11 janvier 2017

La vraie vie c'est pas d'la tarte

- La Taulière elle est où ? Corinne Mars se réjouit prudemment de mon éclipse, elle préfère l'exclusivité, c'est le genre de femme à aimer la compétition à condition d'être seule en piste.

Marianne s'en fiche, pas de moi, parce que Marianne c'est moi, n'est-ce pas Gustave ? Elle se fiche de la compétition, de la piste, de l'indifférence, elle est en dépression, ça occupe. 

- Et moi alors, dit Braise, tu crois que je me fiche de séduire ? D'être aimée ? Regardée ?

- Oh non, ça c'est sûr, je le sais parfaitement, hein Gustave ? Mais pour toi, ma chère chère, pas de challenge, ça se produit sans manoeuvre ou ça ne saurait se faire.

- Oui, sinon, pas de vrai désir, rien ne brûle qu'un feu tiède, à peine une flammèche pâle.

Alors le souffle puissant de Dracula passe sur son visage, emmêle ses cheveux, elle rougit, elle pâlit, elle flambe. Braise, c'est l'amour tout entier à sa proie attaché (merci Racine et d'abord merci Phèdre).

-  Elle se cache ? demande Corinne, elle est mal à l'aise, Braise est là, Marianne se manifeste par son absence et moi, elle voudrait que je sois un fantôme, la rémanence d'une existence passée.

Est-ce que je me cache ?

- Non, ê s'cache pas, êl'planque.

Troudup vient de donner la réponse que je ne cherchais pas, c'est ça je planque.

Mon nouveau manuscrit me fait la vie et c'est ça que je veux écrire, la vie, c'est vache, c'est pas la-vie-c'est-vache, c'est vache de me mener la vie dure sur la vie, merdalors, pour qui il se prend ce manuscrit ?

C'est mon histoire qu'il porte et il ne répond pas à mon appel ?

Ici est ma solution, mes personnages doivent venir ici, je leur donne l'adresse, je les libère. Je planque derrière les portes, je les regarde vivre au lieu d'aller les chercher partout ailleurs, dans les souvenirs, dans le passé, dans ma tête, dans mes rêves, dans le réel.

- Tête mon cul ! Souvenirs mon cul ! Réel mon cul !

- Merci Zazie, tu as mis le doigt dessus, la vie ni la vérité ne sont dans le Réel.

- Comme si on savait ce k'c'est la vérité, comme si quelqu'un au monde savait ce k'c'est !

- Tu causes, tu causes, dit Troudup, comme si t'étais pas un tyran, comme si on était libres de sortir de c'te putain de prison que tu nous as fabriquée, tu peux toujours appeler ça l'Appartement.

- Ben dis-donc, t'as la mémoire courte Alzy, qui est parti en vacances à Carraix-dans-l'Oigne? En menaçant de ne jamais revenir ? C'est moi peut-être ? Lâcheur ! J'ai cru ne plus te voir ! Maître chanteur !

- Hé! Hé ! Comme qui dirait qu'elle serait de retour dans sa petite cape et son collant-body, SuperTeigne, Notre Sainte Patronne. La Taulière est de retour Allélouuuu-yah !

- Ah ouis, c'est ça ! Eh ben je... je vais... Vous verrez bien c'que j'vais.

 

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27 septembre 2016

Twist on my porosité

 Léon cherche et frétille mais rien à faire il ne trouve pas.

- Inévitable dit Robert Dieu, Léon est un chien dénaturé, il a perdu sa chiennerie, plus de flair.

- Est-ce l'aboi qui fait le chien ? dit Paulette Dolstein, le langage qui fait l'homme ?

- Allons, dit Fabienne Berman, Léon est un homme puisqu'il parle, les chiens ne parlent pas.

- Ouah ouah ! dit Léon par esprit de contradiction.

- Et français, dit Bruno Ragazzi en prenant des notes: inventer méthode pour apprendre aux chiens à parler.

- D'ailleurs, dit Léon, mon ancêtre Idéfix ne parlait pas mais il était gaulois.

- N'empêche, dit Troudup, tu piffes plus rien, t'es qu'un inverti, un pauv'mec chienneux qui sait plus retrouver les odeurs ! Oùkellest la s'moule à la noisette ? Hein ! Oukellai ??

- Je les connais perfect les odeurs, dit Léon le Flair, agacé par le désir, pas seulement de la noisette, il y a de la vanille, de la crème de coco et, et... et de la fleur d'oranger !! mmmhh, c'est bon, c'est bon...

Jusqu'à présent L'Appartement était étanche à mon monde, que je prétendais être le seul réel mais si les odeurs entrent dans L'Appartement, volutent jusque dans les poumons des Gens de L'Appartement, alors qui est vrai qui est virtuel ? Ils ont des poumons, ils parlent, ils ont mal quand on les blesse, ils rient quand ils sont gais, ils pleurent quand ils sont tristes, tout comme moi. C'est la preuve par Shakespeare.

Qui est poreux ? Eux, ou moi ? Ce que je sais c'est que je vais en manger, et pas eux.

C'est embêtant...

PS: Faire bouillir un litre de lait, y ajouter une demi gousse de vanille dont on grattera les graines quand elle sera assez ramollie, ce qu'on veut de crème de coco et une bonne pincée de sel fin.

A l'ébullition verser 110 grammes de semoule de blé fine et la même quantité de sucre en poudre. Mélanger 5 minutes en maintenant le bouillon, puis éteindre, ajouter une bonne rasade de fleur d'oranger et beaucoup moins d'huile de noisettes.

Verser dans ce qu'on veut, ramequins petits, grands bols ou coupe à entremets, laisser refroidir, mettre une nuit au réfrigérateur, manger.

- Merci Marité dit Marianne, maintenant qu'on a la recette, ne reste plus qu'à trouver comment se procurer les ingrédients...

- Facile, je dis, puisque cela est dit, que cela soit fait, et hop, c'est dans les placards.

- Et ensuite faudra trouver le moyen de faire passer ça de notre extérieur à notre intérieur dit Corinne Mars qui ne se pose pas tant de question quand il s'agit de boire un coup.

 

 

14 juillet 2014

Ersatz's life ...

Happy Hours ça boume au bar à Schoum, Denise court dans tous les sens, elle a demandé de l'aide à Corinne Mars mais tu parles d'une aide, elle est ronde !

- Comme une queue de pelle ! qu'elle chante, comme une queue d'pelle, comme uen queud'. Et elle s'écroule en rigolant sous... (sous quoi ? Qui sait ?)

Elle aurait mieux fait de demander à Fabiola Nibard ou bien à ces dames de l'ABB*.

Le Bar à Schoum est bourré à craquer, même il est bourré tout court, Denise se demande, elle n'ose pas en tâter, si ça met dans des états pareils, peut-être que même sa tisane de Boldo la rendrait chèvre (c'est déjà fait dit Léon en version chien, wouah wouah).

En face, depuis le comptoir du Petit Renard, Nono regarde le Bar à Schoum se remplir encore et encore et  personne ne sort. Chez lui c'est désert.

- Mais enfin monsieur Troudy, dit la vieille demoiselle à Troudup, mais enfin monsieur Troudy, que se passe-t-il ?

- C'est du marque et ting, qu'il répond, un tu marques et ting t'encaisses.

- Je ne comprends pas poursuit Melle de Lhéry.

- Ting, ting, ting dit la caisse enregistreuse, alors elle comprend qu'il y a quelque chose à comprendre. 

- Je croyais que le marketing c'était le packaging et le positionnement, dit-elle entre deux cavalcades dans le cellier pour remplir les frigos de Schoum, et les congélateurs de glaçons.

- Exakête dit Troudup, le Schoum on l'sert dans l'verre à whisky, c'est l'pacage, et l'reste, c'est ce que j'y ai positionné dedans.

Et voilà, Troudup ne sort pas des mêmes écoles que Robert Dieu, Fabienne Berman ou Bruno Ragazzi, mais c'est un intuitif, un sensitif, un génie naturel:

- Le Sorbitol, qu'i dit à Léon, le Sorbitol, OK, ça donne un goût. Le fumeterre et la bugrane, pas de problème, le Piscidia erythrina, rien à dire, pareil pour Alvérine citrate, mais le scandale c'est l'alcool à 95°, 40,5mg, on n'y sent pas, c'est n'importe quoi. 

Il a inversé les doses d'alcool et de Sorbitol, c'est la même chose qu'i dit, j'ai rien changé à la composition, c'est les mêmes truc dedans: 70% d'alcool (à la louche, ben oui), 40 mg de Sorbitol (à la pipette, faut faire gaffe avec ça). Résultat, succès, épicétou !

*Association des Bénévoles de Batbourg, dite aussi La Bébé histoire de rigoler (humour Batbourgeois, moi je ne vois pas ce qu'il y a de drôle).

 

Au fait clame l'Appartement par la voix et la voie de tous ses habitants, de tous les passants, de tous ceux à venir :

- Bon Anniversaire à La Taulière !

- Merci, je dis sobrement. Mais au fait quoi ?

- Au fait qu'on est 14 juillet.

- Ben oui.

 

 

 

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19 juin 2014

Le Bar à Schoum

- ... et c'est avec fierté que j'inaugure aujourd'hui ce lieu né de l'initiative conjointe de Denise de Lhéry, mon adjointe de maire et de Michel Troudy...

Brouhaha dans le champ de l'Augustin Souche, père de l'Achille. On s'demande, on s'interroge, la Denise et le Troudup ?! Jacques Laprune, maire d'expérience, poursuit

- et je suis fier, et je suis fier, il a perdu son discours, tant pis, et je suis fier de couper le ruban de cette première pierre qui marquera d'un jour nouveau les alcooliques, euh, les buveurs, ah ben non, bref, ici hier, c'était le champ du Souche, ici aujourd'hui, s'ouvre l'ère nouvelle du Bar à Schoum.

Et de s'applaudir tout seul, dans l'incompréhension générale.

- Un bar à Schoum, c'est quoi c't'engin ? la question fuse dans l'anonymat.

Nono rigole, c'est pas ce bar-là qui lui fera concurrence.

- Euh là ! Calmos la bande à personne! Troudup en majesté s'avance, presque à jeun, il écarte le maire d'un geste impérial, le Bar à Schoum, c'est l'ami du foie, le copain de la vésicule, le Roméo de la gueule de bois ! Passque moi j'dis, boire c'est bien, mais on peut pas toujours refuser la science. Qui c'est qu'en a pas marre de s'réveiller avec la tête dans l' Wouah ! Wouah ! crie une partie mâle de l'assistance, soutenue en contrepoint par les aboiements de Léon et le soprano de Corinne Mars avec en fond, rythmant le thème, le schhschh marin de la foule d'au moins vingt non buveurs: un choeur de tragédie grecque.

- I zon compris, ça y est, dit Troudup au maire.

Puis il pousse Mademoiselle de Lhéry en première ligne et la laisse seule face à un groupe désormais scindé, où la tension palpite.

- Mes chers concitoyens, mes chères concitoyennes, un Bar à Schoum c'est la réponse sociale à un problème endémique qui nous...

- Ah  ça va comme ça! lance la Myrtille Souche,  vas-y Achille, c'est l'champ à ton père, t'as l'droit de causer.

Achille y va d'un pas lourd, les pieds bottés par la glaise stérile du champ de son père, qu'il a cédé à la commune contre le passage en zone constructible d'un bon lopin à la sortie de Batbourg, faut qu'ça prenne c't'histoire-là.

- Voilà, qu'il dit à tous, en face, c'est Le P'tit Renard, et Nono, il est pour, Nono opine, à côté, c'est La Grosse Lapine, silence, nul n'opine, eh ben ici, c'est l'antidote. Le Schoum, c'est le sauveur des foies trempés, le Schoum, c'est l'petit Jésus des tournées, Vive le Schoum !

Tout le monde applaudit et part vers le vin d'honneur, offert par la mairie chez Nono. Melle de Lhéry a la mine chafouine,

- Qu'avait-il besoin, glisse-t-elle à Fabiola Nibard, la directrice de l'école, qu'avait-il besoin de citer La Grosse Lapine, et Fabiola opine à son tour, opine de ch'val pense-t-elle malgré elle, opine de ch'val, elle ne va pas s'en débarrasser facilement, Lapine de ch'val, forcément puisque la Grosse Lapine ...

Moi je suis un peu ennuyée, non, disons que je suis surprise.

Je n'ignorais pas l'existence d'un bordel clandestin à Batbourg, en face à droite du Petit Renard et à gauche de l'école. Même si je n'en ai jamais écrit un mot,  je le savais. Les ignorants et les gros malins rétorqueraient, si je leur laissais la parole, que l'auteur est responsable de tout, sait tout, peut tout. Et bien non, ce bordel, un matin, il était dans ma tête alors que la veille, rien. Il existe, certes, je suppose qu'il est né des pulsions sauvages de certains de mes personnages, je n'y peux rien, c'est là, c'est comme ça.

En attendant le retour des refoulés, Denise s'active dans le nouveau Bar, quand ils vont revenir du vin d'honneur, ça sera tournées sur tournées, Schoum à flot !

Batbourg entame-t-il une ère nouvelle? A quand le Bar à foie de morue ? le Bar à Efferalgan ? Le Bar à cuiller d'huile d'olive avant cuite ?

Ah quand ! Quand et quand ! comme disait Federico Garcia Lorca qui savait de quoi il parlait (lui).