25 mai 2010

La Patarôma

Astrid rentre de l'Heureux Marché avec ce truc, enfin, ce machin, qu'elle ne sait comment nommer à son mari le docteur.

Il a rarement vu sa femme aussi déroutée, son Astrid est une grande et grosse femme solide.

Ils regardent tous les deux la pâte informe qu'elle vient de sortir de son caddie.

- Qu'est-ce que c'est? lui demande-t-il.

Astrid sort un lot de fioles en plastiques contenant des liquides très colorés et des moules en silicone, elle les pose à côté de la masse blanchâtre et molle et lui répond:

- La promotion du jour. De la Patarôma.

- Et c'est quoi la Patarôma?  

- Chais pas. C'est nouveau.

Ils se tournent vers moi tous les deux, désemparés. Est-ce que c'est sérieux? Il va vraiment falloir qu'ils en mangent?

Bien sûr, puisqu'ils sont mes personnages.

La Patarôma est issue d'un contrat entre un pool agroalimentaire et Transmen Genetick, ils doivent le tester, Batbourg le teste.

C'est une pâte protéinée, aromatisable, colorisable avec les fioles et façonnable dans les moules en option.

Patarôma + arôme de poulet dans moule poulet = poulet rôti, grillé, bouilli, etc.

Patarôma + arôme dans moule tarte = tarte pomme, poire, fraise, poireau, saumon, etc.

Moi je trouve ça plutôt marrant, on peut mélanger les concepts, poulet rose en forme de tarte, asperges noires arôme rose d'Ispahan, mousse au chocolat parfum porc barbecue.

Mais le docteur Tayeurt et sa femme ne sont pas d'accord.

Ils tournent la tête de droite à gauche, non, non, non, et mettent la chose et ses attributs directement dans la poubelle.

Après quoi Astrid cueille au jardin quelques tomates pour une salade traditionnelle avec des œufs durs.

Dolstein note tous les éléments de la réaction des Tayeurt au Patarômea elle encode la séquence  la sauvegarde, puis elle demande:

- Dites-moi, Berman, c'est si mauvais que ça?

- Je ne sais pas.

Robert Dieu et Bruno Ragazzi non plus.

Mais est-ce que ça se mange? se demande Dolstein.



18 mai 2010

Par dessus tête

Robert Dieu

Depuis que j'habite l'Usine, dans Batbourg III, j'ai perdu de vue mes activités antérieures. Je suis un autodidacte, et un pragmatique, c'est à ce titre que je suis un des fondateurs de Transmen Genetiks. Je sens les tendances, j'ai des idées applicables immédiatement, c'est ma qualité, Berman et Dolstein y collent des théories. Le trou, c'est pas un sujet!

- Vous pouvez toujours en rire, Robert, dit Fabienne Berman, mais Le Trou est universel, dans toutes les langues, dans toutes les cultures nous retrouvons le Trou.

- Absolument, dit Paulette Dolstein, Le Trou touche à tout, du plus trivial au métaphysique, car en effet, au commencement était Le Trou.

Quand je vois ce qu'elles font avec un pauvre trou, ça m'amuse, c'est tellement simple, un trou, à quoi bon en faire une philosophie.

Est-ce que je pense à ça? Ah oui, tiens, je pense que voilà une chose qu'on ne peut pas vendre, tout le monde en a. Et puisque tout le monde en a, tout le monde a les mêmes besoins, occuper le trou, soigner le trou, décorer le trou. C'est ça, la Loi du Trou, l'offre et la demande.

J'ai vendu beaucoup de ces objets qu'on commande par correspondance et qu'on reçoit sous paquet discret.

J'ai vendu beaucoup de ces choses inutiles, de mon point de vue, mais indispensables à mes clients.

J'ai vendu aux hôpitaux des anus artificiels, ah tiens, oui, j'ai vendu des trous, ah! ah! j'ai même vendu des trous!

- Pour moi, dit Bruno Ragazzi, le banquier des Transmen, les trous ne sont pas un sujet de plaisanterie, je dois les gérer, les évaluer, les combler. Nous sommes soumis à la tyrannie des trous.

- Oui, dit Dolstein, et nous y finirons tous.

- De profundis,  conclut Dieu

Posté par Marite de Vos à 11:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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