08 novembre 2010

Du flan !

- Ouais, ouais, du flan, on veut du flan on en veut tous!

- Ouais, ouais, du flan, du flan ! Du flan maintenant !

Oh ben dis-donc je me dis, qu'est-ce qui se passe donc ici ?

- Il se passe, répond Léon, il se passe que l'automne tourne à l'hiver.

- Oui, renchérit Braise, Dracula la tient par la taille, oui, oui et oui, nous voulons un foyer, du feu dans la cheminée et du flan dans les assiettes.

Et moi je me dis tiens, tiens, voilà que je comprends de nouveau le Léon ?

Je le regarde à la dérobée, en me demandant pourquoi je fais ça à la dérobée, il n'y a rien à voler et personne ne me regarde en biais pour vérifier si je regarde les gens dans le bon sens.
Donc, je jette un œil au Léon et lui, voilà-t-y donc pas qu'il me renvoie un clin d'œil moqueur.

Ah! Je comprends, c'est ce Léon qui dans la vraie réalité de là-maintenant est en vérité Frédéric.

Bon, si j'étais dans un roman normal et pas dans un blog littéraire, je me laisserais aller à écrire : Là-dessus je me suis réveillée et tiens donc, j'étais endormie et tiens donc encore, tout ça n'était qu'un rêve, Braise, Dracula, Léon, moi, et les autres qui sont peut-être tous là, il y a du monde jusque dans le couloir, je ne les vois pas tous, alors peut-être ils sont tous là.

Ils sont tous là donc et je ne dors donc absolument donc point.

Je suis en pleine donkitude, l'ânerie m'anime ? Alors quoi ? Quoi et r'alors quoi?

- Alors, dit Paulette Dolstein, allez donc faire du flan au lieu de métaphysiquer dans le vide.

J'ai mis le lait à chauffer.

- Et n'oublie pas la fleur d'oranger a dit Braise et Dolstein grommelait que tout le monde savait qu'elle ne tolérait pas la fleur d'oranger.

Léon m'a conseillé de faire du flan nature à côté et les commandes ont jailli,

- Chocolat ! Café ! Vanille ! Verveine ! Violette ! Praliné !

Je faisais celle qui était mécontente de toutes ces demandes, n'empêche, ça sentait bon dans l'Appartement et tout le monde était là à attendre son flan préféré.


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02 novembre 2010

La Carte est le Territoire

Mais qu'est-ce que c'est ?

Sur mon clavier une enveloppe à mon nom.
Mais qu'est-ce que c'est ?
Mais qu'est-ce que c'est ?

Une enveloppe piégée ?
Que dois-je faire ?

Je suis comme une poule devant le couteau, ou bien je suis le couteau et la poule me scrute, ses petits yeux ronds tournant en gidouille pour m'hypnotiser.

Qui a déposé cette enveloppe ? Tant pis, j'ouvre.

Il y a dedans une carte avec un trajet surligné en rose fluo, la carte d'un monde inconnu.

Et un billet d'avion ? de bateau ? de train ? ou de Montgolfière, de rêve ou de n'importe rien que je ne connais pas.

Je n'ai jamais vu ce genre de ticket, mais je suis loin d'avoir tout vu.

Je suis censée faire un aller retour [ Appartement - tnemetrappA ]

Ben tiens, ça c'est signé Dolstein.

Je n'avais jamais songé  qu'elle pût m'écrire.

On voit qu'elle est vieille, non que son écriture soit faible ou tremblée, mais elle est
tracée au porte-plume trempé dans  l'encrier, avec des pleins et des déliés.
L'encre est violet foncé. C'est très joli.

La carte est belle aussi, beaucoup de couleurs éteintes, des fleuves, des montagnes, de la mer, de la plage, des noms ordinaires et poétiques, Littoral, Autoroute du Réel, Province de l'Imaginaire, Frontière du Symbolique.

Il y a des instructions pour la Douane, un Visa de la Réalité sur un passeport de Passante.

Il y a un "Manuel de survie dans l'Inconscient": Le Gros Malin, éditions Sommes Attiques.

Dolstein est contente, elle a réussi son coup, je l'entends rire depuis Batbourg.

H
umour Lacaniaque.

Je fais la poule et j'introjette par la fenêtre le vieux couteau sans manche dont j'ai perdu la lame.

Mais je garde la Carte et le Manuel.


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01 novembre 2010

Jour de fête

- Et maintenant ?

- Hein?

Frédéric me cueille en pleine décomposition restructurante, j'écoute France Inter explorer La Famille: recomposée, décomposée, monoparentale, pluriparentale, exoparentale.

- A quand la famille unipersonnelle, dit Frédéric, et il répète: Et maintenant ?

- Ah ça va, tu dis quoi là ? Et maintenant, que vais-je faire de tout ce temps... c'était quoi après? Il chantait quoi Bécaud après ?

- Oui, dit Frédéric, maintenant c'est après en fait. Le temps du maintenant ne dure pas assez longtemps, le temps de le dire on passe tout de suite d'avant à après.

Je suis embrouillée, qu'est-ce qui se passe, qu'est-ce qu'il dit, et cette tenue ! Il est en suaire ?

- Et quoi? Que qui? C'est quoi que tu dis ? Frédéric !

Il ricane, je le trouve un peu tendu, sec, qu'est-ce qui se passe.

- Qu'est-ce qui se passe Frédéric?

- Et ben, c'est mon jour, je suis venu te dire que j'suis parti, tu te souviens des jours anciens

- et tu pleures, tu suffoques, tu gémis

- maintenant qu'a sonné l'heure...

- Revoilà le maintenant de tout à l'heure.

- Oui, oui.

- Tu dis n'importe quoi, tu es parti depuis longtemps.

- Cinq ans.

- Ce jour n'a pu finir.

- Ce temps s'est enfui.

- S'enfuir n'est pas disparaître, le fait est que tu es toujours là.

- Tu es réaliste.

- Pourquoi aller chercher je ne sais où des explications tarabiscotées alors que nous avons une réponse simple et cohérente: si tu étais "parti" tu ne serais plus là.

- La logique, c'est implacable.

- Tu peux te moquer, ça ne change rien, tu es là.

Il a enlevé son drap blanc et je l'ai retrouvé en lui-même, grand, les yeux bleus, les cheveux  châtain clair plus denses et plus long qu'avant le jour du maintenant, le sourire et tout lui pétillant.

- Tu es content de toi, c'est ça ?

- A moitié. Je pensais te foutre la trouille, je ne m'attendais pas à ce que tu me reconnaisses tout de suite sous mon déguisement de fantôme.

- Je n'ai même pas vu que tu étais déguisé, je t'ai reconnu sans te voir.

Des Lointains, on a entendu la voix de Dolstein qui gueulait, furieuse:

- La mort c'est la fin de tout ! Arrêtez de nier la réalité, il est Mort, MORT, Il-n'est-pas-là !

- Et avec qui je cause alors? lui a lancé Frédéric.

Après un silence furieux on a entendu un bruit abyssal avec échos et réverbérations du son comme dans les films d'épouvante.

C'était le bruit métaphysique de la porte de l'inconscient de Dolstein qu'elle nous claquait au nez, et on a pris une crise de rire.

- C'est le jour des morts aujourd'hui, a dit Frédéric, calmé.

- Il n'y a pas de quoi rire, a ajouté Pierrot dit Pierrot Taille de guêpe, dit Pierrot la Tendresse, dit Papa dans certain milieu composé, vous chiez dans la colle tous les deux.

Le fou-rire nous a emportés.

- Bonne fête les morts !


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31 octobre 2010

Pas de saints chez moi.

- Eh bien, dit Dolstein, en voilà des histoires pour une histoire qui n'est qu'un roman familial. Finalement.

- Finalement quoi?

Dolstein va et vient dans l'Appartement, elle a trié les Michels, remis les (é)mois en ordre et monsieur Troudy respire un peu mieux aujourd'hui.

- Qu'est-ce que vous voudriez y faire, ma chère, les conventions, les us et coutumes, le réel ne va pas disparaître sous prétexte que vous voudriez l'Appartement en dehors de tout, protégé des influences dont vous ne voulez pas.

- Tout est possible ici, c'est l'Appartement.

- Vous ne pouvez inventer ce qui existe déjà. Vous élisez un des mondes possibles et vous voudriez en même temps profiter des autres.

- C'est exactement ça. Et je vais continuer.

Parce que moi, voyez-vous, me suis-je répondue à moi-même, laissant Dosltein en dehors de moi, moi voyez-vous ma chère, je n'ai pas peur de mes mois, je ne crains pas ma foule, je m'y retrouve, moi, figurez-vous.

Et non seulement je m'y retrouve (parce que j'y suis n'est-ce pas) mais encore j'aime y être perdue.

J'ai cru, autrefois, devoir abandonner tout mes petits autres, mais pas du tout, je fais ce que je veux ici.


Dolstein ne s'est pas laissée mettre à la porte de ma tête, elle se fiche de toute exclusion, c'est Dosltein ça, nulle part présente, partout chez elle.
Elle m'a répondu par ma voie intérieure, là où j'étais, tranquillement à l'abri de son écoute primordiale, en train de me causer:

- Toute liberté a un prix. Si vous ne faites pas vous-même le tri, il se fera sans vous.

Il n'y avait rien à répondre à ça, bien sûr, un soupir peut-être, un sourire?

Alors je suis allée me faire cuire un flan.

- Paulette, ça vous dit une part de flan?

- Sans vanille alors.

Car, si Paulette aime le flanc, elle est allergique aux arômes, naturels comme surnaturels.


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30 octobre 2010

Fool foule

Panique à l'Appartement, une foule de Michel s'y presse, entourant le clavier et l'écran, assis sous le bureau, jouant dans les étagères, y en a plein le couloir, plein la chambre, dans la cuisine, ils font la queue pour les toilettes.
Inflation de Michels, pléthore, surpopulation, superlatifs michéliques.
Bref, il est trop !

- Michel ! rentre à la maison, Michel ! Michel !

- Oh, Michou, t'es dans la lune ou quoi ?

- Eh la Miche, t'es où ?

- Michel ?! Michou ? Mimiche ? Michéri, La Miche, Mimonchou, Mimi ?!!

- Ouah ! Ouah ! glapissent les Léons, eux aussi en plusieurs modèles de tailles mais sur moins de temps. Disons qu'il a une petite dizaine d'années de Léon représentés par des Léons.

Pff, je ne comprends ni ce que je vois, ni ce que je pense.

- Oh, eh ! Monsieur Troudy, que se passe-t-il ?

Et comme bien sûr il est là lui aussi, parmi les autres, il est bien embêté:

- Je suis désolé, c'est à cause de Dosltein, alors...

- Alors quoi ?

- Alors je ne sais que faire. Elle m'a laissé en pleine panade, tout afflue, je ne sais pas comment j'ai fait, tous mes mois se télescopent, je ne sais pas lesquels je suis. Il y en a même que je ne reconnais pas, celui-ci, là, en pipe et moustache, il ne me rappelle rien du tout, pourtant, c'est un moi, c'est sûr. Le petit gars, là, le Michto, c'est moi, et lui, c'est moi, ils sont tous moi ! Je ne me savais pas si nombreux.

- Quel rapport avec Dolstein ?

- Elle est en vacances.

- C'est pas gentil ça.

- Non, hein, on pourrait compter que son analyste ne vous plante pas en pleine crise de soi.

- Il faut faire quelque chose, on ne peut pas laisser tout ce monde ici.

- Ah là là, je vous jure, c'était bien plus simple quand j'étais ch'val, la vie d'épave c'est pépère.

- Je compatis, mais là, vous allez faire quoi ?

- Je n'en ai aucune idée, c'est la fin du moi,

me répondit Troudup avec un sourire que je ne lui connais pas, charmant, charmeur, et je me suis contentée de cette réponse.


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14 octobre 2010

Appel à quoi ?

C'est vrai, ça, appel à quoi? Appel à qui?

Me voici ce matin, armée d'une volonté costaude, pleine d'une motivation sérieuse, et pas ce genre de motivation acquise à l'arrache dans un stage de survie ou de saut à l'élastique avec des camarades écrivains. Oh que non!

Mais une motivation que j'ai à l'intérieur de moi et que je projette à l'extérieur, ah, je cherche l'adverbe qui va avec, ah oui, résolument, c'est ça, je viens résolument ce matin battre le rappel... euh... ou bien faire l'appel ? ou alors en rappel?

Oh là, là, en vérité je vous le dis, la vie dans l'entreprise n'est pas facile.

On y est plongé dans l'ambiguïté, sans autre préparation que ces stages de, tiens donc, motivation, qui visent à vous faire comprendre, insidieusement, dans les hurlements de terreur et l'espoir que l'élastique ne soit  pas made in China par des prisonniers qui ont  des raisons de saboter le travail, bref,  insidieusement dans les hurlements sont tatoués les fondamentaux: l'ADN de l'entreprise:

- Tu ne hurleras point

- Tu ne douteras point

- Tu ne contesteras point

- Tu ne communiqueras point

Et, sous peine d'être réduit à l'esclavage pour sept générations:

- Tu ne perdras point les milliards de l'entreprise mais seulement tes milliers d'euros, ton logement, ta famille, tes amis, ta vie.

Je venais donc les bras chargés de motivation sereine et de désir pur et sans tâche et ...  et quoi encore, ah oui, résolument décidée à tenir la barre vers le progrès et vlan, tout ça est à l'eau.

Ai-je fait ce stage? L'ai-je rêvé? Dans les deux cas il aura agi sur tout mon être, dedans, dehors, autour et alentour.

Fort heureusement mon moimoi  m'interpelle:

- Vois donc ce que deviens ton expression, Marité, regarde ce que tu as écrit et vois!

- C'est nul ?

- Ne te presse pas de te juger mais conviens que ça n'est pas toi.

Mais à part soi mon moimoi pense très fort, c'est pire que nul, c'est rien.

- C'est vrai.

Aussi reprend-je donc là où je suis venue pour venir à la raison de mon déplacement de ce matin...

Mince alors, ça ne se rétablit pas, me faut-il un contre stage, une  anti phase, un repassage, un dé passage, quoi?

Les mots se pressent, ce qui presse fait compresse, j'ai besoin de paliers de décompression pour retrouver le souffle,  et que mon corps cesse d'être écrasé par la pression du monde, dit libéral, de l'entreprise.

Je n'ai pas le choix, pas le temps d'attendre, je veux me reprendre dans l'instant, puisqu'aussi bien je m'appartiens, me revoici à ma botte:

- Je suis venue pour vous, personnages et alliés, je bats le rappel de la garde, foin de retraites dans les étés glorieux, nous voici rendus à l'automne et au temps qui exhibe ses attributs climatiques.

Enfilez vos robes de lune, vos pantalons de nuages, vos oripeaux d'humains, et au boulot, mes chers, l'Appartement vous convoque, Mobilisation Générale.


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05 octobre 2010

Bang bang

- Allo! Allo!

- Allo? Où? Qui?
J'étais en pleine réussite (sur l'ordinateur, rien, d'exceptionnel, tant pis), en pleine réussite donc ?

- Allo! C'est Braise, bonjour Marité...

Braise, comment se fait-il que je n'ai pas reconnu sa voix pourtant si particulière, chaude et tendre, et pleine de mystère comme celle de Delphine Seyrig.

- C'est à cause du froid, les ondes frisent, répond Braise. J'entends autour d'elle un souffle de vent pailleté.

Et puis je réalise que je n'ai rien dit, j'ai pensé et Braise a entendu?

- Mais oui, j'entends, par les mêmes ondes.

Mais... mais... et puis je me souviens à l'instant qu'il n'est pas nécessaire de comprendre, nous sommes dans l'Appartement, où tout arrive.

- Tant qu'à faire, dis-je à Braise, envoyez votre vraie voix s'il vous plaît, sans déformation.

- Je ne maîtrise pas le vent, il se mélange à moi, dans les ondes floues, il me pénètre, elle rit doucement et même là je sens les paillettes du vent, glacées. Je crains de percevoir le souffle de la tombe, qu'est-ce que Dracula a pu faire à ma Braise?

- D'où vient cette sensation de glace, de nuit et de froid?

- C'est l'Islande! Dracula et moi, en lune de miel dans le pays de la nuit éternelle!

- Plus besoin d'endurer le soleil.

- Et plus besoin de vous...

Je me suis sentie niée, plus besoin de moi? Et quoi encore? J'ai tiré un peu sur sa corde pour la ramener à moi,

-Vous souvenez-vous, Braise, de votre souhait? Cette grande histoire, ce rôle qui vous emporte?

- Oui, justement...

- Et bien, vous l'avez, non?

Parce que je savais que je n'avais pas le droit de lui dire ça, de lui voler sa joie, je suis soulagée d'en être aussitôt punie.

Je suis envahie d'un sombre regard, les yeux de Braise dans mon ventre, envahie par l'angoisse battant par mes veines, le cœur de Braise palpitant dans ma tête, alors je pense très fort,

- Braise, j'ai voulu en être mais votre histoire n'est qu'à vous.

Quelques larmes chaudes, un grand soupir et un sourire de loup, Braise se reprend et je n'entends plus que le vent furieux.

- Ce n'est pas grave, je demanderai au Père Noël de vous en donner une à vous aussi.

- Une quoi?

- Une histoire qui vous flingue... Bang, bang...

J'ai repris ma réussite où je l'avais laissée, pas contente de moi.
Bang, bang...


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29 septembre 2010

Etre (con) ou ne pas

Je me suis levée cette nuit pour éteindre la lumière dans l'entrée. Au moment où je réalisais que j'étais dans le noir, que j'allais devoir retourner me coucher à tâtons, quelqu'un a allumé le bureau.

- Ah Monsieur Troudy, merci pour la lumière.

- Je vous en prie.

- Et Léon?

- On ne se voit plus. Léon n'était pas vraiment mon chien.

- Oui, moi aussi j'ai dû admettre ça.

- Léon n'est plus un chien et je ne suis plus un être secoué dans le vide. Nous changeons tous, le monde change.

- Euh oui.

Je suis mal à l'aise avec ce nouveau Troudup, je ne veux pas m'avouer que je préférais l'ancien, vulgaire, stupide,  avec son Léon que je comprenais mieux que lui.

Il me regardait avec un sourire que je ne parvenais pas à interpréter, quelque chose de désabusé mais qui questionnait en même temps, très étrange. Il m'a dit,

- Moi aussi je me dis parfois que la vie était plus simple autrefois, j'étais un homme facile à comprendre n'est-ce pas, facile à nier. On pouvait me repousser sans difficulté et je l'ai fait longtemps, mais voilà, j'ai changé.

C'est lui qui lit dans ma tête! J'allais lui poser la question, par où regardez-vous chez moi?

Il a disparu en disant:

- par les portes, n'est-ce pas, on entre. Et on sort.

Je constate que je comprends mieux la connerie que l'intelligence. Je suis vexée.

Troudup est devenu quelqu'un en s'échappant et je n'ai pas le mode d'emploi pour le récupérer.

Est-ce que je l'avais créé con pour le posséder ?


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25 septembre 2010

Dans le noir on voit mieux

- Alors quoi? dit-il et je réponds

- Quoi alors?

Il répète et je ne peux rien répliquer. J'attends.

Il dit Marité voyons, tu sais bien que je ne suis pas ce que tu crois.

- Oui, je réponds, à tout hasard, parce qu'il faut répondre à cette question.

- Alors pourquoi cette posture ?

- Euh, ben, parce que, euh.

J'allume la lumière et je ne comprends plus rien.

- Wouah! Wouah! qu'il fait et ça ne me dit rien du tout, hein.

Dans le noir je voyais mieux, alors j'éteins et j'entends.

- Je ne suis pas celui que tu crois.

- Ben non.

- Et pourtant tu persistes.

- Ben oui.

J'en ai marre
, je vais me coucher.

C'est qui alors si ce n'est pas Léon?

En me rendormant j'ai attrapé la réponse, mais je ne rêvais pas, sa voix m'a réveillée,

- Dans la réalité, tu sais.

Je me suis entendue répondre,

- Evidemment oui je le sais, tu es Frédéric.

Mais Léon alors,
 c'est qui?


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16 septembre 2010

Vision périphérique

Décidément, mon divan attire.

- Qu'est-ce que vous faites-là?

- Je ne sais pas.

- Quand même, c'est chez moi et c'est mon salon, c'est mon divan.

Le type est ahuri c'est vrai, l'air de ne pas savoir ce qu'il peut bien faire chez moi, sur mon divan, etc.

- Vous êtes venu comment?
 
- Chais pas.

- Par où êtes-vous entré?

- Chais pas.

- Vous habitez où?

- Hein?

- Vous venez d'où? De quel manuscrit enfin !

Rien de rien, il ne sait rien du tout.
Je devrais le reconnaître ce bonhomme, il vient forcément de quelque part chez moi, d'un roman, d'une pièce, d'une nouvelle, d'un texte que j'ai écrit.

- Aidez-moi un peu, je lui demande, vous vous appelez comment?

- Jacquot, je m'appelle Jacquot.

- Jacquot comment?

- Jacquot c'est tout.

- Comment voulez-vous qu'on s'en sorte! Donnez-vous un peu de mal quoi!

-  Non mais c'est le comble alors! C'est vous qui ne faites pas votre boulot et c'est moi qui doit rattraper le coup! Non mais je rêve!

-  Quel boulot? Qu'est-ce que j'aurais dû faire que je n'ai pas fait?

- Me dessiner mieux, me donner une identité, un nom de famille, une adresse, une couleur de cheveux, un physique, de quoi faire une existence, merde!

- Débrouillez-vous, servez-vous !

- C'est facile à dire hein, mais moi, je ne suis pas le sujet central, moi, je ne suis pas le héros, ni la sœur du héros, ni son père, j'habite loin du bourg moi, je suis le secondaire du dernier rang, le ixième, je suis personne! J'ai même pas de texte, il m'arrive rien. Vous m'avez planté là, pour tenir le décor, je tiens à peine debout!
Voilà ce que je fous sur votre putain de divan sans savoir comment j'y suis arrivé ni par où je suis passé!

- Mais vous savez pourquoi finalement.

Il s'est tu brusquement, saisi. Ouf!
 
- Ce qui vous manque, mon cher, je ne l'ai pas.

- Quoi? Je vais rester le Personnage Inconnu alors?

- Comment saurai-je ce que vous ignorez, c'est vous le personnage pas moi.

- Et ben, conclut-il en croisant les bras, on n'est pas sortis de l'auberge.

En silence j'ai noté, auberge, auberge... Où ai-je donc installé une auberge?

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