11 juillet 2010

Zoophilie

- Vipères, crapauds, canard, dit Albert à Paulette, batraciens, reptiles, anatidé.

-  C'est cela, répond-elle, pas de mammifères.

-  Mais Peau d'Âne ? songe tout haut Albert, dubitatif, parce que l'Âne est sacrifié dès le début du conte.

Albert Zukolowsky est le frère de Braise et Rachel, il réside comme elles dans Les Voies Obscures, et comme Paulette Dolstein il est psychanalyste.

-  Qu'est-ce que c'est que cette histoire de mammifères? dit Braise passionnée par contes et mythes pour la bonne raison qu'elle est comédienne.

Je lui répondrais bien, moi, si je savais quoi, mais je n'ai jamais pensé à "cette histoire de mammifères".

- Chez les grecs, dit Dolstein, ils sont les supports essentiels aux péripéties d'Aphrodite, Zeus, etc. Io devient vache, le Minotaure dévore les vierges...

- Mais Léda, dit Albert

- Oui, sourit Dolstein, amusée car c'est une Lacanienne, c'est un cygne, et un anatidé, comme La Mère l'Oye.

- Mais qui fait des enfants, dit Braise. Et qu'est-ce que vous dites du monstre surgi de la mer pour dévorer Hippolyte sur l'ordre de Thésée ?

- Moi, dit Dracula depuis son recoin obscur car il fait grand jour, je dirais transition du reptilien au mammifère, le poisson sort de l'eau, les nageoires deviennent des pattes, le règne de l'homme commence.

Ils me fatiguent ces quatre-là, aujourd'hui, parce que moi aujourd'hui je voulais parler des vipères, des crapauds et du vilain petit canard, parce que j'espérais Cendrillon.

Je voudrais sa version, le discours de Javotte et Anastasie est sujet à soupçons, car n'est-ce pas, de leurs bouches, a dit la sorcière, ne sortiront que des crapauds et des vipères, alors que de celle de Cendrillon jailliront des perles et des diamants.

A moins que les contes ne se croisent dans l'Appartement, celui des pieds, celui des bouches?

Javotte et Anastasie sont des menteuses, Cendrillon n'est pas une cruche molle.

Albert et Braise Zukolowsky et Paulette Dolstein sont partis déjeuner en ville, et moi je reste avec Dracula endormi dans son placard et mes questions, dont une, qu'est-ce que c'est que cette histoire de mammifères ?

Oh Mamie, oh Mamie Mamie blue, oh Mamie blue, je ne reviendrai plus jamais, dans cette ville que j'aimais, plus jamais près de toi Mamie, oh Mammie

Est-ce qu'elle m'entend seulement, ma Vieille au Bois Dormant ?


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10 juillet 2010

Et quoi encore !?

Carabosse, furieuse du titre d'hier, atterrit  en tempête dans l'Appartement.

- Daube de fées, non mais quoi et quoi encore?

- Comment ça quoi et quoi ? Je ne suis pas la patronne des titres, la patronne des fées et de leurs comptes ! Qu'est-ce que j'y peux, moi, à la mythologie occidentale ?!

Je ne suis pas l'auteur de toutes les Bibles de l'Univers, non mais quoi et quoi encore !

-  Personne ne contrarie Carabosse,
hurle-t-elle, personne ne s'oppose à Carabosse sans lourdes conséquences !

- Je n'ai aucune intention de provoquer quelque conséquence que ce soit, mais si on me cherche, on peut me trouver tous les jours ici!


- Où ?


- Ici ! A l'Appartement!


- Ah oui ? AH OUI ! AH OUI ?


- Je ne suis pas un nourrisson,
Carabosse, ni La Belle au Bois Dormant. Parlons simplement, qu'est-ce qui vous a tant choquée?

- Vous demandez pourquoi? POURQUOI ?? Daube! Daube de fées!

Que lui dire?  Rien n'apaise les susceptibles, ni excuses, ni explications, et les tyrans s'en renforcent. Alors j'ai choisi ma tactique:

CACA RARA BOBOSSE !!! Par Saint Francis Blanche et par Saint Desproges : Carabosse écoute et obéisBaisse la tête, contemple ta Défaite : je suis la Grande Maîtresse, l'Over Prêtresse, je suis l'Alpha et l'Omega +, je suis le Grand Tout et le Petit!  Bref: prend garde à mon courroux (coucou)!

Elle fut prise à contre-pied, s'attendant à la peur, à la soumission, au pardon madame je ne le ferai plus.

Je crois au pouvoir des mots, mais ils n'auraient  pas suffi à la neutraliser si je n'avais pris la précaution de cacher son balai et sa baguette.

Elle a fait un rapide tour de la question, sa tête a viré trois fois sur son cou, mais j'ai vu l'Exorciste, ça ne m'a pas du tout impressionnée (j'ai juste eu une intense trouille).

Elle s'est soulevée de terre, mais enfin, à peine d'un mètre, l'Appartement est très haut de plafond mais Prudence a dicté sa Loi.

Après quoi elle s'est assise et m'a dit:

- N'en faisons pas un fromage, nous avons toutes nos opinions.

- Un petit rhum?

- Avec plaisir.


J'ai sorti deux verres, nous avons lancé les toasts en nous gardant bien de laisser à l'autre le terrain des formules magiques:
J'ai opté pour la plus puissante et n'en ai pas varié:


- Lé haïm! (A la vie!)


- Qu'il en soit ainsi, répondait-elle, mais je lisais sur ses lèvres, et que le cul te pèle.

Carabosse est une personne rassurante, quelles que soient les circonstances, elle reste elle-même.

Et la bouteille de Mathusalem n'a pas fait long feu.

 

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09 juillet 2010

Daube de fées

Javotte dit à Anastasie,

- On peut dire qu'on s'en est drôlement bien sorties.

- C'est justement ce que je pense, répond Anastasie, parce que si tu compares, ouh la la!

- Oh oui! C'est facile de dire ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants, mais après, il y a tous les jours.

- Qui aurait cru que ce Prince Charmamt changerait à ce point!

- Mais que la Cendrillon tournerait mégère! ricane Javotte, on le savait, mais on était les seules à le savoir.

- Une si gentille fille.

- Ah! Ah! Ah! A!

- Quand même, dit Anastasie, on a dû marner sec, ça ne s'est pas fait...

- ... d'un coup de baguette magique, hein!

Je les écoutais en silence mais je suis intervenue.

- Je suis curieuse, vous avez les avez réussies comment, vos vies ?

Javotte alors de me raconter sa carrière débutée dans l'obscurité, c'est le cas de le dire,

- J'étais technicienne de surface dans un parking, pendant qu'Anastasie accumulait les petits boulots en interim,

- Comme tu dis, hôtesse, caissière, distributrice de tracts, toiletteuse pour chiens et encore bien d'autres pas mieux payés.

- Pour faire court, continue Javotte, on n'a pas eu le choix mais on a eu de la chance, je suis devenue caissière du parking, gérante, directrice du développement et aujourd'hui, PDG du groupe Rembrandt International Parking's.

- Et moi, dit Anastasie, j'en ai eu assez des CDD, j'ai vendu des sandwiches mais comme je ne savais même pas faire une mayonnaise, j'ai dû apprendre la cuisine. J'ai ouvert un petit restaurant, puis un moyen et puis un grand, j'ai rencontré plein de gens intéressants, et voilà quoi!

- Je n'aurais jamais cru que vous pouviez changer autant, et en bien.

Pfff, soupire Javotte, et Anastasie me regarde avec commisération.

- C'est terrible les rumeurs, nous n'avons jamais été des harpies, ni jalouses, ni mauvaises!

- Au contraire, dit Anastasie, c'est Cendrillon. Elle a un caractère de cochon, elle est bête à pleurer, même pas bonne à rien, on a tout essayé pour lui toruver uen occupation, le ménage elle s'en tirait mal, mais elle était "si" jolie.

- Et elle pleurait sur commande, ajoute Javotte, déjà toute petite c'était une pure manipulatrice. Bref, elle n'a eu aucun mal à nous écarter.

- On était toutes amoureuse du Prince, et pas seulement nous, dit Anastasie, toutes les célibataires en rêvaient.

- Bien sûr, avec la campagne média autour du casting de ce mariage, on aurait eu du mal à vouloir autre chose. Cendrillon a remporté le gros lot, parce qu'elle était la plus jolie, ça c'est vrai. Mais elle est restée molle, et le mariage ne l'a pas rendue plus intelligente.

- Côté vie privée, dit Javotte, on n'a pas eu mieux que les autres.

- Ah oui, dit Anastasie, on a été jeunes et seules, moins jeunes et seules, pas jeunes et seules. On n'était pas jolies et ça console.

- Parce que les jolies, commente Javotte, se reprochent tout. Puisqu'elles sont jolies c'est que le problème est ailleurs.

- Elles se croient trop bêtes

- Trop naïves

- Trop pauvres

- Trop ci et ça

- Et c'est sans fin.

- Nous, on est comme on est, seules aujourd'hui comme hier mais nous nous avons l'une l'autre.

- Je suppose, dit Javotte, que Cendrillon est heureuse entre son alcoolisme mondain, son mari mou du genou et leurs sept enfants.

- Oh ben moi, dit Anastasie, je m'en contenterais, les garden partie chez Blanche Neige, les vacances d'hiver chez Aladin et Jasmine, l'été au Pôle avec le Père Noël, c'est pas si mal.

- Comme quoi, disent-elles, les contes de fées c'est de la daube, la méchanceté, la bêtise et l'hypocrisie ne sont pas toujours punies.


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08 juillet 2010

Nuit chaude

- Quelqu'un? Ohé? Quelqu'un ici?

C'est une jeune femme nue. 

Je sais que dans l'Appartement vient qui veut et qui vient est chez soi, mais je suis surprise.
Pourtant je suis nue moi aussi au milieu de la nuit chaude, et ça me semble naturel.

Cette jeune femme se sent chez elle, manifestement.

Elle est nue donc, les jambes longues, la taille fine, les hanches rondes, ses seins frémissants.

Animée par un souffle rapide, la jeune femme est étonnée d'être là, ou bien émue, je ne sais.

Ses yeux sont noirs ou marron très foncé, ses cheveux mi-longs en boucles souples.

Dans la semi pénombre, son corps lumineux est presque phosphorescent.

Sa bouche est crispée par un sourire débutant ou bien c'est la fatigue? 

- Bonjour, dit-elle , je suis Marguerite. Je ne sais pourquoi ni comment je suis ici, mais, joute-t-elle avec un vrai sourire cette fois et qui l'habille de douceur, j'ai pris ces jours-ci l'habitude de ne rien comprendre et de bien m'en trouver.
Le Maître est ici?

- Ah, vous êtes cette Marguerite! Le Maître peut venir quand il veut.

- Oh, dit-elle avec une voix rauque et ce léger accent slave, il ne peut pas grand chose encore.

Je la vois mieux à présent que je sais qui elle est, son corps éclaire l'Appartement, comme une torche dans une caverne, comme le filament de l'ampoule.
La puissance de l'onguent à l'âcre odeur de racines et de fleurs fraîches diffuse sa présence,
sa peau scintille.

Elle est devant moi, je la vois, je la sens, et je la devine présente dans tout l'Appartement, là où l'on rêve, là où l'on dort, là où tard le soir on verse le thé dans des verres à anses, avec des gâteaux au pavot et au miel, je la devine et je la sens dans les couloirs et dans l'entrée, par les fenêtres et dans le ciel, Marguerite est partout par la force du Diable de Boulgakov.

Marguerite est la sorcière provisoire, l'amoureuse aux attributs magiques.

- Sans doute est-ce moi qui vous ai attirée ici, car je vous aime.

- Ah ?  Tout le monde doit donc m'aimer cette Nuit. Où est Le Maître?

J'ai très envie de le lui dire, mais l'histoire du Maître et Marguerite ne m'appartient pas, Je ne suis qu'une qui a reçu l'émotion, l'admiration, le plaisir et le bonheur que Mikhaïl Boulgakov a offert à tous ses lecteurs.

Je ne peux pas lui dire, ne t'inquiète pas Marguerite.

- Mais oui,  dites-le moi!  

Je ne songeais plus que c'était la Nuit où Marguerite verrait tout, entendrait tout, saurait tout.

- Ne vous inquiétez pas Marguerite.

Enfin j'ai retrouvé mon bon sens et offert à Marguerite un bon tchaï avec du gâteau de madame Hollander.

- Comme c'est bon cette pause dans une longue nuit.

Assises dans les fauteuils jaune d'or sombre (j'ai pensé que nos corps seraient ensuite tatoués de  piquetis de velours), nous avons bu du thé brûlant dans des verres à anse.

Quand l'ombre du Maître s'est brièvement dessinée à nos côtés, ils se sont effacés.

Dans le salon empli du parfum de l'onguent magique, les verres à thé sur la table basse resteront là encore un peu.

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07 juillet 2010

Poussière d'écume

Je dormais? Ah oui je dormais puisque quelque chose vient de me réveiller.

C'est une drôle d'impression que d'être ainsi tirée du sommeil en pleine nuit,  pas en sursaut, très doucement au contraire.

Je glisse d'un état dans l'autre, je deviens partie écoutante d'une conversation étouffée.

Dans le noir deux voix chuchotent, deux personnes rient sans faire de bruit, j'entends leurs mains se toucher, le bruit de leurs vêtements. C'est un couple qui bruisse.

- Tu es complètement dingo... en Grèce ?! A cause du ciel et de la lumière de la mer ! Alors qu'on ne sort que la nuit ?

- La nuit, mon amour, porte toutes les lumières, toutes les odeurs, les parfums des hommes, de la mer, des arbres secs. La nuit est le révélateur, on sent tout plus fort, mieux.

- Oh, susurre Braise, moi je veux bien tout croire sur la nuit qui mange le jour, et d'ailleurs, je l'ai déjà vérifié, mais tout de même, la Grèce, qui est est soi-disant le pays du soleil, ne devrait pas te plaire autant ?

- Mon amour, répond Dracula sèchement, je me demande si notre rencontre ne nous rend pas prosaïques et ennuyeux. Si on se déchirait un peu? Qu'en dis-tu?

Braise lui dit c'est une bonne idée en effet.

Et aussi qu'elle veut bien partir dans des nuits de villes, dans les nuits de montagnes, mais que la mer, la mer, non! Elle ne peut l'imaginer sans l'écume, les nuages bougeant dans le vent, sans les gens qui la regardent sans rien comprendre.

- La mer... la mer...

- Quoi la mer ? demande Dracula.

- La mer peut te boire, elle peut nous dissoudre. La mer seule peut nous détruire. De là nous venons, là nous finirons, et certainement pas à la poussière.

Et moi je ne les écoute plus, je rêve. Ah tiens, c'est donc que je dors.


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06 juillet 2010

L'histoire de Toto

- Qu'est-ce qui se passe ?

 - Qu'est-ce que j'peux faire chais pas quoi faire, qu'est-ce que j'peux faire chais pas quoi faire...

- Qui est là ? Hein ? Je ne me souviens pas de celui-là.

- Ben c'est moi !

Il s'indigne, il est vexé, c'est lui, c'est lui, c'est qui lui? Aucun souvenir... Ah, mais si, je crains que ça ne soit...

- Ben c'est Toto ! Toto le Foetus assassin! C'est moi, Toto !

Ah c'est bien lui.

Il vient de mon époque pragmatique. Je proposais pour chaque problème une solution simple.

La Sécurité Sociale était en déficit, le trou grossissait, tournait au gouffre insondable: j'ai dégainé Toto.

Toto vivait avec ses soeurs dans l'utérus d'une mère porteuse, leur propre mère.

Elle n'avait pas les moyens d'en payer une autre, un problème: une solution, elle assumerait seule la charge de travail de ses triplés en les portant elle-même.

Même sans les dépassements d'honoraires pour accouchement exceptionnel, les frais de vaccins, de puéricultrice, de pédiatre, etc., rien qu'en allocations familiales, on allait très vite atteindre une somme énorme.

A l'époque je n'avais pas d'enfants, sinon, je n'aurais pas inventé la solution que j'ai trouvée et mise en scène dans Toto le Foetus Assassin. 

Toto reçut in utero une mission qu'il accepta: tuer ses deux soeurs avant leur naissance afin de faire des économies.

Il le fit.

Et moi aujourd'hui je dois supporter cet avorton malsain, ce sale foetus assassin qui est né mauvais et marqué par le crime.

- Oh, chougne Toto, c'était pas ma faute. Aujourd'hui j'ai trente et un ans, j'ai grandi en bien, je me suis racheté, oh oui!

- Ah oui ? Et comment ça ?

- J'ai séduit plein de femmes et je leur ai fait, euh,  cinquante-huit enfants.

- Cinquante huit ?! Je n'y crois pas une seconde.

Il baissa la tête et dit,

- J'ai fait de mon mieux mais je n'ai pas su tout rattraper, je suis un gros menteur.

 

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05 juillet 2010

Cassandre broie du rose

- Ah oui, dit Cassandre, une mouche ça va, une mouche a sa place ici, on ne l'efface pas du paysage à coup de tapette. Tatave, hein?

- Zzz, répond Tatave, concise pour une fois, avant de fiche le camp loin de l'orage.

Cassandre boude fort.

C'est une jeune femme brune, c'est une moins jeune femme aux cheveux gris, blancs, etc., c'est une vieille femme, c'est une gamine, c'est une fatigante.

- Je suis embarrassée, lui dis-je, de vous voir changer d'aspect au gré du... au gré du, de quoi au fait? Pourquoi ne vous fixez-vous pas?

Elle me regarde de travers et passe en moins d'une seconde de la fureur au sourire à la grimace, ça commence à m'énerver. Elle me dit:

- Vous avez du culot! Je voudrais bien être ceci ou cela une fois pour toutes, donnez-moi corps et on n'en parlera plus.

- Mais pourquoi vous plaindre de tout ?

- Comme si j'avais le choix.

Elle a raison, alors je lui dis, vous avez raison, alors elle fait la tête alors j'en ai assez, je ne lui parle plus.
J'en ai marre aussi, de ses sautes d'humeur, du destin de Cassandre qui va qui vient pour se poser forcément dans le pire.

Elle se plante devant ce miroir qui est une porte orpheline d'armoire à glace, avec une serrure sans clé:

Cassandre d'un côté, jeune femme aux longs cheveux bruns ondulés, fine, un corps de danseuse et en face Cassandre quatre-vingt douze ans, mais qui lui ressemble assez pour qu'elle en soit découragée.

Voilà Cassandre, jamais contente, jamais comblée, Cassandre qui ne sait vivre ni dans le passé, ni dans le présent et dont l'avenir fait peur à tout le monde, y compris à elle.

- Cassandre! hurlé-je (très fort), de là où je suis (à Lille) va jouer dehors !

  Va te saouler au champagne,

  Va séduire le premier venu ! Et le deuxième !

  Change de prénom, change de nom, change de tête !

  Cassandre ! Cassandre : CHANGE !

Elle se retourne avec enfin un grand sourire (elle ressemble à Braise du coup) et me dit:

- Ah quand même ! Enfin un bon conseil.

- Et en plus, c'est les soldes.


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04 juillet 2010

Joie ! Odeurs ! Plaisir !

C'est Tatave qui zinzille autour de l'écran, autour de moi, autour de tout ce qui bouge qui transpire et qui sent.

- Zzzz! Zzzz! C'est la belle saison, la saison des amours! La saison où tout meurt et tout pourrit! C'est la saison du Bonheur!
DO ! Le DO il a bon dos !
RÉ! rayon de soleil d'or !

Voilà Tatave mélomane, elle hurle la Mélodie du bonheur à cinq heures du matin.

- C'est qu'après il fera trop chaud, dit-elle, et que je serai occupée à voler pondre sentir vibrer, ah! Ah! C'est merveilleux.

- Il me semblait, lui dis-je, que vous étiez engluée dans le cerveau d'Emile Testard?

- C'est une autre histoire, la Tatave d'autrefois bricole dans cette cervelle molle. La Tatave d'aujourd'hui est une mouche libre, mon destin m'appartient, rien ne m'arrête.

Et zzzz, et Zzzz, et Zzzz ! MI c'est la moitié d'un ...

Oups! Elle vient de se faire gober par un pigeon.

La paix règne à nouveau, je bois mon café, sur le balcon, regardant le pigeon tousser, hoqueter et puis, bien sûr,
car je m'en suis mêlée, cracher Tatave.

C'est difficile de résister au pouvoir absolu, il me suffit de quelques mots pour redonner vie à cette mouche enchantée.

- Zzz! Zzzz! Voyez quel talent m'habite! Voyez quelle force me porte! Je m'en suis sortie encore une fois! Tel Jonas pouité hors de la baleine! Car je suis une Élue!

Et elle reprend sa chanson, là où le pigeon l'avait interrompue.

- FA c'est facile à chanter

  SOL c'est là que j'vais tomber,

  LA c'est là que j'veux aller

  SI c'est siffler comme une mouche

  ce qui nous ramène à DO DO DO DO DO !!

- Julie Andrews en blatte ailée, dis-je, c'est un bel effort mais ça ne vole pas haut, ah! ah!

- Mathé Altéry s'il vous plaît, répond-elle pincée, car si je danse en anglais, c'est en français que je chante.

 

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03 juillet 2010

Intime inconnu

Celle-ci je ne la connais pas.

- Je suis un personnage de fond, je suis toujours là.

- Mais je ne t'ai pas créée, tu viens d'ailleurs.

- Non, non, je suis en toi
, c'est indéniable. Je suis un de tes monstres, tu ne veux pas me montrer.

- Pourtant te voilà qui me parle et que je te vois presque.

- Ce presque t'empêche de me lâcher la bride.

- Quelle bride?  Il n'y a rien.

- Je suis celle qui sent, celle qui sait sans qu'on lui dise.

- Ah, celle-là. Tu es le malaise, tu es l'intuition des trahisons, des mensonges. Je te connais va, tu te trompes aussi souvent que tu dis vrai.

- Je ne me trompe jamais.

- Tu es cette Cassandre. Tu es si lourde.

- Laisse-moi partir.

- Hélas, Cassandre, je dois te garder, nous portons tous nos propres drames.

- Pas tous, dit Droopy (le psy) que je n'attendais pas là.

- Pas tous, insiste-t-il parce qu'il me sait têtue, nul n'est obligé de porter ses drames.

- C'est facile pour ceux qui ne les tutoient pas, moi je les connais, ils sont là.

-
Le monde existe, dit-il de sa voix basse, atonale pour m'empêcher de rien interpréter, le monde existe que vous ne portez pas, tout existe que vous ne portez pas.

- Si je suis Cassandre, je ne peux être que moi.

- Cassandre est une autre, Cassandre est morte.

- Oh, dit-elle à Droopy, comme vous y allez ! Je suis là n'est-ce pas, et vous me voyez tout entière, corps et âmes. Cassandre comme moi, nous sommes de la même famille.

Je les laisse à leurs débats mythologiques, c'est Laurent Terzieff qui est mort aujourd'hui.


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02 juillet 2010

Solufactions

Ils ne sont pas solubles.

Ni dans l'eau ni dans l'air, même quand il fait très chaud.


Ils voyagent librement et ne me demandent plus de leur montrer le chemin pour sortir de l'Appartement.


Je me demande si je ne les ai pas croisés, si je ne les croise pas rue Saint Malo, place des Lices, dans le marais, autour du BHV, rue Violette à Forcalquier, dans le restaurant
de Norbert, In Vino.

Est-ce que ça n'est pas Ces Dames, que j'ai aperçues hier chez IKEA ? Et au loin vers la Place de la Concorde, les silhouettes floues de Marianne et Lili ? Et Troudup sans Léon, il me semble, maraudant hier autour de La Bernique ?

Je me demande si j'ai la trouille qu'ils s'en aillent.

Et s'ils vont revenir.

Je me demande si ce sont mes amis, des relations, mes enfants ou rien du tout.


Il fait si chaud, je me liquéfie.

Je suis soluble dans la chaleur, de l'air, du feu, de la lave, moi je vais disparaître et me défaire, mais pas eux.

Et dans la chaleur mes questions mêmes s'évanouissent en vagues brûlantes avant de s'éparpiller.
Il fait si chaud qu'elles ne s'évaporent pas, l'humidité les retient.

Je crains que mon corps malgré ses os durs ne soit point thermocompétent et que là-haut dedans, ça ne chauffe trop, sans savoir si je dispose d'une soupape à vapeurs.


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