15 janvier 2016

Perdus Pas Perdus

- Tiens, dit Mandrake, content d’apparaître au comptoir du Petit Renard, j’ai réussi ma téléportation du premier coup, c’est nouveau !

- Ne te réjouis pas trop vite, dit Caliban qui n’est pas surpris de débarquer dans un bar de fiction, parce que Caliban rien ne l’étonne, c’est pas toi, y a un truc.

- Le truc dit Troudup, c’est ma porte.

- Putain la vache, dit Nono, c’est vrai, putain de putain, ils passent par ta porte !

- Si ça s’trouve dit Troudup, on fait venir qui on veut.

- Quand même, dit Nono, j’ai pas envie que mon rade devienne un hall de gare.

- T’as raison dit Troudup, j’mets l’verrou et j’branche l’alarme

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13 janvier 2016

Les Chroniques du Petit Renard

- J’aurais pas dit ça.

- T’as rien dit.

- Voilà. Si j’avais dit quèqu’chose, j’aurais pas dit ça.

- Tu veux dire quelque chose ?

- J’ai pas dit ça.

- Je comprends rien à c’que tu dis.

- C’est pour ça.

- Quoi pour ça ?

- Que j’dis rien. 

- J’t’en r’mets une ?

- Ouais mais sans glaçon.

- Alors, t’étais où ?

- Chais pas.

- Tu sais pas où t’étais ?

- Ben là, j’suis où par exemple ?

- Là, t’es ici.

- Faudrait savoir ! Chui là ou chui ici ?

- Ah ben oui.

- Tu vois, quand tu fais des efforts tu comprends.

- Quand j’fais des efforts je comprends tout. C’est pour ça.

- Quoi ?

- Des efforts faut pas qu’j’en fasse trop. 

- A la tienne, mon Nono.

- Pareil.

 

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06 janvier 2016

La Porte (ou Topologie désorthodoxe)

- Ta porte, là, tu la décolles de cont’e le comptoir, dit Nono, et pis tu l’ouvres s’il te plait, que les clients puissent entrer.

- C’est la porte de chez moi, dit Troudup, si j' l’ouvre c’est chez moi ki vont débarquer.

- Qu’est-ce qu’elle fait là alors ?

- J’en ai marre qu’on s’pointe à ma porte quand chu pas là. Alors j’l’emporte.

- Pas con.

- Eh ! Y en a là-dedans.

- Ferme-là donc à clé qu’on soit peinards.

- T’as raison c’est pu l’heure des visites. Izonka v’nir au bistrot.

- Voilà.

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05 janvier 2016

Interlude

- Ben non, dit Léon, c'est pas moi, c'est Bernard.

- Bernard ? Je connais pas de Bernard dit Nono, en lui servant une grande gamelle d'eau minérale.

- De l'eau minérale ? qu'i dit Léon...

- C'est ma tournée. Faut que j'te paye le coup de temps en temps vu que j'te dois 50% de mon chiffre.

- Ah ouais ? 

- Ah que oui ! Sans toi Troudup ne retrouverait le comptoir qu'une fois sur dix. D'ailleurs il est où le Troudup ? deux jours que j'l'ai pas vu...

- Sais pas, dit Léon, il m'a dit "T'inquiètes pas mon Léon, je reviens dès mon retour" et il a pris la porte.

- Il est parti ? comme ça ?

- Oui, avec la porte.

- Avec la porte !

- Mais Bernard ?

- Oui, c'est Bernard, c'est pas moi.

- Bernard qui ?

- Bernard L'Ermite.

- J'le connais pas.

- Personne le connait, c'est un ermite.

 

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02 janvier 2016

Reminaissance de l'Absenthe...

Ma première bonne résolution de l'année, ne pas en prendre.

- C'est une excellente résolution dit Paulette Dolstein.

Ma seconde non résolution: renoncer aux exergues qui ne marchent pas.

Ce qui n'est pas dans ton coeur n'est nulle part ailleurs.

Prends garde à ce que tu désires tu risques de l'obtenir.

J'ai choisi comme guide ces deux phrases à tour de rôle pendant des années, aujourd'hui je les abandonne à qui les voeux. Elles ont échoué pour moi, le ver était dedans. Prendre garde à ce que tu désires, trouver ce qui est dans ton coeur, il faudrait d'abord le savoir, ah! ah! ah !

Je viens de transgresser ma Première Loi: ne pas paraître ici en Personne, seuls des personnages ont le droit d'y parler. 

Encore une résolution que je n'applique pas.

- Je vous approuve, très chère, dit Dracula.

- Et comment ! ajoute Braise.

- Ben mon vieux ! Troudup se réjouit de...

- Un peu que je m'réjouis, pas la peine de le penser à ma place, allez Nono, champagne !

- Tu veux pas un p'tit Bardouin plutôt? Les mélanges ça t'réussit pas.

- T'as raison Nono, Champagne pour tout l'monde et pour moi une Absenthe...

- Une absinthe ?

- Nan, une Absenthe, cette année j'invente !

Et pendant que Nono sort Le champagne des grands soirs, Ruinard 78, elle entre au Petit Renard l'Absenthe de Troudup...

 

 

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17 janvier 2015

Grosse Lapine: 0 Petit Renard: 1

- Bordel oui, putes non ! Nono s'entête, il veut jouer au poker dans un bordel maismaismais, pas question d'embaucher des sextoys géants, ni homme ni femme à l'étalage, pas d'argent à La Grosse lapine. 

- Ben, on va jouer au poker sans fric ? On va boire sans payer ? demandent Michto et J-P, ses alcoolytes intermittents.

- Pffff !!...

C'est tout ce que Nono trouve à dire, c'est compliqué de monter une affaire aujourd'hui, comment faire pour que tout soit gratuit ?

- T'as qu'à pirater une maison de retraite dans la Creuse ou en Lozère, dit Michto, et tu mets ton tripot-clando dedans.

Fabienne Berman prend note, c'est innovant et très faisable, une structure conventionnée, un endroit discret, outre que cela protège le concept, c'est dans ces endroits que les services publics sont les plus défaillants et là aussi que les populations ont le plus besoin d'animations culturelles.

Nono soupire encore, il va partir quelques semaines en Indochine, histoire de laisser tout ça retomber, et pour commencer, il va au Petit Renard.

- Bonjour Nono, c'est pour déjeuner ? la chaude voix de Frida est un baume.

- Vous servez encore ?

- Pour souper alors ?

Il va dire non puis... ça sent très très bon, purée maison, daube oubliée sur feu doux, et ça, ça c'est quoi ?

- C'est quoi cette odeur, là... c'est...

- La Tatin de Frédéric, mais commencez par le début, le grand rétro: maquereaux fumé, poireau vinaigrette, oeuf dur mayo, pieds poulette, etc. etc.

- Ahhhh ! pensent les estomacs présent, et Nono oublie tout pendant que Frida lance en la cuisine:

- Et hop, Frédo, un complet pour le Nono ! 

 

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07 janvier 2015

Les tilleuls mentent

- Merdalors, qu'il dit le Troudup, caisse ki m'arrive, comment j'vais faire ?

- Non, monsieur Troudy, re répète le docteur Tayeurt, non, non, non, il n'y a pas de médicament pour ça.

- C'est un monde ça quand même ! On peut empêcher un gus de boire mais on peut pas le r'mettre d'équerre ?! 

Hélas non, la science ne peut pas redonner à Troudup le goût de l'alcool, peut-être avec le Progrès ça viendra mais ça n'est pas sûr.

Depuis que Troudup a vu l'autre côté du bar, il ne boit plus que des limonades, ça le désoblige, même Léon ne sachant quoi dire aboie n'importe quoi, à moins que ce soit Troudup qui ne le comprenne plus.

- Eh ben ma vieille, dit Nono, qu'est-ce qui t'arrive, t'as l'air en vrac. Viens donc boire ma tisane, ça va te remettre perpendiculaire au sol.

Et oui, par la vertu du tilleul, Troudup retrouve le chemin de l'ivresse, il en reprend une tasse

- Quand même, ki dit, on m'aurait dit que je deviendrai accro à l'eau chaude, j'l'aurais pas cru. D'ailleurs en fait et by the way, y a quoi dans l'tilleul ?

- Comment ça y a quoi dans l'tilleul ? Du tilleul !

- Mais ça s'rait pas le tilleul du tilleul au Souche des fois ? Le tilleul ed' l'ancien cim'tière ? 

- J'en sais rien, c'est Denise de Lhéry qui me fournit !

- Oh putain, c'est l'tilleul à Denise, oh, c'est du bon, je l'connais çui là mais je l'fumais, je l'buvais pas, oh, j'comprends, c'est du copieux !

- T'abuses un chouïlle, dit Nono,  j'ai connu une polonaise qu'en buvait tous les matins.

- Faut être au moins polak pour encaisser la dose, allez mon gars, remézymoizen une, et hop, encore un qu'les martiens n'auront pas !

- Les prussiens, corrige Nono machinalement.

- Les prussiens ! Comme si t'en avais déjà vu des prussiens! 

- Toujours autant que d'martiens.

 

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04 janvier 2015

Longtemps je me suis couché de bonne heure

Nono et Troudup sont cueillis à froid, un cuisinier ?

- Besoin d'un cuisinier ? répète Nono 

- Un cuisinier ? dit Troudup

Frédéric, indifférent à la stupeur qu'il vient de provoquer, s'occupe de l'ordre dans lequel il va boire ses commandes, il se décide pour le tilleul d'abord, en guise de purification, parce que là d'où il vient...

- Là d'où je viens se demande-t-il, là d'où je viens ? mais.. mais... d'où ? d'où... d'où... doudou... doudou ?

Fort opportunément, il oublie ses questions dès qu'il se les pose, oubli pur, oubli fécond, il ressent un grand calme, un apaisement profond, il l'attribue au tilleul, il avait oublié le goût du tilleul, cet effet bienheureux. Encore une gorgée, et une autre et il n'a plus été mort, il ne sait pas qu'il est dans une fiction que je suis en train d'écrire, il est là, debout, accoudé au comptoir, le regard tourné vers le fond du Petit Renard, là où il devine une cuisine vide. Vivant. Vivant.

Nono voit la transformation s'opérer en temps réel, il est stupéfait, il se fait machinalement un tilleul, il le boit et dit

- Ben ça alors, je me rends compte à l'instant que j'ai besoin d'un cuisinier, et le temps de finir l'élixir, il sait qu'il va accomplir son vieux rêve, ouvrir  La Grosse Lapine, un tripot officiellement clandestin. Troudup a soif, son verre est vide, il dit

- Eh Nono, la même chose, et Nono lui sert sa même chose, un tilleul que Troudup, la tête ailleurs, boit cul sec, mais il ne se brûle pas car j'y veille et sur lui aussi la transformation s'opère, il va reprendre le comptoir du Petit Renard, avec Léon et un cuisinier, ben tiens, y en a un juste là! Merveille !

Oh oui, 2015 est une année tranchante, une année ambitieuse et fertile, 2015 année du libre arbitre sans uniforme ni sifflet.

 

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03 janvier 2015

Temps Mort

- Y a plus qu'à choisir, dit Troudup.

- Ben oui, dit Nono, moi je prends  l'heure de l'apéro: 12h et 18h35 

- Y a pas d'heure pour l'apéro, je vais me prendre un jour, la Saint Truc tiens j'vais prendre, le jour de l'open bar. T'as du Schoum en réserve ?

- Tu penses, j'ai forcé sur la commande, j'en ai pour deux ou trois vies.

- Alors c'est bon, c'est Saint Truc pour toujours.

- Des fois j'irai vers un 6h du mat' , dit Nono, quand ça me prendra d'avoir envie d'un p'tit croissant crème.

- Ah ben ouais, passk'on peut changer...

- Un peu qu'on peut, on peut même choisir d'être mardi matin ou samedi soir là tout de suite.

- Là tout de suite on n'est pas samedi soir ?

- Nan, on est samedi 12h55.

- Alors ça, j'm'en fous, moi l'heure qu'il est, j'ai jamais suivi.

Le petit Renard est désert, Nono et Troudup ont beau persister à causer dans le vide dans l'espoir que les autres vont arriver, rien, nib, queud'. La mort du temps a fait des dégâts dans les habitudes. Plus d'heure, plus de jour, plus de date, plus de règles, il faut être Troudup pour se foutre des horaires.

- J'm'en fous pas, j'les sais pas, c'est tout.

- Moi, dit Frédéric, ça m'arrange,

Il vient d'apparaître au comptoir, Nono sursaute un peu mais bon, un nouveau client c'est toujours une bonne surprise, Troudup en a vu d'autres, il vide son verre, Nono le remplit.

- plus d'hier, plus d'avant, plus d'après, dit Frédéric, je ne suis plus tellement mort. Hola tavernier, un pastis on the rocks s'il vous plait, avec un tilleul menthe, un café serré, un galopin et une suze cassis, j'ai du retard à rattraper qu'il dit, et d'ailleurs, vous cherchez pas un cuisinier ?

 

 

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14 septembre 2014

Sometimes i feel like a motherless child

- Comment ça pas de vacances ? Et l'été, tout l'été, c'est quoi ?

- Nan, personne est parti, dit Troudup, personne. On était trop inquiets, on sait pu où on en est.

- Vous en êtes toujours au même point, dans l'Appartement, toujours prêts à vous envoler...

On discute un moment Troudup et moi, et il finit par me dire le fond de la chose. Il paraît que depuis que je me suis mise à ce nouveau texte, je les délaisse, je ne les aime plus, parce qu'ils sont les vieux, les anciens personnages d'anciens manuscrits, alors...

- Alors quoi ?

- Loin des yeux...

- Mais pas du tout, alors là, pas du tout !

Je trouve que Troudup exagère, spécialement lui que j'aime peut-être un peu plus que d'autres.

- D'ailleurs, y a qu'à voir le dernier message, hein, c'était pas brillant.

Je pique du nez, que dire ? Je n'aurais pas dû le laisser monter son numéro ? les Twirling Tarlouz's, il dit que c'était de mauvais goût, j'aurais dû les laisser à leur soûlerie et ne pas les dénoncer. Ou bien les laisser répéter assez longtemps pour que ce soit grandiose. Ou les aider ?

Bon, ça c'est vrai. Ou pas. Est-ce que je dois les empêcher de faire n'importe quoi ?

- Mais mon cher Troudup, c'est votre rôle dans ma vie d'être toujours là, toujours prêts à faire et dire n'importe quoi, sans vous pas d'excès, pas de rêves, pas d'amour désintéressé, j'ai besoin de vous.

- Ah bon ? Ah ouais ? Ben tiens et ça alors ! Bon d'accord.

Troudup redevient lui-même, la joie le remplit, il se dilate d'aise et lance 

- Allez hop, vazy Nono, champagne !! et du Ruinart s'te plait, c'est pour du sérieux.

Et nous trinquons Nono, Troudup et moi, un petit bol pour Léon qui nous regarde les yeux mouillés, dans le doux bruit que fait le silencieux sourire de tous les Gens de l'Appartement...

Les gens qu'on aime ont besoin de nous, surtout ceux qu'on a un peu inventés.

 

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