05 septembre 2014

The Twirling's Tarlooz

- Un jumelage dit Laprune, le maire de Batbourg, ça donne beaucoup de travail pour pas grand-chose.

- Vous avez tort monsieur le Maire, dit Denise de Lhéry, vous avez tort, regardez le dossier de presse, Bourg-Lez-Nains, ça n'est pas n'importe quel village, ils ont un très gros budget, ils gèrent très bien leur commune, et on n'est jumelés avec personne.

- Moi je suis pour, dit Fabiola Nibard, ils sont en train de mettre à jour des thermes romains, nous, nous avons la villa gallo-romaine, ça ouvrirait un circuit touristique, ils ne sont pas très loin de nous.

- Moui, dit le maire, moui, 40 km, c'est tout près. Votons.

Le vote acquis, il ne restait plus qu'à convaincre Bourg-Lez-Nains de se jumeler avec Batbourg.

Et voilà pourquoi depuis un mois l'Achille Souche et Troudup répètent en secret pour la réception des élus de Bourg-Lez-Nains. Le projet est né au Petit Renard à l'aube d'une nuit féconde (à cause qu'on arrosait racontera Troudup), Nono sponsorise le numéro, il fournit les costumes et les boissons.

Léon a dû entrer dans l'affaire, ce qui a donné bien du mal à Melle de Lhéry bombardée costumière et habilleuse, il est le seul à avoir le rythme dans la peau, pour l'occasion il aboiera en cadence:

Le Petit Renard de Batbourg

présente

Troudup, l'Achille et Léon

dans

 The Twirling's Tarlooz.

Nono et Denise sont les seuls spectateurs de la dernière répétition, Nono se gratte la tête, il n'a pas réussi à leur faire changer de nom, il n'est pas sûr que ça va les servir, ni le thème d'ailleurs, et les costumes non plus finalement, trop de paillettes peut-être ? Ou les bâtons ? A moins que ça ne soit le rose des tutus ? 

Et un et deuz et trois

Ouah ouah ouah

Pam palala papam palala papam palala papam

Quand même pense Nono, ça en jette, la musique, les costumes, Léon, c'est du spectacle.

Denise est émue, c'est son baptême de show biz, elle dit dans sa tête

- Putain, la vache c'que c'est beau le music hall ! C'est la première fois qu'elle dit des grossièretés pareilles,  elle se sent toute chose.

 

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19 juin 2014

Le Bar à Schoum

- ... et c'est avec fierté que j'inaugure aujourd'hui ce lieu né de l'initiative conjointe de Denise de Lhéry, mon adjointe de maire et de Michel Troudy...

Brouhaha dans le champ de l'Augustin Souche, père de l'Achille. On s'demande, on s'interroge, la Denise et le Troudup ?! Jacques Laprune, maire d'expérience, poursuit

- et je suis fier, et je suis fier, il a perdu son discours, tant pis, et je suis fier de couper le ruban de cette première pierre qui marquera d'un jour nouveau les alcooliques, euh, les buveurs, ah ben non, bref, ici hier, c'était le champ du Souche, ici aujourd'hui, s'ouvre l'ère nouvelle du Bar à Schoum.

Et de s'applaudir tout seul, dans l'incompréhension générale.

- Un bar à Schoum, c'est quoi c't'engin ? la question fuse dans l'anonymat.

Nono rigole, c'est pas ce bar-là qui lui fera concurrence.

- Euh là ! Calmos la bande à personne! Troudup en majesté s'avance, presque à jeun, il écarte le maire d'un geste impérial, le Bar à Schoum, c'est l'ami du foie, le copain de la vésicule, le Roméo de la gueule de bois ! Passque moi j'dis, boire c'est bien, mais on peut pas toujours refuser la science. Qui c'est qu'en a pas marre de s'réveiller avec la tête dans l' Wouah ! Wouah ! crie une partie mâle de l'assistance, soutenue en contrepoint par les aboiements de Léon et le soprano de Corinne Mars avec en fond, rythmant le thème, le schhschh marin de la foule d'au moins vingt non buveurs: un choeur de tragédie grecque.

- I zon compris, ça y est, dit Troudup au maire.

Puis il pousse Mademoiselle de Lhéry en première ligne et la laisse seule face à un groupe désormais scindé, où la tension palpite.

- Mes chers concitoyens, mes chères concitoyennes, un Bar à Schoum c'est la réponse sociale à un problème endémique qui nous...

- Ah  ça va comme ça! lance la Myrtille Souche,  vas-y Achille, c'est l'champ à ton père, t'as l'droit de causer.

Achille y va d'un pas lourd, les pieds bottés par la glaise stérile du champ de son père, qu'il a cédé à la commune contre le passage en zone constructible d'un bon lopin à la sortie de Batbourg, faut qu'ça prenne c't'histoire-là.

- Voilà, qu'il dit à tous, en face, c'est Le P'tit Renard, et Nono, il est pour, Nono opine, à côté, c'est La Grosse Lapine, silence, nul n'opine, eh ben ici, c'est l'antidote. Le Schoum, c'est le sauveur des foies trempés, le Schoum, c'est l'petit Jésus des tournées, Vive le Schoum !

Tout le monde applaudit et part vers le vin d'honneur, offert par la mairie chez Nono. Melle de Lhéry a la mine chafouine,

- Qu'avait-il besoin, glisse-t-elle à Fabiola Nibard, la directrice de l'école, qu'avait-il besoin de citer La Grosse Lapine, et Fabiola opine à son tour, opine de ch'val pense-t-elle malgré elle, opine de ch'val, elle ne va pas s'en débarrasser facilement, Lapine de ch'val, forcément puisque la Grosse Lapine ...

Moi je suis un peu ennuyée, non, disons que je suis surprise.

Je n'ignorais pas l'existence d'un bordel clandestin à Batbourg, en face à droite du Petit Renard et à gauche de l'école. Même si je n'en ai jamais écrit un mot,  je le savais. Les ignorants et les gros malins rétorqueraient, si je leur laissais la parole, que l'auteur est responsable de tout, sait tout, peut tout. Et bien non, ce bordel, un matin, il était dans ma tête alors que la veille, rien. Il existe, certes, je suppose qu'il est né des pulsions sauvages de certains de mes personnages, je n'y peux rien, c'est là, c'est comme ça.

En attendant le retour des refoulés, Denise s'active dans le nouveau Bar, quand ils vont revenir du vin d'honneur, ça sera tournées sur tournées, Schoum à flot !

Batbourg entame-t-il une ère nouvelle? A quand le Bar à foie de morue ? le Bar à Efferalgan ? Le Bar à cuiller d'huile d'olive avant cuite ?

Ah quand ! Quand et quand ! comme disait Federico Garcia Lorca qui savait de quoi il parlait (lui).

05 janvier 2014

Dormeur

Nono commence à compter, un, deux, trois, cinq, dix et merde ! C'est toute sa clientèle qui est convoquée par le tract numéro 5. 

- Si on s'met à attaquer les buveurs, dit Jacques Laprune à la cantonnade, c'est la guerre ! C'est la guerre ! C'est la guerre ! C'est la guerre ! C'est la gu

- Oh ! dit sobrement Dolstein, et c'est facile pour elle d'être sobre, elle boit du café, une fois suffit.

- Ouais, ouais, ouais. Laprune cherche en vain une suite, rien ne vient, pourtant il faudrait qu'il se mette en campagne, les municipales, c'est maintenant qu'il faut les gagner.

Nono a arrêté de compter, pourquoi elle a dit 5, pourquoi, ça veut dire quelque chose, mais quoi? Il note le chiffre pour faire un tiercé, 5, quoi 5 ? et son regard s'arrête sur le tract du jour:

– 5 –  

Dormeur

Il était une fois un sale con. 

Il était con mais on s’en fout. Comme il passait son temps à comater dans les fourrés, on l’appelait Dormeur. Il était brave en civil mais après boire : Connard 1er.

Il se maria à jeun avec une jolie femme, le soir des Noces il prit sa cuite. Entre l’entrée et la chambre à coucher, il y eut un accident de parcours qui fit de lui un jeune veuf.

Pour se consoler, il se remit à reboire. Quand il était fin saoul il fourrait  Blanche-Neige dans les coinstots bizarres, ce qui ne porte pas à conséquence, car, comme chacun sait, Blanche-Neige est une enfoirée de putain de grosse salope.

Comme il buvait trop et qu’il avait tué sa femme le soir des noces, le village l’aimait bien. On ne le secouait jamais pour le réveiller, on ne lui demandait jamais de s’excuser, il avait le droit de traiter qui il voulait pourvu qu’il soit bourré.

Il aura peut-être des enfants et ça fera des gosses d’alcoolique, petits, malingres, le teint blême et incapables d’affection.

Ah mais oui, bon, pense Nono, des types bourrés à leur mariage ça manque pas, mais du veuf spontané, y en a moins, d'ailleurs y en a pas ici.

Peu sauront qui est Dormeur, il faudrait tout savoir sur Batbourg, et personne ne sait tout, jamais. Même Paulette Dolstein ne sait pas tout.

Mais ça, elle le sait.

Elle paye son café et elle s'en va en pensant, 5, 5, 5.

 

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26 juin 2010

Plus tard

En plein midi radieux, dans le soleil d'été, quelqu'un vient dans l'Appartement pour se dire, qui apporte avec lui un vent froid étreignant tous ses habitants, mais qui s'échappe vite par nos ouvertures géographiques.

- C'est vous? Jacques Laprune?

Je ne suis pas sûre que ce soit lui, je ne le vois pas, puis je l'entends, c'est bien lui: Jacques Laprune, maire de Batbourg.

Je croyais que je ne sentirais plus rien, je croyais qu'après c'était terminé, qu'il n'y aurait pas de "plus tard".

Pourtant je sens le vent, il me rafraîchit, je sens l'odeur froide de l'eau des arroseurs automatiques qui se mettent en marche, dans les jardins de Batbourg, avec  le jour qui se lève.

Je sens l'odeur du soleil, je n'avais jamais senti ça.

Voilà qu'il m'est venu un après qui m'apporte ces secrets-là.

Les odeurs que je ne percevais pas, je les sens, les sons que je n'entendais pas, je les entends, et dans ma tête en direct, des sensations étrangères me parviennent.

Les fleurs de Michel Misère ont pour lui des couleurs nouvelles, je vois comme il voit jusqu'à leurs  fines racines dans la terre, chaque gouttelette d'humidité qui forme les nuages de son ciel définitif, à travers sa serre je la vois comme lui.

Je sens ce que sens Fabiola, loin, loin, je pense les pensées du Léon.

Oh! Je sens tant de choses et tant et tant, malgré que mon cerveau pourrisse,  parce que je suis mort et que la décomposition me mange à toute vitesse.

Et cette chose qui me possède me dit:


Tu vas t'emputréfier, tes fluides pestilentiels

s'écoulant lentement nageront dans les flots

vibrants jaillissant des autres morts.

Tu disparaîtras de l'esprit et du cœur des

hommes et jamais, jamais tu ne perdras

la conscience d'être.


- Ah, gémit ce qui subsiste de ce Jacques, c'est donc ça l'Enfer?


Posté par Marite de Vos à 14:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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