29 novembre 2011

Léon président ! Léon président !

Les dalmatiens sont trop nombreux pour qu'on se souvienne de leurs noms. Il y a Rintintin, Lassie, Toto et aujourd'hui, Tintin qui revient.

Léon n'est pas le premier chien venu, d'ailleurs les premiers venus sont tous morts, c'est la leçon des Dix Commandements, les aînés c'est la plaie.

Fabienne Berman soupire, le sujet Léon n'est pas si fécond.

- Tant pis qu'elle dit, j'arrête.

- Qu'est-ce qui vous tient sur ce sujet ? dit Dolstein.

- C'est ce Troudup. Il veut que son chien soit célèbre.

- C'est un bon exercice dit Robert Dieu, le marché des animaux est saturé, si on pouvait l'ouvrir sur d'autres perspectives...

Bruno Ragazzi se joint au brainstorming et ça fuse. Ils lancent le tout venant, de la téléréalité sur des chiens pour des chiens, des clubs vacances, des cours privés, la chirurgie esthétique, rajeunir, améliorer, refaire les truffes molles, implants de poils...

- Pas une idée là-dedans dit Dolstein, tout est à jeter !

Une sonnerie  subliminale retentit silencieusement sous la forme des premières mesures de Carmina Burana, c'est la ligne intérieure, ils décrochant mentalement tous les quatre.

- Allo ? disent leurs inconscients, c'est qui ?

- C'est le Marché dit Le Marché avec une voix grave, éraillée qui part dans les aigus, comme celle  d'un adolescent en pleine mue.

- Oui ? Quoi ?

- Je me suis trompé de numéro dit la voix, je voulais appeler Léon.

Et il raccroche.

- Le Marché est parfaitement immature, transmet l'inconscient de Dolstein.

- On le sait disent ceux des trois autres.

- Allo, oui ? dit Léon, et après un court silence il dit non, et il raccroche, il est marteau celui-ci !

- Caisse ki dit ? demande Troudup.

- Il veut que je sois candidat aux présidentielles, il fera ce qu'il faut et je serai le prochain président.

- Ah le con, rigole Troudup, c'te blague, un chien président !

- Ne sous-estimez pas Le Marché dit Robert Dieu.

 


12 novembre 2011

Radio l'onde.

- Chavais pas que j'l'avais pis j'l'avais.

- Lavait quoi ?

- Chais pas.

- Fait chier jamais savoir.

- Chavais pas pis c'est tout. Mais j'l'avais quoi, l'était content.

- Qui ça qu'était content ?

- Ben moi j'l'étais.

- Chavais pas.

- Personne sait tout.

- Incroyable, dit Fabienne Berman qui a renoncé à prendre note.

- C'est naturel répond Paulette Dolstein, ça coule de source.

- Je déteste ces échanges, je ne peux rien faire de ça.

- Ce n'est pas de la sociologie ma chère, dit Dolstein.

- Mais où est-elle leur source?

- Chais pas répète Troudup, chais pas, c'est ça que j'l'avais pis que j'l'ai plus.

- Qu'est-ce qu'elle nous fait celle-là, et qui et quoi ! Foutez-y nous la paix zut et merde, dit Myrtille Souche prise dans une émotion qui poisse l'âme comme une sale glu.

Ce soir, le monde est vague, l'Appartement se demande où le fleuve est né et quel âge il a, mais moi je m'en fous, la source n'a que faire du temps elle vient d'ailleurs.

 

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21 août 2011

Tsimtsoum

- Bientôt la rentrée, dit Celle-qui-coud, La Taulière nous a peut-être oubliées, pas moi.

- Ni moi, dit Celle-qui-Cuisine.

- Et moi donc dit Celle-qui-Crochète.

Les Celles-Qui sont de retour, il est dit que ce blog gardera la légèreté acquise à la force du Crochet, de l'Aiguille et de la Cuisine.

- Pas question de légèreté, dit le choeur des Celles-Qui, c'est de Futilité que ce Blog sera lesté, et qui pèsera son poids.

- Je reviens donc, dit Celle-Qui-Coud, avec un Avant Après dédié à la Rentrée:

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Nous voilà pourvues d'une chaise de bureau rénovée que voici en situation Là où ça se passe.

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- I beg your pardon, dis-je, parce que j'aime bien parler anglais et d'abord parce que je ne suis pas d'accord. I beg your pardon but it is not The Place où ça se passe, mais just The Place par où ça passe, because c'est dans ma tête que ça se passe, n'est-ce pas.

- Oh! s'agacent les Celles-Qui, il n'y aurait donc pas moyen de faire taire cette lourde conscience de soi !

- Silence, les Erynies ! Que je vous laisse la parole, ou que vous la preniez, ne suppose pas que je me taise, renoncez-y tout de suite ! Ne voyez-vous pas que cette photo du lieu sans moi n'est qu'une énième métonymie de la Création ? Ne voyez-vous pas que vous avez ainsi représenté le Tsimtsoum, retirement du septième jour ? Une métaphore inversée de Dieu ?

- Evidemment, pauvre tache, nous passons par la métaphore et la représentation, pourquoi prendre la parole sinon pour dire !

- Manier la Futilité est complexe, dit Dolstein, ça n'est pas à la portée des premiers venus.

- Sans compter, dit Fabienne Berman, que son message est très difficile à percevoir.

- Oui, dit Bruno Ragazzi, spécialement quand on ne sait pas se passer de commentaires.

Je suis d'accord. Celles-qui ont remplacé le bureau en bois blanc par une table inspirée de Charlotte Perriand, épaisse et aérienne, elles ont rénové la chaise à roulettes, elles ont mis à la place d'une vilaine table ronde très lourde un fauteuil et des tables  gigognes. C'est vide et c'est mieux, elles ont  bien fait, c'est tout:

- Merci.

- Ah, quand même.

 

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18 août 2011

Programmatiques, programme à tics

- Le programme c'est le retour ? demande Dieu.

- Jamais, lui répond Fabienne Berman, le sens de l'histoire est toujours devant, jamais  derrière, on ne retourne pas.

Dolstein sourit, triste d'un seul coup, et moi je sais pourquoi et peut-être je le dirai quand je reviendrai, parce que justement.

- Justement, dit Dolstein, Celle-Qui-revient n'en fait qu'à sa tête, elle préfère revenir en arrière.

- Mais c'est impossible martèle Berman, parce qu'elle est très sûre, elle, d'elle et de ce qu'elle a appris, sur le sens de l'histoire et le sens où vont les choses et les gens en général.

- Oh là là, putain et merde, dit Troudup, ça recommence. C'était pas la peine de partir en vacances pour revenir avec la même chanson. Et comment, et pourquoi et justement et parce que. J'en ai déjà ras le bocal.

- Et pourtant, il y a de la place dans son bocal, dis-je en chemin vers mon retour par l'arrière.

- Vous avez remarqué, je leur dis, à Ceux de l'Appartement, vous avez remarqué que j'ai changé de police depuis le 27 mai? Je suis passée de Times New Roman à Georgia.

- Wouah, wouah, aboie Léon, je suis très sensible aux apparences.

- Je voulais le faire, parce que Gilles Kahn déteste Times, il dit c'est vieillot,  Times, c'est ringard. Mais je ne trouvais rien qui me plaise.

- Ben, qu'est-ce qui te reprends de raboyer,  dit Troudup à Léon, tu peux pas causer comme tout le monde ?

- J'aime bien Times mais ça me fait plaisir d'inviter Gilles Kahn ici, ça honore l'Appartement et tous Ceux de l'Appartement.

- Faut que je pratique, dit Léon.

Troudup a gagné au loto de l'école un séjour au chenil de Batbourg, il a offert son lot à Léon. Pendant qu'il visitait Carhaix, dans l'Oigne, Léon faisait un stage de langue.

- C'était très cosmopolite, dit Léon, y avait d'la race. J'ai fait Danois, espagnol breton, setter irlandais et un peu de verlan avec des pittbulls de banlieue. Je  ne veux pas perdre mes acquis. Si ça tient, je ferai afghan avec un lévrier mannequin à la Toussaint.

 

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11 juin 2011

Coma dépassé

- Je sais que je dors, dit Marianne, parce que je ne rêve pas.

C'est à Lucien Übernix qu'elle parle, qu'elle appelle  Über depuis qu'elle est petite qui est comme un oncle mais ses parents sont fils uniques.

- C'est le contraire que tu veux dire, non? Tu ne dors pas sinon tu pourrais rêver?

- Oui. Non. Si je rêvais en dormant, ce serait comme dans la vie, où on dort, on ne dort pas, on va ici , on va là, on fait ci ou ça. Alors que moi je suis là et je ne bouge pas. C'est que je dors, non ? J'espère que je dors.

- On dirait que c'est ce que tu souhaites plutôt que ce que tu vis ?

- Si je dors, je peux me réveiller. Mais si je ne dors pas alors c'est ma vie qui passe à Batbourg, et ça, c'est impossible.

-  Si tu es en train de dormir et que moi je suis en train de te parler ?

- Ah oui, tu es dans mon rêve

- Je suis dans ton rêve.

- C'est génial, dit Marianne, je dors, je rêve, je vais me réveiller.

- C'est toi qui décides.

- Je vais dormir encore un peu et puis... Et puis on verra.

 - C'est pas très marrant, dit Troudup tout chose, à Paulette Dolstein. 

Ce n'est pas  facile cet Appartement, comme une seule tête où tout circule. Troudup aurait préféré de pas entendre Marianne et Lucien Übernix pendant sa séance avec sa psy.

- Mais alors, réalise-t-il d'un coup, ça veut dire qu'eux aussi ils savent ?

- Ils savent quoi ? demande Paulette.

- Que j'existe.

- Vous existez, qu'ils le sachent ou non.

- Mais ils le savent comme je le sais ?

- Oui.

- C'est ce que je disais, c'est pas marrant.


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24 mai 2011

Il va t'arriver de la famille

- Y a quelqu'un ici ? Hein, y a quelqu'un ?

D'où sort-il celui-ci ? Vient pas de chez moi, aucun manuscrit ne le contient, je n'ai pas fabriqué cet homme-là. Alors comment est-il venu ? Par quelle voie est-il entré dans l'Appartement ?

- Ah, bonjour Marité.

Il est étonné d'être là, content de m'avoir trouvée, comme si c'était l'exécution d'une corvée, un ordre à satisfaire et décidément, moi, je ne le reconnais pas.

Mais l'odeur me saisit, ça sent la saumure de cornichon, l'ail, le poivre, le koper et le hareng, ça sent les tonneaux dans le grenier, ça sent l'oncle Jacques W. de Nancy qui est l'oncle de mon oncle Jacques L.

Mais, oncle Jacques, tu ne viens pas de mes écritures, je ne t'ai pas fabriqué !

Non, c'est toi qui viens de moi et de mes non écritures, toi qui viens de l'autre monde que moi j'ai fabriqué.

Quel autre monde ?

Celui d'avant ton existence, le monde perdu de notre Kalisz, le monde dont le temps s'est usé.

Tout le monde peut venir chez moi ? Tout ce que je ne vois pas, que je ne peux classer, que je ne sais nommer ? Mince alors, tout va comme ça veut.

- Alors, dit Übernix à Paulette Dolstein, vous voyez ce que je veux dire maintenant.

- Mais oui Lucien, j'en conviens, cet évènement a transformé le monde, mais c'est cetet transformation qui l'a changée, pas l'évènement en soi.

- Ah non Paulette, pas de mauvaise foi, s'il vous plaît.

- Le même évènement, même s'il produisait le même changement, n'entrainerait de transformation identique sur personne, pas plus que sur elle s'il se reproduisait.

- Pas utile de faire des dissections exploratoires ? C'est ça que vous pensez ?

- C'est ça. Ce n'est pas par ce moyen que vous trouverez une solution au Projet.

- Frédéric n'est pas là.

- Non plus.

Je ne comprends pas grand chose à cet échange, à part qu'il y est question d'un moi que l'Evènement DA (Dissection Aortique) aurait changé.

Je n'aurai pas plus d'information, l'oncle Jacques W. n'est plus là, je ne peux pas lui demander par où il est passé.

- Pas par où, m'envoit-il de je ne sais où, son accent yiddish estompé par la distance, tu ferais mieux de chercher d'où je viens que par où je suis venu.

Il a raison. S'il ne vient ni de mes manuscrits, ni de Nancy où il vivait, ni de son Kalisz, ni de son temps qui a disparu, d'où vient-il alors ?

 

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30 avril 2011

For extérieur

- Professeur Übernix ? Vous voilà de retour dans l'Appartement, je suis honorée, que je lui dis comme ça au Grand Professeur. Mais je ne suis pas si contente et je le laisse avec Louise Kowski qui n'attend que ça pour en apprendre sur moi.

Je suis mal à l'aise parce que j'habite dans Bienvenue à La Fabrique.
Übernix me connait très, très bien, plus intimement qu'aucun amant. Parce qu'il me l'a demandé je me suis mise plus qu'à nu, pour  lui je suis passée sous les rayons et les ondes, IRM, scanner, radios ordinaires et échographies de toute sorte.

A mon tour de me dissoudre dans l'air du bureau et de m'envoler par la fenêtre.

C'est jour de marché, je vais acheter un bar sauvage et l'apprivoiser à la vapeur.

Übernix vient avec un lourd dossier encombré de radios, Louka frétille, enfin elle va savoir.

- Quel genre de médecin êtes-vous, professeur Übernix?

- Ah oui, il faut afficher son genre, après quoi on exige que vous l'assumiez. Quel genre de médecin je suis ? Je  suis ce genre qui s'occupe de l'humain.

- Vous êtes généraliste ?

- De votre point de vue, oui. Mais non.

- Psychanalyste ?

- Et anthropologue, sociologue, légiste, obstétricien, cancérologue, etc.

- Votre réponse ne m'éclaire pas.

- Je suis spécialiste de la conception, la fabrication, la mise au monde, la vie et la mort d'un humain. Compétences et aptitudes qui m'ont fait Directeur Scientifique de La Fabrique.

- Qu'est-ce que c'est que La Fabrique ?

- Il faudrait répondre à ça ?

- Il faudrait commencer par là, pour que je puisse comprendre d'où vous parlez, qui vous êtes pour savoir qui elle est, ce qui est arrivé, ce qui peut arriver, tout sur elle. Car nous en dépendons tous.

- Alors plus tard.

- Quand ?

- Je trouverai un créneau dans les jours qui viennent. Je vous dirai tout ce que vous pouvez savoir.

- Pourquoi acceptez-vous ?

- Elle m'intéresse, vous saurez ça aussi. Ce sera l'occasion de faire le point sur ce que je sais d'elle.

J'ai beau m'être évaporée, je les entends. Où que je sois, j'entends tout ce qui se passe dans l'Appartement, je vois tout.

Alors comme ça, Herr Professor Übernix s'intéresse à moi ? Il a ce dossier, il en sait long ? C'est lui qui me suit et m'observe ?

Je croyais être le Créateur et voilà qu'il annonce un numéro spécial: (Presque) Tout sur La Taulière.

Eh bien ça m'inquiète, est-ce que ce blog tenterait de devenir intime ? Pathétojournal ? Egopipolisateur?

Pas question, je les attends les paparrazzis suscités par moi-même, je ne les laisserai pas faire.

- Cause toujours, dit Dolstein.

 

25 avril 2011

Le Trèfeuleu

- Je transpirais comme ver qui pisse, j'avais les chocottes et puis j'ai trouvé le tréfeuleu.

- ?  répond succinctement la Myrtille Souche plus loquace en d'autres occasions.

- J'avais plus besoin d'avoir peur, j'avais le trèfeuleu ! Le trèfeuleu comme l'as de trèfeuleu, le trèfeuleu à quatre feuilles !

- Hola monsieur Troudy ! Hey! Oh! Troudup ? C'est quoi là ? Ou bien ?

- Ail bègue yor pardonn mâme Souche, mais pas du tout, c'est le chouchen dans le café qui me donne du vocabulaire.

- Mais c'est pas français. Du pastis dans le thé, ça f'rait-y pas mieux  ?

- Oh, oh, oh ! Ne faites pas le malin, madame Je-suis-la-plus-forte, je vois clair dans votre feu.

Myrtille Souche et monsieur Troudy ne prêtaient pas attention à moi, pourtant il est d'usage que la présence de la police les rende muets. Mais là non, je pouvais les écouter à ma guise, la grosse Myrtille arrêtée sur le chemin, un nain sous le bras et Troudy, adossé au mur du Petit Renard, retenu ferme par Léon en embuscade à l'entrée.

J'avais enfin le rapport d'hospitalisation de Marité de Vos K, j'attendais Dolstein. J'espérais qu'elle me le traduise bien qu'au téléphone elle m'ait dit, je vous le redis, inspecteur Kowski, c'est non.

Elle seule pourrait faire quelque chose pour Troudy, qui depuis quelques mois délaissait la table d'examen du docteur Tayeurt pour son divan, avant de virer analyste elle était ortophoniste.

- Oh que non, dit-elle avant même que je ne m'aperçusse de son arrivée dans  l'Appartement, j'ai renoncé à tous les ortho-trucs. Je ne vais pas lui enlever les mots de la tête.

- Mais on n'y comprend rien.

- Qu'il le dise comme ça ou autrement, il n'y a rien à comprendre.


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14 avril 2011

L'invention des autres

Louise Kowski voudrait ranger la vie des autres dans ses carnets, avec les preuves en regard, procès verbaux, rapport d'autopsie et, pour Celle-qui-est-l'appartement, dossier médical.

Si la vie était là, chacun en disposerait avec facilité.

Mais elle n'est pas là, elle est partout, les religions enseignent que c'est Dieu qui est partout.

L'ADN, dît un jour un grand rabbin confondant le mot et la chose, en donnerait la preuve car en hébreu ADN serait Adonaï.

Moi, Paulette Dolstein, je ne suis que psychanalyste, je n'ai aucune certitude, aucun accès privilégié aux inconscients. Je suis un humain comme tout le monde, avec les mêmes outils que tout le monde pour tenter de saisir l'invisible qui anime les hommes, les femmes et leurs enfants.

Je les écoute. Puis l'alchimie du mélange des inconscients, dont le mien, de nos expériences qui s'intriquent et se repoussent m'ouvre des portes.

C'est une sacrée cuisine n'est-ce pas, qui bouillonne dans mon crâne, ce chaudron résistant à tous les feux.

J'écoute et je me tais, la psychanalyste que je suis prend son plaisir dans le secret.

Marité de Vos K m'a mise au monde, je suis elle mais elle est moi, je ne suis pas la chair de sa chair je suis l'être de son être.

En silence je la regarde.

Elle ébauche, assemble les éléments disparates qu'elle ramasse ici et là, elle détruit, elle recommence, croyant que son souffle aura le pouvoir de donner une âme à l'inanimé.

Elle travaille au corps, elle souffre dans la conception d'un monde disparu: elle construit le pays des Issus.


Maison_Kyjouh_1

La fabrique de la Maison Kyjouh

 

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12 avril 2011

Pisser plus pleurer moins

Il y avait cette émission de télé, dans les années... euh ... vers 1960 je suppose, (tous mes souvenirs, je les ai rangés par là).

Où vont-ils ? Qui sont-ils ? Que font-ils ?

Je cherchais qui, je me demandais ce que ces gens faisaient dans la télévision. Est-ce qu'ils n'avaient pas une vie ailleurs ? Est-ce qu'ils étaient payés pour ça ?

Je n'avais pas compris que c'était des silhouettes fabriquées.

Les Gens de l'Appartement jouent la même histoire, où vont-ils, que font-ils, qui sont-ils ?

Messieurs dames et demoiselles et chiens et tous êtres vivants dans mes manuscrits, et maisons, rues et  jardins,  ciels et fleuves, enfin tous les mondes assis dans les pages, il faut vivre vos vies dans votre ailleurs, pas Ici.

Louka, Braise, Dracula, Troudup, Alice et tous les autres, cessez de vous occuper de moi, retournez chez vous.

- Tu vois, dit Frédéric.

- Je vois quoi?

- Ce que ça fait d'être l'objet et le sujet, d'être sélectionné, observé, étudié dans tous les coins, de finir collé aux pages d'un manuscrit, dans la vie où tu es cloué par un auteur ? C'est ton tour.

- Ah mais non, je ne suis pas le sujet, je suis le Créateur.

- Toute créature finit par dépecer le Créateur, pour voir comment c'est fait dedans, comment ça fonctionne, au risque de ne pouvoir remonter la machine.

- Moi je ne fais pas dans la métaphysique du personnage, dit Louka, je suis flic, je ne manipule pas les idées mais le concret. J'ai les rapports d'hospitalisation de Marité de Vos K, mais Dolstein ne veut pas les interpréter.

- Je n'interprète pas, dit Dolstein, les faits mentent toujours, traduire c'est réduire l'autre à soi.

Louka soupire, agacée d'être d'accord, elle lutte en permanence contre la tentation de résoudre les enquêtes avec ses propres raisons.

- C'est bien d'avoir des principes, répond-elle à Dolstein (elle ne dira jamais qu'elle est d'accord avec elle) mais je fais quoi ? Des études de médecine ?

- Madame la policière, dit Frédéric, pourquoi n'allez-vous pas chercher plus loin ? Il y a des Gens ailleurs qui pourraient vous répondre. Tu as remarqué, dit-il pour moi, que certains ne sont jamais venus dans l'Appartement?  La Porte n'est pas ouverte pour tout le monde ?

Louka se tait, patiente, et moi, je suis bien embêtée,

- Oui j'ai remarqué, certains ne sont pas venus.

Je voudrais bien que cette conversation s'arrête là, mais c'est Frédéric, je ne peux pas lui répondre  par le silence. Il se tourne vers Louka qui a sorti son bloc, prête à noter,

- Oui ? Vous avez des noms à me donner ?

Mais ce n'est pas Frédéric qui répond, Frédéric s'est fondu dans ma tête, il ne veut pas me forcer ni me décortiquer, lui. C'est un autre qui entre pour la première fois dans l'Appartement.

- La Fabrique a besoin de vous, Marité de Vos K, dit-il, vous avez des obligations n'est-ce pas ?

- Oui j'ai ces choses à terminer.

Oui je dois me remettre et m'y remettre, oui il y a La Fabrique, le Projet, faire revenir les disparus qu'on n'oublie pas.

- Bonjour professeur Übernix. Je ne vous ai pas oublié savez-vous.

- Je sais. Et il tendit la main vers Louka qui lui remit sans hésiter mon dossier médical.

- Au moins, on n'en finira après ça, non? demandais-je, tendue et pas contente de le montrer.

- Oui, nous pourrons passer à autre chose, dit-il. Je ne comprends pas que vous n'ayez pas fait la relation avec le Projet Frédéric.

Sa remarque me saisit, je n'y ai pas pensé ?

- Je ne comprends pas non plus comment j'ai pu négliger ça.

- Nous en reparlerons n'est-ce pas ?

- Oui, j'ai dit, nous en reparlerons.

Et de mes Issus qui sont aussi la relation de Frédéric à moi, de nos vies à nos disparus.

- Meeeerde ! dit Troudup, meerde, la mort y en a marre, feriez mieux de boire plus et de parler moins ! La vie, la mort, tout ça, c'est que d'la bibine tiède, buvez-là fraîche, vous pisserez plus vous pleurerez moins.

- Il n'a pas entièrement tort, dit Dolstein. Alors, Monsieur Troudy, où est passé Léon ? Ça fait longtemps qu'on ne l'a pas vu. Et ils s'évaporèrent tous les deux en passant La Porte de l'Appartement.

Übernix et Louka sont partis en discutant, effacés en un instant et moi, j'étais dans mon bureau.

Ah ! Ah! Moi je suis là en vrai, pensais-je tout en doutant de la réalité.