02 février 2015

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- Y avait quoi la semaine dernière ? demande Frida en cuisine.

- Pour quoi tu demandes la semaine dernière, c'est le plat du jour qui compte, hachis parmentier.

- Oui, mais j'aime bien ce qu'il y a avant.

- Boeuf gros sel.

- Et quoi encore ?

- Daube provençale, spätzele

- Oh et puis ?

- Steak tartare frites maison, frisée aux lardons, poireaux vinaigrette, harengs pommes à l'huile, tarte aux pommes, flan à la parisienne, pieds paquets, tripes au cumin, Frédéric se prend au jeu, il enfilerait bien toute la liste de ses désirs pour Frida qui ferme les yeux en l'écoutant.

- Et la semaine prochaine, tu feras quoi ?

- Croquettes de chou fleur, rizotto, kapuchniak, endives au jambon, zrazès, pieds d'agneau au curry, foie de volailles aux oignons, tarte tatin, gâteau formidable.

- Mmmmh, dit Frida, je vais dire à Yvan de venir, ça va lui plaire...

- Peut-être c'est toi qui va lui plaire, dit Frédéric.

- Oh, dit-elle avec le sourire à la Frida juste pour Frédéric et cet andouille ne voit rien,

- Ah oui, bonne idée, qu'il dit le Frédéric, andouille à l'échalotte au vin blanc et à la crème

- Oh, qu'elle dit Frida, tu sais bien qu'Yvan est pris ailleurs...

 

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17 janvier 2015

Grosse Lapine: 0 Petit Renard: 1

- Bordel oui, putes non ! Nono s'entête, il veut jouer au poker dans un bordel maismaismais, pas question d'embaucher des sextoys géants, ni homme ni femme à l'étalage, pas d'argent à La Grosse lapine. 

- Ben, on va jouer au poker sans fric ? On va boire sans payer ? demandent Michto et J-P, ses alcoolytes intermittents.

- Pffff !!...

C'est tout ce que Nono trouve à dire, c'est compliqué de monter une affaire aujourd'hui, comment faire pour que tout soit gratuit ?

- T'as qu'à pirater une maison de retraite dans la Creuse ou en Lozère, dit Michto, et tu mets ton tripot-clando dedans.

Fabienne Berman prend note, c'est innovant et très faisable, une structure conventionnée, un endroit discret, outre que cela protège le concept, c'est dans ces endroits que les services publics sont les plus défaillants et là aussi que les populations ont le plus besoin d'animations culturelles.

Nono soupire encore, il va partir quelques semaines en Indochine, histoire de laisser tout ça retomber, et pour commencer, il va au Petit Renard.

- Bonjour Nono, c'est pour déjeuner ? la chaude voix de Frida est un baume.

- Vous servez encore ?

- Pour souper alors ?

Il va dire non puis... ça sent très très bon, purée maison, daube oubliée sur feu doux, et ça, ça c'est quoi ?

- C'est quoi cette odeur, là... c'est...

- La Tatin de Frédéric, mais commencez par le début, le grand rétro: maquereaux fumé, poireau vinaigrette, oeuf dur mayo, pieds poulette, etc. etc.

- Ahhhh ! pensent les estomacs présent, et Nono oublie tout pendant que Frida lance en la cuisine:

- Et hop, Frédo, un complet pour le Nono ! 

 

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14 janvier 2015

Redistribution

- ...né séra plou malado et révénério et s'appélério Frida

- Ta gueule Gabriel, tu vois pas qu't'embêtes la dame ? dit Troudup au gars un peu lourd qui colle à Louka.

- Frida ? Frida ! Louka est sidérée, Frida !?

- Et bien oui, dit Frida, c'est moi.

- Mais... mais...

Louka a des raisons de bégayer, la dernière fois qu'elle a parlé à Frida, c'était au téléphone à la fin de L'Apocatastase des Cons, puis une infirmière du centre de soins palliatifs lui a dit Frida n'est plus avec nous. 

- Mais comment ? Mais qu'est-ce qui...

- Je viens de le dire, gazouille Gabriel agacé, né sérrra plou malado s'appélérrrio Frrrida, ça va mieux avec l'accent ?

- Oh, Gabriel... dit Troudup, range tes ailes dans ton sac à dos et boit ton verre en silence sinon tu vas finir tricard.

Gabriel s'en fout, il enrobe Frida d'un soufle parfumé (au Rinquinquin ?) et s'envole.

- Salut l'Archange, à demain... dit Marianne devant son rhum arrangé, très souriante parce que Gabriel lui a annoncé une super nouvelle (genre elle porte un gène divin qui va la rajeunir de vingt ans, non, quinze).

- C'est le désir, répond Frida

- Tu serais là depuis longtemps, dit Louka.

Non, le désir ne suffit pas, il a fallu aussi la colère et ce mot que je ne sais pas trouver, qui dit le refus de ce que certains appellent la réalité: le contraire de la résignation. La réalité, c'est moi qui la fait: Frédéric fait la cuisine au Petit Renard, Frida vient y boire un perroquet et constate que l'endroit lui convient.

- C'est curieux pense-t-elle dans son for intérieur, il me semble que j'ai changée mais je ne sais pas en quoi, je ne sais pas d'où je viens, je ne sais plus...

La personnalité que je lui avais donnée s'est dissoute dans le passage de Batbourg à l'Appartement... ah non, un grand soupir ironique de Gabriel, en vol stationnaire au dessus de moi me suggère que c'est lui le responsable, par la brise angélique qu'il a soufflée sur Frida. 

- Vous n'avez pas besoin d'une serveuse demande-t-elle à la cantonade ?

- Si ! lance Frédéric depuis la cuisine,

- Si, hurle Troudup, j'en ai ma classe de faire le larbin, j'préfère tiser que compter les points. T'es engagée ma poule !

- Chouette, dit Frida, je suis sûre que je suis une bonne serveuse.

- Et tu chantes aussi, dit Louka,

- Ah bon, dit Frida en commençant à fredonner sans s'en rendre compte, Chou, Andy, dis-moi oui, oh oui, dis-moi dis-moi oui ! d'une voix à tomber, accompagnée par un riff d'enfer de Fred Chichin.

 

 

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06 janvier 2015

Magie des frites

- Argh... beurkh... bleah... Marianne apprend ce matin le sens de "avoir mal aux cheveux". Elle s'est demandé toute la soirée pourquoi des frites ? sans compter les verres, et voilà, ce matin, elle subit la chose qu'on attrape quand on boit trop.

- Pourquoi moi ?

C'est vrai ça, pourquoi elle ? Marianne, c'est la femme raisonnable, bien élevée, centrée sur sa maison, ses enfants, son mari, son jardin, Marianne ne boit jamais trop, ne parle jamais trop, ne dort jamais trop, Marianne ne fait jamais rien trop, alors ?

Et pourquoi est-elle la seule de tout l'Appartement à avoir la face de chêne ? (la gueule de bois n'est-ce pas, cette précision pour les nombreux lecteurs des USA dont je me demande qui ils sont ?!) 

- C'est la Magie des Frites, dit Frédéric,  Wouaahaaahahahhahahahhaah !

- C'est ça, dit Troudup, espère ! Qui c'est l'espécialiste ? Passke cette histoire de capitaine de soirée, moi j'dis c'est foireux, i vaut mieux en choisir un qui trinque, au lieu d'en choisir un qui trinque pas, ça laisse tous les autres aux affaires. 

- Mais non, c'est moi dit Léon. En tant que chien qui parle j'ai le pouvoir de concentrer sur un seul estomac tous les désagréments de la cuite. C'est grâce à moi que mon Troudup a supporté des années de Bukowskaïa sans finir à l'asile avec des éléphants roses, des serpents tremens et un foie en poudre. Le premier à quitter Le Petit Renard a emporté toutes les cuites, c'était elle.

Qu'à celà ne tienne crie Marianne en silence à son for intérieur enflammé, avec des ciseaux de cuisine elle soigne le symptôme : plus cheveux, plus mal aux cheveux.

- Quand même, dit-elle au miroir de la salle de bains, ça valait le coup. Son élagage sauvage l'a tellement changée qu'elle ne se reconnait pas, c'est ça qui valait le coup. En face d'elle, elle voit une femme inconnue, une femme dense, déterminée, à quoi, elle ne sait pas encore, mais pleine de force. Ben ça alors, elle se dit, ça alors, il suffisait de couper les cheveux, au contraire de Samson, pour retrouver l'énergie perdue !

- Wouahhhahhhaaaahahahahhaaah ! Magie des frites !!!

Moi (Ze Taulière) je me dis qu'il faut que j'opère quelques réglages pour Frédéric, il ne peut pas rire comme ça tout le temps, il faut lui redonner un peu de texture.

- T'occupes, Taulière, qu'il me répond, j'irai vaquer dans la Kouizine, tout s'enchantera de nouveau et je rigolera si je voudra... ahahhaaahhaaahhaahaha !

Quelqu'un, très loin, reçoit un éclat, un morceau de rire et en deux mots, en chantera...

- Ohhh ! comme c'est doux... dit Frida et se rendort, momentanément. 

Ben moi ça me va.

 

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07 janvier 2014

Expertise

- Alors, t'en dis quoi ?

- C'est un enfant, un vieil enfant, un pauvre fou.

Louka déteste cette réponse, elle espérait que Frida y verrait autre chose, mais elle confirme ses conclusions. 

- Oui, Fred ? Tu me passes Fred, oui, allo, bon, cherchez dans les archives, état civil, faits divers, cherchez du côté des batbourgeois de souche, une vieille histoire. Je ne sais pas, vingt, trente ans, peut-être quarante. Focalisez sur l'école, c'est la première scène de crime, y a pas de hasard.

Frida sourit en lisant le numéro 7,

- S'il n'y avait pas le contexte, ce serait juste drôle.

– 7 –

Joyeux

Il était une fois un assassin.

Ses parents l’appelèrent Joyeux mais Crétin aurait été mieux.

Il portait des vêtements pleins de poches et plein les poches des pinceaux, des tubes, des couteaux, de l’huile de lin et de la térébenthine.

Il puait de très loin.

Ses parents n’eurent pas à le marier pour se débarrasser de lui parce qu’ils moururent très vite d’un accident de trajet dans leur escalier. Joyeux rangeait ses pinceaux dans de drôles d’endroits comme les marches du haut de l’escalier. Il fut très tôt un assassin précoce mais aussi un mauvais peintre, toute sa vie il le resta. Jamais il ne niqua Blanche-Neige, ce qui n’aurait pas porté à conséquence, car comme chacun sait, Blanche-Neige est une connasse de putain d’enfoirée de pourriture de grosse salope. 

Il n’eut ni femme ni enfant, en raison de quoi il s’offrit quelques tableaux de famille.

Frida est fatiguée, elle s'endort sur le numéro 8, Louka sort, Frida ne se réveillera pas avant un bon moment, la pompe à morphine est presque vide, elle le signale à l'infirmière en partant.

 

 

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01 mai 2010

La Dame aux Chiens

Paulette Dolstein

Ah Madame voilà du beau fantasme, il est du pays de celui qui l'a fait! c'est du solide, de l'encadré.
C'est presque satisfaisant de voir à quel point l'invention est rationalisée par la culture et l'éducation.
Pinochio, Cendrillon, Dracula, la modernité s'empare des grands mythes mais n'en a pas encore produit.


- Tout de même
madame Dolstein, dit Louka, je vous trouve gonflée, vous qu'on appelle La Dame aux Chiens, de jouer les chochottes.

- Je ne vois pas que l'avis des Batbourgeois aurait à voir avec l'encadrement des inconscients.

Un feulement qui est un rire, c'est Frida, depuis son loin, qui vient soutenir Louka
- Vos voisins non, mais vos chiens oui.

- Mais oui, dit Dolstein, le mystère des chiens,

et elle rit, c'est rauque, un sanglot, et les grands chiens noirs la suivent, indifférents, hiératiques.

- Je les ai vus, dit Louka, au pied du divan, sous le bureau à vos pieds, devant la porte, gardant la sortie, l'orthodoxie et l'inconscient débordeur du patient allongé.

La Dame aux Chiens, bergère du troupeau et ses auxiliaires à quatre pattes, gardien des ouailles, La Dame aux Chiens s'en fiche, elle est partie.

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