12 novembre 2011

Radio l'onde.

- Chavais pas que j'l'avais pis j'l'avais.

- Lavait quoi ?

- Chais pas.

- Fait chier jamais savoir.

- Chavais pas pis c'est tout. Mais j'l'avais quoi, l'était content.

- Qui ça qu'était content ?

- Ben moi j'l'étais.

- Chavais pas.

- Personne sait tout.

- Incroyable, dit Fabienne Berman qui a renoncé à prendre note.

- C'est naturel répond Paulette Dolstein, ça coule de source.

- Je déteste ces échanges, je ne peux rien faire de ça.

- Ce n'est pas de la sociologie ma chère, dit Dolstein.

- Mais où est-elle leur source?

- Chais pas répète Troudup, chais pas, c'est ça que j'l'avais pis que j'l'ai plus.

- Qu'est-ce qu'elle nous fait celle-là, et qui et quoi ! Foutez-y nous la paix zut et merde, dit Myrtille Souche prise dans une émotion qui poisse l'âme comme une sale glu.

Ce soir, le monde est vague, l'Appartement se demande où le fleuve est né et quel âge il a, mais moi je m'en fous, la source n'a que faire du temps elle vient d'ailleurs.

 

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04 novembre 2011

Pensée magique

Braise a acheté des escarpins de rubis rouge.

- C'est ça dit Braise, s'il vous plait docteur, c'est pas pour moi, c'est pour ma copine.

- Tu aurais très bien pu les acheter.

- On s'en fiche, raconte ta petite histoire.

Bon, j'ai acheté des boots rouge.

Je les ai enfilées.

Trois fois j'ai frappé les talons l'un contre l'autre en disant There's no place like home.

Rien.

J'ai recommencé en fermant les yeux et en pensant un peu plus à ce que je disais dans le but de ressentir profondément le concept "maison".

Maison, maison, est-ce que j'avais une maison ? Où était-elle ?

Qui l'a construite, qui vit dedans, est-ce que moi-même j'y aurais déjà vécu, bref, c'était le bordel.

J'ai recommencé sans penser à rien, pas les rubis rouge, pas les sorcières autour, trois fois, tac,tac,tac, There's no place like home.

Il ne s'est rien passé mais

Premièrement: l'essentiel est invisible pour les yeux

Deuxièmement: on ne peut pas tout voir

Troisièmement: ça peut arriver après coup, tac, tac, tac, etc.

Septièmement je me suis souvenue de mon proverbe guide: Prends garde à ce que tu désires tu risques de l'obtenir.

Alors j'ai su qu'il s'était passé quelque chose puisque j'ai jeté le proverbe.

Dès tout de suite, je le remplace par mes commandements.

Première Loi, tu ne craindras pas tes désirs :

les_boots_rouge

Tac tac tac

 

 

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31 octobre 2011

Triste topique

- Je sais même pas ce que ça veut dire répond Troudup à Fabienne Berman.

Elle tente de remplir un questionnaire spécial Toussaint. L'incursion du Néant à l'état solide lui a donné des idées. Elle veut explorer le marché de la mort sous un autre aspect. Elle cherche l'aspect.

- C'est pas facile, dit-elle, si je n'étais pas sûre que rien n'est tout, je lâcherais l'affaire.

- Vous voyez, râle Troudup, comment je peux répondre à des trucs pareils ! Rienétout, qu'est-ce que ça veut dire, hein!

et il s'évapore, écoeuré. Dracula par contre est pour.

- Vous avez raison Fabienne, il faut prendre le sujet par ses racines.

Rutabaga, dit Myrtille Souche,  scorsonères, salsifis. Patates, carottes, cheveux de poireaux, truffes, betteraves, radis noir. Pissenlits ! Pissenlits ! Pissenlits !

Je les écoute vaguement, sous l'effet d'une drôle de sensation. Le néant à l'air libre s'est résorbé en bulles, chaque fois que je respire, j'avale une gorgée de mélange.

C'est avec ça que je devrais trinquer à l'anniversaire d'un lundi 31 octobre ?

Le goût du néant est amer, je voudrais arrêter de le boire mais il faut bien que je respire.

- Allez hop, que j'dis, Champagne !!!

- Et ta mère! lance Troudup de là où il est.

 

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23 octobre 2011

Rien

- Viens voir ! dit Dracula à Braise. Elle dit non d'abord mais elle vient quand même.

- Oh, c'est vrai, dit Braise, il y en a. Elle s'écarte rapidement, ça fiche la trouille, elle dit.  Tu es sûr qu'il n'y a pas de risque ?

- Comment veux-tu !

- Comment quoi ?

- Comment veux-tu que je sache si le rien s'attrape ?

Je m'en suis aperçue au retour du marché mais le vendeur était parti et le gamin introuvable. Je n'ai pas pu rendre le morceau coincé au fond du caddie.

C'est un problème spécifique, je n'en savait rien car je n'ai pas d'expérience du néant. Ce problème est la quasi parfaite adéquation du néant au rien, il s'y colle et se confond.

On a beau regarder, fixer et épier l'endroit précis où le néant s'est calé, on a les yeux dans les yeux du rien, on voit, et qu'est-ce qu'on dit, pauvres crétins que nous sommes ? On dit Y a rien.

Le mal est fait. je ne sais comment débarrasser l'Appartement de ce morceau de rien, du tout petit bout de néant qui y est attaché.

Dracula est ravi.

- C'est une porte, c'est une ouverture, c'est la liberté !

- C'est un trou, dit Braise, rien qu'un trou, même pas rond, et effiloché.

- Pourquoi un trou devrait-il être rond ? je demande.

- Un trou pur est rond, dit Braise, un brave trou, un honnête représentant de sa race. Un trou rectangulaire, dit-elle, c'est une tombe, un trou triangulaire est prétentieux. Seul le trou rond est parfait.

- Il est noir, dit Dracula, et le noir est beau.

Mais moi, je ne me laisse pas embobiner par le premier trou venu, je retourne le sac écossais et le rien change de couleur, et de forme, ce n'est plus un rond déformé.

- C'est un trou caméléon, conclut Braise, un faux rien, à peine une miette de néant. Tu as eu de la chance, pour un peu, tu payais le prix fort pour même pas rien.

A peine une miette, pensé-je à part moi, on dirait qu'ils ne savent pas que le néant est infini, incommensurable, inimaginable.

Un peu de rien ou un monde de rien, c'est pareille même chose. Non ? Oui ? Ou alors non ?

 

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22 octobre 2011

Cohorte

Je fais ma liste, faudrait voir à ne rien oublier, ce marché-là, c'est pas tous les jours.

Pour finir, elle est trop longue, je la réduis à l'indispensable.

Je fonce droit chez le marchand de néant, j'en prends autant que peut porter mon caddy rouge, qui vient pour moitié des poubelles, la partie qui roule, pour l'autre moitié d'Emmaüs, la partie écossaise.

- Voilà madame, cinquante kilos tout rond. Et dans la seconde il a enfilé le gros paquet dans mon caddie.

- C'est importable, je n'imaginais pas, monsieur, que le néant fut si dense.

- C'est comme ça madame, je produis du lourd moi. Et il m'annonce un prix !

- Je n'ai pas les moyens monsieur, 50 kilos de néant au prix de la vie, c'est trop cher.

- Quand on n'a pas les moyens, on ne vise pas la métaphysique, merde alors, qu'il me dit. Au suivant !

La personne suivante est un enfant qui lorgne sur mon caddie dodu.

- J'ai pas assez d'vie, il dit au marchand, pour cause que j'ai une leucémie terminale bien que j'entre au CP cette année.

- T'en voudrais combien mon p'tit gars, sourit le marchand, et on voit qu'il n'a plus de dents mais son oeil féroce compense l'absence des canines.

- Comme la dame, répond le petit gars un peu déçu.

- Ben ça ira mon petit, je la prends ta vie, je suis pas chien, je fais plaisir aux enfants, moi, qu'il dit en me regardant de travers.

Mais je ne me laisse pas impressionner, je sors le néant du caddie et c'est bizarre parce qu'il est léger d'un coup, serait-il creux ? Non, c'est un néant souple, adapté aux vies qu'il enveloppe, un néant de six ans, blond aux yeux bleus.

- Oh, merci, dit le gosse et il part en vacillant, le néant serré contre son coeur, comme un doudou de maternelle.

Je suis rentrée chez moi avec des carottes, des navets, une tête d'ail, des pommes, de la salade et des herbes.

Le néant, ce sera pour la semaine prochaine.

 

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19 octobre 2011

Ici. Ou là.

- J'ai pas aimé, j'reviens. Et plus vite que la Taulière, moi. dit Troudup qui se repointe à l'automne. Il tombe avec les feuilles celui-ci.

- Caisse ta pas aimé? lui demande la Myrtille Souche.

- Carhaix dans l'Oigne, c'est mort, pire que Batbourg j'te l'dis. Y a pas d'bistrot, y a pas de place de la Mairie, y a pas d'église du Xème, XIIIème, etc. Y a rien de rien. La Taulière m'a envoyé aux pelotes !

- Pas du tout, je lui dis. Et absolument pas encore, je vous ai envoyé quelque part, comment en seriez-vous revenu, sinon ?

- J'ai pas trouvé, alors quoi ?

- Alors vous n'avez pas trouvé c'est tout.

Je suis allée, moi, quelque part. C'est laqué, blanc et vaste. Il y règne une présence magnétique, elle se signale par des bruits cliquetants et bipants et une langue inconnue,  parlée par des servants. Ils sont en blanc, en bleu ou vert non tissé. Ils portent des calottes, des objets de culte aux noms exotiques: stéthoscope, cathéter, ECG. Parfois les servants parlent en langue, et là je comprends. Ils disent:

- Comment ça va ce matin ? Comment ça va ce soir ? Comment ça va, là, hein, hein, hein ?

 

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29 septembre 2011

A la demande générale

- Hein ? Caisse tu dis ? Hein ? Hé ! Ho! Je comprends rien! Quoi ?

- C'est pas moi, c'est la Taulière, elle dit qu'on est nazes, l'Appartement tourne plus, elle va rev'nir.

- Quand ça ?

- Demain qu'elle dit.

Demain, demain, c'est tout de suite oui. La couture c'est pas mal, la cuisine, aussi, crochet, tricot, bien, bien, bien, mais en contrepoint, pas en trame. C'est contagieux la tension de fil, il ne s'agirait pas que je sombre dans l'ourdissage.

En attendant, dîner, purée minute:

Cuire une grosse pomme de terre épluchée dans l'eau avec une feuille de laurier, saler.

Quand ça sonne, et  ça sonne: c'est cuit.

Ecraser à la fourchette, avec une grosse cuillère à soupe de crême fraîche au lait cru.

Manger.

La métaphysique et les productions intellectuelles vont revenir et la vie ne va pas disparaître:

Sonnez hautbois, et d'ailleurs non, jouez saxo, claquez batteries, hurlez guitares électriques, la Taulière est de Retour.


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25 août 2011

Rosie

Celle-Qui-Coud explore les années 40 du siècle dernier, ces années où les femmes américaines ont eu pour modèle Rosie the riveter, peinte par Norman Rockwell pour soutenir l'effort de guerre.

Rosie

Les hommes avaient besoin de femmes qui n'avaient peur ni des bleus de travail ni des machines outils. Les femmes en temps de guerre ont le droit de faire les métiers d'hommes.

Après la guerre, rappel au règlement: jarretelles et pot-au-feu.

- Mais non dit Celle-Qui-Coud, râleuse, La Taulière est incorrigible. Je ne fais pas de sociologie ni de démonstration politique. J'ai acheté chez Eva Dress sur internet un patron américain des années 40, c'est tout.

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J'aime le tableau de Rockwell, la belle Rosie à la pause sandwich parce que Rosie ressemble à ma soeur, c'est TOUT! Je ne m'intéresse pas à l'effort de guerre, ni à ce que les hommes veulent des femmes, je m'intéresse aux porte-jaretelles.

- Et moi au pot-au-feu, dit Celle-Qui-Cuisine.

Celle-Qui-Coud a donc coupé et cousu la salopette dans un tissu de brouillon et a produit cette chose rose, à la coupe parfaite certes, mais rose.

             La Chose et ses bretelles croisées dans le dos.

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- Et ben voilà, dit Celle-Qui-Coud, on peut aussi parler chiffons sans dresser l'historique des luttes féministes ! Je vais la refaire et vous pourrez choisir le tissu.

- J'achète.

 

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21 août 2011

Tsimtsoum

- Bientôt la rentrée, dit Celle-qui-coud, La Taulière nous a peut-être oubliées, pas moi.

- Ni moi, dit Celle-qui-Cuisine.

- Et moi donc dit Celle-qui-Crochète.

Les Celles-Qui sont de retour, il est dit que ce blog gardera la légèreté acquise à la force du Crochet, de l'Aiguille et de la Cuisine.

- Pas question de légèreté, dit le choeur des Celles-Qui, c'est de Futilité que ce Blog sera lesté, et qui pèsera son poids.

- Je reviens donc, dit Celle-Qui-Coud, avec un Avant Après dédié à la Rentrée:

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Nous voilà pourvues d'une chaise de bureau rénovée que voici en situation Là où ça se passe.

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- I beg your pardon, dis-je, parce que j'aime bien parler anglais et d'abord parce que je ne suis pas d'accord. I beg your pardon but it is not The Place où ça se passe, mais just The Place par où ça passe, because c'est dans ma tête que ça se passe, n'est-ce pas.

- Oh! s'agacent les Celles-Qui, il n'y aurait donc pas moyen de faire taire cette lourde conscience de soi !

- Silence, les Erynies ! Que je vous laisse la parole, ou que vous la preniez, ne suppose pas que je me taise, renoncez-y tout de suite ! Ne voyez-vous pas que cette photo du lieu sans moi n'est qu'une énième métonymie de la Création ? Ne voyez-vous pas que vous avez ainsi représenté le Tsimtsoum, retirement du septième jour ? Une métaphore inversée de Dieu ?

- Evidemment, pauvre tache, nous passons par la métaphore et la représentation, pourquoi prendre la parole sinon pour dire !

- Manier la Futilité est complexe, dit Dolstein, ça n'est pas à la portée des premiers venus.

- Sans compter, dit Fabienne Berman, que son message est très difficile à percevoir.

- Oui, dit Bruno Ragazzi, spécialement quand on ne sait pas se passer de commentaires.

Je suis d'accord. Celles-qui ont remplacé le bureau en bois blanc par une table inspirée de Charlotte Perriand, épaisse et aérienne, elles ont rénové la chaise à roulettes, elles ont mis à la place d'une vilaine table ronde très lourde un fauteuil et des tables  gigognes. C'est vide et c'est mieux, elles ont  bien fait, c'est tout:

- Merci.

- Ah, quand même.

 

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18 août 2011

Programmatiques, programme à tics

- Le programme c'est le retour ? demande Dieu.

- Jamais, lui répond Fabienne Berman, le sens de l'histoire est toujours devant, jamais  derrière, on ne retourne pas.

Dolstein sourit, triste d'un seul coup, et moi je sais pourquoi et peut-être je le dirai quand je reviendrai, parce que justement.

- Justement, dit Dolstein, Celle-Qui-revient n'en fait qu'à sa tête, elle préfère revenir en arrière.

- Mais c'est impossible martèle Berman, parce qu'elle est très sûre, elle, d'elle et de ce qu'elle a appris, sur le sens de l'histoire et le sens où vont les choses et les gens en général.

- Oh là là, putain et merde, dit Troudup, ça recommence. C'était pas la peine de partir en vacances pour revenir avec la même chanson. Et comment, et pourquoi et justement et parce que. J'en ai déjà ras le bocal.

- Et pourtant, il y a de la place dans son bocal, dis-je en chemin vers mon retour par l'arrière.

- Vous avez remarqué, je leur dis, à Ceux de l'Appartement, vous avez remarqué que j'ai changé de police depuis le 27 mai? Je suis passée de Times New Roman à Georgia.

- Wouah, wouah, aboie Léon, je suis très sensible aux apparences.

- Je voulais le faire, parce que Gilles Kahn déteste Times, il dit c'est vieillot,  Times, c'est ringard. Mais je ne trouvais rien qui me plaise.

- Ben, qu'est-ce qui te reprends de raboyer,  dit Troudup à Léon, tu peux pas causer comme tout le monde ?

- J'aime bien Times mais ça me fait plaisir d'inviter Gilles Kahn ici, ça honore l'Appartement et tous Ceux de l'Appartement.

- Faut que je pratique, dit Léon.

Troudup a gagné au loto de l'école un séjour au chenil de Batbourg, il a offert son lot à Léon. Pendant qu'il visitait Carhaix, dans l'Oigne, Léon faisait un stage de langue.

- C'était très cosmopolite, dit Léon, y avait d'la race. J'ai fait Danois, espagnol breton, setter irlandais et un peu de verlan avec des pittbulls de banlieue. Je  ne veux pas perdre mes acquis. Si ça tient, je ferai afghan avec un lévrier mannequin à la Toussaint.

 

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