04 janvier 2016

Abcès

- Je ne suis plus comédienne, dit Louise Kowski, je suis inspecteur de police. 

- Et ?... dit Braise

- J'aimais bien être comédienne. Depuis que je suis inspecteur, les émotions ne sortent plus, ça fait des abcès, des abcès de compassion, de frustration, des abcès de rêves avortés. C'est pas beau.

- ça fait mal.

- Depuis qu'elle n'écrit plus ma vie, je tourne en rond, en prison dans mon enquête. Faudrait qu'ça bouge.

- Sinon ?

- Je risque d'imploser.

- C'est pas drôle.

- La Taulière n'a qu'à s'en occuper, c'est son job d'être drôle.

- M'en occuper, m'en occuper, je voudrais bien que ça vienne tout seul, moi je dis. Ce soir j'ai pas l'inspiration comique.

- Appelle Troudup, dit Braise.

- Il est absent.

-Troudup, absent ? 

- Oui je réponds, je pensais à un truc et il m'est sorti de l'esprit.

- Dur, dur, dit Braise.

- Tu l'as dit je réponds, faudrait pas qu'ça dure.

 

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25 décembre 2013

Et quoi et qui et comment et pourquoi.

Si ça se trouve se dit Léon, personne n'en pense rien.

Même si ça se trouve, ils l'ont pas lu, ou si ça se trouve y en a que deux. Ou trois. Il suffirait de les intercepter.

Ce matin Léon est mal dans sa peau, c'est la première fois qu'il affronte ses limites. Léon est un chien qui parle, qui boit et qui pense. C'est un chien philosophe, à l'occasion chien policier, c'est un chien de sa chienne, ça oui, mais Léon, Oh ! Léon ! Léon ne sait pas lire.

Au Petit Renard les paris sont lancés, qui c'est Blanche Pute, et Atchoum, c'est qui ?

Et qui c'est qui les écrit les machins anonymes ? Et si c'était vrai, et si ça se trouve c'est vrai, et c'est vrai d'ailleurs tout le monde le sait.

Tout le monde sait quoi ?

Tout le monde sait que Blanche Pute est une pute, que Atchoum est un gros mou, pi qu'il est p'tit comme nain.

D'un coup, tous les regards se tournent vers la porte qui vient de s'ouvrir, et aussitôt tout le monde détourne les yeux, faisant semblant de rien. Louise Kowski est entrée, c'est la flic de Paris.

On s'demande, se demandent en silence tous les piliers de bars, les buveurs occasionnels, les joueurs de baby foot, les fumeurs dehors et même Garance et Anne-So venues tout droit de La Bernique.

Elles se demandent ce qu'elles fichent là et comment elles y sont arrivées et où elles sont, parce qu'elles ne viennent pas d'un manuscrit, elles, elles viennent du vrai monde de la vraie réalité.

Tous les autres se demandent ce qu'ils se demandent, ils sont interloqués par ce point d'interrogation qui s'est planté dans leurs têtes à cause de ces tructs, ces tracts qu'ils ont reçus hier et ce matin dans leurs boîtes aux lettres. C'est quoi, c'est qui, qu'est-ce que c'est ? Et pourquoi ? Et ce matin c'est Noël, y a pas d'courrier normalement, et pis, et pis...

Numéro 2 lit Dolstein. Elle ne se pose pas de question, ça fait bien longtemps que pour elle il n'y a plus de pourquoi.

– 2 –

Atchoum

Il était une fois un gros connard flasque. Sa voix coinçait comme une grille rouillée, il avait les yeux couleurs d’huître, il marchait comme le canard gras dont le ventre traîne par terre pendant que son derrière sifflote, la tête en l’air.

Comme il poissait tout le monde avec ses postillons chiasseux, on l’appela Atchoum le Mouligasse. 

Entre deux éternuements il chipotait les gros seins de Blanche-Neige, ce qui ne porte pas à conséquence, Blanche-Neige étant, comme chacun sait, une  salope.

Un jour sa voix de grille rouillée mua et bien qu’il persista à postillonner les alentours ses parents purent enfin le marier et se mettre à l’abri de la pluie.

Comme il n’avait pas le choix, il épousa une grenouille qui ne se transforma jamais en femme. 

Il entretint son ménage avec l’argent des impôts et des associations.

Il n’eut pas d’enfant et c’est tant mieux.

 

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10 juillet 2013

Et tout le reste (n')est (que) littérature

- Je suis prête, dit Braise, je suis prête, dépêche-toi, vite, on va rater le début.

- Il n'y a pas de début, dit Dracula, ni début, ni fin, rien à rater.

Et hop, ils s'envolent.

- Bonnes vacances, dit Louise K. dans le vide.

Elle attend son tapis volant pour partir elle aussi.

- Le voilà !

Et hop, envolée.

- Bonnes vacances, je lui lance, et moi aussi j'attrape le rêve qui passe et je pars.

Braise et Dracula sont partis pour La Recherche du Temps Perdu, ils espèrent rencontrer Proust, ils ont choisi l'option manuscrit, avec les paperolles et l'odeur encore prégnante des fumigations de Marcel.

Louise K. part pour Le Maître et Marguerite, une édition ordinaire, ce qui l'intéresse c'est l'histoire, les mots, l'enquête. Est-ce que Ponce Pilate avait cette migraine, est-ce que Le Maître était fou, jusqu'où Marguerite l'aimera-t-elle?

Et moi, pas besoin de réserver, je repars pour Les Mille et une Nuits, Shariar, Shéhérazade et Dinarzade. Je me suis raconté mille et une fois l'histoire, j'y suis allée, j'y suis retournée et pourtant, elle me manque encore.

 

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01 mai 2011

A-t-elle un nombril ?

Le professeur Übernix ne dira que ce qu'il veut. Et il le dira quand il voudra. Louise Kowski croit qu'elle peut le convoquer, l'interroger, exiger et savoir. Elle croit ce qu'elle veut, lui, ça l'indiffère.

- Secundo, annonce-t-il, Marité de Vos K, 

- Pourquoi vous commencez par le secundo ?

Kowski ne prend pas de notes, elle reprendra l'entretien sur le blog de l'Appartement, inutile de s'encombrer. Elle ne sait pas faire deux choses à la fois, écouter et réfléchir. L'écoute libre ouvre aux associations d'indices beaucoup mieux que la lecture de notes.

- Le primo c'est l'Origine du Monde, avant la création, avant que la première cellule ne se forme puis se divise. Le primo ne vous intéresse pas,

- Avant la création ?

- Avant la naissance de l'idée même de création, avant toute conception. Je disais donc, secundo, le premier fait notable pour vous, la concernant, est qu'elle est la fille d'un petit garçon.

 

Jean_et_son_p_re

Le père est un enfant, le grand-père est un homme, et il y a ce cheval.

- Un peit garçon ?! Et la mère ?

- Comment un enfant peut-il faire un enfant ?

- Mais enfin, elle est née La Taulière, et pas dans un manuscrit ! Kowski s'énerve, Übernix s'en fout.

- En effet, elle est née à l'hôpital.

- Il y a eu accouchement, des cris du sang, pas d'imprimante, pas d'encre. Il a bien fallu un échange de fluides.

- Rien d'inattendu, elle a un père, une mère. Elle est comme tout le monde. Sauf pour l'essentiel bien sûr.

Kowski sent la colère l'emporter, elle se calme, elle parle lentement:

- Que signifie "essentiel" pour vous ?

- Pourquoi ne pas demander ce que j'entends par "comme tout le monde"? C'est là qu'est la Question non, qui est Nous, d'où vient Elle ?

- Professeur Directeur Scientifique Übernix, mes enquêtes ne sont pas des recherches métaphysiques, je me contente des faits, mobiles et conséquences.

- Hélas, ma chère, le Sujet ne nous permet pas cette échappatoire.

Kowski a compris, il me roule dans la farine, mais il finira par me dire ce que je veux savoir.

Mais pas moyen de se fixer sur ce qu'elle veut savoir, parce que des mots surgissent dans sa tête, dérobade, expédient, excuse, subterfuge, faux-fuyant, esquive, ah oui, esquive!

Übernix est parti à la faveur de cet embrouillage d'aiguillage. Stop, stop à l'esquive, choix du but.

Serait-il aussi spécialiste de la fuite par enfumage ?

De son cabinet de Batbourg, Dolstein s'amuse, elle connaît l'oiseau depuis longtemps et adhère à la méthode Übernix: déstabiliser pour visser la complexité au coeur de la réflexion.

Kowski, pauvre fille, croit à la simplicité. La simplicité ! Comme si c'était possible.

- A-t-elle un nombril ? note Kowski sur son carnet de flic.

 

 

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30 avril 2011

For extérieur

- Professeur Übernix ? Vous voilà de retour dans l'Appartement, je suis honorée, que je lui dis comme ça au Grand Professeur. Mais je ne suis pas si contente et je le laisse avec Louise Kowski qui n'attend que ça pour en apprendre sur moi.

Je suis mal à l'aise parce que j'habite dans Bienvenue à La Fabrique.
Übernix me connait très, très bien, plus intimement qu'aucun amant. Parce qu'il me l'a demandé je me suis mise plus qu'à nu, pour  lui je suis passée sous les rayons et les ondes, IRM, scanner, radios ordinaires et échographies de toute sorte.

A mon tour de me dissoudre dans l'air du bureau et de m'envoler par la fenêtre.

C'est jour de marché, je vais acheter un bar sauvage et l'apprivoiser à la vapeur.

Übernix vient avec un lourd dossier encombré de radios, Louka frétille, enfin elle va savoir.

- Quel genre de médecin êtes-vous, professeur Übernix?

- Ah oui, il faut afficher son genre, après quoi on exige que vous l'assumiez. Quel genre de médecin je suis ? Je  suis ce genre qui s'occupe de l'humain.

- Vous êtes généraliste ?

- De votre point de vue, oui. Mais non.

- Psychanalyste ?

- Et anthropologue, sociologue, légiste, obstétricien, cancérologue, etc.

- Votre réponse ne m'éclaire pas.

- Je suis spécialiste de la conception, la fabrication, la mise au monde, la vie et la mort d'un humain. Compétences et aptitudes qui m'ont fait Directeur Scientifique de La Fabrique.

- Qu'est-ce que c'est que La Fabrique ?

- Il faudrait répondre à ça ?

- Il faudrait commencer par là, pour que je puisse comprendre d'où vous parlez, qui vous êtes pour savoir qui elle est, ce qui est arrivé, ce qui peut arriver, tout sur elle. Car nous en dépendons tous.

- Alors plus tard.

- Quand ?

- Je trouverai un créneau dans les jours qui viennent. Je vous dirai tout ce que vous pouvez savoir.

- Pourquoi acceptez-vous ?

- Elle m'intéresse, vous saurez ça aussi. Ce sera l'occasion de faire le point sur ce que je sais d'elle.

J'ai beau m'être évaporée, je les entends. Où que je sois, j'entends tout ce qui se passe dans l'Appartement, je vois tout.

Alors comme ça, Herr Professor Übernix s'intéresse à moi ? Il a ce dossier, il en sait long ? C'est lui qui me suit et m'observe ?

Je croyais être le Créateur et voilà qu'il annonce un numéro spécial: (Presque) Tout sur La Taulière.

Eh bien ça m'inquiète, est-ce que ce blog tenterait de devenir intime ? Pathétojournal ? Egopipolisateur?

Pas question, je les attends les paparrazzis suscités par moi-même, je ne les laisserai pas faire.

- Cause toujours, dit Dolstein.

 


12 avril 2011

Pisser plus pleurer moins

Il y avait cette émission de télé, dans les années... euh ... vers 1960 je suppose, (tous mes souvenirs, je les ai rangés par là).

Où vont-ils ? Qui sont-ils ? Que font-ils ?

Je cherchais qui, je me demandais ce que ces gens faisaient dans la télévision. Est-ce qu'ils n'avaient pas une vie ailleurs ? Est-ce qu'ils étaient payés pour ça ?

Je n'avais pas compris que c'était des silhouettes fabriquées.

Les Gens de l'Appartement jouent la même histoire, où vont-ils, que font-ils, qui sont-ils ?

Messieurs dames et demoiselles et chiens et tous êtres vivants dans mes manuscrits, et maisons, rues et  jardins,  ciels et fleuves, enfin tous les mondes assis dans les pages, il faut vivre vos vies dans votre ailleurs, pas Ici.

Louka, Braise, Dracula, Troudup, Alice et tous les autres, cessez de vous occuper de moi, retournez chez vous.

- Tu vois, dit Frédéric.

- Je vois quoi?

- Ce que ça fait d'être l'objet et le sujet, d'être sélectionné, observé, étudié dans tous les coins, de finir collé aux pages d'un manuscrit, dans la vie où tu es cloué par un auteur ? C'est ton tour.

- Ah mais non, je ne suis pas le sujet, je suis le Créateur.

- Toute créature finit par dépecer le Créateur, pour voir comment c'est fait dedans, comment ça fonctionne, au risque de ne pouvoir remonter la machine.

- Moi je ne fais pas dans la métaphysique du personnage, dit Louka, je suis flic, je ne manipule pas les idées mais le concret. J'ai les rapports d'hospitalisation de Marité de Vos K, mais Dolstein ne veut pas les interpréter.

- Je n'interprète pas, dit Dolstein, les faits mentent toujours, traduire c'est réduire l'autre à soi.

Louka soupire, agacée d'être d'accord, elle lutte en permanence contre la tentation de résoudre les enquêtes avec ses propres raisons.

- C'est bien d'avoir des principes, répond-elle à Dolstein (elle ne dira jamais qu'elle est d'accord avec elle) mais je fais quoi ? Des études de médecine ?

- Madame la policière, dit Frédéric, pourquoi n'allez-vous pas chercher plus loin ? Il y a des Gens ailleurs qui pourraient vous répondre. Tu as remarqué, dit-il pour moi, que certains ne sont jamais venus dans l'Appartement?  La Porte n'est pas ouverte pour tout le monde ?

Louka se tait, patiente, et moi, je suis bien embêtée,

- Oui j'ai remarqué, certains ne sont pas venus.

Je voudrais bien que cette conversation s'arrête là, mais c'est Frédéric, je ne peux pas lui répondre  par le silence. Il se tourne vers Louka qui a sorti son bloc, prête à noter,

- Oui ? Vous avez des noms à me donner ?

Mais ce n'est pas Frédéric qui répond, Frédéric s'est fondu dans ma tête, il ne veut pas me forcer ni me décortiquer, lui. C'est un autre qui entre pour la première fois dans l'Appartement.

- La Fabrique a besoin de vous, Marité de Vos K, dit-il, vous avez des obligations n'est-ce pas ?

- Oui j'ai ces choses à terminer.

Oui je dois me remettre et m'y remettre, oui il y a La Fabrique, le Projet, faire revenir les disparus qu'on n'oublie pas.

- Bonjour professeur Übernix. Je ne vous ai pas oublié savez-vous.

- Je sais. Et il tendit la main vers Louka qui lui remit sans hésiter mon dossier médical.

- Au moins, on n'en finira après ça, non? demandais-je, tendue et pas contente de le montrer.

- Oui, nous pourrons passer à autre chose, dit-il. Je ne comprends pas que vous n'ayez pas fait la relation avec le Projet Frédéric.

Sa remarque me saisit, je n'y ai pas pensé ?

- Je ne comprends pas non plus comment j'ai pu négliger ça.

- Nous en reparlerons n'est-ce pas ?

- Oui, j'ai dit, nous en reparlerons.

Et de mes Issus qui sont aussi la relation de Frédéric à moi, de nos vies à nos disparus.

- Meeeerde ! dit Troudup, meerde, la mort y en a marre, feriez mieux de boire plus et de parler moins ! La vie, la mort, tout ça, c'est que d'la bibine tiède, buvez-là fraîche, vous pisserez plus vous pleurerez moins.

- Il n'a pas entièrement tort, dit Dolstein. Alors, Monsieur Troudy, où est passé Léon ? Ça fait longtemps qu'on ne l'a pas vu. Et ils s'évaporèrent tous les deux en passant La Porte de l'Appartement.

Übernix et Louka sont partis en discutant, effacés en un instant et moi, j'étais dans mon bureau.

Ah ! Ah! Moi je suis là en vrai, pensais-je tout en doutant de la réalité.

 

10 avril 2011

L'Enquête

Louise Kowski, dite Louka, a commencé la recherche.

- Vers une heure du matin, La taulière s'est absentée, j'entre dans sa tête.

J'arrive en plein rêve.

Elle est dans un hall d'aéroport.

Trois hôtesses de l'air barmaid ignorent ostensiblement les clients.

La Taulière râle:

- La Sarthe est réputée pour ses andouilles mais là, vous dépassez le niveau, faut arrêter l'entraînement.

-  Je sens que La Taulière sent ma présence, j'évacue les lieux pour ne pas être repérée. Mes premières conclusions sont que La Taulière est en forme.

- C'est un rêve, dit Braise, il faudrait voir dans le réel.

- Comme si on savait ce qu'c'est le réel, comme si quelqu'un au monde savait ce qu'c'est!

- Écoutez Dosltein, réponds-je, agacée, c'est facile de jouer les Zazie, ce serait plus utile de faire un commentaire sensé.

Dolstein s'en fout,

- J'ai dit ce que j'avais à dire, à vous d'en trouver l'usage.

Là-dessus elle s'évapore, mais, bon, elle a raison, c'est quoi le Réel ? C'est où ?

Troudup, les yeux ronds et injectés d'éclairs rouge vif, répond que c'est moi le flic.

- Allez vous coucher, lui dit Dracula, dégouté.

- M'approche pas, vampire, me touche pas !

- Aucun risque, à l'œil nu vous êtes impropre à la consommation.

Mais Troudup s'envole quand même à grande vitesse vers Batbourg.

- Bref, conclut Louka, même s'il faut confirmer, les premières conclusions sont positives, La Taulière va bien.

- C'est à dire, précise Braise, elle va comme avant.

- Je préfèrerais, dis-je à l'intention de Louise Kowski, que vous cessiez vos incursions dans ma tête.

- Je comprends, répond-elle, mais il faut ce qu'il faut.

- C'est ça, ainsi va la cruche et il ne faut pas ce qu'il ne faut pas, assez de clichés, brisons-là.

- Maintenant, dit Braise, on peut dire qu'elle va bien dans le Réel aussi.

- Alors, je continue à enquêter ou on arrête les frais?

- Continuez, dit Frédéric, mais concentrez-vous sur la réalité au lieu d'explorer ses rêves. Laissez ça aux spécialistes.

- Bravo ! s'exclame Dolstein depuis son lointain, voilà des paroles sensées.

- Ah non ! soupire Louka, c'est quoi la réalité, c'est où ?

- Retournez à la base, dit Frédéric, le bloc opératoire, la dissection aortique, le Signifiant outragé.

- Chercher le coupable, chercher à qui profite le crime, le mobile, les suspects, les alibis. C'est OK pour moi, ça c'est du concret, j'y vais.

- Dis-donc, que je dis à Frédéric, il faut que je meure pour que tu te repointes?

- Ben oui, la vie n'est plus notre seul lieu commun.


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27 mars 2011

Exister.com

Ambiance d'émeute dans l'Appartement, ça crie la honte à sa Majesté la Taulière qui ne daigne pas se remettre à l'ouvrage, ça renaude, ça crépite, ça revendique, ça hurle à l'existence.

Ils sont tous là, Marianne, Troudup, Suzanne, les Souche, Mani et Dinarzade, Joseph, Plidec Storma, Corentin et sa soeur, leur mère et le directeur du cinéma, Ava Gardner, Dracula et Braise, Antonin, les deux Rachel, Hugo, King Kong qui ne s'était jamais montré, tenant à la main sa Blonde, et qui encore?

Encore Robert Dieu, Berman, Espérandieu, tous les habitants de Batbourg, jusqu'au boucher avec les moutons écorchés du barbecue, Corinne et le Jésus, descendu de sa croix pour venir aux nouvelles, et Frédéric, le professeur Übernicht, le poulet d'anniversaire, rôti et appétissant, la libraire, le Père Noël étripé, Mandrake, tous ceux de Bourg-les-Nains, Martin Martin et son associée, les Issus, jaillis tout droit de l'Autobiographie de Dieu, le village des Polly Pockets, le Ça-Qui-Pousse

Et moi, Louise Kowski, comme eux, avec eux, encadrée par mes deux Fred, et Fabiola  venue aussi, qui n'a pas pris le temps de nettoyer sa tempe ensanglantée, et Paulette Dolstein qui la couve du coin de l'oeil, et d'autres, et d'autres que je ne connais pas ni ne reconnais.

Chacun dans cette foule vient réclamer la dignité, le respect de son existence, car, oui, nous craignons tous que La Taulière se défile.

Elle n'est pas réapparue pour expliquer l'affaire, la grande affaire: pourquoi elle est absente depuis deux mois, ce qui lui est arrivé et comment elle a failli partir définitivement.

Ils m'ont engagée pour enquêter, et  raconter, si Marité de Vos K. persiste à jouer l'Arlésienne.

D'accord, ils ont raison, je dois cesser de ne plus être là.

Je veux restaurer leurs existences, je ne veux pas continuer à me terrer dans le silence de la  prétendue discrétion.

Je n'avais pas pensé à eux, pas pensé qu'ils n'existeraient que par moi. Indifférente à leur sort, j'étais concentrée sur ma (sur)vie, mon moi, mon corps.

Pas une pensée pour eux alors.

Mais c'est fini, je suis Marité de Vos K., La Taulière est de retour, je vais tout dire: de ma NDE, la Near Death Experience.


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18 mars 2011

Rappel au règlement

Hello visiteurs du soir, du matin, hello passants intéressés ou pékins vagant à leurs vagues occupations, hello mous curieux, hello vous tous.

Je prends la parole ici, car voici que l'Investigation m'appelle au front.

Car oui, La Taulière a disparu de l'Appartement depuis des semaines.

Magnifique excuse au silence des semaines passées, remarquable aventure, incroyable évènement, La Taulière rapportera bientôt le récit de la Chose.

Alors quoi ?

Où était-elle?

Que faisait-elle?

Ne manquez pas les révélations imminentes.

Et à défaut de ses propres commentaires, je livrerai les résultats de l'Enquête.


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22 juin 2010

Etre et avoir l'été

Louka vient de relever une coïncidence remarquable, à Batbourg, en pleine enquête sur une série de crimes, elle est fin juin elle aussi.

Mais quand ici l'été frileux tiédit lentement, là-bas c'est l'été trop chaud, accablé par un orage qui n'éclate pas.

Marianne, Sylvie et Béatrice le disent aussi, et Dolstein si elle ne se fichait pas du temps qu'il fait  le confirmerait, tout Batbourg s'amollit sous la chaleur du climat que je lui ai donné.

Si ce n'était pas l'été, pense Louka, je ne serais pas avec Chauze dans le pré de l'école à faire l'inventaire des morts en buvant les étoiles.

Si ce n'était pas l'été, elle transpirerait moins à porter leurs cadavres, couturés par l'autopsie, dans sa barque trop lourde, pour leur faire traverser les causes de leur assassinat.

Si ce n'était pas l'été s'agacent ces dames de l'ABB, on ne serait pas en sueur dans l'Église à frottis-frotter les statues de bois en s'énervant les unes les autres.

Dolstein et Dieu notent, placides, elle des conclusions sur été et excitation nerveuse et lui sur des déodorants spécifiques.

Les gens de l'Appartement sont chauds et ils ont chaud.

Jusqu'à récemment j'en concluais que c'était à cause du climat, depuis quelques mois je sais qu'il n'en est rien.
Ils avaient chaud parce qu'ils étaient confinés entre les pages.

L'encre ombrait leurs aisselles, moitait leurs nuques raides ou alanguies, le creux de leurs reins cambrés ou enrobés de graisse, la saignée de leurs bras dodus ou trop maigres, le creux poplité de genoux cagneux, ronds, doux, osseux, l'encre encore collait aux crânes les cheveux humides.

Encre affadie, encre transparente, l'encre de leurs veines.

Fini tout ça aujourd'hui, ils suent leur eau, ils suent leurs peurs et rêvent leurs propres désirs.

Ils ont quitté leurs barreaux de mots, leur prison de papier, ils viennent ici porter leur être.

En été, ils puent désormais comme tout le monde.

Que non pense Robert Dieu, grâce au Déo de Roro, ils ne pueront plus, Batbourg embaumera sous tous les climats.

(Dolstein, définitive orpheline, respire le souvenir des odeurs de ses vivants perdus, l'odeur de la vie disparue.)

Dieu pense un atomiseur, pour ceux qui vivent seuls, et ce sont des femmes en majorité, acheteuses de cosmétiques en tout genre.

Transmen va leur vendre de l'homme en brumisateur.

Des compagnons de fumée, ajoute Fabienne Berman, enfermés dans des bougies...

Ragazzi ne dit rien, il aligne des chiffres sans odeur et Berman conclut:

- Une lampe d'Aladin qui sentira l'Homme si on la frotte bien.