15 septembre 2010

Quoi ?

- Ouah! Ouah!!

- Quoi?

- Wouah wouah wouah!!!!

- Hein?

- Wououououah!! Wouhhh!

- Désolée Léon, mais je ne comprends pas.

C'est lui ou c'est moi?
Léon est triste. Il ne remue pas la queue, il ne se gratte pas, il me regarde
, les yeux humides.

Comme un chien.

- Voyons, Léon, ne le prenez pas comme ça, vous êtes un chien n'est-ce pas.

Il me jette un regard que je ne sais pas interpréter, méchant? Déçu? et il s'éloigne, la queue molle, la laisse traînant derrière lui, veuve de son Troudup.

Mais il revient, frétillant, il se couche sur le divan, et il attend, la truffe au vent, goguenard.

Hop, hop, hop, que j'me dis, c'est la rentrée, les affaires reprennent...


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11 septembre 2010

Plagiat

N'écris pas, n'apprenons qu'à mourir à toi-même
ne demande qu'à toi, qu'à toi si tu aimais...

Monsieur Troudy est en forme, bronzé, mince et sobre.

- Dites-donc, Monsieur Troudy, vous plagiez Marcelline Desbordes-Valmore,ou bien?

- Ou bien. Ce n 'est pas un plagiat c'est un hommage.

- Maizaki?

- A vous bien sûr, vous l'hôtesse, vous l'asile. Je me suis dit qu'il fallait vous conforter. J'ai beaucoup réfléchi cet été, j'avais du temps. L'ivresse, voyez-vous, n'est pas tant une intoxication du corps qu'un détournement de cerveau.
Dans l'alcoolisme comme dans tout excès, le temps disparaît, et sans le temps, pas de distance, sans distance, pas de regard.

- Ce sont les derniers mots de Léon, que vous ne buviez plus. Il a dit ça et puis il est retourné à la chiennerie ordinaire.

- Comment faire autrement? Léon est un chien.
Je n'absorbe plus l'alcool par la bouche mais par mes autres attributs, la vue, l'ouïe, l'odorat, le toucher, l'alcool est en moi, il est mon horizon, il irrigue ma vie, je ne saurais m'en passer.

Intriguée par cette transformation radicale, j'ai du mal à nommer cet homme nouveau. Il  faudrait un autre nom.

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09 septembre 2010

Noël! Noël!

Shana Tova dit Rachel Lehman et bon, oui, Shana Tova réponds-je, et c'est une bonne façon de revenir.

Ils ne sont pas tous rentrés de leur vacance.

Certains sont perdus dans les grèves du Nord, sur les plages vides, dans les ciels qui s'embrument en frontière de Cévennes, ils errent, c'est par choix.

Léon aboie que son Troudup est dans une phase nouvelle mais ne veut pas donner de détail.
Léon ne parle plus ma langue ou c'est moi qui ne l'entend plus de cette oreille?

Que s'est-il passé durant l'été?
Qu'est-il arrivé?

Je le saurai en lisant les prochains épisodes.

Pour l'heure, me dis-je, contente-toi de l'actualité du jour: Shana Tova.

Prépare cette journée qui va venir à te demander ce que tu as fait de ton temps.

Oui, oui, oui, ne finasse pas à coup de citations, de Où suis-je et qu'ai-je fait, ou que dois-je faire encore.

Non, non, non, toi aussi tu es sortie de l'été autrement que tu n'y es entrée et il va bien falloir que par ces Voies Obscures tu te donnes des nouvelles.

Sinon il va t'arriver de la famille...


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21 juillet 2010

CA, CE, Etc.

Ils se sont réunis en Comité et Conseil.

Ils ont décidé de s'offrir les vacances.

Un peu de vacance.


Je leur ai donné du champ ils me donnent de l'air.


Les Gens de l'Appartement (dont je suis) l'ont voté
à l'unanimité.

Nous avons replié les volets intérieurs en bois, fermé la porte à clé, éteint le gaz et décidé de passer du temps les uns sans les autres.

Est-ce concevable, est-ce réalisable...

Serait-ce bien cette création d'un vide et son occupation qu'on appellerait communément des vacances?


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20 juillet 2010

Qu'Annah lise

Quand Albert Zukolowsky est apparu, à la suite de tous les autres, je me suis demandée ce qu'il allait bien pouvoir me demander.

Voyons, voyons, pensé-je, quel peut bien être le souhait qu'un psychanalyste voudrait emporter en vacances ?

J'ai cherché, je n'en avais aucune idée.

Il me regardait, la tête penchée, avec dans les yeux la lueur psy, cette attention de tout l'être qui vous dit, je suis là, vous pouvez parler, vous pouvez dire tout ce qui vient, ce temps est à vous.

- Certes, répondis-je à son silence, mais c'est vous qui venez me demander quelque chose, pas moi qui viens vous consulter.

Il m'a souri et vraiment, c'était surprenant, son sourire partait de la tête alors que le sourire standard, comme chacun le sait, vient de l'intérieur de la poitrine, passe derrière la trachée, remonte le long de la gorge et fuse par les coins de la bouche, mais pas de derrière le crâne pour traverser par l'intérieur de la tête, ça m'a presque donné la migraine.

- Enfin Albert, c'est à vous de me dire ce que vous souhaitez que je rectifie pour vous.

Il m'a semblé qu'il faisait non, non, de la tête alors qu'il n'avait pas bougé du tout. D'un seul coup, j'ai compris,

- Albert, ce n'est pas possible. Vous ne souhaitez pas que je commence une analyse avec vous.

Son sourire s'est élargi, rassemblant les éclats chaleureux du sourire de tout le monde, me confirmant ce que je ne voulais pas croire.

- Mais enfin Albert, on ne fait pas une analyse avec un personnage !

- Est-ce que nous ne sommes pas tous des personnages.

Albert Z., la cinquantaine, psychanalyste freudo-lacanien, fils de son père, frère de Rachel et de Braise avait parlé.

Et la question valait que je me demande si le personnage que je ne souhaitais pas être n'allait pas entamer une analyse avec le personnage qu'il était.

 

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18 juillet 2010

Oh! Oh! Oh!

- Qu'est-ce qui sort de la cheminée?

- Pas la fumée en tout cas, dis-je.

- Hello! Hello! C'est le Père Noël.

- Je vous ai reconnu Troudup, malgré votre déguisement, et la surprise de vous trouver à jeun pour la seconde fois depuis que je vous connais.

- Mmmm, c'est Léon ? dit-il en regardant sévèrement le Léon qui, il est vrai, est piteux. Sa panoplie de renne n'est pas très convaincante.

- Non, non, lui réponds-je, c'est vous que j'ai reconnu. Depuis quelque temps vous êtes  plus quelqu'un qu'autrefois, ça vous rend plus présent.

- Les séances avec le docteur Dolstein me donnent des fondations. Je ne sais pas si c'est si bien, finalement. Je ne suis pas sûr que ça soit une bonne idée.

Il s'assoit posément sur le fauteuil de bureau, pose son chapeau rouge et blanc sur la table et dépouille Léon de ses bois en cartons et du nez rouge de Rodolphe.

Et puis il soupire.

Je suis déstabilisée par ce Troudup nouveau.

- Vous ne vous sentez pas en progrès?

- Qu'est-ce que c'est le progrès? Si c'est aller de l'avant, je ne sais pas, si c'est bouger oui, ça bouge.

- Vous devenez plus intelligent, c'est ça le problème?

- Exactement. Avec l'intelligence vient la lucidité. Quand j'étais l'autre, je n'avais aucun doute, j'étais heureux dans mon brouillard. Quoi qu'il arrive, j'avais la clé du bonheur, un séjour au Petit Renard et hop tout s'illuminait.

- On ne peut pas revenir en arrière, c'est la rançon de la connaissance.

- La punition, oui. Mais, dit-il brusquement réjoui, il y a encore de l'espoir, je ne sais pas ce que je suis venu foutre ici ni où j'ai trouvé cette houppelande ridicule et j'ai une forte mais alors très forte envie d'aller m'en jeter quelques-uns dans le gosier. Allez hop, Léon, c'est reparti, en avant la musique!

Ils sont repartis tous les deux et moi je me demande ce qui m'a pris de tenter, et en vain, de me faire de Troudup un père consolateur.


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17 juillet 2010

Colère

- Faites quelque chose! me dit Braise abruptement.

- Que dois-je faire? Qu'ai-je oublié que je devais faire?

Elle, d'habitude plus réservée, gardant l'expression des émotions pour la scène, est très émue, ses yeux brillent de larmes. Agacée que je ne comprenne pas, elle doit se dominer pour ne pas pleurer.

Elle prend une profonde respiration et me dit en articulant un peu trop, pour dominer son trouble,

- Bernard Giraudeau aujourd'hui, après Laurent Terzieff ! Vous attendez quoi pour leur redonner vie?

- Ah, cela. J'ai de la peine autant que vous, autant que vous je suis révoltée par le départ de ceux-là, mais Braise, je n'ai aucun pouvoir sur la réalité.

- A quoi serviriez-vous sinon?

- A rien de plus que vous, Braise, je vis la peine avec le reste.

- C'est tout?!

- C'est tout.

- Vous pourriez leur créer des vies.

- Rien.

- Vous savez quoi? Vous devriez nous oublier, si vous ne pouvez que rien, personne n'a besoin de vous.


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16 juillet 2010

Réalité

Elles sont toutes là, venues spécialement, certaines des Voies Obscures, mais aussi Hannah, et la plupart venaient du Journal, dans une grande maison où l'on en attendait une venue de très loin.

Toutes sont les femmes de la famille.

Un grand oiseau a cogné à la fenêtre, immense aigle, fatigué, déplumé, est-ce que c'était elle? On a ouvert la baie mais le grand oiseau est reparti.

Non, ça n'était pas elle.

Tous les cousins sont arrivés en jeunes gens dissipés.

Je ne connais pas cette maison qui est La Maison de  ma Famille, elle est vendue, cette grande fête est la dernière.

J'étais là, venue de loin dans tout mes états, en bébé, en petite Thé, en jeune fille, en cousine, en fille, en sœur et toutes les autres, c'est mon anniversaire.

Jeannette était belle, bien habillée et fardée comme une vedette de cinéma d'autrefois.

Jeannette qui fut secrétaire, chef de service, actrice occasionnelle, je me souviens de sa casquette quand elle était taxi, de son beau visage, de son sourire, de ses yeux clairs.

Jeannette m'a donné une liste pour  y mettre mon nom et le moyen de m'appeler quand elle voudrait, mais aussi quand moi je voudrais.

- Quand tu veux, ai-je dit, je suis toujours libre pour toi.

J'ai compris à son sourire qu'elle n'était pas cette Jeannette mais aussi  l'Ange Heurtebise qui viendrait me chercher.

Il aurait fallu que je porte les vêtements posés au pied du lit, il aurait fallu que je me coiffe des couronnes de feuilles, que je me maquille, il aurait fallu que je dise oui à tout ça, et que je chante.

J'ai dit non et je me suis réveillée, entière et seule dans l'Appartement.


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14 juillet 2010

Les ci devants

Comme ils sont tous en goguettes, en embuscades, en arrière, en avant, n'importe où sauf ici, avec moi dans l'Appartement, je décide de commencer une nouvelle dynastie grâce au réseau.

Vive le Net !

Sur un site très ouvert, je choisis des personnages, ils ont déjà leurs rôles et je ne prends pas n'importe qui.
Des rois, des reines, des magiciens, des héros, des chevaliers, quelques dames d'honneur.

Du beau monde, vraiment.

Fi des habitants de lotissements, des représentants de commerce, traductrice, inspecteur de police, médecins, comédiennes et autres psy, halte aux ménagères, infirmières, barmen, gondolières et autres livreurs et vendeurs à domicile, non, non, ça suffit comme ça, j'ai choisi le haut du panier.

Ils se sont présentés dans leur ordre d'arrivée, c'était pas mal du tout, ils ont joué leur partie sans s'opposer en rien à mes volontés.

Ma tentative de putsch n'a pas été une réussite.
J'ai perdu.

J'ai fumé un cigarillo tout
en réfléchissant, le bruit de mon souffle rejetant la fumée faisait pff, pff, comme si je me fichais bien du pouvoir créateur, alors que pas du tout.


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13 juillet 2010

R'évolutes partent en fumée

Ils sont surexcités par le feu d'artifice.

- Mais il n'y a pas de feu d'artifice ?

Il va y en avoir un, ça suffit à mettre des bulles dans toutes les têtes.

Moi je dis que les bulles dans le cerveau anévrisent.

- Oh, dit quelqu'un (mais qui?), pourquoi rabats-tu la joie ?

Je reconnais la voix, c'est moi qui cause.

Le 13 juillet ici, c'est donc bal, bal, artifices, fêtes et joie populaire.

- Belle occasion, dit Dracula, d'honorer le sang, têtes tranchées, têtes aux bouts des piques, révolution !

- Que oui, dit le Troudup, le peuple souverain s'avance.

Troudup est à jeun, que se passe-t-il ? J'entends le silence de Dolstein car son sourire vient jusqu'à moi, Paulette en Joconde dit comme elle sait faire, sans rien révéler, que Troudup est capable d'être un autre que ce lui-là.

- Qu'est-ce vous croyez, aboie Léon (quoi? Hein? Léon aboie?), que nous resterons tous ce que nous sommes ?

- Non, non, non, dit Astrid Tayeurt, la révolution c'est pour tout le monde.
Les planètes nous engouffrent dans leur mouvement, ça tourne, ça vire et nous changerons tous.

Parce que demain c'est 14 juillet, ils sont tous en suspension, le monde va changer de face, ceux qui ne sont rien seront tout (qu'ils disaient).

Dracula prétend qu'il ne craint plus le jour, Braise est d'accord avec lui, Alice et son Albert ont mis des chapeaux de paille, Marianne est en bain de soleil, Batbourg rutile, les Voies Obscures térébrantent, La Bernique hurle, Noé navigue en pleine lune, Bienvenue à la Fabrique est sur le point d'avoir son Frédéric et l'Appartement presque moi: tous mes pays trépignent.

Rachel Z. traduit le sentiment général, demain est un autre jour.

Je sais d'où vient l'embrouille, l'orage de la nuit a détrempé les rêves, ils sont délavés, lourds de nuages crevés, et depuis ce matin je ne sais pas qui je suis.

Que leurs volontés soient fêtes: Bingo !