09 avril 2010

N'importe qui

Marité

Cancer?  Non mais dis-donc, n'importe qui entre ici ?!

C'est pour ça qu'on met des verrous sur les portes, des codes, des interphones, pour ça qu'un jour j'habiterai un cinquantième étage sans ascenseur,  pour décourager les indésirables, y compris moi quand je n'aurai plus la force de monter ni de descendre pour acheter de quoi manger.

Je m'attendais à un commentaire du Sida: Coucou Cancer!
Salut les Copains! mais non.

Je m'attendais à un commentaire de Frédéric, comme Salopard! mais non.

Je m'attendais à un soutien ou à des excuses du Concierge.

Mon Sur Moi toujours prêt à censurer ne m'a envoyé aucun signe, ne m'a pas recommandé de ne pas ouvrir ma porte à n'importe qui.

Je m'attendais à être protégée malgré moi par quelqu'un, enfin, Quelqu'un qui de près comme de loin, veillerait sur moi.

Seule donc, face à cette saloperie de Cancer et tant pis, sans bouclier je l'affronte pour le foutre à la porte:
Salopard! Pourriture! Raclure d'Enfer! Assassin! Hypocrite Larve!
Retourne à tes origines térébrantes, dévore-toi toi-même !

Que le courroux du ciel allumé par mes vœux
Fasse pleuvoir sur toi un déluge de feu!... etc. etc.

Je ne devrais pas le tutoyer, mais on se connait bien, il est entré dans la famille et prétend aujourd'hui en faire partie:
Je ne veux plus te voir chez moi, tu as déjà presque tout mangé.

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08 avril 2010

Hop! Hop! Hop!

Moi je ne dis pas mon nom d'entrée, j'aime le suspense, j'aime trop la vie pour gâcher ses surprises.

C'est drôle d'entrer ici par la grande porte, je suis plutôt du genre discret moi, en général j'arrive sans m'annoncer, et puis doucement je me rassure et une fois au grand jour, je m'épanouis!

J'ai une grande qualité, je suis très sociable, je me plais avec tout le monde, je n'ai pas d'idéal ni d'a priori, franchement, pas l'ombre d'un soupçon de racisme ou de quelconque discrimination, j'aime les gens, tous les gens.
J'aime l'humanité, oh oui! Oh oui je l'aime, sans elle, je ne serais rien, partout j'ai ma place.

Je suis une bonne nature, je me satisfais de peu mais de beaucoup aussi, vraiment facile à vivre tant que ça dure, parce que vous savez ce que c'est, les relations humaines, qui peut dire c'est pour toujours?
Mais je ne me lasse jamais, jamais je ne désespère, toujours je repars au contact.

Je suis plein de vitalité, je suis gai, exubérant, je foisonne, je suis gorgé d'énergies, vraiment.

Je ne comprends pas pourquoi je suis si mal aimé, mais c'est comme ça, la vie est injuste.
Tant pis, je la prends comme elle est, je suis un gars optimiste, pour moi, tout va toujours bien.

Allez,  je peux vous le dire, de toute façon, une fois que vous saurez mon nom, je suis sûr que vous me reconnaitrez!

C'est moi! Le Cancer! Le vrai, le frais, l'universel, l'incontournable Cancer!


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07 avril 2010

Journées portes ouvertes

Marité

Seule aujourd'hui.

Les morts sont merveilleux, ils vous appartiennent pour toujours, Frédéric ne me quitte pas, mais il sort trop rarement de sa Réserve.

Certains de Batbourg sont venus, mais pas tous.
Monsieur Troudup, Léon, Suzanne, Denise de Lhéry, Astrid, Paulette Dolstein, Marianne, Alice,
Rachel Zukolowsky des Voies Obscures, Fabienne Berman, Louka est venue, de passage à Batbourg, Rachel Lehman de Pessah,  ah oui, Joseph de La Greffe est passé aussi, mais d'autres non, qui me manquent comme une famille aimée trop éloignée.

Ce sont eux qui décident, comment les inviter mieux que je ne l'ai fait en ouvrant les portes de l'Appartement?
Les ouvrir plus grandes?
Organiser une réception?

Braise, Hugo, Albert, Fabiola, ces Dames de l'ABB, le Marcel de madame Pons-Lévy, les avatars de moi disséminés dans les mots et les histoires, la Manu et le Michtot d'Ascendant Cancer, Léa, Popaul, Martin et Kowski, le restaurant bizarre, et tant d'autres, tous les autres.

Ils sont mon sang, ils irriguent ma vie, ils me manquent...

Ah! J'entends des voix, des bruits!

Ils se manifestent, mes Idiots, mes Crétins, mes grands et mes petits, mes Issus, mes étranges, mes familiers, ceux que j'ai inventés, ceux qui se sont imposés,  enfin! les voici, ils trépignent derrière leurs portes! Enfermés dans les pages closes de leurs manuscrits, ils manifestent leur volonté:

- Mets les textes en ligne! Mets-nous sur la route!
- Ouvre le réseau! Ouvre! Ouvre! Ouvre!

De l'air, c'est tout ce qu'ils demandent, mes Impatients, et moi, je les ai rangés, à l'abri du monde, à l'abri de tout, l'Egoïste est triste.

Ouvrir mes portes en ouvrant les leurs, mettre en ligne leurs résidences
, les manuscrits où ils vivent leur histoire.
Ils recevront et me rendront visite.

Je suis muselée par mon incompétence technologique, il me faut sortir de cette impasse qui transforme Le Blog en porte coupe feu, qui s'ouvre dans un seul sens et se referme sèchement, sur mes doigts parfois.


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06 avril 2010

Vent noir

La porte qui s'ouvre je m'y engouffre, c'est ma porte, je fonce.

Je ne sais pas comment je suis encore là, je suis morte, c'est un fait, je  suis là c'est un autre fait.

J'ai reçu une éducation bourgeoise, très stricte, à une époque où on ne plaisantait pas avec l'éducation des jeunes filles, je vais donc me présenter dans les règles:

Bonjour, je suis Rachel Lehmann.

J'ai 23 ans, c'est définitif depuis 1943.

J'habite un tableau dont je descends, le soir de Pessah, pour rappeler à cette idiote de Marité K que j'existais.

Depuis que je suis morte je suis devenue mauvaise, je ne suis pas d'accord, je râle, je sors de mon trou pour la secouer.

Elle n'est pas au meilleur de sa forme ces jours-ci, ça m'arrange plutôt, son état du moment  me donne beaucoup de place.

Je ne suis pas fière de moi. Je suis en contradiction totale avec tout ce qu'on m'a appris.  Premièrement je suis morte, ce qui est déjà un scandale en soi, ensuite je suis agressive alors que j'ai  été très bien élevée, et enfin, je hante, ce qui est très incorrect dans mon milieu.

J'ai dit il y a longtemps à la locataire en titre de cet Appartement, que j'attendais d'elle qu'elle m'écrive. Je l'ai suffisamment envahie pour qu'elle s'en acquitte dans "Pessah", mais elle traîne, elle chipote, ce Pessah m'anime en miniature. Pour me donner de l'espace, il suffirait d'y mettre Fin.

Moi, je ne vis pas dans un placard en attendant les jours meilleurs, je suis dans un tableau qui bouge, qui porte mon nom inscrit sur une plaque de cuivre:

Rachel Lehmann - Paris 1920 - A. 1943   

C'est bien fait si je remplis sa tête dans ses jours de vent noir, mais ça ne tient qu'à elle, qu'elle écrive le mot fin, elle sera débarrassée de moi.

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05 avril 2010

Rencontre du troisième type

Le Coach

Quand je suis arrivée pour mon cours de gym, Le Coach regardait le Blog, assez étonné:

- Y a du monde ici! Faut venir en salle, on peut organiser des séances hommes/femmes, ou par âge, ou par niveaux, voilà, on a le choix, hommes/femmes, jeune/vieux, en forme/pas en forme.

- Et pour les cardiaques ? demanda Suzanne Troudy.

- Y a des cardiaques?

- Je sais pas.

- Ben alors?

- Y en a peut-être.

- Et pour mon chien?

- Hein?!

- Le Léon, i' pourra venir?

- Je travaille pas pour les chiens, mais vous, monsieur?

- Troudup.

- Ça vous ferait du bien.

- Je vais nulle part sans Léon.

Le Coach se tourna vers moi, désemparé, il vient depuis des semaines et c'est la première fois qu'il les rencontre.

Je suis partagée, que dire?

- Ne vous inquiétez pas, ils sont imaginaires?
Alors qu'il leur parle.

Ou bien,
- Ne vous inquiétez pas, ils ne font que passer par votre intermédiaire, mais ils sont, euh... ils ne sont pas, euh...

Pfff.

Je n'ai rien dit, j'ai fermé le Blog.

Ils ont grouillé dans la machine, ça frétillait, l'écran faisait des vagues, j'ai dit c'est le soleil, un écho de voix mêlées grésillait, j'ai dit c'est l'électricité statique et j'ai commencé les échauffements.

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04 avril 2010

Philosophie de comptoir (des dindes)

Marité

Ignorance comme credo? Comme vous le dites, Paulette, n'exagérons
rien.
Et comme on dit chez Don Camillo, ce ne sont que quelques mots, Monseigneur.

J'ai rapporté une réponse qui m'a sauté au cerveau, je n'ai pas dit que la Vérité venait de me cueillir dans ses bras chitineux.

Pour décrire mieux la chose puisque chose il y a et qui provoque quelques commentaires, mon Ignorance (la mienne, n'est-ce pas) peut se définir, par mon intermédiaire soyons précis, comme
le Je ne sais rien et le Presque quoi de Yankel

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Croire à quoi?

Marité

Astrid?!
Oui, je croyais sans y penser que les poissons venaient, aussi, du frigo, ok, j'avoue que j'ai eu tort, ils viennent (aussi) d'ailleurs.

OK, vous venez tous d'ailleurs que de moi, et moi aussi je viens d'ailleurs, et quoi encore?
Si je crois à ci ou à ça? Qu'est-ce que ça fait en qui je crois, en quoi?

Mais Astrid a posé ces questions, et sous la Halle Martenot, à la pêche aux livres ce matin, au coeur d'un océan de livres poussiéreux, tordus, malheureux, une réponse rassurante est venue.
 
Astrid, je dispose d'un vaste espace que je ne remplirai jamais, où crépitent des milliards d'impulsions électriques qui allument ce qu'on appelle la pensée ou l'âme ou ce qu'on veut.
C'est le lieu merveilleux où git, mollement allongée, mon incurable, incroyable, profonde, profonde Ignorance.
Voilà à quoi je crois aujourd'hui fermement: je crois en mon Ignorance.

Cette certitude m'habite, moi, ma tête, et un peu encore autour de moi me faisant une lumineuse aura d'Idiotie.

Ainsi mon centre toujours vide est ouvert à des nuées d'âmes, de pensées, de personnes, d'images, d'histoires. Un vent intérieur les anime, les attire, les entrechoque, les absorbe et les éjecte, tout vient s'y baigner, s'enliser, s'envoler, se poser le temps d'une becquée, d'une sieste ou d'un rêve.

Alors d'accord, Astrid, vous avez raison.
Mais moi non plus je ne viens pas du frigo.

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03 avril 2010

D'où on vient

Astrid

Bonjour, je suis Astrid.

Je savais qu'une porte allait s'ouvrir, c'était dans mon ciel, la même lumière éclairait les  thèmes de tous les Batbourgeois.

Je ne savais pas quand, ni quelle forme prendrait cette ouverture, ce qui s'annonçait est arrivé, c'est le Blog.


Dans Batbourg III je suis rivée à la vie du Lieu, je suis enceinte pour l'éternité du récit.
Ici, je vais avoir un bébé, ce n'est pas extraordinaire d'avoir un bébé après avoir été enceinte, mais je l'aurai attendu longtemps...
Le temps que l'auteur accepte que ça ne vient pas de sa tête même si ça passe par là.


Est-ce que Marité de Vos croit que les maquereaux viennent du réfrigérateur? Du marché? Du camion du forain? Des soutes du bateau? de la mer? de la ponte fécondée? des lois de la biologie? Ou alors de Dieu, si elle croit en Dieu?

Je ne suis pas un poisson dans son frigo ni une vie stockée dans son cerveau jardin arche, je suis une personne.

Les personnes pensent et voyagent, elles vivent, elles meurent, elles bougent, dedans, dehors, autour.
Ainsi je ne suis pas venue
directement à l'Appartement, je suis d'abord passée au marché.

J'en ai rapporté des pommes vertes, un chou-fleur blanc, une betterave crue violet profond et un tract jaune moutarde annonçant une vente de livres au profit des enfants mongoliens.

Je suis une sphère parmi d'autres, plus grandes, plus petites, plus rondes, plus pleines ou moins denses.
Elles m'attirent, je les appelle, nous nous entretenons.


Je porte moi-même une petite sphère palpitante qui tournera  bientôt autour de moi comme je tourne autour du monde, puis s'éloignera, quand le temps sera venu des autres attractions...

Je ne viens pas du frigo, je suis un satellite.

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02 avril 2010

Tout est vrai

Marité

J'ai vu la mer, j'ai senti le vent, j'ai eu froid, j'ai reçu la pluie, la grêle, tout était vrai, vraiment vrai, comme sont les choses matérielles qu'on mesure et qu'on pèse.

J'ai mangé au Lisboa de la morue aux pommes de terre, c'était très vrai aussi, servie par une jeune femme qui n'est pas serveuse mais comptable, cuisinée par sa mère, le bar tenu par son père?

Toutes choses réelles et vérifiables hors de mon monde réel et vérifiable.

Ces lieux n'étaient pas l'Appartement, ces gens n'étaient pas les Gens de l'Appartement. 

Mais la mer était agitée, verte, vibrante et sonore.
L'air était puissant, envahissant, il sentait fort le varech.
La pluie rentrait dans l'eau salée en rafales fluides.
Et j'étais là dedans. Ah oui, j'y étais.

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01 avril 2010

La femme au Troudup

Suzanne Troudy

Je m'demandais, mais où qu'i' va donc mon Michel qu'il est pas au bistrot?

C'est ici!
C'est un brave homme, i' boit mais jamais le vin méchant, y en a pas beaucoup des comme lui.

I' buvait pas, c'est à cause du Léon.
Ah ben ouiche, qu'i' disent, c'est la faute au chien elle est bien bonne.
C'te bonne femme ê' se fiche de nous, son mari i' boit à cause du chien, on  nous l'avait pas faite encore
celle-là.

Mais c'est vrai, le Léon, on l'a adopté qu'il était déjà grand, c'était le chien à l'Espérandieu et l'Espérandieu, quand sa femme est décédée, i' s'occupait plus à rien.
On y a pris le chien, par service de voisin, mais le Léon, c'était déjà un chien d'ivrogne, le P'tit R'nard, c'était comme qui dirait sa promenade quotidienne.


Michel, i' voulait pas dévarier ce pauvre Léon qu'avait perdu sa maîtresse et que son maître laissait dans son coin, alors i' suivait, tous les jours au bistrot, à force...
C'est comme ça que c'est arrivé.


Faut pas croire la Paulette Dolstein qui voudrait que ça soye à cause de la psychologie, qu'elle dit, la ouebcam, qu'elle dit, je sais plus quoi.


Michel, c'est mon Mimi, un vrai gentil, Michel Troudy, et moi je suis madame Troudy, Suzanne, native de Batbourg.
Des natifs y'en a plus guère.


C'est donc ça Le Blog qu'i m'disait.
Ben c'est marrant, j'reviendrai...

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