27 septembre 2016

Twist on my porosité

 Léon cherche et frétille mais rien à faire il ne trouve pas.

- Inévitable dit Robert Dieu, Léon est un chien dénaturé, il a perdu sa chiennerie, plus de flair.

- Est-ce l'aboi qui fait le chien ? dit Paulette Dolstein, le langage qui fait l'homme ?

- Allons, dit Fabienne Berman, Léon est un homme puisqu'il parle, les chiens ne parlent pas.

- Ouah ouah ! dit Léon par esprit de contradiction.

- Et français, dit Bruno Ragazzi en prenant des notes: inventer méthode pour apprendre aux chiens à parler.

- D'ailleurs, dit Léon, mon ancêtre Idéfix ne parlait pas mais il était gaulois.

- N'empêche, dit Troudup, tu piffes plus rien, t'es qu'un inverti, un pauv'mec chienneux qui sait plus retrouver les odeurs ! Oùkellest la s'moule à la noisette ? Hein ! Oukellai ??

- Je les connais perfect les odeurs, dit Léon le Flair, agacé par le désir, pas seulement de la noisette, il y a de la vanille, de la crème de coco et, et... et de la fleur d'oranger !! mmmhh, c'est bon, c'est bon...

Jusqu'à présent L'Appartement était étanche à mon monde, que je prétendais être le seul réel mais si les odeurs entrent dans L'Appartement, volutent jusque dans les poumons des Gens de L'Appartement, alors qui est vrai qui est virtuel ? Ils ont des poumons, ils parlent, ils ont mal quand on les blesse, ils rient quand ils sont gais, ils pleurent quand ils sont tristes, tout comme moi. C'est la preuve par Shakespeare.

Qui est poreux ? Eux, ou moi ? Ce que je sais c'est que je vais en manger, et pas eux.

C'est embêtant...

PS: Faire bouillir un litre de lait, y ajouter une demi gousse de vanille dont on grattera les graines quand elle sera assez ramollie, ce qu'on veut de crème de coco et une bonne pincée de sel fin.

A l'ébullition verser 110 grammes de semoule de blé fine et la même quantité de sucre en poudre. Mélanger 5 minutes en maintenant le bouillon, puis éteindre, ajouter une bonne rasade de fleur d'oranger et beaucoup moins d'huile de noisettes.

Verser dans ce qu'on veut, ramequins petits, grands bols ou coupe à entremets, laisser refroidir, mettre une nuit au réfrigérateur, manger.

- Merci Marité dit Marianne, maintenant qu'on a la recette, ne reste plus qu'à trouver comment se procurer les ingrédients...

- Facile, je dis, puisque cela est dit, que cela soit fait, et hop, c'est dans les placards.

- Et ensuite faudra trouver le moyen de faire passer ça de notre extérieur à notre intérieur dit Corinne Mars qui ne se pose pas tant de question quand il s'agit de boire un coup.

 

 


20 janvier 2015

Poils aux seins !

- Ils sont où les autres ? Marianne s'étonne de se poser cette question pour la première fois.

Et moi je m'étonne comme elle, où sont tous ceux qui ne viennent pas ici ? Tous les gens de l'Appartement sont dans l'Appartement, mais ils ne viennent pas tous le dire dans le blog. Pourquoi ?

- Vous êtes sûre qu'il y en a d'autres ?

J'allais répondre oui bien sûr bien sûr que je suis sûre et puis, non, je ne suis sûre de rien. Et si c'était les quelques mêmes qui jouaient tous les rôles ? Si j'avais cru inventer des gens qui ne viendraient que de la réalité ? Mon père en Troudup, en Souche, en Chauze, en Espérandieu, en Caliban... mélangé à mes frères, mes voisins, le boucher du marché, tels et tels aperçus au théâtre, dans la rue, et les femmes pareils, des mélanges à la Frankenstein de telles et telles, et moi partout dedans, hommes, femmes et même Léon ?

- Beurk, je dis, et puis, oui je suis sûre, sûre, tous les habitants des manuscrits existent et ça c'est sûr.

- Alors pourquoi ne les voit-on jamais ?

- Ils sont mieux dans leur bulle, ils n'ont rien à dire qu'ils n'aient déjà dit, ils n'ont pas trouvé le chemin ou le moyen de sortir dans le monde du réel, pas envie, pas besoin... Des raison de ne pas être là il y en a bien plus que de raisons d'y être.

Je ne demande pas pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien, je demande pourquoi nous semblons croire qu'il y a quelque chose alors qu'il n'y a rien.

- Poils aux seins ! dit Troudup, fort opportunément ma foi.

 

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14 janvier 2015

Redistribution

- ...né séra plou malado et révénério et s'appélério Frida

- Ta gueule Gabriel, tu vois pas qu't'embêtes la dame ? dit Troudup au gars un peu lourd qui colle à Louka.

- Frida ? Frida ! Louka est sidérée, Frida !?

- Et bien oui, dit Frida, c'est moi.

- Mais... mais...

Louka a des raisons de bégayer, la dernière fois qu'elle a parlé à Frida, c'était au téléphone à la fin de L'Apocatastase des Cons, puis une infirmière du centre de soins palliatifs lui a dit Frida n'est plus avec nous. 

- Mais comment ? Mais qu'est-ce qui...

- Je viens de le dire, gazouille Gabriel agacé, né sérrra plou malado s'appélérrrio Frrrida, ça va mieux avec l'accent ?

- Oh, Gabriel... dit Troudup, range tes ailes dans ton sac à dos et boit ton verre en silence sinon tu vas finir tricard.

Gabriel s'en fout, il enrobe Frida d'un soufle parfumé (au Rinquinquin ?) et s'envole.

- Salut l'Archange, à demain... dit Marianne devant son rhum arrangé, très souriante parce que Gabriel lui a annoncé une super nouvelle (genre elle porte un gène divin qui va la rajeunir de vingt ans, non, quinze).

- C'est le désir, répond Frida

- Tu serais là depuis longtemps, dit Louka.

Non, le désir ne suffit pas, il a fallu aussi la colère et ce mot que je ne sais pas trouver, qui dit le refus de ce que certains appellent la réalité: le contraire de la résignation. La réalité, c'est moi qui la fait: Frédéric fait la cuisine au Petit Renard, Frida vient y boire un perroquet et constate que l'endroit lui convient.

- C'est curieux pense-t-elle dans son for intérieur, il me semble que j'ai changée mais je ne sais pas en quoi, je ne sais pas d'où je viens, je ne sais plus...

La personnalité que je lui avais donnée s'est dissoute dans le passage de Batbourg à l'Appartement... ah non, un grand soupir ironique de Gabriel, en vol stationnaire au dessus de moi me suggère que c'est lui le responsable, par la brise angélique qu'il a soufflée sur Frida. 

- Vous n'avez pas besoin d'une serveuse demande-t-elle à la cantonade ?

- Si ! lance Frédéric depuis la cuisine,

- Si, hurle Troudup, j'en ai ma classe de faire le larbin, j'préfère tiser que compter les points. T'es engagée ma poule !

- Chouette, dit Frida, je suis sûre que je suis une bonne serveuse.

- Et tu chantes aussi, dit Louka,

- Ah bon, dit Frida en commençant à fredonner sans s'en rendre compte, Chou, Andy, dis-moi oui, oh oui, dis-moi dis-moi oui ! d'une voix à tomber, accompagnée par un riff d'enfer de Fred Chichin.

 

 

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06 janvier 2015

Magie des frites

- Argh... beurkh... bleah... Marianne apprend ce matin le sens de "avoir mal aux cheveux". Elle s'est demandé toute la soirée pourquoi des frites ? sans compter les verres, et voilà, ce matin, elle subit la chose qu'on attrape quand on boit trop.

- Pourquoi moi ?

C'est vrai ça, pourquoi elle ? Marianne, c'est la femme raisonnable, bien élevée, centrée sur sa maison, ses enfants, son mari, son jardin, Marianne ne boit jamais trop, ne parle jamais trop, ne dort jamais trop, Marianne ne fait jamais rien trop, alors ?

Et pourquoi est-elle la seule de tout l'Appartement à avoir la face de chêne ? (la gueule de bois n'est-ce pas, cette précision pour les nombreux lecteurs des USA dont je me demande qui ils sont ?!) 

- C'est la Magie des Frites, dit Frédéric,  Wouaahaaahahahhahahahhaah !

- C'est ça, dit Troudup, espère ! Qui c'est l'espécialiste ? Passke cette histoire de capitaine de soirée, moi j'dis c'est foireux, i vaut mieux en choisir un qui trinque, au lieu d'en choisir un qui trinque pas, ça laisse tous les autres aux affaires. 

- Mais non, c'est moi dit Léon. En tant que chien qui parle j'ai le pouvoir de concentrer sur un seul estomac tous les désagréments de la cuite. C'est grâce à moi que mon Troudup a supporté des années de Bukowskaïa sans finir à l'asile avec des éléphants roses, des serpents tremens et un foie en poudre. Le premier à quitter Le Petit Renard a emporté toutes les cuites, c'était elle.

Qu'à celà ne tienne crie Marianne en silence à son for intérieur enflammé, avec des ciseaux de cuisine elle soigne le symptôme : plus cheveux, plus mal aux cheveux.

- Quand même, dit-elle au miroir de la salle de bains, ça valait le coup. Son élagage sauvage l'a tellement changée qu'elle ne se reconnait pas, c'est ça qui valait le coup. En face d'elle, elle voit une femme inconnue, une femme dense, déterminée, à quoi, elle ne sait pas encore, mais pleine de force. Ben ça alors, elle se dit, ça alors, il suffisait de couper les cheveux, au contraire de Samson, pour retrouver l'énergie perdue !

- Wouahhhahhhaaaahahahahhaaah ! Magie des frites !!!

Moi (Ze Taulière) je me dis qu'il faut que j'opère quelques réglages pour Frédéric, il ne peut pas rire comme ça tout le temps, il faut lui redonner un peu de texture.

- T'occupes, Taulière, qu'il me répond, j'irai vaquer dans la Kouizine, tout s'enchantera de nouveau et je rigolera si je voudra... ahahhaaahhaaahhaahaha !

Quelqu'un, très loin, reçoit un éclat, un morceau de rire et en deux mots, en chantera...

- Ohhh ! comme c'est doux... dit Frida et se rendort, momentanément. 

Ben moi ça me va.

 

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15 avril 2014

Vivre c'est tout

-  J'en ai assez de ma vie, dit Marianne, je voudrais jouer autre chose.

- Allez-y, jouez autre chose.

- Mais comment ? Vous m'avez mise dans une drôle d'histoire, moi je n'ai rien demandé.

- Je ne force personne, si vous êtes venue c'est que vous aviez une place à prendre.

- Vous avez bien pu m'écrire, vous devriez pouvoir continuer.

- Maintenant que vous existez, je ne peux rien faire, c'est à vous de bouger.

- Pour aller où?

- A vous de voir.

- En fait, j'aimerais bien la vie de Louka, être commissaire de police, aller chez les gens, les interroger...

- Là, c'est difficile, Louka ne serait pas forcément d'accord.

- Bien sûr. Et une autre histoire alors, vous pourriez, non ?

- Moi non, mais vous oui, L'Appartement, ça sert à ça, c'est la vie libre ici, chacun fabrique ce qu'il veut.

- Ah bon, alors, euh, si je veux être boulangère, je n'ai qu'à ouvrir ma boutique ?

- Oui.

- Si je veux rencontrer quelqu'un, je n'ai qu'à l'inventer ?

- Oui, tout le monde fait ça.

- Mais je ne veux pas d'un ami imaginaire, j'en veux un vrai !

- Ayez-en un vrai, vous n'avez qu'à quitter l'imaginaire pour le réel, c'est tout.

- C'est vraiment tout ?

- Oui. Mais, je vous préviens, le sage dit Prends garde à ce que tu désires, tu risques de l'obtenir.

- C'est ça qu'il faut changer, enlevez-moi cette prudence et cette inquiétude dont vous m'avez chargée, donnez-moi de l'insouciance, de la légéreté, de l'inconséquence.

-  Allez donc demander à Dracula.

- Il est en vacances, dit Braise, dans sa famille à Mountain View. 

 

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La Californie, dit Le Personnage Inconnu, ce n'est pas si superficiel qu'on le dit

- Vous êtes sûre, dit Marianne, qu'il a de l'insouciance à revendre ?

- Vous voyez bien qu'il ne s'en sert pas, dit Braise.

- Alors, dit Marianne, moi aussi j'en ai !

- C'est ce que je vous dis depuis le début, réponds-je, et là-dessus, je dis, je vais boire un thé.

- Bonne idée, dit Braise, vous en avez aux châtaignes ?

 

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11 juin 2011

Coma dépassé

- Je sais que je dors, dit Marianne, parce que je ne rêve pas.

C'est à Lucien Übernix qu'elle parle, qu'elle appelle  Über depuis qu'elle est petite qui est comme un oncle mais ses parents sont fils uniques.

- C'est le contraire que tu veux dire, non? Tu ne dors pas sinon tu pourrais rêver?

- Oui. Non. Si je rêvais en dormant, ce serait comme dans la vie, où on dort, on ne dort pas, on va ici , on va là, on fait ci ou ça. Alors que moi je suis là et je ne bouge pas. C'est que je dors, non ? J'espère que je dors.

- On dirait que c'est ce que tu souhaites plutôt que ce que tu vis ?

- Si je dors, je peux me réveiller. Mais si je ne dors pas alors c'est ma vie qui passe à Batbourg, et ça, c'est impossible.

-  Si tu es en train de dormir et que moi je suis en train de te parler ?

- Ah oui, tu es dans mon rêve

- Je suis dans ton rêve.

- C'est génial, dit Marianne, je dors, je rêve, je vais me réveiller.

- C'est toi qui décides.

- Je vais dormir encore un peu et puis... Et puis on verra.

 - C'est pas très marrant, dit Troudup tout chose, à Paulette Dolstein. 

Ce n'est pas  facile cet Appartement, comme une seule tête où tout circule. Troudup aurait préféré de pas entendre Marianne et Lucien Übernix pendant sa séance avec sa psy.

- Mais alors, réalise-t-il d'un coup, ça veut dire qu'eux aussi ils savent ?

- Ils savent quoi ? demande Paulette.

- Que j'existe.

- Vous existez, qu'ils le sachent ou non.

- Mais ils le savent comme je le sais ?

- Oui.

- C'est ce que je disais, c'est pas marrant.


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02 juin 2011

Le projet 6173

Marianne pense qu'il y a beaucoup de place maintenant dans l'Appartement, elle se dit pourquoi pas ?

- Bonjour, elle dit, moi je couds. Pendant que j'écoutais Lucien Jerphagnon au Cinq-Sept boulevard de France Inter, il a dit que Jankélévitch avait été son professeur.  Alors je dois avoir un projet, j'ai pensé.

- Quel rapport?  m'a demandé François Busnel en aparté.

- Pas besoin de rapport j'ai dit, tout n'est pas relié. Je pense le contraire, tout est relié. Mais je ne voyais pas le fil rouge alors j'ai choisi un tissu gris.

- Voici  le projet 6173:

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J'ai mis BB sur la photo parce que je pense qu'elle devait plaire à Jankélévitch parce que c'est un vrai philosophe. Il pense sur presque rien, avec je ne sais quoi et ça met la lumière.

épingler les pinces dvtCouper, épingler les pinces.

manger du flancManger du flanc.

Je fais chauffer du lait cru, je mets la poudre, je remue, je mets au four.  C'est Alsa, il est meilleur que le mien.

Il ne faut pas s'obnubiler sur la couture, ni sur rien, il faut faire des pauses sinon on ne fait toujours qu'une seule chose à la fois et ça rend bête. Lucien Jerfagnon parlait hier de la sottise, de là il est passé à la connerie. Il dit qu'on ne peut pas la définir avec des critères précis, moi je dis que si, sous peine de passer pour un con, ce n'est pas grave de passer pour un con, j'ai pensé, ce qui est grave c'est de l'être.

J'ai fini mon flanc, c'était encore Busnel à France Inter.

Je suis retournée au projet 6173. Dans mon atelier il y a la radio, alors Busnel y était aussi. Finalement, on n'entend plus que lui.

J'ai continué à faire les choses dans l'ordre, coudre les pinces, les repasser dans le bon sens, ouvrir les coutures, assembler le dos et la jupe, le dos et le devant par les épaules.

J'écoutais Philippe Colin et Mauduit, les types de Cinq-Sept parler féminisme avec Cristina Comencini. Ils lui disent, vous savez de quoi vous parlez, vous êtes la fille du cinéaste Luigi Comencini, oui elle est sa fille.

Moi aussi je suis la fille de mon père, j'ai pensé, mais avec le progrès nous pourrons bientôt n'être les enfants de personne.

J'ai posé la robe assemblée sur le mannequin.

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Pour le moment elle est informe, demain elle sera transformée par les finitions.


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13 juillet 2010

R'évolutes partent en fumée

Ils sont surexcités par le feu d'artifice.

- Mais il n'y a pas de feu d'artifice ?

Il va y en avoir un, ça suffit à mettre des bulles dans toutes les têtes.

Moi je dis que les bulles dans le cerveau anévrisent.

- Oh, dit quelqu'un (mais qui?), pourquoi rabats-tu la joie ?

Je reconnais la voix, c'est moi qui cause.

Le 13 juillet ici, c'est donc bal, bal, artifices, fêtes et joie populaire.

- Belle occasion, dit Dracula, d'honorer le sang, têtes tranchées, têtes aux bouts des piques, révolution !

- Que oui, dit le Troudup, le peuple souverain s'avance.

Troudup est à jeun, que se passe-t-il ? J'entends le silence de Dolstein car son sourire vient jusqu'à moi, Paulette en Joconde dit comme elle sait faire, sans rien révéler, que Troudup est capable d'être un autre que ce lui-là.

- Qu'est-ce vous croyez, aboie Léon (quoi? Hein? Léon aboie?), que nous resterons tous ce que nous sommes ?

- Non, non, non, dit Astrid Tayeurt, la révolution c'est pour tout le monde.
Les planètes nous engouffrent dans leur mouvement, ça tourne, ça vire et nous changerons tous.

Parce que demain c'est 14 juillet, ils sont tous en suspension, le monde va changer de face, ceux qui ne sont rien seront tout (qu'ils disaient).

Dracula prétend qu'il ne craint plus le jour, Braise est d'accord avec lui, Alice et son Albert ont mis des chapeaux de paille, Marianne est en bain de soleil, Batbourg rutile, les Voies Obscures térébrantent, La Bernique hurle, Noé navigue en pleine lune, Bienvenue à la Fabrique est sur le point d'avoir son Frédéric et l'Appartement presque moi: tous mes pays trépignent.

Rachel Z. traduit le sentiment général, demain est un autre jour.

Je sais d'où vient l'embrouille, l'orage de la nuit a détrempé les rêves, ils sont délavés, lourds de nuages crevés, et depuis ce matin je ne sais pas qui je suis.

Que leurs volontés soient fêtes: Bingo !


11 juin 2010

Seule

Marianne

Figurez-vous que je sais ce qui se passe.

Parfaitement.

Je suis une femme agaçante, moi-même je m'agace et je n'y peux rien.

Je suis cette femme douce et tranquille, l'eau qui dort, l'eau du lac, l'eau de l'étang, pas  l'eau du ruisseau ou de la mer, encore moins le fleuve puissant.

Je suis cette face mouvante qui ne se défait jamais.

C'est comme ça.

La lune ne me soulève pas en marée, ce qui m'agite reste enfoui.

Vous autres, vous comprenez tout, tout de suite, moi non.

Je suis lente, je mets longtemps à mettre des mots sur les sentiments de ce que j'ai vu.

Il suffit de passer le temps et tout affleure en bulles venues des fonds.
Elles explosent longtemps après.

Ma vie est une étoile morte depuis longtemps dont la lumière trop vive ferait croire qu'elle est encore là.

Et la vôtre aussi, c'est votre impuissance que vous voyez en moi, et qui vous agace.

Je le sais parfaitement.

Je fume un cigarillo en regardant défiler La Queue passant devant chez moi, les figurants me regardent fumant, comme si j'étais une héroïne de télé réalité, parce qu'ils n'ont rien à voir là où ils sont, à espérer je ne sais quoi.

Je les regarde à travers la fumée mouvante et parfumée,  et encore une fois, je ne comprends pas ce que je vois.


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12 mai 2010

Le gâteau formidable

Formidable, oui dit Alice qui ne peut résister à l'odeur.

Dès que je hume l'odeur du gâteau de Savoie, Alice le sent, Marianne aussi qui a des choses à dire sur ma chantilly.

Il y a à redire mais j'ai fait avec ce que j'avais sous la main.

- Facile ce prétexte, dit Marianne, le mauvais ouvrier

- a les mauvais outils termine Alice.

C'est sûr, elles m'en veulent, je suis partie au soleil, je suis partie voir mes amis, qui ne sont pas les leurs.

Bien que nous soyons connectées en permanence, elles et moi, ma vie est leur vie mais leurs vies sont contenues dans la mienne.

Alors comment se fait-il que?

Mystère.

N'empêche, le gâteau est dans le réfrigérateur où il occupe à lui seul tout un étage, et j'ai enlevé une grille pour qu'il soit à l'aise.

Rachel Lehmann a fait les cébettes au beurre, j'ai fait le caviar d'aubergine.

Alors allez-y Alice et Marianne, dites-le.

- D'abord, dit Marianne souriante, je ne vous en veux pas, ça fait du bien de sentir l'air du large, et le thym en fleur qui est l'iode de la Provence, moi j'aime ça. Mais vous devriez savoir que la crème allégée, même quand elle est liquide ne permet jamais d'arriver à une crème chantilly.

- Je m'en suis rendue compte, mais j'ai encore une excuse,

- Ah oui dit Alice?

- Ah oui, réponds-je, on est loin de tout ici, on ne sort pas pour une bouteille de crème oubliée. J'aime l'entier, je n'achète jamais d'allégé, c'est donc la première fois que j'ai lu la composition de la chose, découvrant ainsi une répartition incongrue, à mes yeux, 56% de crème et le reste entre conservateur, épaississant, stabilisateur. Cette crème n'est pas très fraîche.

Je m'en suis sortie tout de même...

Allez, disent Alice et Marianne, on va la donner cette recette:

Le Gâteau Formidable

Un gâteau de Savoie, ou une génoise dit Marianne, moi je fais la génoise, c'est plus stable.

un gâteau de Savoie, continue Alice avec 6 œufs, un verre de sucre, un verre de farine, et pas les 250g de sucre des recettes classiques ni les 200 g de farine et fécule ou maïzena.

Un verre: 150 g de sucre, et à peu près autant de farine.

Le gâteau refroidi (démoulez sur une grille, c'est le mieux), coupez-le en deux.

Pendant qu'il cuisait, vous avez monté une chantilly, (ah! ah!) avec de la crème liquide, grasse ne contenant que de la crème de lait, la plus ordinaire, la moins raffinée.

Quand elle est presque montée, mettez un peu de sucre, environ 50 g, pas plus, et ajoutez ce qui vous plaira de fromage blanc, gras.

- Moi, dit Marianne, j'en mets environ 500 grammes.

- Ah oui, dit Alice, moi c'est pareil.

- Et moi donc! Elles se tournent vers moi, surprises, comme si mon intervention  était incongrue! Eh! Oh! Faut pas exagérer! C'est moi qui l'ai fait ce gâteau-ci!

- Bon, disent-elles, revenons à la recette.

- Votre base de crème est terminée, il ne reste plus qu'à y mélanger délicatement les fraises, en saison, bien sûr, précise Marianne.

Je mets mon grain de sel, non mais:

- Si c'est la saison mais que les fraises ne sont pas très mûres, coupez-les une heure avant en morceaux, arrosez d'un jus de citron et saupoudrez de cassonade, pas plus de 20 grammes.

Si ça n'est pas la saison, remplacez-les par des framboises congelées, des brisées, c'est très bien, elles sont moins chères et noyées dans la crème, ça ne se voit pas. Vous pouvez toujours en sauver quelques-unes de belle allure pour les poser sur le gâteau en finition.

Marianne et Alice approuvent avec le sourire, on se sent entre nous, on partage ça, même quand on est un peu en froid, hein!

Elles opinent, et j'opine itou.

Quand vous avez terminé le mélange délicat de la crème et des fruits, le gâteau a bien refroidi.

Sur une moitié, répartissez la moitié de la crème en couche épaisse, posez l'autre moitié dessus, recouvrez-là du reste, et des quelques fruits conservé pour la décoration.

Mettez au frais.

- On peut le faire le matin pour le soir ,dit Alice.

- Oui, dit Marianne, parce que la pâte a besoin de boire la crème, de s'imbiber des goûts.

Et moi je dis, le lendemain, il est encore meilleur, mais plus aussi présentable.

Voilà, c'était le gâteau formidable.

Et je conclus en disant que je l'appelle le gâteau des copains, parce qu'il évoque l'enfance, et les tablées d'amis qui poussent des cris de joie en voyant arriver cet énorme gâteau couvert de crème et de fruits.

Nous ne sommes plus des enfants, mais quand arrive ce dessert, on se réjouit parce que nous savons qu'il est léger, léger, peu sucré, aérien et qu'on fait semblant de croire qu'on est capable de tout manger en s'en mettant plein les doigts et la figure,comme autrefois.

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