27 juin 2011

Carhaix dans l'Oigne.

L'air vibre de paroles sorties d'on n'sait t'où, car personne ne sait Tout.

C'est la voix neutre d'une machine qui se réchauffe jusqu'à prendre les couleurs de la voix humaine, riche, profonde, pleine de nuances. Mais nul corps ne l'incarne.

- L'Appartement part en vacances, dit La Voix, Paulette Dolstein s'installe à Malmont, pour travailler au Federal Ranch of Experimental and Diversited Ethicological Research International Corp. que dirige Lucien Übernix. En d'autres termes, elle part en vacances dans Bienvenue à la Fabrique, le manuscrit Frédéric.

Fabienne Berman ne veut partir nulle part, elle reste à l'Usine avec Robert Dieu.

Bruno Ragazzi s'est inscrit à un stage de SpeedIpsi dans le Larzac.

- Les moutons du Larzac, ça ne va pas te changer de Batbourg, se moque Berman.

- Tu sais parfaitement, dit Ragazzi, que nous avons toujours besoin de nouvelles données, Paulette va les chercher en Lozère et moi je vais me faire un oeil neuf dans l'Aveyron.

En réalité, chuchotte La Voix, Ragazzi prétend boucler à La Bergerie une psychanalyse complète en cinq semaines avec Roger Fourtou dit La Grande Freudaine, le gourou de la SpeedIpsi.

Ragazzi ne réagit pas, il n'a pas entendu La Voix.

- Il ne m'entendent pas toujours, dit La Voix, je parle pour qui doit m'entendre.

- Alors, inutile de chuchotter.

- Je fais ce que je veux, dit La Voix, et elle poursuit,

La Taulière part en voyage organisé dans un véhicule du genre batiscaphe astronautique high tech. Elle va retraverser les fleuves vasculaires, les continents pensants, les pays agités de soubresauts. Elle se prépare à chevaucher sa vie.

- Qui c'est çuilà? Hein, t'es qui toi?  dit Troudup au vide.

Comme les chiens entendent des sons que l'oreille humaine ne perçoit pas, Troudup entend La Voix même quand elle se croit invisible. Harcelé par ces sons parasites, il fait des gestes rageurs, comme si un essaim l'attaquait.

- Je suis Le Narrateur, dit La Voix, celui qui voit, qui sait, qui dit.

Troudup lève les yeux au ciel, qui sait, qui voit, qui dit, tu parles !

Troudup n'aime pas le changement, pourtant il veut déménager. Sa vie de personnage est figée à Batbourg.

- Je veux rien du tout oui, c'est La Patronne qu'a décidé.

- Vous partez pour aller où, lui a demandé Dolstein, le raccompagnant à la fin de sa dernière séance.

- A Carhaix.

- Dans le Finistère.

- Nan, Carhaix dans l'Oigne.


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16 juin 2011

Où ? Quoi ? Hein ?

- Caisse tu dis ?

- Ben où qu'elle est ?

- Elle est à Paris.

- Ben elle est gonflée, ê se tire et elle nous laisse ?

- C'est la nouvelle Taulière, caisse tu veux que j'te dise !

- Toi rien, mais elle pourrait nous causer de temps en temps.

- Ê va sur d'aut'blogs.

- La Taulière elle va voir ailleurs !

- C'est à cause de son truc.

- ?

- Son speculhomme.

- ????

- C'est un machin qu'avec elle peut voir partout.

- Ben c'est pareil qu'avec nous.

- Nan, parce que c'est nous qu'on est dans elle et qu'c'est elle qui nous sort, alors que les autres elle va dedans grâce à son truc.

- C'est pas un peu dégueulasse?

- Nan, pas si c'est bien fait.

- A r'vient quand?

Je reviens quand je veux, non mais dis-donc ! Ces deux-là n'ont même pas dit leurs noms.

- Tu sais très bien qui ils sont me réponds-je.

- Bien sûr que je sais, c'est la Myrtille Souche et son mari buvant le café sous la pluie, sous la marquise de leur toute petite maison. Ils surveillent leurs nains occupés dans le jardin à jouer aux cartes, à pêcher dans la baignoire de bébé...

Et à parler de moi eux aussi, j'imagine.

- C'est bien possible, dit Fabienne Berman, concentrée sur les Souche en plan américain sur son écran géant.

- Tu penses à quoi ? demande Bruno Ragazzi.

- Pas besoin d'être devin, dit Robert Dieu, elle pense aux nains.

- C'est à creuser en effet, dit Dolstein, des nains de jardin parlant, ça pourrait ouvrir un marché.

- N'oubliez pas, dit Dieu, que c'est là qu'on a mis les capteurs des sujets Souche.

 

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08 juin 2011

Anatomie ?

- L'oignon du Père appelle à la barre le troufignon du Diable, dit je ne sais qui, de loin, très loin.

- Pas mal dit Rosaria, je le retiens pour un titre de roman policier si vous êtes d'accord.

- Oh, je réponds, moi je suis d'accord, je n'ai pas besoin du troufignon du Diable. Mais de l'oignon, si.

- Parfaitement, dit Denise de Lhéry, ne venez pas pêcher ici tous les mots qui vous amusent, ils sont à nous, propriété privée.

- Elle a raison, disent Celles-Qui, nous en avons besoin pour nos rubriques, la cuisine, le dictionnaire...

- Moi j'peux m'en passer dit Troudup.

- Ça, pour les conneries, tu manques jamais de rien,  dit Nono depuis le comptoir du Petit Renard.

- Mais, dit Corinne, c'est quoi un Troufignon ?

- Ce n'est qu'un mot, répond Denise, un mot très ordinaire, vous pouvez lui enlever cette majuscule. Et troufignon n'étant pas dans le dictionnaire, je le récuse.

- Qu'est-ce qu'elle récure ? demande Myrtille.

- Elle récure le troufignon, dit Troudup, c'est rien qu'une grosse cochonne.

- Ah mais je vous en prie, je vous en prie, dit Denise de Lhéry, arrêtez de m'impliquer dans vos propos salaces !

- C'est dans le dictionnaire dit Fabiola qui lit tout haut: troufignon (n.m.):(pop)orifice du rectum.

- Ah ! s'exclame Myrtille, orifice du rectum, pour dire trou du cul, non mais, si c'est pas de la salopiade ?

Denise soupire,

- Quelle idée, mais quelle idée que cette rubrique dictionnaire, si j'avais su, si j'avais su.

- Mais non, mais non, dit Fabiola, chercher des mots c'est toujours utile.

On pourrait croire, ou penser, que ce blog prend une tournure curieuse mais Paulette Dolstein et Lucien Übernix, son collègue, ne voient pas ça comme ça. Ils pensent qu'ils assistent aux prémices du développement d'une personne virtuelle et qu'il est dans l'ordre des choses que le sujet passe par les stades de la construction de sa personnalité.

- Certes, dit Fabienne Berman, mais où sommes-nous ? Avant le miroir, après, aux débuts du langage? Où?

- Ma chère, répond Übernix, c'est là que nous abordons aux rives du passionnant.

- En effet, dit Paulette, car nous n'en savons rien...


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L'oignon du père

 L'oignon du Père :

oignon du père

- Voici l'oignon du Père, dit le docteur Tayeurt. L'oignon qu'on épluche en pleurant. Et qui, enlevé toutes ses peaux, ne vous laisse que des larmes.

- L'oignon du père? dit l'abbé Phouettard, ça ne vaut pas l'oint du Seigneur.

- Oh la la, dit Lucien Übernix, quelle marmelade !

- Ah dites donc ! dit Paulette Dolstein, l'oignon du père l'oint du Seigneur, ça vous envoie dans les décors.

- C'est pas un oignon, dit Myrtille Souche, c't'une échalotte.

- Vous avez vu, là, derrière, dit Louka, là, dans le miroir, vous avez vu ? C'est La Taulière ?

- On s'en fiche, dit Marianne, on  a les clés.

- C'est Elle, non ?

- Qu'est ce que ça fait ? dit Braise, vous avez vu ma nouvelle robe ?

robe3

- On voit que dalle dit Troudup.

- Oh! dit Braise dépitée en constatant qu'elle n'imprime pas le numérique.

- C'est curieux, dit-elle, il y en a qui paraissent à l'écran. Voyez celle-ci, qui n'est pas moi, mais qui pourtant porte ma robe.

robe2

- C'est elle ? Louka voudrait être sûre. Qui pourrait-ce être si ce n'est Elle ? Mais pas de preuve, pas de témoin, rien qu'une photo sans légende.

- En tout cas, ce n'est pas moi, dit Marianne.

- Ah merci ! Louka note: pas Marianne.

Myrtille dit c'est pas moi, Louka note: pas Myrtille. Astrid dit la même chose, et Fabiola, et Paulette, et Denise, et Corinne en riant, et Troudup le dit aussi, c'est pas moi.

Alors Louka renonce à savoir qui Elle n'est pas.

- Alors, dit Braise, vous la trouvez comment ma robe ?


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02 juin 2011

Le projet 6173

Marianne pense qu'il y a beaucoup de place maintenant dans l'Appartement, elle se dit pourquoi pas ?

- Bonjour, elle dit, moi je couds. Pendant que j'écoutais Lucien Jerphagnon au Cinq-Sept boulevard de France Inter, il a dit que Jankélévitch avait été son professeur.  Alors je dois avoir un projet, j'ai pensé.

- Quel rapport?  m'a demandé François Busnel en aparté.

- Pas besoin de rapport j'ai dit, tout n'est pas relié. Je pense le contraire, tout est relié. Mais je ne voyais pas le fil rouge alors j'ai choisi un tissu gris.

- Voici  le projet 6173:

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J'ai mis BB sur la photo parce que je pense qu'elle devait plaire à Jankélévitch parce que c'est un vrai philosophe. Il pense sur presque rien, avec je ne sais quoi et ça met la lumière.

épingler les pinces dvtCouper, épingler les pinces.

manger du flancManger du flanc.

Je fais chauffer du lait cru, je mets la poudre, je remue, je mets au four.  C'est Alsa, il est meilleur que le mien.

Il ne faut pas s'obnubiler sur la couture, ni sur rien, il faut faire des pauses sinon on ne fait toujours qu'une seule chose à la fois et ça rend bête. Lucien Jerfagnon parlait hier de la sottise, de là il est passé à la connerie. Il dit qu'on ne peut pas la définir avec des critères précis, moi je dis que si, sous peine de passer pour un con, ce n'est pas grave de passer pour un con, j'ai pensé, ce qui est grave c'est de l'être.

J'ai fini mon flanc, c'était encore Busnel à France Inter.

Je suis retournée au projet 6173. Dans mon atelier il y a la radio, alors Busnel y était aussi. Finalement, on n'entend plus que lui.

J'ai continué à faire les choses dans l'ordre, coudre les pinces, les repasser dans le bon sens, ouvrir les coutures, assembler le dos et la jupe, le dos et le devant par les épaules.

J'écoutais Philippe Colin et Mauduit, les types de Cinq-Sept parler féminisme avec Cristina Comencini. Ils lui disent, vous savez de quoi vous parlez, vous êtes la fille du cinéaste Luigi Comencini, oui elle est sa fille.

Moi aussi je suis la fille de mon père, j'ai pensé, mais avec le progrès nous pourrons bientôt n'être les enfants de personne.

J'ai posé la robe assemblée sur le mannequin.

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Pour le moment elle est informe, demain elle sera transformée par les finitions.


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30 mai 2011

Tsimtsoum

- C'est dégueulasse ! C'est trop dégueulasse !

- Mais qu'est-ce qu'elle dit celle-ci ? demande Marianne, dérangée dans son repassage par les hurlements de Corinne, entre deux eaux, enfin, entre deux verres.

- Elle dit que la vie est injuste répond Melle de Lhéry à la cantonnade.

Denise de Lhéry n'est pas dans le salon devant la télévision avec Marianne Defair à son repassage. Mais, dans la réalité augmentée, comme disent les scientifiques, Les Gens de l'Appartement entendent tout et savent tout ce que dit chacun, où qu'il soit, quoi qu'il fasse.

-  Big Brother is watching you, dit Fabienne Berman machinalement en baissant le son, les cris de Corinne lui ont vrillé les tympans.

1Le Grand Frère de Fabienne Berman watchant le monde.

- Mais c'est une femme ! dit Fabienne excédée.

- C'est donc son frère, assène Jean de La Fontaine. A quoi Fabienne répond pff et s'évapore.

- C'est dégueulasse ! Salauds de mecs !

- Ta gueule Corinne, tu vas faire avorter mes poules lui dit Myrtille. Pourquoi que t'hurles?

- J'ai raté Mitterrand, OK, mais DSK, merde ! Ils couchent avec tout le monde sauf avec moi ! Merde, c'est dégueulasse ! Pourquoi pas moi, hein ! Pourquoi pas moi!!

- Pauvre cruche, lance Fabienne de loin, c'est parce que vous n'existez pas, n'allez pas chercher de raisons, vous n'existez pas, c'est tout.

- Quoi, quoi, quoi ! Parce que je vis dans un lotissement, parce que j'ai quarante ans, parce que je n'ai pas la carte du club, c'est ça ? Je n'existe pas ?!

- Mais non, vous n'existez pas, vous n'êtes qu'un personnage de fiction, comme nous tous.

- "Est-ce que les personnages de fiction n’ont pas des yeux ? dit Dracula, magnifique. Derrière lui Braise flamboie, Corinne s'est redressée, encore chancelante, et Myrtille, Troudy, Astrid, Louka, Léon et bientôt tous ceux de l'Appartement, les ont rejoint, sauf moi bien sûr, parce que moi, je suis dans la vraie vie, ah! ah!

- Est-ce que nous n'avons pas, comme les vivants des mains, des organes, des dimensions, des sens, des affections, des passions ? Ne sommes-nous pas nourris de la même nourriture, blessés par les mêmes armes, sujets aux mêmes maladies, guéris par les mêmes remèdes, réchauffés et glacés par le même été et le même hiver ? Si vous nous piquez, ne saignons-nous pas ? Si vous nous chatouillez, ne rions-nous pas ? Si vous nous empoisonnez, ne mourons-nous pas ? Et si vous nous faites du mal, ne nous vengerons-nous pas ? Si nous sommes semblables à vous en tout le reste, nous vous ressemblerons aussi en cela. »

- Fiction mon oeil, on existe ! dit Fabiola qui n'a pas l'audace de citer correctement Queneau,  alors Zazie dit: Fiction mon cul !

- Shakespeare, c'est encore de la fiction, dit Dolstein. Elle observe avec un grand intérêt ce qui se passe dans ce Blog. Depuis que La Taulière s'est retirée l'Appartement crépite.

- J'irais plus loin, dit Übernix, j'ai la vision insistante d'une mèche longue en train de brûler.

- Et vous ne voyez pas la bombe ? demande Louka, il faudrait songer à s'en occuper.

- Pourquoi ? je demande. Pour l'empêcher d'exploser ou pour se mettre à l'abri ?


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29 mai 2011

Recyclage

- Myrtille a raison, dit Mademoiselle de Lhéry.

- T'es bien urbaine Denise, lui répond Myrtille.

- Mais, oui, tu as parfaitement raison, ce blog devient fréquentable. Je peux y apporter ma contribution.

- Ouais, ouais, dit Myrtille, je m'demande si moi j'vais pas aussi y mettre mon grain d'sel. Caisse t'apportes alors ?

- Eh bien, ma foi, je propose un article pour la rubrique cuisine.

- Ah ça c'est une idée qu'elle est bonne, vas-y ma chère.

Que faire  des vieux restes oubliés au frigo ?

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Jetez-les.

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- C'est simple et très facile à réaliser, dit Corinne Mars, complètement saoule. J'y vais de ce pas, dit-elle avant de tomber endormie dans l'herbe épaisse de sa pelouse.

- C'est vrai dit Denise, que sa décision d'agir dans le blog a rendue philosophe, c'est facile et pas cher.


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27 mai 2011

Aujourd'hui : La Pomme.

 

Que faire avec une pomme ?

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Mangez-la.

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- Tu trouves pas que ce blog devient plus léger ?

- Si.

- Ça fait du bien je trouve.

- T'as pas peur qu'il s'envole ?


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