13 juillet 2010

R'évolutes partent en fumée

Ils sont surexcités par le feu d'artifice.

- Mais il n'y a pas de feu d'artifice ?

Il va y en avoir un, ça suffit à mettre des bulles dans toutes les têtes.

Moi je dis que les bulles dans le cerveau anévrisent.

- Oh, dit quelqu'un (mais qui?), pourquoi rabats-tu la joie ?

Je reconnais la voix, c'est moi qui cause.

Le 13 juillet ici, c'est donc bal, bal, artifices, fêtes et joie populaire.

- Belle occasion, dit Dracula, d'honorer le sang, têtes tranchées, têtes aux bouts des piques, révolution !

- Que oui, dit le Troudup, le peuple souverain s'avance.

Troudup est à jeun, que se passe-t-il ? J'entends le silence de Dolstein car son sourire vient jusqu'à moi, Paulette en Joconde dit comme elle sait faire, sans rien révéler, que Troudup est capable d'être un autre que ce lui-là.

- Qu'est-ce vous croyez, aboie Léon (quoi? Hein? Léon aboie?), que nous resterons tous ce que nous sommes ?

- Non, non, non, dit Astrid Tayeurt, la révolution c'est pour tout le monde.
Les planètes nous engouffrent dans leur mouvement, ça tourne, ça vire et nous changerons tous.

Parce que demain c'est 14 juillet, ils sont tous en suspension, le monde va changer de face, ceux qui ne sont rien seront tout (qu'ils disaient).

Dracula prétend qu'il ne craint plus le jour, Braise est d'accord avec lui, Alice et son Albert ont mis des chapeaux de paille, Marianne est en bain de soleil, Batbourg rutile, les Voies Obscures térébrantent, La Bernique hurle, Noé navigue en pleine lune, Bienvenue à la Fabrique est sur le point d'avoir son Frédéric et l'Appartement presque moi: tous mes pays trépignent.

Rachel Z. traduit le sentiment général, demain est un autre jour.

Je sais d'où vient l'embrouille, l'orage de la nuit a détrempé les rêves, ils sont délavés, lourds de nuages crevés, et depuis ce matin je ne sais pas qui je suis.

Que leurs volontés soient fêtes: Bingo !



29 juin 2010

Trésor international

A peine ai-je franchi le seuil du bureau que Rachel m'interpelle.
Elle m'attendait depuis un moment,

- Non, non, pas spécialement vous, quelqu'un, c'est tout, juste quelqu'un pour partager ma découverte ! C'est un truc, mais un truc  inouï, je n'en reviens pas, quelle trouvaille, c'est la première fois, j'en rêvais bien sûr, tout le monde en rêve mais je l'ai trouvé, je l'ai, je l'ai !!!

- Quoi ? Tu as quoi ?

Elle s'agite, elle respire fort, elle sourit, elle arpente la pièce, passe par la cuisine et revient par l'autre porte du bureau, car l'Appartement est très circulatoire. Il a des couloirs, des portes, des accès surprenants, il faut que j'en dresse le plan, je suis sûre d'y trouver des signes que je ne vois pas, des passages ouvrant sur des lieux mystérieux.

Bref, Rachel arpente.

 - Voilà !

Elle brandit un livret mal agrafé, imprimé noir sur blanc, format  petit carnet ou bien mode d'emploi thaïlando-javanais.

- Et alors ? Un nouveau mode d'emploi à traduire, c'est la routine.

- Pas celui-là. Celui-là m'est parvenu par des Voies Obscures.

- Forcément, tu résides dans le manuscrit qui porte ce nom, Par des Voies Obscures, c'est chez toi.

- Oui mais non, c'est encore plus Obscur. Je me suis réveillée ce matin avec, dans la tête, une voix qui me disait, lève-toi, ouvre le livre  qui est en haut de l'armoire. J'ai trouvé la Merveille des merveilles !

- Mais enfin, qu'est-ce que c'est?

Elle me montre solennellement un petit livret imprimé de hiéroglyphes, de runes, de signes dont je ne parviens même pas à imaginer l'origine.

- Je n'y comprends rien.

 - C'est ça ! On n'y comprend rien ! C'est un talisman, Le Mode d'Emploi des Modes d'Emplois: Le MEME. Perfection de l'impénétrable.

Et je comprends enfin ce qui l'excite tant. Elle, dont la spécialité est de décoder tous les langages connus pour en faire des textes banalement pratiques, a enfin trouvé son maître, l'Intraduisible.

- L'Illisible, dit-elle, pas l'intraduisible. Dès que je serai parvenue à le lire, je le traduirai! C'est un Trésor... Mais un Trésor...  Sidéral. C'est ça, il vient peut-être des étoiles!

Je suis blette, blasée et désenchantée, je n'y crois pas une seconde.

Je pense, sans le lui dire, je ne veux pas doucher son enthousiasme, que de l'illisible il y en a des quantités en vente libre sur le Net.


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23 juin 2010

Fass foude

Marité

Hannah, Féla, Rachel Z., et Jeannette  sont dans la cuisine de l'Appartement.

- Qu'est-ce que c'eï lé fass foude? dit Hannah, ma grand-mère personnelle qui ne se souvient pas des Wimpy et autres Macdo qui ont poussé dans Paris quand elle vivait encore.

- Des Macdou, voilà ce que c'eï dit Jeannette en se moquant de l'accent de sa mère.

- Né té mok pas dé ta mèïre, gronde Féla.

- Woï, woï, woï, concluent-elles d'une seule voix, lé fass foude, c'est pas kasher.

- Il y en a de casher, dit Rachel, il y a des orthodoxes qui mangent des hamburgers, même à la maison leur femme en fait.

- A la maison ? Dans la kvisine ?!!

Elles sont outrées.

Oh bien sûr, le rabbin dit c'est kasher parce que la cacherout est respectée mais on ne peut pas nourrir sa famille comme ça !

- Mais où sont-elles leurs familles, se demande Rachel Zukolowsky, où est une famille qui ne se réchauffe plus au même feu, qui ne mange plus à la même table ?

Et si elles avaient raison les grands-mères? pense-t-elle, si c'était ça qui nous nouait ensemble, manger cette cuisine-là, du bouillon avec des kneidelers, ces gâteaux-là, ces plaisirs-là ?
Si ça n'était que ça la famille, des estomacs pleins de la même nourriture?


Rachel est seule devant le mode d'emploi en français de Chine d'une urne funéraire pour poisson rouge.
Elle se demande par où passe l'amour, où sont les morts qui n'ont pas d'urne.

Moi je crois qu'il aurait fallu les manger, au moins. Absorber leurs corps, les digérer avec nos corps, les prendre en nous pour les garder toujours.
Je suis une sauvage, ceux de ma tribu sont les miens et je suis à eux.

Mais aujourd'hui Rachel et moi, nous sommes orphelines jusqu'à nous mêmes.


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16 juin 2010

Fractales

- En passant une après-midi avec Paulette Dolstein, dit Rachel Zukolowsky, j'ai eu cette impression de déjà vécu, d'où peut bien me venir cette near life experience?

- La NLE, dit Dolstein, n'a pas été étudiée, pourtant nous avons sous les yeux tout ce qui est visible.

- Oh eh! reprend Rachel, ça suffit avec les théories! On ne pourrait pas rester sur terre? Je n'y suis pas si souvent.

Et j'assiste à un évènement: Dolstein a les larmes aux yeux, mais elle se reprend aussitôt, et dit à Rachel,

- Tu as raison, parlons autrement de la chose. Qu'est-ce que tu entends par déjà vécu?

- Comme si nous étions de la même famille, comme si tu étais ma tante, comme si nous étions avant ma disparition et aujourd'hui en même temps, je n'y comprends rien.

- Je ne suis pas sûre que nous soyons dans le conditionnel, lui répond Dolstein.

Et elles sont reparties dans l'tourbillon d'la vie.

Ah ben oui, c'est exactement ça, la vie, la mort, tout ça, ce n'est pas une ligne continue et chronologiquement correcte, enfin, à mon avis.

La vie, la mort, ça n'est pas tout droit, ça maelströme, les cercles respirent et se touchent par des endroits inattendus, alors forcément il y a des connexions.

Dolstein et Rachel, par exemple, sont de la même famille mais elles ne le savent pas, à cause du temps qui a passé entre elles, de l'Histoire, et aussi Rachel est morte n'est-ce pas, il y a longtemps, alors que Dolstein est vivante.

En fait, elles ne le savent pas parce que je ne l'avais pas écrit, elles sont de la même famille, et Dolstein n'est pas sa tante mais sa sœur.

Je n'aime pas quand ça se complique par ricochet.

Je me demande si je ne suis pas en train de perdre mon fil d'Ariane et pourquoi il n'y a pas d'Ariane dans mes personnages ?

- Parce que c'est vous! dit Dolstein, comme si j'étais la poule face au couteau. N'oubliez pas que si Ariane tenait le fil pour Thésée, il l'a abandonnée sur l'île et c'est sa sœur, Phèdre, qu'il a épousée.

Dolstein revient avec sa pédanterie innée, mais si naturelle, préciser ma pensée sur le fil:

- Ce n'est pas une pensée, dit-elle, c'est une intuition fondée sur les fractales:
De même que chaque cellule contient tout le patrimoine génétique, que chaque être humain contient toute l'humanité, chaque vie contiendrait toute l'histoire.

L'Humanité a commencé dans l'eau, puis en est sortie à quatre pattes puis elle a avancé sur deux jambes puis notre cerveau a grossi, puis nous avons atteint un autre degré de civilisation puis nous sommes aujourd'hui.

Et bien si nous relevons ce que nous avons sous les yeux: fécondation, divisions de la cellule, redivisions, neuf mois dans le liquide amniotique, une vie de têtard, évolution foudroyante, naissance, reptation, marche, maturation du cerveau, enfance, adolescence, passage à l'adulte, maturité, vieillissement, mort...

L'humanité vieillit, mais si certains mourront de ne plus pouvoir vivre, d'autres surmonteront cet obstacle et continueront, grands vieillards ou corps régénérés jusqu'à des points jamais atteints.
Et nous verrons.

- Nous verrons quoi? lui demandé-je, interloquée, nous verrons quoi, après, après, après?

- Nous verrons ça, justement, ce qui vient après, après, après.

- Régénération! Ah! Très intéressant, très intéressant, dit Lucien Übernix, vraiment, si vous vous vouliez bien vous joindre à nous, madame Dolstein!

- Vous joindre où? lui demande Dosltein qui ne sait pas d'où sort Lucien Ü.

Moi je le sais, il vient de Bienvenue à La Fabrique où il travaille avec son équipe, sans réussir pour l'instant,  à fabriquer Frédéric.

Lucien lui explique, ils partent tous les deux en discutant avec animation, je n'entends qu'un début de la phrase, Lucien dit:

- Or il ne s'agit pas de résurrection

et très vite, ils sont rattrapés par Rachel Z. qui a beaucoup à dire et à offrir sur le retour des êtres disparus.

Ce que la science d'aujourd'hui ne peut pas faire, pourquoi pas celle que j'invente?


20 mars 2010

Modes d'emploi

Rachel Z.

Je signe d'un Z qui veut dire Zukolowsky.
Je peux faire comme tout le monde et me présenter dans les formes, je suis, donc, Rachel Z.

Je suis de la cohorte des Gens de l'Appartement, j'écris des modes d'emplois pour gagner ma vie.
Je veux être écrivain, j'écris des romans, des histoires, je me demande si je ne devrais pas changer de métier, je crains d'attraper le style mode d'emploi et de ne pouvoir m'en défaire.


J'ai mis le tableau d'Ensor par impulsion l'autre jour, c'est tellement fort quand tout est dit dans une image, dans un mot, la perfection de l'expression concise, ah la la, je ne connais rien de mieux.
D'ailleurs j'arrête là.

Je colle en dessous un exemple de ce que j'ai à "mettre en forme" (ah! ah!), vous comprendrez à quoi s'appliquent mes doutes, et mon temps, by the way...

La meilleure chose dans le Viagra c’est l’assurance qu’on peut «voler en pilote automatique». Affaibli on découvert le pot aux roses, le pénis reste prêt, même si on arrête (les enfants frappent à la porte de la chambre à coucher, le chien aboye, le condom glisse). Quand on prend le Viagra, ça peut être une grande surprise pour un partenaire. Un conseil: ne lui dîtes pas que vous prenez le Viagra, le jugement féminin porté sur soi-même est aussi vulnérable que le nôtre.

Pénis des Meilleurs

Aussi Un Petit Homme Devrait Avoir Une Grande Taille

Mon Pénis Me Demande de Danser! Profitez de la Suite!

Je Secouer Mon Pénis! Il Semble Erotique!

Jouer Cricket votre Pénis

Je Masquer La Plus Flèche Dans Mon Slip!

Hein! Du style, y en a. Le traitement de texte affiche "Ajuster les colonnes", je pouffe, c'est nerveux.

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17 mars 2010

Les Gens de l'Appartement

Rachel Zukolowsky

ensor_retrato Paulette Dolstein et Marianne Defair ont sans doute leurs raisons de se présenter à coup de "C'est tout. Et pis ça suffit comme ça", moi ça me gave, mais puisque c'est la mode de se présenter au Blog en métaphore, genre chacun sait c'qu'i sait et chacun se démerde, voilà mon "pis c'est tout" à moi.

C'est un portrait des gens de l'Appartement, c'est pas exactement ça, mais y a d'ça. (Y a de la pomme aussi).

Ensor est belge comme notre logeuse, alors il y a sûrement un rapport entre son tableau du carnaval et le défilé des Gens dans Le Blog...

Moi, je me vois très bien derrière le masque blanc aux cheveux orange du troisième rang, le regard plié en portefeuille d'après la fête... Mais en vrai, je suis pas mal du tout.

Bonjour les Gens pas de l'Appart'!

Moi c'est Rachel Zukolowsky.

 

 


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