- Merdalors, qu'il dit le Troudup, caisse ki m'arrive, comment j'vais faire ?

- Non, monsieur Troudy, re répète le docteur Tayeurt, non, non, non, il n'y a pas de médicament pour ça.

- C'est un monde ça quand même ! On peut empêcher un gus de boire mais on peut pas le r'mettre d'équerre ?! 

Hélas non, la science ne peut pas redonner à Troudup le goût de l'alcool, peut-être avec le Progrès ça viendra mais ça n'est pas sûr.

Depuis que Troudup a vu l'autre côté du bar, il ne boit plus que des limonades, ça le désoblige, même Léon ne sachant quoi dire aboie n'importe quoi, à moins que ce soit Troudup qui ne le comprenne plus.

- Eh ben ma vieille, dit Nono, qu'est-ce qui t'arrive, t'as l'air en vrac. Viens donc boire ma tisane, ça va te remettre perpendiculaire au sol.

Et oui, par la vertu du tilleul, Troudup retrouve le chemin de l'ivresse, il en reprend une tasse

- Quand même, ki dit, on m'aurait dit que je deviendrai accro à l'eau chaude, j'l'aurais pas cru. D'ailleurs en fait et by the way, y a quoi dans l'tilleul ?

- Comment ça y a quoi dans l'tilleul ? Du tilleul !

- Mais ça s'rait pas le tilleul du tilleul au Souche des fois ? Le tilleul ed' l'ancien cim'tière ? 

- J'en sais rien, c'est Denise de Lhéry qui me fournit !

- Oh putain, c'est l'tilleul à Denise, oh, c'est du bon, je l'connais çui là mais je l'fumais, je l'buvais pas, oh, j'comprends, c'est du copieux !

- T'abuses un chouïlle, dit Nono,  j'ai connu une polonaise qu'en buvait tous les matins.

- Faut être au moins polak pour encaisser la dose, allez mon gars, remézymoizen une, et hop, encore un qu'les martiens n'auront pas !

- Les prussiens, corrige Nono machinalement.

- Les prussiens ! Comme si t'en avais déjà vu des prussiens! 

- Toujours autant que d'martiens.