne comprenne pas, elle doit se dominer pour ne pas pleurer.

Elle prend une profonde respiration et me dit en articulant un peu trop, pour dominer son trouble,

- Bernard Giraudeau aujourd'hui, après Laurent Terzieff ! Vous attendez quoi pour leur redonner vie?

- Ah, cela. J'ai de la peine autant que vous, autant que vous je suis révoltée par le départ de ceux-là, mais Braise, je n'ai aucun pouvoir sur la réalité.

- A quoi serviriez-vous sinon?

- A rien de plus que vous, Braise, je vis la peine avec le reste.

- C'est tout?!

- C'est tout.

- Vous pourriez leur créer des vies.

- Rien.

- Vous savez quoi? Vous devriez nous oublier, si vous ne pouvez que rien, personne n'a besoin de vous.


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16 juillet 2010

Réalité

Elles sont toutes là, venues spécialement, certaines des Voies Obscures, mais aussi Hannah, et la plupart venaient du Journal, dans une grande maison où l'on en attendait une venue de très loin.

Toutes sont les femmes de la famille.

Un grand oiseau a cogné à la fenêtre, immense aigle, fatigué, déplumé, est-ce que c'était elle? On a ouvert la baie mais le grand oiseau est reparti.

Non, ça n'était pas elle.

Tous les cousins sont arrivés en jeunes gens dissipés.

Je ne connais pas cette maison qui est La Maison de  ma Famille, elle est vendue, cette grande fête est la dernière.

J'étais là, venue de loin dans tout mes états, en bébé, en petite Thé, en jeune fille, en cousine, en fille, en sœur et toutes les autres, c'est mon anniversaire.

Jeannette était belle, bien habillée et fardée comme une vedette de cinéma d'autrefois.

Jeannette qui fut secrétaire, chef de service, actrice occasionnelle, je me souviens de sa casquette quand elle était taxi, de son beau visage, de son sourire, de ses yeux clairs.

Jeannette m'a donné une liste pour  y mettre mon nom et le moyen de m'appeler quand elle voudrait, mais aussi quand moi je voudrais.

- Quand tu veux, ai-je dit, je suis toujours libre pour toi.

J'ai compris à son sourire qu'elle n'était pas cette Jeannette mais aussi  l'Ange Heurtebise qui viendrait me chercher.

Il aurait fallu que je porte les vêtements posés au pied du lit, il aurait fallu que je me coiffe des couronnes de feuilles, que je me maquille, il aurait fallu que je dise oui à tout ça, et que je chante.

J'ai dit non et je me suis réveillée, entière et seule dans l'Appartement.


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15 juillet 2010

Crapauds, vipères, and so on.

- Les héros négatifs, dit Paulette Dolstein, ne sont ni des paradoxes ni des oxymores. Ce sont des personnalités clivées, non par leur besoin ou leur pathologie mais par ceux de leurs contempteurs.

- Je ne comprends rien, dit Troudup, allongé sur le divan, Léon en train de copiner avec les grands chiens noirs de la Dame.

- Cela n'a aucune importance que vous ne compreniez rien, cela en aurait, par contre, que vous compreniez.

- Wohou, grommelle-t-il, je vais finir par en avoir marre vous savez.

- C'est le travail de la cure mon cher, quand vous en aurez fini de ne rien comprendre, vous comprendrez.

- Et ça me fera une belle jambe.

- Vous ne viendrez plus.

- Je serais guéri?

- Il faudrait d'abord que vous soyez malade.

- Je ne suis pas malade?

- A vous de voir.

- Et c'est reparti !

Carabosse, confortablement installée dans le lustre du cabinet de consultation de Dolstein écoute attentivement. Elle comprend, elle.

C'est simple de son point de vue, elle est moche, elle est vieille, elle fait peur aux adultes comme aux enfants et elle a du temps: elle est la méchante.

C'est pourquoi elle organise des séminaires auxquels assistent de belles assemblées.

Pour la dernière édition, on a projeté en ouverture Le Magicien d'Oz, un  grand drame sorcier. On a pu remarquer la présence des sœurs de Cendrillon, Anastasie et Javotte, de la belle-mère de Blanche-neige, d'Eponine et Azelma, Artémise et Cunégonde, les sœurs Fenouillard (qui ne sont pas à proprement parler des héroïnes négatives), de goules et de vampires et, discrète note masculine, le Génie de la lampe d'Aladin entouré de quelques effrits des Mille et Une Nuits.

On a pu entendre des oratrices comme la femme de l'Ogre du Petit Poucet, la Reine des Neiges de Kay et Gerda ou la sorcière gastronome de Hansel et Gretel.

Tous ces négatifs officiels ont discouru sur la Psychanalyse des Contes de Fées, de Bruno Bettelheim, la nouvelle cuisine et les sortilèges alternatifs.

Ils ne sont pas d'accord entre eux, mais intervenants et participants s'entendent sur l'injustice du jugement toujours renouvelé et toujours critique sur leurs personnes.

- Les siècles passent et rien ne change, résume Dolstein, invitée d'honneur, ce qui prouve l'ouverture d'esprit de Carabosse, une humaine en guest star, tout le monde n'en a pas.

- Ben oui, approuve l'andouille qui n'a pas su contrecarrer le sort de Carabosse sur la Belle au Bois Dormant. Je suis trop sévèrement jugée alors que j'ai fait de mon mieux avec des moyens de débutante. Mais personne ne connait mon nom, ça laisse un peu d'espoir.

- Pourquoi, lance Carabosse à la tribune, n'avons-nous pas droit à la compassion, à la pitié, à la rédemption ?

- Rédemption mon cul, répond Zazie, vous êtes trop moches et trop vieux.

Elle inaugure cette année le Café  Sorcellerie sur le thème retournement de situation.

Chez les HN (Héros Négatif) on veut savoir comment cette sale gosse a réussi à figurer en personnage sympathique alors que c'est une teigne mal élevée. Le portrait craché, et ce n'est pas une image, de Carabosse enfant.

Troudup s'en fout, il s'est endormi comme d'habitude.

Quelqu'un au fond de lui protège sa relation avec Dolstein-maman, et pour ça, comme elle vient de le rappeler, il n'a qu'une seule solution, ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire, s'échapper bien avant d'être sur le point de comprendre quelque chose.


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14 juillet 2010

Les ci devants

Comme ils sont tous en goguettes, en embuscades, en arrière, en avant, n'importe où sauf ici, avec moi dans l'Appartement, je décide de commencer une nouvelle dynastie grâce au réseau.

Vive le Net !

Sur un site très ouvert, je choisis des personnages, ils ont déjà leurs rôles et je ne prends pas n'importe qui.
Des rois, des reines, des magiciens, des héros, des chevaliers, quelques dames d'honneur.

Du beau monde, vraiment.

Fi des habitants de lotissements, des représentants de commerce, traductrice, inspecteur de police, médecins, comédiennes et autres psy, halte aux ménagères, infirmières, barmen, gondolières et autres livreurs et vendeurs à domicile, non, non, ça suffit comme ça, j'ai choisi le haut du panier.

Ils se sont présentés dans leur ordre d'arrivée, c'était pas mal du tout, ils ont joué leur partie sans s'opposer en rien à mes volontés.

Ma tentative de putsch n'a pas été une réussite.
J'ai perdu.

J'ai fumé un cigarillo tout
en réfléchissant, le bruit de mon souffle rejetant la fumée faisait pff, pff, comme si je me fichais bien du pouvoir créateur, alors que pas du tout.


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13 juillet 2010

R'évolutes partent en fumée

Ils sont surexcités par le feu d'artifice.

- Mais il n'y a pas de feu d'artifice ?

Il va y en avoir un, ça suffit à mettre des bulles dans toutes les têtes.

Moi je dis que les bulles dans le cerveau anévrisent.

- Oh, dit quelqu'un (mais qui?), pourquoi rabats-tu la joie ?

Je reconnais la voix, c'est moi qui cause.

Le 13 juillet ici, c'est donc bal, bal, artifices, fêtes et joie populaire.

- Belle occasion, dit Dracula, d'honorer le sang, têtes tranchées, têtes aux bouts des piques, révolution !

- Que oui, dit le Troudup, le peuple souverain s'avance.

Troudup est à jeun, que se passe-t-il ? J'entends le silence de Dolstein car son sourire vient jusqu'à moi, Paulette en Joconde dit comme elle sait faire, sans rien révéler, que Troudup est capable d'être un autre que ce lui-là.

- Qu'est-ce vous croyez, aboie Léon (quoi? Hein? Léon aboie?), que nous resterons tous ce que nous sommes ?

- Non, non, non, dit Astrid Tayeurt, la révolution c'est pour tout le monde.
Les planètes nous engouffrent dans leur mouvement, ça tourne, ça vire et nous changerons tous.

Parce que demain c'est 14 juillet, ils sont tous en suspension, le monde va changer de face, ceux qui ne sont rien seront tout (qu'ils disaient).

Dracula prétend qu'il ne craint plus le jour, Braise est d'accord avec lui, Alice et son Albert ont mis des chapeaux de paille, Marianne est en bain de soleil, Batbourg rutile, les Voies Obscures térébrantent, La Bernique hurle, Noé navigue en pleine lune, Bienvenue à la Fabrique est sur le point d'avoir son Frédéric et l'Appartement presque moi: tous mes pays trépignent.

Rachel Z. traduit le sentiment général, demain est un autre jour.

Je sais d'où vient l'embrouille, l'orage de la nuit a détrempé les rêves, ils sont délavés, lourds de nuages crevés, et depuis ce matin je ne sais pas qui je suis.

Que leurs volontés soient fêtes: Bingo !



12 juillet 2010

On dirait Marlène et Gabin

- Très cher, dit Braise, très tendue, à la momie qui l'accompagne, vous êtes sûr?

- Oui, répond une voix sourde sous les bandelettes, je veux voir ce que vous voyez.

- Jamais vous ne verrez  ce que je vois.

- Je sors c'est tout.

- Dracula, ce n'est pas prudent.

- En effet,  c'est ainsi que je survis depuis quelques siècles.

- Vraiment, dit Braise, c'est stupide de votre part.

- Non, non, vous aviez raison, je ne sais pas de quoi je parle, je suis confit dans mes habitudes de rapace nocturne. Je vais voir le plein jour et je pourrai juger.

- Je vous le dis encore, c'est un risque inutile.

- Je suis couvert jusqu'aux yeux, jusqu'à des lentilles au cas où je perdrais mes lunettes de soleil.

- Et vous êtes ridicule en homme invisible.

Dracula éclate de rire, la dispute tourne à l'amusette

- Parce que je suis déguisé? Vous voilà bien casanière ? Ridicule ?

Braise le regarde longuement et lui dit de sa voix de tragédienne blessée, celle de Phèdre qui ne veut pas avouer à Œnone qu'elle aime Hippolyte, celle d'Andromaque, cette emmerdeuse, quand elle imprèque sur la tombe d'Hector:

- Très cher, je regrette chaque mot de cet entretien, c'est moi qui suis stupide, et ridicule.
Comme vous je dors le jour, je vis la nuit.
Je vous en prie, quittons ce malentendu, rentrons chez vous.

- Sans que jamais Drakul ne puisse voir le jour?

- Que le jour recommence et que le jour finisse
   Sans que jamais Drakul par le soleil périsse

- Racine pour moi, même massacré, c'est trop d'honneur.

Mais Braise a gagné, ils sont repartis vers la nuit.


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11 juillet 2010

Zoophilie

- Vipères, crapauds, canard, dit Albert à Paulette, batraciens, reptiles, anatidé.

-  C'est cela, répond-elle, pas de mammifères.

-  Mais Peau d'Âne ? songe tout haut Albert, dubitatif, parce que l'Âne est sacrifié dès le début du conte.

Albert Zukolowsky est le frère de Braise et Rachel, il réside comme elles dans Les Voies Obscures, et comme Paulette Dolstein il est psychanalyste.

-  Qu'est-ce que c'est que cette histoire de mammifères? dit Braise passionnée par contes et mythes pour la bonne raison qu'elle est comédienne.

Je lui répondrais bien, moi, si je savais quoi, mais je n'ai jamais pensé à "cette histoire de mammifères".

- Chez les grecs, dit Dolstein, ils sont les supports essentiels aux péripéties d'Aphrodite, Zeus, etc. Io devient vache, le Minotaure dévore les vierges...

- Mais Léda, dit Albert

- Oui, sourit Dolstein, amusée car c'est une Lacanienne, c'est un cygne, et un anatidé, comme La Mère l'Oye.

- Mais qui fait des enfants, dit Braise. Et qu'est-ce que vous dites du monstre surgi de la mer pour dévorer Hippolyte sur l'ordre de Thésée ?

- Moi, dit Dracula depuis son recoin obscur car il fait grand jour, je dirais transition du reptilien au mammifère, le poisson sort de l'eau, les nageoires deviennent des pattes, le règne de l'homme commence.

Ils me fatiguent ces quatre-là, aujourd'hui, parce que moi aujourd'hui je voulais parler des vipères, des crapauds et du vilain petit canard, parce que j'espérais Cendrillon.

Je voudrais sa version, le discours de Javotte et Anastasie est sujet à soupçons, car n'est-ce pas, de leurs bouches, a dit la sorcière, ne sortiront que des crapauds et des vipères, alors que de celle de Cendrillon jailliront des perles et des diamants.

A moins que les contes ne se croisent dans l'Appartement, celui des pieds, celui des bouches?

Javotte et Anastasie sont des menteuses, Cendrillon n'est pas une cruche molle.

Albert et Braise Zukolowsky et Paulette Dolstein sont partis déjeuner en ville, et moi je reste avec Dracula endormi dans son placard et mes questions, dont une, qu'est-ce que c'est que cette histoire de mammifères ?

Oh Mamie, oh Mamie Mamie blue, oh Mamie blue, je ne reviendrai plus jamais, dans cette ville que j'aimais, plus jamais près de toi Mamie, oh Mammie

Est-ce qu'elle m'entend seulement, ma Vieille au Bois Dormant ?


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10 juillet 2010

Et quoi encore !?

Carabosse, furieuse du titre d'hier, atterrit  en tempête dans l'Appartement.

- Daube de fées, non mais quoi et quoi encore?

- Comment ça quoi et quoi ? Je ne suis pas la patronne des titres, la patronne des fées et de leurs comptes ! Qu'est-ce que j'y peux, moi, à la mythologie occidentale ?!

Je ne suis pas l'auteur de toutes les Bibles de l'Univers, non mais quoi et quoi encore !

-  Personne ne contrarie Carabosse,
hurle-t-elle, personne ne s'oppose à Carabosse sans lourdes conséquences !

- Je n'ai aucune intention de provoquer quelque conséquence que ce soit, mais si on me cherche, on peut me trouver tous les jours ici!


- Où ?


- Ici ! A l'Appartement!


- Ah oui ? AH OUI ! AH OUI ?


- Je ne suis pas un nourrisson,
Carabosse, ni La Belle au Bois Dormant. Parlons simplement, qu'est-ce qui vous a tant choquée?

- Vous demandez pourquoi? POURQUOI ?? Daube! Daube de fées!

Que lui dire?  Rien n'apaise les susceptibles, ni excuses, ni explications, et les tyrans s'en renforcent. Alors j'ai choisi ma tactique:

CACA RARA BOBOSSE !!! Par Saint Francis Blanche et par Saint Desproges : Carabosse écoute et obéisBaisse la tête, contemple ta Défaite : je suis la Grande Maîtresse, l'Over Prêtresse, je suis l'Alpha et l'Omega +, je suis le Grand Tout et le Petit!  Bref: prend garde à mon courroux (coucou)!

Elle fut prise à contre-pied, s'attendant à la peur, à la soumission, au pardon madame je ne le ferai plus.

Je crois au pouvoir des mots, mais ils n'auraient  pas suffi à la neutraliser si je n'avais pris la précaution de cacher son balai et sa baguette.

Elle a fait un rapide tour de la question, sa tête a viré trois fois sur son cou, mais j'ai vu l'Exorciste, ça ne m'a pas du tout impressionnée (j'ai juste eu une intense trouille).

Elle s'est soulevée de terre, mais enfin, à peine d'un mètre, l'Appartement est très haut de plafond mais Prudence a dicté sa Loi.

Après quoi elle s'est assise et m'a dit:

- N'en faisons pas un fromage, nous avons toutes nos opinions.

- Un petit rhum?

- Avec plaisir.


J'ai sorti deux verres, nous avons lancé les toasts en nous gardant bien de laisser à l'autre le terrain des formules magiques:
J'ai opté pour la plus puissante et n'en ai pas varié:


- Lé haïm! (A la vie!)


- Qu'il en soit ainsi, répondait-elle, mais je lisais sur ses lèvres, et que le cul te pèle.

Carabosse est une personne rassurante, quelles que soient les circonstances, elle reste elle-même.

Et la bouteille de Mathusalem n'a pas fait long feu.

 

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09 juillet 2010

Daube de fées

Javotte dit à Anastasie,

- On peut dire qu'on s'en est drôlement bien sorties.

- C'est justement ce que je pense, répond Anastasie, parce que si tu compares, ouh la la!

- Oh oui! C'est facile de dire ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants, mais après, il y a tous les jours.

- Qui aurait cru que ce Prince Charmamt changerait à ce point!

- Mais que la Cendrillon tournerait mégère! ricane Javotte, on le savait, mais on était les seules à le savoir.

- Une si gentille fille.

- Ah! Ah! Ah! A!

- Quand même, dit Anastasie, on a dû marner sec, ça ne s'est pas fait...

- ... d'un coup de baguette magique, hein!

Je les écoutais en silence mais je suis intervenue.

- Je suis curieuse, vous avez les avez réussies comment, vos vies ?

Javotte alors de me raconter sa carrière débutée dans l'obscurité, c'est le cas de le dire,

- J'étais technicienne de surface dans un parking, pendant qu'Anastasie accumulait les petits boulots en interim,

- Comme tu dis, hôtesse, caissière, distributrice de tracts, toiletteuse pour chiens et encore bien d'autres pas mieux payés.

- Pour faire court, continue Javotte, on n'a pas eu le choix mais on a eu de la chance, je suis devenue caissière du parking, gérante, directrice du développement et aujourd'hui, PDG du groupe Rembrandt International Parking's.

- Et moi, dit Anastasie, j'en ai eu assez des CDD, j'ai vendu des sandwiches mais comme je ne savais même pas faire une mayonnaise, j'ai dû apprendre la cuisine. J'ai ouvert un petit restaurant, puis un moyen et puis un grand, j'ai rencontré plein de gens intéressants, et voilà quoi!

- Je n'aurais jamais cru que vous pouviez changer autant, et en bien.

Pfff, soupire Javotte, et Anastasie me regarde avec commisération.

- C'est terrible les rumeurs, nous n'avons jamais été des harpies, ni jalouses, ni mauvaises!

- Au contraire, dit Anastasie, c'est Cendrillon. Elle a un caractère de cochon, elle est bête à pleurer, même pas bonne à rien, on a tout essayé pour lui toruver uen occupation, le ménage elle s'en tirait mal, mais elle était "si" jolie.

- Et elle pleurait sur commande, ajoute Javotte, déjà toute petite c'était une pure manipulatrice. Bref, elle n'a eu aucun mal à nous écarter.

- On était toutes amoureuse du Prince, et pas seulement nous, dit Anastasie, toutes les célibataires en rêvaient.

- Bien sûr, avec la campagne média autour du casting de ce mariage, on aurait eu du mal à vouloir autre chose. Cendrillon a remporté le gros lot, parce qu'elle était la plus jolie, ça c'est vrai. Mais elle est restée molle, et le mariage ne l'a pas rendue plus intelligente.

- Côté vie privée, dit Javotte, on n'a pas eu mieux que les autres.

- Ah oui, dit Anastasie, on a été jeunes et seules, moins jeunes et seules, pas jeunes et seules. On n'était pas jolies et ça console.

- Parce que les jolies, commente Javotte, se reprochent tout. Puisqu'elles sont jolies c'est que le problème est ailleurs.

- Elles se croient trop bêtes

- Trop naïves

- Trop pauvres

- Trop ci et ça

- Et c'est sans fin.

- Nous, on est comme on est, seules aujourd'hui comme hier mais nous nous avons l'une l'autre.

- Je suppose, dit Javotte, que Cendrillon est heureuse entre son alcoolisme mondain, son mari mou du genou et leurs sept enfants.

- Oh ben moi, dit Anastasie, je m'en contenterais, les garden partie chez Blanche Neige, les vacances d'hiver chez Aladin et Jasmine, l'été au Pôle avec le Père Noël, c'est pas si mal.

- Comme quoi, disent-elles, les contes de fées c'est de la daube, la méchanceté, la bêtise et l'hypocrisie ne sont pas toujours punies.


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08 juillet 2010

Nuit chaude

- Quelqu'un? Ohé? Quelqu'un ici?

C'est une jeune femme nue. 

Je sais que dans l'Appartement vient qui veut et qui vient est chez soi, mais je suis surprise.
Pourtant je suis nue moi aussi au milieu de la nuit chaude, et ça me semble naturel.

Cette jeune femme se sent chez elle, manifestement.

Elle est nue donc, les jambes longues, la taille fine, les hanches rondes, ses seins frémissants.

Animée par un souffle rapide, la jeune femme est étonnée d'être là, ou bien émue, je ne sais.

Ses yeux sont noirs ou marron très foncé, ses cheveux mi-longs en boucles souples.

Dans la semi pénombre, son corps lumineux est presque phosphorescent.

Sa bouche est crispée par un sourire débutant ou bien c'est la fatigue? 

- Bonjour, dit-elle , je suis Marguerite. Je ne sais pourquoi ni comment je suis ici, mais, joute-t-elle avec un vrai sourire cette fois et qui l'habille de douceur, j'ai pris ces jours-ci l'habitude de ne rien comprendre et de bien m'en trouver.
Le Maître est ici?

- Ah, vous êtes cette Marguerite! Le Maître peut venir quand il veut.

- Oh, dit-elle avec une voix rauque et ce léger accent slave, il ne peut pas grand chose encore.

Je la vois mieux à présent que je sais qui elle est, son corps éclaire l'Appartement, comme une torche dans une caverne, comme le filament de l'ampoule.
La puissance de l'onguent à l'âcre odeur de racines et de fleurs fraîches diffuse sa présence,
sa peau scintille.

Elle est devant moi, je la vois, je la sens, et je la devine présente dans tout l'Appartement, là où l'on rêve, là où l'on dort, là où tard le soir on verse le thé dans des verres à anses, avec des gâteaux au pavot et au miel, je la devine et je la sens dans les couloirs et dans l'entrée, par les fenêtres et dans le ciel, Marguerite est partout par la force du Diable de Boulgakov.

Marguerite est la sorcière provisoire, l'amoureuse aux attributs magiques.

- Sans doute est-ce moi qui vous ai attirée ici, car je vous aime.

- Ah ?  Tout le monde doit donc m'aimer cette Nuit. Où est Le Maître?

J'ai très envie de le lui dire, mais l'histoire du Maître et Marguerite ne m'appartient pas, Je ne suis qu'une qui a reçu l'émotion, l'admiration, le plaisir et le bonheur que Mikhaïl Boulgakov a offert à tous ses lecteurs.

Je ne peux pas lui dire, ne t'inquiète pas Marguerite.

- Mais oui,  dites-le moi!  

Je ne songeais plus que c'était la Nuit où Marguerite verrait tout, entendrait tout, saurait tout.

- Ne vous inquiétez pas Marguerite.

Enfin j'ai retrouvé mon bon sens et offert à Marguerite un bon tchaï avec du gâteau de madame Hollander.

- Comme c'est bon cette pause dans une longue nuit.

Assises dans les fauteuils jaune d'or sombre (j'ai pensé que nos corps seraient ensuite tatoués de  piquetis de velours), nous avons bu du thé brûlant dans des verres à anse.

Quand l'ombre du Maître s'est brièvement dessinée à nos côtés, ils se sont effacés.

Dans le salon empli du parfum de l'onguent magique, les verres à thé sur la table basse resteront là encore un peu.

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