08 novembre 2010

Du flan !

- Ouais, ouais, du flan, on veut du flan on en veut tous!

- Ouais, ouais, du flan, du flan ! Du flan maintenant !

Oh ben dis-donc je me dis, qu'est-ce qui se passe donc ici ?

- Il se passe, répond Léon, il se passe que l'automne tourne à l'hiver.

- Oui, renchérit Braise, Dracula la tient par la taille, oui, oui et oui, nous voulons un foyer, du feu dans la cheminée et du flan dans les assiettes.

Et moi je me dis tiens, tiens, voilà que je comprends de nouveau le Léon ?

Je le regarde à la dérobée, en me demandant pourquoi je fais ça à la dérobée, il n'y a rien à voler et personne ne me regarde en biais pour vérifier si je regarde les gens dans le bon sens.
Donc, je jette un œil au Léon et lui, voilà-t-y donc pas qu'il me renvoie un clin d'œil moqueur.

Ah! Je comprends, c'est ce Léon qui dans la vraie réalité de là-maintenant est en vérité Frédéric.

Bon, si j'étais dans un roman normal et pas dans un blog littéraire, je me laisserais aller à écrire : Là-dessus je me suis réveillée et tiens donc, j'étais endormie et tiens donc encore, tout ça n'était qu'un rêve, Braise, Dracula, Léon, moi, et les autres qui sont peut-être tous là, il y a du monde jusque dans le couloir, je ne les vois pas tous, alors peut-être ils sont tous là.

Ils sont tous là donc et je ne dors donc absolument donc point.

Je suis en pleine donkitude, l'ânerie m'anime ? Alors quoi ? Quoi et r'alors quoi?

- Alors, dit Paulette Dolstein, allez donc faire du flan au lieu de métaphysiquer dans le vide.

J'ai mis le lait à chauffer.

- Et n'oublie pas la fleur d'oranger a dit Braise et Dolstein grommelait que tout le monde savait qu'elle ne tolérait pas la fleur d'oranger.

Léon m'a conseillé de faire du flan nature à côté et les commandes ont jailli,

- Chocolat ! Café ! Vanille ! Verveine ! Violette ! Praliné !

Je faisais celle qui était mécontente de toutes ces demandes, n'empêche, ça sentait bon dans l'Appartement et tout le monde était là à attendre son flan préféré.


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02 novembre 2010

La Carte est le Territoire

Mais qu'est-ce que c'est ?

Sur mon clavier une enveloppe à mon nom.
Mais qu'est-ce que c'est ?
Mais qu'est-ce que c'est ?

Une enveloppe piégée ?
Que dois-je faire ?

Je suis comme une poule devant le couteau, ou bien je suis le couteau et la poule me scrute, ses petits yeux ronds tournant en gidouille pour m'hypnotiser.

Qui a déposé cette enveloppe ? Tant pis, j'ouvre.

Il y a dedans une carte avec un trajet surligné en rose fluo, la carte d'un monde inconnu.

Et un billet d'avion ? de bateau ? de train ? ou de Montgolfière, de rêve ou de n'importe rien que je ne connais pas.

Je n'ai jamais vu ce genre de ticket, mais je suis loin d'avoir tout vu.

Je suis censée faire un aller retour [ Appartement - tnemetrappA ]

Ben tiens, ça c'est signé Dolstein.

Je n'avais jamais songé  qu'elle pût m'écrire.

On voit qu'elle est vieille, non que son écriture soit faible ou tremblée, mais elle est
tracée au porte-plume trempé dans  l'encrier, avec des pleins et des déliés.
L'encre est violet foncé. C'est très joli.

La carte est belle aussi, beaucoup de couleurs éteintes, des fleuves, des montagnes, de la mer, de la plage, des noms ordinaires et poétiques, Littoral, Autoroute du Réel, Province de l'Imaginaire, Frontière du Symbolique.

Il y a des instructions pour la Douane, un Visa de la Réalité sur un passeport de Passante.

Il y a un "Manuel de survie dans l'Inconscient": Le Gros Malin, éditions Sommes Attiques.

Dolstein est contente, elle a réussi son coup, je l'entends rire depuis Batbourg.

H
umour Lacaniaque.

Je fais la poule et j'introjette par la fenêtre le vieux couteau sans manche dont j'ai perdu la lame.

Mais je garde la Carte et le Manuel.


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01 novembre 2010

Jour de fête

- Et maintenant ?

- Hein?

Frédéric me cueille en pleine décomposition restructurante, j'écoute France Inter explorer La Famille: recomposée, décomposée, monoparentale, pluriparentale, exoparentale.

- A quand la famille unipersonnelle, dit Frédéric, et il répète: Et maintenant ?

- Ah ça va, tu dis quoi là ? Et maintenant, que vais-je faire de tout ce temps... c'était quoi après? Il chantait quoi Bécaud après ?

- Oui, dit Frédéric, maintenant c'est après en fait. Le temps du maintenant ne dure pas assez longtemps, le temps de le dire on passe tout de suite d'avant à après.

Je suis embrouillée, qu'est-ce qui se passe, qu'est-ce qu'il dit, et cette tenue ! Il est en suaire ?

- Et quoi? Que qui? C'est quoi que tu dis ? Frédéric !

Il ricane, je le trouve un peu tendu, sec, qu'est-ce qui se passe.

- Qu'est-ce qui se passe Frédéric?

- Et ben, c'est mon jour, je suis venu te dire que j'suis parti, tu te souviens des jours anciens

- et tu pleures, tu suffoques, tu gémis

- maintenant qu'a sonné l'heure...

- Revoilà le maintenant de tout à l'heure.

- Oui, oui.

- Tu dis n'importe quoi, tu es parti depuis longtemps.

- Cinq ans.

- Ce jour n'a pu finir.

- Ce temps s'est enfui.

- S'enfuir n'est pas disparaître, le fait est que tu es toujours là.

- Tu es réaliste.

- Pourquoi aller chercher je ne sais où des explications tarabiscotées alors que nous avons une réponse simple et cohérente: si tu étais "parti" tu ne serais plus là.

- La logique, c'est implacable.

- Tu peux te moquer, ça ne change rien, tu es là.

Il a enlevé son drap blanc et je l'ai retrouvé en lui-même, grand, les yeux bleus, les cheveux  châtain clair plus denses et plus long qu'avant le jour du maintenant, le sourire et tout lui pétillant.

- Tu es content de toi, c'est ça ?

- A moitié. Je pensais te foutre la trouille, je ne m'attendais pas à ce que tu me reconnaisses tout de suite sous mon déguisement de fantôme.

- Je n'ai même pas vu que tu étais déguisé, je t'ai reconnu sans te voir.

Des Lointains, on a entendu la voix de Dolstein qui gueulait, furieuse:

- La mort c'est la fin de tout ! Arrêtez de nier la réalité, il est Mort, MORT, Il-n'est-pas-là !

- Et avec qui je cause alors? lui a lancé Frédéric.

Après un silence furieux on a entendu un bruit abyssal avec échos et réverbérations du son comme dans les films d'épouvante.

C'était le bruit métaphysique de la porte de l'inconscient de Dolstein qu'elle nous claquait au nez, et on a pris une crise de rire.

- C'est le jour des morts aujourd'hui, a dit Frédéric, calmé.

- Il n'y a pas de quoi rire, a ajouté Pierrot dit Pierrot Taille de guêpe, dit Pierrot la Tendresse, dit Papa dans certain milieu composé, vous chiez dans la colle tous les deux.

Le fou-rire nous a emportés.

- Bonne fête les morts !


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31 octobre 2010

Pas de saints chez moi.

- Eh bien, dit Dolstein, en voilà des histoires pour une histoire qui n'est qu'un roman familial. Finalement.

- Finalement quoi?

Dolstein va et vient dans l'Appartement, elle a trié les Michels, remis les (é)mois en ordre et monsieur Troudy respire un peu mieux aujourd'hui.

- Qu'est-ce que vous voudriez y faire, ma chère, les conventions, les us et coutumes, le réel ne va pas disparaître sous prétexte que vous voudriez l'Appartement en dehors de tout, protégé des influences dont vous ne voulez pas.

- Tout est possible ici, c'est l'Appartement.

- Vous ne pouvez inventer ce qui existe déjà. Vous élisez un des mondes possibles et vous voudriez en même temps profiter des autres.

- C'est exactement ça. Et je vais continuer.

Parce que moi, voyez-vous, me suis-je répondue à moi-même, laissant Dosltein en dehors de moi, moi voyez-vous ma chère, je n'ai pas peur de mes mois, je ne crains pas ma foule, je m'y retrouve, moi, figurez-vous.

Et non seulement je m'y retrouve (parce que j'y suis n'est-ce pas) mais encore j'aime y être perdue.

J'ai cru, autrefois, devoir abandonner tout mes petits autres, mais pas du tout, je fais ce que je veux ici.


Dolstein ne s'est pas laissée mettre à la porte de ma tête, elle se fiche de toute exclusion, c'est Dosltein ça, nulle part présente, partout chez elle.
Elle m'a répondu par ma voie intérieure, là où j'étais, tranquillement à l'abri de son écoute primordiale, en train de me causer:

- Toute liberté a un prix. Si vous ne faites pas vous-même le tri, il se fera sans vous.

Il n'y avait rien à répondre à ça, bien sûr, un soupir peut-être, un sourire?

Alors je suis allée me faire cuire un flan.

- Paulette, ça vous dit une part de flan?

- Sans vanille alors.

Car, si Paulette aime le flanc, elle est allergique aux arômes, naturels comme surnaturels.


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15 juillet 2010

Crapauds, vipères, and so on.

- Les héros négatifs, dit Paulette Dolstein, ne sont ni des paradoxes ni des oxymores. Ce sont des personnalités clivées, non par leur besoin ou leur pathologie mais par ceux de leurs contempteurs.

- Je ne comprends rien, dit Troudup, allongé sur le divan, Léon en train de copiner avec les grands chiens noirs de la Dame.

- Cela n'a aucune importance que vous ne compreniez rien, cela en aurait, par contre, que vous compreniez.

- Wohou, grommelle-t-il, je vais finir par en avoir marre vous savez.

- C'est le travail de la cure mon cher, quand vous en aurez fini de ne rien comprendre, vous comprendrez.

- Et ça me fera une belle jambe.

- Vous ne viendrez plus.

- Je serais guéri?

- Il faudrait d'abord que vous soyez malade.

- Je ne suis pas malade?

- A vous de voir.

- Et c'est reparti !

Carabosse, confortablement installée dans le lustre du cabinet de consultation de Dolstein écoute attentivement. Elle comprend, elle.

C'est simple de son point de vue, elle est moche, elle est vieille, elle fait peur aux adultes comme aux enfants et elle a du temps: elle est la méchante.

C'est pourquoi elle organise des séminaires auxquels assistent de belles assemblées.

Pour la dernière édition, on a projeté en ouverture Le Magicien d'Oz, un  grand drame sorcier. On a pu remarquer la présence des sœurs de Cendrillon, Anastasie et Javotte, de la belle-mère de Blanche-neige, d'Eponine et Azelma, Artémise et Cunégonde, les sœurs Fenouillard (qui ne sont pas à proprement parler des héroïnes négatives), de goules et de vampires et, discrète note masculine, le Génie de la lampe d'Aladin entouré de quelques effrits des Mille et Une Nuits.

On a pu entendre des oratrices comme la femme de l'Ogre du Petit Poucet, la Reine des Neiges de Kay et Gerda ou la sorcière gastronome de Hansel et Gretel.

Tous ces négatifs officiels ont discouru sur la Psychanalyse des Contes de Fées, de Bruno Bettelheim, la nouvelle cuisine et les sortilèges alternatifs.

Ils ne sont pas d'accord entre eux, mais intervenants et participants s'entendent sur l'injustice du jugement toujours renouvelé et toujours critique sur leurs personnes.

- Les siècles passent et rien ne change, résume Dolstein, invitée d'honneur, ce qui prouve l'ouverture d'esprit de Carabosse, une humaine en guest star, tout le monde n'en a pas.

- Ben oui, approuve l'andouille qui n'a pas su contrecarrer le sort de Carabosse sur la Belle au Bois Dormant. Je suis trop sévèrement jugée alors que j'ai fait de mon mieux avec des moyens de débutante. Mais personne ne connait mon nom, ça laisse un peu d'espoir.

- Pourquoi, lance Carabosse à la tribune, n'avons-nous pas droit à la compassion, à la pitié, à la rédemption ?

- Rédemption mon cul, répond Zazie, vous êtes trop moches et trop vieux.

Elle inaugure cette année le Café  Sorcellerie sur le thème retournement de situation.

Chez les HN (Héros Négatif) on veut savoir comment cette sale gosse a réussi à figurer en personnage sympathique alors que c'est une teigne mal élevée. Le portrait craché, et ce n'est pas une image, de Carabosse enfant.

Troudup s'en fout, il s'est endormi comme d'habitude.

Quelqu'un au fond de lui protège sa relation avec Dolstein-maman, et pour ça, comme elle vient de le rappeler, il n'a qu'une seule solution, ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire, s'échapper bien avant d'être sur le point de comprendre quelque chose.


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13 juillet 2010

R'évolutes partent en fumée

Ils sont surexcités par le feu d'artifice.

- Mais il n'y a pas de feu d'artifice ?

Il va y en avoir un, ça suffit à mettre des bulles dans toutes les têtes.

Moi je dis que les bulles dans le cerveau anévrisent.

- Oh, dit quelqu'un (mais qui?), pourquoi rabats-tu la joie ?

Je reconnais la voix, c'est moi qui cause.

Le 13 juillet ici, c'est donc bal, bal, artifices, fêtes et joie populaire.

- Belle occasion, dit Dracula, d'honorer le sang, têtes tranchées, têtes aux bouts des piques, révolution !

- Que oui, dit le Troudup, le peuple souverain s'avance.

Troudup est à jeun, que se passe-t-il ? J'entends le silence de Dolstein car son sourire vient jusqu'à moi, Paulette en Joconde dit comme elle sait faire, sans rien révéler, que Troudup est capable d'être un autre que ce lui-là.

- Qu'est-ce vous croyez, aboie Léon (quoi? Hein? Léon aboie?), que nous resterons tous ce que nous sommes ?

- Non, non, non, dit Astrid Tayeurt, la révolution c'est pour tout le monde.
Les planètes nous engouffrent dans leur mouvement, ça tourne, ça vire et nous changerons tous.

Parce que demain c'est 14 juillet, ils sont tous en suspension, le monde va changer de face, ceux qui ne sont rien seront tout (qu'ils disaient).

Dracula prétend qu'il ne craint plus le jour, Braise est d'accord avec lui, Alice et son Albert ont mis des chapeaux de paille, Marianne est en bain de soleil, Batbourg rutile, les Voies Obscures térébrantent, La Bernique hurle, Noé navigue en pleine lune, Bienvenue à la Fabrique est sur le point d'avoir son Frédéric et l'Appartement presque moi: tous mes pays trépignent.

Rachel Z. traduit le sentiment général, demain est un autre jour.

Je sais d'où vient l'embrouille, l'orage de la nuit a détrempé les rêves, ils sont délavés, lourds de nuages crevés, et depuis ce matin je ne sais pas qui je suis.

Que leurs volontés soient fêtes: Bingo !


11 juillet 2010

Zoophilie

- Vipères, crapauds, canard, dit Albert à Paulette, batraciens, reptiles, anatidé.

-  C'est cela, répond-elle, pas de mammifères.

-  Mais Peau d'Âne ? songe tout haut Albert, dubitatif, parce que l'Âne est sacrifié dès le début du conte.

Albert Zukolowsky est le frère de Braise et Rachel, il réside comme elles dans Les Voies Obscures, et comme Paulette Dolstein il est psychanalyste.

-  Qu'est-ce que c'est que cette histoire de mammifères? dit Braise passionnée par contes et mythes pour la bonne raison qu'elle est comédienne.

Je lui répondrais bien, moi, si je savais quoi, mais je n'ai jamais pensé à "cette histoire de mammifères".

- Chez les grecs, dit Dolstein, ils sont les supports essentiels aux péripéties d'Aphrodite, Zeus, etc. Io devient vache, le Minotaure dévore les vierges...

- Mais Léda, dit Albert

- Oui, sourit Dolstein, amusée car c'est une Lacanienne, c'est un cygne, et un anatidé, comme La Mère l'Oye.

- Mais qui fait des enfants, dit Braise. Et qu'est-ce que vous dites du monstre surgi de la mer pour dévorer Hippolyte sur l'ordre de Thésée ?

- Moi, dit Dracula depuis son recoin obscur car il fait grand jour, je dirais transition du reptilien au mammifère, le poisson sort de l'eau, les nageoires deviennent des pattes, le règne de l'homme commence.

Ils me fatiguent ces quatre-là, aujourd'hui, parce que moi aujourd'hui je voulais parler des vipères, des crapauds et du vilain petit canard, parce que j'espérais Cendrillon.

Je voudrais sa version, le discours de Javotte et Anastasie est sujet à soupçons, car n'est-ce pas, de leurs bouches, a dit la sorcière, ne sortiront que des crapauds et des vipères, alors que de celle de Cendrillon jailliront des perles et des diamants.

A moins que les contes ne se croisent dans l'Appartement, celui des pieds, celui des bouches?

Javotte et Anastasie sont des menteuses, Cendrillon n'est pas une cruche molle.

Albert et Braise Zukolowsky et Paulette Dolstein sont partis déjeuner en ville, et moi je reste avec Dracula endormi dans son placard et mes questions, dont une, qu'est-ce que c'est que cette histoire de mammifères ?

Oh Mamie, oh Mamie Mamie blue, oh Mamie blue, je ne reviendrai plus jamais, dans cette ville que j'aimais, plus jamais près de toi Mamie, oh Mammie

Est-ce qu'elle m'entend seulement, ma Vieille au Bois Dormant ?


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22 juin 2010

Etre et avoir l'été

Louka vient de relever une coïncidence remarquable, à Batbourg, en pleine enquête sur une série de crimes, elle est fin juin elle aussi.

Mais quand ici l'été frileux tiédit lentement, là-bas c'est l'été trop chaud, accablé par un orage qui n'éclate pas.

Marianne, Sylvie et Béatrice le disent aussi, et Dolstein si elle ne se fichait pas du temps qu'il fait  le confirmerait, tout Batbourg s'amollit sous la chaleur du climat que je lui ai donné.

Si ce n'était pas l'été, pense Louka, je ne serais pas avec Chauze dans le pré de l'école à faire l'inventaire des morts en buvant les étoiles.

Si ce n'était pas l'été, elle transpirerait moins à porter leurs cadavres, couturés par l'autopsie, dans sa barque trop lourde, pour leur faire traverser les causes de leur assassinat.

Si ce n'était pas l'été s'agacent ces dames de l'ABB, on ne serait pas en sueur dans l'Église à frottis-frotter les statues de bois en s'énervant les unes les autres.

Dolstein et Dieu notent, placides, elle des conclusions sur été et excitation nerveuse et lui sur des déodorants spécifiques.

Les gens de l'Appartement sont chauds et ils ont chaud.

Jusqu'à récemment j'en concluais que c'était à cause du climat, depuis quelques mois je sais qu'il n'en est rien.
Ils avaient chaud parce qu'ils étaient confinés entre les pages.

L'encre ombrait leurs aisselles, moitait leurs nuques raides ou alanguies, le creux de leurs reins cambrés ou enrobés de graisse, la saignée de leurs bras dodus ou trop maigres, le creux poplité de genoux cagneux, ronds, doux, osseux, l'encre encore collait aux crânes les cheveux humides.

Encre affadie, encre transparente, l'encre de leurs veines.

Fini tout ça aujourd'hui, ils suent leur eau, ils suent leurs peurs et rêvent leurs propres désirs.

Ils ont quitté leurs barreaux de mots, leur prison de papier, ils viennent ici porter leur être.

En été, ils puent désormais comme tout le monde.

Que non pense Robert Dieu, grâce au Déo de Roro, ils ne pueront plus, Batbourg embaumera sous tous les climats.

(Dolstein, définitive orpheline, respire le souvenir des odeurs de ses vivants perdus, l'odeur de la vie disparue.)

Dieu pense un atomiseur, pour ceux qui vivent seuls, et ce sont des femmes en majorité, acheteuses de cosmétiques en tout genre.

Transmen va leur vendre de l'homme en brumisateur.

Des compagnons de fumée, ajoute Fabienne Berman, enfermés dans des bougies...

Ragazzi ne dit rien, il aligne des chiffres sans odeur et Berman conclut:

- Une lampe d'Aladin qui sentira l'Homme si on la frotte bien.


16 juin 2010

Fractales

- En passant une après-midi avec Paulette Dolstein, dit Rachel Zukolowsky, j'ai eu cette impression de déjà vécu, d'où peut bien me venir cette near life experience?

- La NLE, dit Dolstein, n'a pas été étudiée, pourtant nous avons sous les yeux tout ce qui est visible.

- Oh eh! reprend Rachel, ça suffit avec les théories! On ne pourrait pas rester sur terre? Je n'y suis pas si souvent.

Et j'assiste à un évènement: Dolstein a les larmes aux yeux, mais elle se reprend aussitôt, et dit à Rachel,

- Tu as raison, parlons autrement de la chose. Qu'est-ce que tu entends par déjà vécu?

- Comme si nous étions de la même famille, comme si tu étais ma tante, comme si nous étions avant ma disparition et aujourd'hui en même temps, je n'y comprends rien.

- Je ne suis pas sûre que nous soyons dans le conditionnel, lui répond Dolstein.

Et elles sont reparties dans l'tourbillon d'la vie.

Ah ben oui, c'est exactement ça, la vie, la mort, tout ça, ce n'est pas une ligne continue et chronologiquement correcte, enfin, à mon avis.

La vie, la mort, ça n'est pas tout droit, ça maelströme, les cercles respirent et se touchent par des endroits inattendus, alors forcément il y a des connexions.

Dolstein et Rachel, par exemple, sont de la même famille mais elles ne le savent pas, à cause du temps qui a passé entre elles, de l'Histoire, et aussi Rachel est morte n'est-ce pas, il y a longtemps, alors que Dolstein est vivante.

En fait, elles ne le savent pas parce que je ne l'avais pas écrit, elles sont de la même famille, et Dolstein n'est pas sa tante mais sa sœur.

Je n'aime pas quand ça se complique par ricochet.

Je me demande si je ne suis pas en train de perdre mon fil d'Ariane et pourquoi il n'y a pas d'Ariane dans mes personnages ?

- Parce que c'est vous! dit Dolstein, comme si j'étais la poule face au couteau. N'oubliez pas que si Ariane tenait le fil pour Thésée, il l'a abandonnée sur l'île et c'est sa sœur, Phèdre, qu'il a épousée.

Dolstein revient avec sa pédanterie innée, mais si naturelle, préciser ma pensée sur le fil:

- Ce n'est pas une pensée, dit-elle, c'est une intuition fondée sur les fractales:
De même que chaque cellule contient tout le patrimoine génétique, que chaque être humain contient toute l'humanité, chaque vie contiendrait toute l'histoire.

L'Humanité a commencé dans l'eau, puis en est sortie à quatre pattes puis elle a avancé sur deux jambes puis notre cerveau a grossi, puis nous avons atteint un autre degré de civilisation puis nous sommes aujourd'hui.

Et bien si nous relevons ce que nous avons sous les yeux: fécondation, divisions de la cellule, redivisions, neuf mois dans le liquide amniotique, une vie de têtard, évolution foudroyante, naissance, reptation, marche, maturation du cerveau, enfance, adolescence, passage à l'adulte, maturité, vieillissement, mort...

L'humanité vieillit, mais si certains mourront de ne plus pouvoir vivre, d'autres surmonteront cet obstacle et continueront, grands vieillards ou corps régénérés jusqu'à des points jamais atteints.
Et nous verrons.

- Nous verrons quoi? lui demandé-je, interloquée, nous verrons quoi, après, après, après?

- Nous verrons ça, justement, ce qui vient après, après, après.

- Régénération! Ah! Très intéressant, très intéressant, dit Lucien Übernix, vraiment, si vous vous vouliez bien vous joindre à nous, madame Dolstein!

- Vous joindre où? lui demande Dosltein qui ne sait pas d'où sort Lucien Ü.

Moi je le sais, il vient de Bienvenue à La Fabrique où il travaille avec son équipe, sans réussir pour l'instant,  à fabriquer Frédéric.

Lucien lui explique, ils partent tous les deux en discutant avec animation, je n'entends qu'un début de la phrase, Lucien dit:

- Or il ne s'agit pas de résurrection

et très vite, ils sont rattrapés par Rachel Z. qui a beaucoup à dire et à offrir sur le retour des êtres disparus.

Ce que la science d'aujourd'hui ne peut pas faire, pourquoi pas celle que j'invente?


25 mai 2010

La Patarôma

Astrid rentre de l'Heureux Marché avec ce truc, enfin, ce machin, qu'elle ne sait comment nommer à son mari le docteur.

Il a rarement vu sa femme aussi déroutée, son Astrid est une grande et grosse femme solide.

Ils regardent tous les deux la pâte informe qu'elle vient de sortir de son caddie.

- Qu'est-ce que c'est? lui demande-t-il.

Astrid sort un lot de fioles en plastiques contenant des liquides très colorés et des moules en silicone, elle les pose à côté de la masse blanchâtre et molle et lui répond:

- La promotion du jour. De la Patarôma.

- Et c'est quoi la Patarôma?  

- Chais pas. C'est nouveau.

Ils se tournent vers moi tous les deux, désemparés. Est-ce que c'est sérieux? Il va vraiment falloir qu'ils en mangent?

Bien sûr, puisqu'ils sont mes personnages.

La Patarôma est issue d'un contrat entre un pool agroalimentaire et Transmen Genetick, ils doivent le tester, Batbourg le teste.

C'est une pâte protéinée, aromatisable, colorisable avec les fioles et façonnable dans les moules en option.

Patarôma + arôme de poulet dans moule poulet = poulet rôti, grillé, bouilli, etc.

Patarôma + arôme dans moule tarte = tarte pomme, poire, fraise, poireau, saumon, etc.

Moi je trouve ça plutôt marrant, on peut mélanger les concepts, poulet rose en forme de tarte, asperges noires arôme rose d'Ispahan, mousse au chocolat parfum porc barbecue.

Mais le docteur Tayeurt et sa femme ne sont pas d'accord.

Ils tournent la tête de droite à gauche, non, non, non, et mettent la chose et ses attributs directement dans la poubelle.

Après quoi Astrid cueille au jardin quelques tomates pour une salade traditionnelle avec des œufs durs.

Dolstein note tous les éléments de la réaction des Tayeurt au Patarômea elle encode la séquence  la sauvegarde, puis elle demande:

- Dites-moi, Berman, c'est si mauvais que ça?

- Je ne sais pas.

Robert Dieu et Bruno Ragazzi non plus.

Mais est-ce que ça se mange? se demande Dolstein.