06 janvier 2015

Magie des frites

- Argh... beurkh... bleah... Marianne apprend ce matin le sens de "avoir mal aux cheveux". Elle s'est demandé toute la soirée pourquoi des frites ? sans compter les verres, et voilà, ce matin, elle subit la chose qu'on attrape quand on boit trop.

- Pourquoi moi ?

C'est vrai ça, pourquoi elle ? Marianne, c'est la femme raisonnable, bien élevée, centrée sur sa maison, ses enfants, son mari, son jardin, Marianne ne boit jamais trop, ne parle jamais trop, ne dort jamais trop, Marianne ne fait jamais rien trop, alors ?

Et pourquoi est-elle la seule de tout l'Appartement à avoir la face de chêne ? (la gueule de bois n'est-ce pas, cette précision pour les nombreux lecteurs des USA dont je me demande qui ils sont ?!) 

- C'est la Magie des Frites, dit Frédéric,  Wouaahaaahahahhahahahhaah !

- C'est ça, dit Troudup, espère ! Qui c'est l'espécialiste ? Passke cette histoire de capitaine de soirée, moi j'dis c'est foireux, i vaut mieux en choisir un qui trinque, au lieu d'en choisir un qui trinque pas, ça laisse tous les autres aux affaires. 

- Mais non, c'est moi dit Léon. En tant que chien qui parle j'ai le pouvoir de concentrer sur un seul estomac tous les désagréments de la cuite. C'est grâce à moi que mon Troudup a supporté des années de Bukowskaïa sans finir à l'asile avec des éléphants roses, des serpents tremens et un foie en poudre. Le premier à quitter Le Petit Renard a emporté toutes les cuites, c'était elle.

Qu'à celà ne tienne crie Marianne en silence à son for intérieur enflammé, avec des ciseaux de cuisine elle soigne le symptôme : plus cheveux, plus mal aux cheveux.

- Quand même, dit-elle au miroir de la salle de bains, ça valait le coup. Son élagage sauvage l'a tellement changée qu'elle ne se reconnait pas, c'est ça qui valait le coup. En face d'elle, elle voit une femme inconnue, une femme dense, déterminée, à quoi, elle ne sait pas encore, mais pleine de force. Ben ça alors, elle se dit, ça alors, il suffisait de couper les cheveux, au contraire de Samson, pour retrouver l'énergie perdue !

- Wouahhhahhhaaaahahahahhaaah ! Magie des frites !!!

Moi (Ze Taulière) je me dis qu'il faut que j'opère quelques réglages pour Frédéric, il ne peut pas rire comme ça tout le temps, il faut lui redonner un peu de texture.

- T'occupes, Taulière, qu'il me répond, j'irai vaquer dans la Kouizine, tout s'enchantera de nouveau et je rigolera si je voudra... ahahhaaahhaaahhaahaha !

Quelqu'un, très loin, reçoit un éclat, un morceau de rire et en deux mots, en chantera...

- Ohhh ! comme c'est doux... dit Frida et se rendort, momentanément. 

Ben moi ça me va.

 

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04 janvier 2015

Longtemps je me suis couché de bonne heure

Nono et Troudup sont cueillis à froid, un cuisinier ?

- Besoin d'un cuisinier ? répète Nono 

- Un cuisinier ? dit Troudup

Frédéric, indifférent à la stupeur qu'il vient de provoquer, s'occupe de l'ordre dans lequel il va boire ses commandes, il se décide pour le tilleul d'abord, en guise de purification, parce que là d'où il vient...

- Là d'où je viens se demande-t-il, là d'où je viens ? mais.. mais... d'où ? d'où... d'où... doudou... doudou ?

Fort opportunément, il oublie ses questions dès qu'il se les pose, oubli pur, oubli fécond, il ressent un grand calme, un apaisement profond, il l'attribue au tilleul, il avait oublié le goût du tilleul, cet effet bienheureux. Encore une gorgée, et une autre et il n'a plus été mort, il ne sait pas qu'il est dans une fiction que je suis en train d'écrire, il est là, debout, accoudé au comptoir, le regard tourné vers le fond du Petit Renard, là où il devine une cuisine vide. Vivant. Vivant.

Nono voit la transformation s'opérer en temps réel, il est stupéfait, il se fait machinalement un tilleul, il le boit et dit

- Ben ça alors, je me rends compte à l'instant que j'ai besoin d'un cuisinier, et le temps de finir l'élixir, il sait qu'il va accomplir son vieux rêve, ouvrir  La Grosse Lapine, un tripot officiellement clandestin. Troudup a soif, son verre est vide, il dit

- Eh Nono, la même chose, et Nono lui sert sa même chose, un tilleul que Troudup, la tête ailleurs, boit cul sec, mais il ne se brûle pas car j'y veille et sur lui aussi la transformation s'opère, il va reprendre le comptoir du Petit Renard, avec Léon et un cuisinier, ben tiens, y en a un juste là! Merveille !

Oh oui, 2015 est une année tranchante, une année ambitieuse et fertile, 2015 année du libre arbitre sans uniforme ni sifflet.

 

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03 janvier 2015

Temps Mort

- Y a plus qu'à choisir, dit Troudup.

- Ben oui, dit Nono, moi je prends  l'heure de l'apéro: 12h et 18h35 

- Y a pas d'heure pour l'apéro, je vais me prendre un jour, la Saint Truc tiens j'vais prendre, le jour de l'open bar. T'as du Schoum en réserve ?

- Tu penses, j'ai forcé sur la commande, j'en ai pour deux ou trois vies.

- Alors c'est bon, c'est Saint Truc pour toujours.

- Des fois j'irai vers un 6h du mat' , dit Nono, quand ça me prendra d'avoir envie d'un p'tit croissant crème.

- Ah ben ouais, passk'on peut changer...

- Un peu qu'on peut, on peut même choisir d'être mardi matin ou samedi soir là tout de suite.

- Là tout de suite on n'est pas samedi soir ?

- Nan, on est samedi 12h55.

- Alors ça, j'm'en fous, moi l'heure qu'il est, j'ai jamais suivi.

Le petit Renard est désert, Nono et Troudup ont beau persister à causer dans le vide dans l'espoir que les autres vont arriver, rien, nib, queud'. La mort du temps a fait des dégâts dans les habitudes. Plus d'heure, plus de jour, plus de date, plus de règles, il faut être Troudup pour se foutre des horaires.

- J'm'en fous pas, j'les sais pas, c'est tout.

- Moi, dit Frédéric, ça m'arrange,

Il vient d'apparaître au comptoir, Nono sursaute un peu mais bon, un nouveau client c'est toujours une bonne surprise, Troudup en a vu d'autres, il vide son verre, Nono le remplit.

- plus d'hier, plus d'avant, plus d'après, dit Frédéric, je ne suis plus tellement mort. Hola tavernier, un pastis on the rocks s'il vous plait, avec un tilleul menthe, un café serré, un galopin et une suze cassis, j'ai du retard à rattraper qu'il dit, et d'ailleurs, vous cherchez pas un cuisinier ?

 

 

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27 novembre 2014

La Paire Louze

- Vas-y, fais ta perle, allez vas-y !

- Blup blup blup

Léon, habituellement blasé, est intrigué. Troudup parle tout seul, il parle aux collègues même quand ils ne sont pas là, il ronfle, il chante, il rêve mais jamais il n'a parlé à une huître. Qu'elle réponde, Léon n'en est pas tellement épaté, lui aussi il parle, pas de quoi en faire un flan.

L'accouchement continue,

- Blup, blup, blup

L'Usine s'en émeut, le trio s'intéresse, si l'huître peut pondre à la demande, Le Marché répondra, Dolstein prend des notes, Dieu scrute, Fabienne fait des listes de points de vente, Ragazzi esquisse un bijou pour homme autour du concept de l'accouchement et pendant ce temps-là, Troudup encourage,

- Vas-y ! Vas-y ! Il n'a pas d'enfant mais il sait que dans ces cas-là on dit respirez, respirez, pousseeeeez! Oui !! Encore !!! C'est bien ! Mais où c'est qu'elle pousserait Marcelle ? Quant à respirer, il ne sait pas par où ça palpite l'huître de terre.

Car Marcelle est une huître de terre que Troudup a acclimatée à son dernier réveillon, vers juillet. Il a oublié quelques coquillages et voilatipas qu'un soir où il s'était endormi dans la cave il a entendu crr crr crr, c'était Marcelle, pimpante, Marcelle, presque fraîche, mais surtout Marcelle vivante !

- Banco, j'commence l'élevage, s'est-il écrié.

Et voilà, le Moment est arrivé.

- Vas-y ! Vas-y ! 

A l'Usine, on pense que pour la perle, c'est pas gagné mais l'huître de terre, ça va faire du bruit.

- Ah oui, hurle le Marché, manger ! Manger ! Manger !

- Il est bien bouclé, demande Fabienne Berman un peu inquiète, parce qu'à l'Usine Dolstein est la seule à savoir mater la bête.

- Mais oui, répond Robert Dieu agacé, de toute façon je l'ai nourri ce matin.

- Ah ben moi aussi, dit Ragazzi, il n'a pas déjà faim !

- Le Marché, dit Dolstein,a toujours faim, dévorer c'est sa névrose.

Marcelle le sent, elle tremble et Troudup affolé par les grondements du Marché lui dit:

-Vas-y ! Vas-y ! Chie-zi  des colliers à L'Enflé.

- Blup blup blup !?!

 

 

14 septembre 2014

Sometimes i feel like a motherless child

- Comment ça pas de vacances ? Et l'été, tout l'été, c'est quoi ?

- Nan, personne est parti, dit Troudup, personne. On était trop inquiets, on sait pu où on en est.

- Vous en êtes toujours au même point, dans l'Appartement, toujours prêts à vous envoler...

On discute un moment Troudup et moi, et il finit par me dire le fond de la chose. Il paraît que depuis que je me suis mise à ce nouveau texte, je les délaisse, je ne les aime plus, parce qu'ils sont les vieux, les anciens personnages d'anciens manuscrits, alors...

- Alors quoi ?

- Loin des yeux...

- Mais pas du tout, alors là, pas du tout !

Je trouve que Troudup exagère, spécialement lui que j'aime peut-être un peu plus que d'autres.

- D'ailleurs, y a qu'à voir le dernier message, hein, c'était pas brillant.

Je pique du nez, que dire ? Je n'aurais pas dû le laisser monter son numéro ? les Twirling Tarlouz's, il dit que c'était de mauvais goût, j'aurais dû les laisser à leur soûlerie et ne pas les dénoncer. Ou bien les laisser répéter assez longtemps pour que ce soit grandiose. Ou les aider ?

Bon, ça c'est vrai. Ou pas. Est-ce que je dois les empêcher de faire n'importe quoi ?

- Mais mon cher Troudup, c'est votre rôle dans ma vie d'être toujours là, toujours prêts à faire et dire n'importe quoi, sans vous pas d'excès, pas de rêves, pas d'amour désintéressé, j'ai besoin de vous.

- Ah bon ? Ah ouais ? Ben tiens et ça alors ! Bon d'accord.

Troudup redevient lui-même, la joie le remplit, il se dilate d'aise et lance 

- Allez hop, vazy Nono, champagne !! et du Ruinart s'te plait, c'est pour du sérieux.

Et nous trinquons Nono, Troudup et moi, un petit bol pour Léon qui nous regarde les yeux mouillés, dans le doux bruit que fait le silencieux sourire de tous les Gens de l'Appartement...

Les gens qu'on aime ont besoin de nous, surtout ceux qu'on a un peu inventés.

 

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05 septembre 2014

The Twirling's Tarlooz

- Un jumelage dit Laprune, le maire de Batbourg, ça donne beaucoup de travail pour pas grand-chose.

- Vous avez tort monsieur le Maire, dit Denise de Lhéry, vous avez tort, regardez le dossier de presse, Bourg-Lez-Nains, ça n'est pas n'importe quel village, ils ont un très gros budget, ils gèrent très bien leur commune, et on n'est jumelés avec personne.

- Moi je suis pour, dit Fabiola Nibard, ils sont en train de mettre à jour des thermes romains, nous, nous avons la villa gallo-romaine, ça ouvrirait un circuit touristique, ils ne sont pas très loin de nous.

- Moui, dit le maire, moui, 40 km, c'est tout près. Votons.

Le vote acquis, il ne restait plus qu'à convaincre Bourg-Lez-Nains de se jumeler avec Batbourg.

Et voilà pourquoi depuis un mois l'Achille Souche et Troudup répètent en secret pour la réception des élus de Bourg-Lez-Nains. Le projet est né au Petit Renard à l'aube d'une nuit féconde (à cause qu'on arrosait racontera Troudup), Nono sponsorise le numéro, il fournit les costumes et les boissons.

Léon a dû entrer dans l'affaire, ce qui a donné bien du mal à Melle de Lhéry bombardée costumière et habilleuse, il est le seul à avoir le rythme dans la peau, pour l'occasion il aboiera en cadence:

Le Petit Renard de Batbourg

présente

Troudup, l'Achille et Léon

dans

 The Twirling's Tarlooz.

Nono et Denise sont les seuls spectateurs de la dernière répétition, Nono se gratte la tête, il n'a pas réussi à leur faire changer de nom, il n'est pas sûr que ça va les servir, ni le thème d'ailleurs, et les costumes non plus finalement, trop de paillettes peut-être ? Ou les bâtons ? A moins que ça ne soit le rose des tutus ? 

Et un et deuz et trois

Ouah ouah ouah

Pam palala papam palala papam palala papam

Quand même pense Nono, ça en jette, la musique, les costumes, Léon, c'est du spectacle.

Denise est émue, c'est son baptême de show biz, elle dit dans sa tête

- Putain, la vache c'que c'est beau le music hall ! C'est la première fois qu'elle dit des grossièretés pareilles,  elle se sent toute chose.

 

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14 juillet 2014

Ersatz's life ...

Happy Hours ça boume au bar à Schoum, Denise court dans tous les sens, elle a demandé de l'aide à Corinne Mars mais tu parles d'une aide, elle est ronde !

- Comme une queue de pelle ! qu'elle chante, comme une queue d'pelle, comme uen queud'. Et elle s'écroule en rigolant sous... (sous quoi ? Qui sait ?)

Elle aurait mieux fait de demander à Fabiola Nibard ou bien à ces dames de l'ABB*.

Le Bar à Schoum est bourré à craquer, même il est bourré tout court, Denise se demande, elle n'ose pas en tâter, si ça met dans des états pareils, peut-être que même sa tisane de Boldo la rendrait chèvre (c'est déjà fait dit Léon en version chien, wouah wouah).

En face, depuis le comptoir du Petit Renard, Nono regarde le Bar à Schoum se remplir encore et encore et  personne ne sort. Chez lui c'est désert.

- Mais enfin monsieur Troudy, dit la vieille demoiselle à Troudup, mais enfin monsieur Troudy, que se passe-t-il ?

- C'est du marque et ting, qu'il répond, un tu marques et ting t'encaisses.

- Je ne comprends pas poursuit Melle de Lhéry.

- Ting, ting, ting dit la caisse enregistreuse, alors elle comprend qu'il y a quelque chose à comprendre. 

- Je croyais que le marketing c'était le packaging et le positionnement, dit-elle entre deux cavalcades dans le cellier pour remplir les frigos de Schoum, et les congélateurs de glaçons.

- Exakête dit Troudup, le Schoum on l'sert dans l'verre à whisky, c'est l'pacage, et l'reste, c'est ce que j'y ai positionné dedans.

Et voilà, Troudup ne sort pas des mêmes écoles que Robert Dieu, Fabienne Berman ou Bruno Ragazzi, mais c'est un intuitif, un sensitif, un génie naturel:

- Le Sorbitol, qu'i dit à Léon, le Sorbitol, OK, ça donne un goût. Le fumeterre et la bugrane, pas de problème, le Piscidia erythrina, rien à dire, pareil pour Alvérine citrate, mais le scandale c'est l'alcool à 95°, 40,5mg, on n'y sent pas, c'est n'importe quoi. 

Il a inversé les doses d'alcool et de Sorbitol, c'est la même chose qu'i dit, j'ai rien changé à la composition, c'est les mêmes truc dedans: 70% d'alcool (à la louche, ben oui), 40 mg de Sorbitol (à la pipette, faut faire gaffe avec ça). Résultat, succès, épicétou !

*Association des Bénévoles de Batbourg, dite aussi La Bébé histoire de rigoler (humour Batbourgeois, moi je ne vois pas ce qu'il y a de drôle).

 

Au fait clame l'Appartement par la voix et la voie de tous ses habitants, de tous les passants, de tous ceux à venir :

- Bon Anniversaire à La Taulière !

- Merci, je dis sobrement. Mais au fait quoi ?

- Au fait qu'on est 14 juillet.

- Ben oui.

 

 

 

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19 juin 2014

Le Bar à Schoum

- ... et c'est avec fierté que j'inaugure aujourd'hui ce lieu né de l'initiative conjointe de Denise de Lhéry, mon adjointe de maire et de Michel Troudy...

Brouhaha dans le champ de l'Augustin Souche, père de l'Achille. On s'demande, on s'interroge, la Denise et le Troudup ?! Jacques Laprune, maire d'expérience, poursuit

- et je suis fier, et je suis fier, il a perdu son discours, tant pis, et je suis fier de couper le ruban de cette première pierre qui marquera d'un jour nouveau les alcooliques, euh, les buveurs, ah ben non, bref, ici hier, c'était le champ du Souche, ici aujourd'hui, s'ouvre l'ère nouvelle du Bar à Schoum.

Et de s'applaudir tout seul, dans l'incompréhension générale.

- Un bar à Schoum, c'est quoi c't'engin ? la question fuse dans l'anonymat.

Nono rigole, c'est pas ce bar-là qui lui fera concurrence.

- Euh là ! Calmos la bande à personne! Troudup en majesté s'avance, presque à jeun, il écarte le maire d'un geste impérial, le Bar à Schoum, c'est l'ami du foie, le copain de la vésicule, le Roméo de la gueule de bois ! Passque moi j'dis, boire c'est bien, mais on peut pas toujours refuser la science. Qui c'est qu'en a pas marre de s'réveiller avec la tête dans l' Wouah ! Wouah ! crie une partie mâle de l'assistance, soutenue en contrepoint par les aboiements de Léon et le soprano de Corinne Mars avec en fond, rythmant le thème, le schhschh marin de la foule d'au moins vingt non buveurs: un choeur de tragédie grecque.

- I zon compris, ça y est, dit Troudup au maire.

Puis il pousse Mademoiselle de Lhéry en première ligne et la laisse seule face à un groupe désormais scindé, où la tension palpite.

- Mes chers concitoyens, mes chères concitoyennes, un Bar à Schoum c'est la réponse sociale à un problème endémique qui nous...

- Ah  ça va comme ça! lance la Myrtille Souche,  vas-y Achille, c'est l'champ à ton père, t'as l'droit de causer.

Achille y va d'un pas lourd, les pieds bottés par la glaise stérile du champ de son père, qu'il a cédé à la commune contre le passage en zone constructible d'un bon lopin à la sortie de Batbourg, faut qu'ça prenne c't'histoire-là.

- Voilà, qu'il dit à tous, en face, c'est Le P'tit Renard, et Nono, il est pour, Nono opine, à côté, c'est La Grosse Lapine, silence, nul n'opine, eh ben ici, c'est l'antidote. Le Schoum, c'est le sauveur des foies trempés, le Schoum, c'est l'petit Jésus des tournées, Vive le Schoum !

Tout le monde applaudit et part vers le vin d'honneur, offert par la mairie chez Nono. Melle de Lhéry a la mine chafouine,

- Qu'avait-il besoin, glisse-t-elle à Fabiola Nibard, la directrice de l'école, qu'avait-il besoin de citer La Grosse Lapine, et Fabiola opine à son tour, opine de ch'val pense-t-elle malgré elle, opine de ch'val, elle ne va pas s'en débarrasser facilement, Lapine de ch'val, forcément puisque la Grosse Lapine ...

Moi je suis un peu ennuyée, non, disons que je suis surprise.

Je n'ignorais pas l'existence d'un bordel clandestin à Batbourg, en face à droite du Petit Renard et à gauche de l'école. Même si je n'en ai jamais écrit un mot,  je le savais. Les ignorants et les gros malins rétorqueraient, si je leur laissais la parole, que l'auteur est responsable de tout, sait tout, peut tout. Et bien non, ce bordel, un matin, il était dans ma tête alors que la veille, rien. Il existe, certes, je suppose qu'il est né des pulsions sauvages de certains de mes personnages, je n'y peux rien, c'est là, c'est comme ça.

En attendant le retour des refoulés, Denise s'active dans le nouveau Bar, quand ils vont revenir du vin d'honneur, ça sera tournées sur tournées, Schoum à flot !

Batbourg entame-t-il une ère nouvelle? A quand le Bar à foie de morue ? le Bar à Efferalgan ? Le Bar à cuiller d'huile d'olive avant cuite ?

Ah quand ! Quand et quand ! comme disait Federico Garcia Lorca qui savait de quoi il parlait (lui).

16 mai 2014

Quand tique la mécanique

- Ce matin, au sortir d’un rêve agité, je me suis éveillée transformée dans mon lit en un véritable robot. 

Paulette Dolstein ne reconnaît pas la personne, est-ce une personne ? allongée, n'est-elle pas posée ? sur son divan.

- J’ai un ordinateur à la place du cerveau, un moteur à la place du cœur, des tubes aspirants à la place des bras, des pattes à roulettes. 

C'est vrai pense Dolstein, c'est vrai, elle le voit.

- J’ai des  caméras à facettes à la place des yeux, un sac à poussières à la place de l’estomac, un foie ionisant qui désinfecte les déchets. 

Dolstein constate qu'une évacuation externe subsiste, située vers le bas de ce qui autrefois était un tronc de femme, par où sortent des boulettes atomisées par un puissant laser.

C'est pratique, bien conçu, ergonomique et synergique, le travail a été bien fait, la "personne" qui est là est devenue un parfait robot ménager. Ménager fait tilt, Dolstein a reconnu son analysante.

- La maison n’a jamais été aussi propre, dit Madame Bovary.

Qu'est-il arrivé à cette femme ? se demande Dolstein. Elle se raccroche aux faits, le nom de sa cliente est réellement Bovary, fille de monsieur et madame Bovary qui l'ont prénommée Emma par hasard sans rien savoir du personnage d'un Flaubert inconnu d'eux.

- C'est un comble, dit Braise, depuis le plafond du cabinet de Dolstein où elle passe de loin en loin d'agréables moments à observer les séances.

A quoi Dolstein se contente de répondre par un hochement de tête.

- C'est un comble que cette Madame B. ait su venir jusqu'ici dire qu'elle ne peut rien dire.

Emma B. serait penaude si elle pouvait exprimer quoi que ce soit d'autre que des besoins en énergie par le truchemment des clignotants qui figurent ses yeux.

- Et si, dit Troudup, si on luizy mettait un chapeau à ventilateur pour y donner de l'élétrissité ?

- Et pi ça s'rait plus féminin, ajoute Myrtille Souche qui sait de quoi elle parle.

Dracula sort d'une poche intérieure (son inconcient ?) sa bible personnelle, j'ignorais qu'il en eut une ni que ce pusse être celle-là, et lit tout haut :

Un matin, au sortir d’un rêve agité, Grégoire Samsa s’éveilla transformé dans son lit en une véritable vermine.

Et pourtant pensé-je, quoi de plus cohérent que Dracula lisant Kafka ?

 

30 avril 2014

A la tienne, Marcel !

- Monsieur et Madame ont un fils: comment s'appelle-t-il ? demande Nono au comptoir.

- Ben les parents comment ki s'appellent ? demande le Souche.

- On s'en fout, Achille, c'est le nom du fils que j'demande.

- On peut pas jouer sans les parents, dit le Souche.

- Oh là là ! il est copieux çuissi, dit Troudup, à ton âge t'as pas besoin de tes parents !

- Eh ben alors, dit le Souche, vas-y, t'as qu'a l'dire comment ki s'appelle le fils !

- J'en sais rien.

- Ouais, dit Nono, c'est ça.

- Alors i dit ki sait pas et c'est lui qu'a raison ? I s'appelle Issaipa le fils ?

- Nan, dit Nono. Jean Sairien.

- Faizy un dessin, dit Troudup, i va pêter une durite.

- Tu sais lire ? demande Nono en sortant un stylo.

- Pas après cinq tournées dit le Souche, et j'm'en fous, ilaka s'ap'ler komiveu le fils à personne.

- Je r'mets la même ?

- C'est ça, dit Troudup, envoie la p'tite soeur.

Là-dessus, Achille Souche s'effondre, terrassé par une attaque de son dernier neurone sobre, en murmurant la p'tite soeur, la p'tite soeur.

Et moi, je me dis:

- Tu dois sortir du Petit Renard, tu as passé trop de temps dans ce bar, ça porte au coeur.

A moins que ce soient les effluves de pastis baraqué qui aient suffit, quoiqu'imaginaires, à me donner la face de tek (je suis un nécrivain, je ne peux pas dire gueule de bois, hips).

 

 

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