03 juillet 2013

Du consentement à l'union

- Tiens donc, dit Troudup, caissifaitlà c't'engin ?

- Mais oui, que fait là ce cafard ? demande Léon. Il n'aime pas les insectes, dans sa vie de chien il n'en a jamais tiré que désagréments.

- Oh! Sur un autre ton s'il te plaît, petit chien ! Ce cafard comme tu dis n'est pas un "cafard", c'est mon fiancé, Franz Kafka alias Lord KK. Nous échangeons nos voeux demain, dit Lady Me, anciennement Zarbi La Mouche, encore plus anciennement baptisée avant sa naissance par Troudup:

- "Ces-saloperies-d'oeufs-de-mouche-sur-la-viande". 

Lady Me très raffinée depuis peu, porte une voilette de viande (Bidoche de chez Dior) qui donne à ses yeux aux multiples regards beaucoup de mystère. On se demande par exemple ce qu'elle peut voir à travers une masse aussi épaisse, et comment elle arriverait à voler avec, si elle essayait. Mais Lady Me est depuis son adoubement une fashion victim, alors on s'en fiche si elle peut marcher ou pas sur ses six Louboutin à talons de 12 cm.

- Quand même, dit Braise, elle m'épate cette petite chose, moi avec deux pieds je tangue...

- Si joliment ma douce, dit Dracula, si joliment...

- Ah, zinzille Lady Me, ça tombe bien, je vous cherchais Dracula. Je voudrais que vous procédiez à la cérémonie.

- Cela me semble bien rapide, très chère Lady Me, vous vous connaissez depuis une heure au plus.

- Don't worry, répond Lady Me qui a appris l'anglais en dix minutes avec une méthode incroyable dont elle ne donnera l'url à personne. Franz et moi nous sommes faits l'un pour l'autre.

Troudup, qui était en train d'imaginer quels voeux pourraient s'échanger entre les promis (ton steak pourri contre ma pêche avariée ?) est frappé par la justesse de la réponse de lady Me,

- C'est vrai ce qu'elle dit la Zinzine, une mouche et un cafard, on n'peut mieux. 

Lady Me trépigne, elle se tord une patte sur deux,

- Ce Troudup, non mais, quel gougnafier (comment ça se dit en anglais, merde!), Franz n'est pas un OK, un Ordinary Kafard, c'est un grand philosophe. Lord KK n'est pas un Kafard Simplex! ( Bon sang mais c'est bien sûr!) Il est Spleen, il est Mélancholia ! 

- Tout de même, insiste Dracula, une heure de fiançailles, c'est court.

- Une heure dix, très cher, corrige Braise, toujours sentimentale quand Dracula est si près d'elle (elle pense si prêt d'elle, elle).

- De toute façon, dit Lady Me, nous sommes des insectes, notre vie est courte et le puissant appel de la Nature riche en décibels.

- Y dit rien La Bête, dit Troudup, solidaire de la partie mâle du couple hétérosexuel, il a pas l'air d'accord.

Lady Me aurait offert à tous une magnifique crise d'hystérie, si elle en avait eu le temps, avant que Léon Chien Jaloux ne règle définitivement la question du consentement à l'union en s'asseyant lourdement sur Lord KK.

- Crouic.  fut le dernier mot du Buster Keaton d'un autre monde. Crouic, sobre et digne, mais ça sentit mauvais quand même.

Cher lecteur, don't worry toi non plus, ce n'était pas Le Franz, ce n'était pas Le Kafka, pas même le fruit d'une Métamorphose, à peine le reflet d'un avatar.

Lady Me, pas bêcheuse conclût la scène par une tournée générale:

Champagne !!!

 

 

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02 juillet 2013

Alias Zarbi

- Oui, OUI ! hurle-t-elle, OUI je veux un destin, Oui je veux exister plus fort, plus loin, je veux un destin, je veux un chemin!

- Tu vois, tu t'excites et tu tousses, tu tousses! dit Léon. Tu n'es qu'une mouche, faut pas l'oublier.

- Et pourquoi, lui répond Zarbi, pourquoi être une mouche m'empêcherait de devenir célèbre ?

- Ben, par exemple, ça vit pas longtemps les mouches.

- Ah ! Ah ! Ah! Elle rit Zarbi, un peu de travers encore et elle retousse. Léon s'en fiche, qu'elle tousse ou pas, une mouche est une mouche.

- Que tu crois, dit Zarbi, les yeux pleins de larmes.

- Te mets pas dans des états, tu vas pas pleurer ?

- Je pleure pas, c'est à cause que j'tousse. N'empêche, la mouche ne vit pas longtemps certes, mais moi, je suis une mouche personnage, rien ne peut me faire mourir jeune.

- Sauf La Taulière, dit Troudup, en général, elle est plutôt mouche-friendly mais elle est sèche des fois. Nan, moi j'dis que l'problème c'est pas d'être une mouche, même les chiures aujourd'hui, on les voit à la télé, même les cons, même les moches...

- Alors c'est quoi le problème ? demande Zarbi impatiente.

- Ben c'est ton nom ma poule, Zarbi ça l'fait pas, toutes les mouches s'appellent Zarbi. 

Il a raison, Zarbi se creuse la tête, y a pas beaucop à creuser là-dedans, c'est pas très encombré non plus, mais elle ne trouve pas, on l'a toujours appelée Zarbi.

- C'est la faute à La Taulière, elle dit, c'est elle qui m'a donné ce nom.

- Tu veux un nom? je lui dis, elle m'énerve cette minuscule, je n'avais pas prévu qu'elle se hisse jusqu'à l'Appartement. 

- Ben oui, sivouplai, un nom pour briller.

- Tu sais, Petite Mouche, la célébrité, c'est pas si facile à vivre. Je dis ça mais je n'en sais rien, j'avais envie d'être la Fée Bleue avec ce crétin de Pinnochio.

- Tant pis, dit Zarbi, courageuse, tant pis, je ferai tout, j'irai partout, je travaillerai dur, je coucherai s'il faut, avec les hommes, avec les femmes, avec les mouches, avec les chiens, avec les pastèques, avec la viande, même avariée, je m'en fous, je réussirai.

- Mais personne en veut de ton fion ! dit Troudup. Mais qu'elle est bête! Mais qu'elle est bête! Qui c'est qui veut coucher avec toi ? Y a quelqu'un qui veut coucher avec cette mouche ? Hein? 

On entend au loin un vrombissement, ou bien est-ce une rumeur ? Troudup tend l'oreille, plus rien.

- J'ai trouvé, dit La Taulière (c'est moi mais dans le brouhaha des allers retours bézillonnant de Zarbi, ce bruit de fond de la rumeur ou bien est-ce un vrombissement, j'ai presque oublié que j'étais moi-même). J'ai trouvé, à partir d'aujourd'hui  tu t'appelleras Lady Me.

- Merci, répond Lady Me, émue et chacun autour d'elle est frappé par sa transformation, c'est toujours cette mouche ambitieuse mais ce nouveau nom l'auréole d'une lumière sacrée. Ou bien, pense Troudup, c'est quelque chose que j'ai mangé.

 

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01 juillet 2013

Amibe ascendant Terrien

Astrid vient d'apprendre la découverte de deux planètes hors du système solaire. Deux planètes avec leur équivalent soleil, leur équivalent air, deux planètes où la vie humaine serait possible.

Elles sont très loin, mais elles existent. 

- Ah dis-donc, pense Léon, le chien de Troudup, ah dis-donc !

- Quoi dis-donc, répond Troudup, c'est tout ce que tu trouves à dire ? des Terres de rechange, c'est pas rien alors c'est quoi, pense-t-il en sourdine, mais Léon entend quand même.

- C'est pas rien mais c'est quoi ? Je préfère dis-donc dis-donc, aboie Léon, vexé.

- Dis-moi Astrid, dit Troudup à l'astrologue officielle de Batbourg, ça veut dire que si un jour y a des bonhommes là-bas, on aura des nouveaux signes astrologiques ? Genre Cafard ascendant Terre ou Amibe ascendant Mercure ?

A ces mots, un petit coeur se met à battre très fort là-haut. Les six pattes ventousées au plafond, Zarbi La Mouche a la prescience de son avenir.

- Si un cafard peut avoir un destin, si une amibe peut coiffer un bonhomme, alors moi ? Moi ? MOI ?

Astrid est sidérée, ces deux planètes ouvrent un horizon inversé, un champ illimité dont elle ne peut même pas embrasser le concept.

- Si tu peux pas l'embrasser, dit Troudup, mets-y les mains.

 

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30 juin 2013

Une oeuvre

- Ouais, ouais, ouais, marmonne Fabienne Berman.

Elle suit la procédure sur l'écran, elle a fait le tour des sites de couture et elle a élu celui-là, Thread & Neadle.

Elle est couturo-analphabète, illettrée en tout ouvrage domestique.

Je ne sais pas faire grand-chose de mes mains, pense-t-elle, prendre, jeter, frapper... Une pensée intérieure vite refoulée a à peine le temps de ne pas émerger, caresser... Heureusement que je n'écris pas avec mes pieds.

Elle a dû choisir entre la méthode française, épingler le patron sur le tissu et l'américaine (oh oui elle préfère les américaines), poser des poids. Mais j'ai pas de poids ! Elle a posé des bouquins sur le patron péniblement découpé de Laurel, Colette Pattern's, version top. 

anaïs tout

- Voilà une oeuvre vraiment utile, se dit Fabienne. Je l'ai lue, relue, et maintenant elle intervient directement dans ma vraie vie, exactement comme Nin a vécu, écrit, réécrit, entre Nin et moi, c'est pas la couture c'est la vie.

anaïs J3

- Bon, alors, je coupe ? lance-t-elle pour les trois experts qui observent le déroulement de l'expérience sur leurs écrans.

Si elle coupe dans le tissu que maintient Anaïs, c'est l'irrémédiable, il faudra vivre avec le dépeçage. Fabienne se dit que c'est Anaïs Nin qui a commencé, découpé sa vie dans ses cahiers. Saura-t-elle saura recoudre les morceaux ?

- Alors, ça vient, dit Paulette Dosltein dans le casque.

- Franchement, j'aurais mieux fait de poser les deux tomes du Deuxième Sexe sur les patrons, c'est plus lourd qu'Anaïs Nin.

- Tiens, dit Dieu, Robert, pas l'Autre, Beauvoir, Beau Voir, est-ce que ça ferait un nom de produit ?

- Je préfère Anaïs, dit Bruno Ragazzi, c'est féminin.

- Justement, dit Dolstein, il faut du plurisexuel, de l'universel. On devrait peut-être se concentrer sur le marché des poids ménager, pour les patrons, pour les balances, pour la musculation, pour l'autodéfense.

- Alors, lance Fabienne Berman, je peux laisser tomber ?

- C'est dommage, pense Dieu (l'Autre).

 

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25 juin 2013

Ich bin die fesche Zigmund

- Ach, dit l'esprit, où suis-je ? Mais d'abord, qui suis-je ?

- Bonjour, Maître, dit Fabienne Berman, éblouie et émue. Astrid n'est pas peu surprise (elle l'est beaucoup, elle l'est très) de voir Fabienne Berman devenue comme une petite fille devant... devant, disons, une grosse glace à la vanille, avec des petits morceaux de meringue et de caramel salé dedans.

Elle jette un mauvais regard, je dois proposer autre chose, pense Astrid,on dirait qu'elle n'aime pas le caramel.

- Mais non, pauvre chose humide, je me fiche bien de vos comparaisons culminaires (comment ne pas garder ce beau lapsus ?) ! Comment ne pas être émue face à l'esprit du Maître ?

La question qui lui vient, prudente, Astrid ne la pose pas (Pourquoi humide ?), elle pose la suivante:

- Mais qui est cet esprit, Fabienne ?

- De quoi cet esprit est-il le nom veux-tu dire, chose sèche !

- Ah ben ça alors, Lacan ? C'est lui ? C'est Lui ! C'est Lacan!

- Mais non, pauvre chose moite, c'est l'esprit de Freud que tu vois là !

Mais je ne vois rien, et pourtant je devrais, je pourrais même être la seule à le voir, cet esprit, car je suis Astrid l'Astrologue, Astrid Tayeurt, femme de médecin.

Astrid reçoit sur RV

 mardi, jeudi, samedi,

de 22 h à 3 heures du matin

et tous les jours sur internet.

Dracula rend hommage à l'esprit nouveau qui vient de pénétrer dans l'Appartement. Il lui offre Troudup, droit venu, si on peut dire, du comptoir du Petit Renard. Troudup en grande forme reconnait instantanément l'esprit et même il le reconnait très bien:

- Ah te voilà ma poule ! Te voilà mon coquin! et se tournant vers la cantonnade, assemblée là par le frisson de l'inconnu, il fait la présentation:

- Salut les Gens, let me introdiousse Zigmund! alias La Grande Freudaine, dit aussi après trois heures du matin: ZigZig La Grande Folle de Vienne ou encore Le Petit 19 de la Berggasse.

Et à la grande joie de tous, l'esprit répond, en allemand,

- Ach Troudup, du bist hier! Ich bin so... Ich bin zehr zehr kontent de te hier et nunc trouver !

Et Troudup d'entonner cette chanson que l'Esprit (à ce stade où tout le monde a compris de Qui il s'agit la majuscule s'impose) reprend avec lui sur un air de l'Ange Bleu:

Ich bin die fesche Zigmund, der Liebling der Saison!
Ich hab' ein Choli Diwan zu Haus' in mein' Salon
Ich bin die fesche Zigmund, mich liebt ein jeder Mann
doch an mein Choli Diwan, da laß ich keinen ruhe!

                     

 

La psychanalyse n'est pas exactement cette science que d'aucuns imaginent ésotérique et frigide, que non, queue non, la psychanalyse, c'est la vraie vie mais c'est l'autre aussi.

 

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21 juin 2013

Pas d'excuse.

En Vérité je vous le dis, le temps passe et nous le regardons sans rien voir.

Elastique est le temps et il est plastique aussi.

En langue vulgaire, voici : je reviens, comme si un seul jour s'était écoulé, sans rien à redire ni à rattraper.

Et en effet un seul jour car dans L'Appartement le Temps souffle lent et court, et parfois il s'enroule en lourde pelote et se déspirale en un instant Dzouinggg, dzouinggg... and so on, et parfois il attend, impavide, que Quelque chose arrive. Ce Quelque chose qui un jour créa Quelqu'un qu'on attendit longtemps, longtemps, et peut-être toujours.

Et bien voilà, messieurs dames, jeunes gens, oiseaux hurleurs, vers silencieux, habitants de la terre, objets rampants identifiés ou pas, les animés comme les éteints, voilà, je suis revenue et je vais revenir encore.

- Ah tiens ! soupire Troudup, et ce soupir de Troudup s'étendit très loin, il était plus qu'urgent qu'elle se repointe La Taulière, parce que n'est-ce pas, il fait soif par chez nous, et c'est pas l'eau qu'Il nous fout sur la gueule qui peut soulager La Soif.

- Si ça se trouve, dit Nono du Petit Renard, si ça se trouve elle a eu peur qu'on l'accuse de sous-louer L'Appartement.

- Comme à Frigide Barjot on l'a reproché, enchaîne Fabienne Berman.

- Mais  oui, dit Astrid en observant les étoiles de l'oeil qui ne parle pas, mais oui, elle a pu craindre, à la vue de Mars empalant La Grande Ourse, que Les Autorités lui retire la jouissance...

- ...de L'Appartement, de L'Appartement, dît Dolstein.

Dostein, sybilline comme à son habitude, laisse toutefois percer, oh! discrètement, une joie intense que seuls peuvent percevoir Ceux-qui-entendent-sa-voix, c'est-à-dire Ceux-de-L'Appartement.

Du son de sa voix jaillit le bonheur de retrouver place dans le monde de tous, chez les Vivants, chez les Réels. La joie de quitter l'ombre froide et la solitude du personnage oublié de son Auteur pour la chaleur vibrante des chairs palpitantes.

Et je vous le dis aussi, Moi La taulière, La Patronne, Celle Qui Qui, enfin moi quoi, j'en pense autant.

 

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02 avril 2013

Call me Gal

Mon nom est Galeh.

Ne croyez pas à ce que vous voyez, l’essentiel se cache, visible par d’autres yeux.

Vous voyez un pied de veau, un broutard, un de ces veaux qui ont goûté la liberté du pré où l’herbe est là pour eux. Ils n’en profiteront pas longtemps, leur sort est réglé par ceux qui les parqueront comme des poules en batterie dans un lieu sinistre où ils les gaveront de comestibles relatifs, comme des granulés composites, comme des herbes médicamentées, comme des capsules et poudres à grossir, comme des chimies modifiées, stabilisées le temps de les faire pousser, pas plus.

Mais enfin, moi, ce pied, je suis né d’un veau qui a connu le ciel, l’herbe, et sa mère un peu. 

Voilà pour ce que vous pouvez voir au premier regard.

veau bassine

Le pied dans la bassine.

Pour ceux dont le troisième œil est ouvert, pour ceux dont le cerveau décrypte les informations qu’il lui envoie, voici :

Je suis le Galeh, prononcez le h comme un rrr rauque, venu du fond de la gorge, le rrr de halva, le rrr de houmous, ce rrh qui voyage dans tant de pays qu’on ne sait l’écrire que par le dessin des lettres, kh , rrh, jh, ou ‘.

Galeh je suis dans mon essence mais il faut la distiller, je dois me muer en autre forme, en autre fond, toujours moi transmuté. La procédure est précise et le rituel antique.

M’isoler du veau, me dépouiller des peaux, me dépouiller des poils, m’ébouillanter, me couper en deux.

Me plonger dans une large casserole, me couvrir d’eau, ajouter un oignon, du laurier, du sel,

veau laurier

mettez au feu et attendez longtemps, longtemps, longtemps.

1 bouillon casserole

Le pied dans la casserole

Vient le moment où je suis presque moi-même, tendre, fondant, enlevez les os, ils se détachent volontiers, passez la chair au moulin à légumes, disposez-là au fond d’un plat aux bords de 7 centimètres au moins, pressez sur elle une gousse d’ail ou deux, versez doucement le bouillon filtré, posez le laurier, laissez refroidir puis mettez au réfrigérateur 12 heures au moins.

2 galeh dans le plat

Le pied dans le plat

Alors, avec un filet de citron ou de vinaigre, quelques tranches de gros cornichons aigre-doux vous mangerez la ferme gelée que je suis devenu, vous mangerez qui je suis, le messager, le transmetteur, l’entremetteur, Galeh.

3 galeh final

Gal en smoking

Alors vous entendrez par la voie du ventre, vous verrez par les yeux du goût, vous sentirez par l’intérieur du corps, estomac, foie, intestins et parois connexes, l’odeur, le rythme de la chair des ancêtres, les vôtres directs, ou les vôtres indirects, les aïeux des autres, vos poumons s’empliront de l’air d’autrefois, vous sentirez le sel de leurs vies, d’il y a quatre-vingts ans, cent ans, cent cinquante, deux cents, quatre cents ans et ainsi jusqu’à la naissance du premier veau, des premiers hommes qui ont eu faim.

Voilà qui je suis, Galeh, sacrifice bovin, dieu des petits, dieu de l’estomac, dieu des hommes qui n’ont pas assez dans leur assiette, le dieu du plus intime.

Ils sont peu, ceux qui honorent le Galeh, les autres disent que pour en manger il faut avoir faim.

Oui. Ils n’ont plus tous faim aujourd’hui, mais je porte ce message, je suis le lien, mon sacrifice n’est pas vain.

 Je suis plus âpre que le médaillon de veau, moins souple que la côte et tant moins sophistiqué que le ris, le filet, la longe et même la noix, mais moi je parle, my name is Galeh.

 - Tu causes, tu causes, dit Troudup, mais j'ai encore rien goûté moi.

- Ne vous jetez pas dessus lui dit Dolstein, c'est spécial.

- Oh oui, oh oui, ohhh ouiiii chante Braise sur le mode blues, il faut être tombé dedans tout petit. Moi j't'adôre, Gal !

La Taulière ne dit rien, comme d'hab', elle profite de son soi-disant anonymat pour faire ses plats en douce. Et après, elle les mange.

 

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05 janvier 2013

Blug ! Hirk ! Kataka !

- Blug !!! Hirk !! Kataka!!

C'est Elle, aucun doute: Anna-Magna Kyjouh, née Kyboujh, et elle est une Kyboujh et elle est une Kyjouh.

Qu'elle ait besoin de quelques ajustements ne fait aucun doute, c'est la première fois qu'elle vient sur la toile autrement qu'en pantin. Elle n'a jamais joué son rôle que sur une page blanche, sur une toile blanche, cousue de fil blanc, ça fait trop de blancs tout ça.

Elle n'a jamais parlé.

M'en fous pense Anna-Magna dans son soi tout neuf, m'en fous, je parlerai, je hurlerai, je chanterai, je dirai les mots, je les danserai. Ils viendront seuls, ils se mettront en ordre, au garde à vous, ils seront miens, tout seuls ils feront leur voie, ils jailliront de mon corps sans frein.

- Car, dit-elle en majesté, je suis Anna-Magna, la force, la vitalité, Komédiante !!! Et BLUG, HIRK et TAKATAKATAKATA !!!

Sur ces mots électriques, par ses voies numériques, elle enfourche son Takata et vole en riant dans tout l'Appartement, mi Clochette, mi Carabosse, mi Elle, il faut trois moitiés pour faire une seule Anna-Magna:

Car en Vérité, La Voici , La Grande :

 

Anna-Magna Kyboujh

- ANNA-MAGNA L'UNIK -

LUNIK A  NAMAGNA !

 

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02 janvier 2013

Actualité

- Faudrait s'inscrire dans l'Histoire.

- Inscrire quoi ? Dans qui ? Où ?

- L'Appartement, là, faudrait qu'il entre dans la Modernité.

- Pour quoi faire ?

- Ben, Fabienne Berman hésite un peu, elle vient de réaliser que c'est La Taulière en personne qui lui répond, pas plus conciliante que d'habitude. Je voudrais que l'Appartement soit référencé dans les panels 2013.

- Qu'est-ce que c'est que ça ?

- Un outil que je viens d'inventer, pour consolider par une crédibilisation Scientifique les résultats de l'enquête que je vais lancer tout à l'heure. Fondée sur une question très importante: une étude sur la résolution des conflits sociaux.

- Pas moins que Scientifique! dit Paulette Dolstein, impressionnant...

Fabienne se sent mal, euh, c'est-à-dire qu'euh...

- C'est-à-dire qu'elle s'emmerde dit Troudup, et quand ça s'emmerde la Fabienne,  ça dit des conneries, pis ça en fait.

- Donc ? continue-je en tant que moi-La-Patronne.

- Voilà! C'est ça, là, c'est ça, ouais ! Faudrait voir à voir et à savoir reprend Fabienne, très remontée. Je vais faire un sondage, une enquête, des statistiques pour choisir enfin entre La Patronne et La Taulière: 2013 sera l'année de la non confusion.

- Non confusion, mais que dit-elle ! Non confusion, quelle pauvre nouille que cette Fabienne, dit Dracula d'habitude plus inventif. Il est avachi sur le canapé couleur Chartreuse, nouvellement arrivé dans l'Appartement.

Il est fatigué comme on dit à Rennes les lendemains de nuit blanche, si fatigué qu'il s'endort en parlant et si Braise ne le protégeait pas avec une couverture, il fondrait aux pâles rayons du jour comme une sorcière de Walt Disney.

- J'ai besoin de dossiers, faut que je fasse des plans, répond Fabienne, pour piloter des projets. Faut bien que je m'occupe ?

- Rebois un coup, plutôt ! dit Troudup et c'est méritoire de bouger encore car bien qu'on soit le 2 janvier il est resté dans la nuit du 31. Mais épuisé par ce dernier effort, il s'évanouit sur Dracula.

Fabienne est déçue, elle croyait trouver un espace vide pour écrire tranquillement sa petite histoire et non, il y a toujours quelqu'un ici. On a beau montrer page blanche, elle est toujours déjà habitée. 

Elle est déçue Fabienne mais elle est un peu fatiguée aussi, elle va s'échouer en vrac dans le grand canapé Chartreuse.

- Je sais ! Je vais lancer une campagne de recensement dit Fabienne emparée par un petit néant tout frais.

- Ah quand même, dit Le Recenseur, ça fait au moins deux ans que je tourne, il était temps qu'une équipe se forme.

 

 

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29 décembre 2012

Quoi ? Hein ?

- Y a quelqu'un ?

- Y a personne ?

- C'est qui ? Hein ?

Bizarre, se dit le Passant, on dirait qu'il n'y a personne, moi, je dirais y a personne, et pourtant, ça ne sent pas le vide, ça ne sonne pas le creux et je jurerais voir quelqu'un là, en face.

- Eh ben oui, eh Crétin, c'est toi que tu vois ! C'est toi dans le reflet de l'écran, ah la truffe, non mais j'te jure, y en a des copieux !

- Bonjour, dit le Passant, bonjour monsieur Troudup.

Et Troudup en reste coi, qui est ce type sorti de nulle part et qui connait son nom ?

- Qu'est-ce que se passe-t-il ? se demande Troudup dans cet espace très large, très large de son cerveau, son for intérieur qui lui offre une vaste étendue de vide où pourtant il ne se sent jamais seul, lui non plus.

- Ah! J'éclate, dit Troudup, c'est ça, j'm'y sens pas seul parce que j'y suis plusieurs! Le Passant c'est moi ?!

J'avais oublié, moi, que mes personnages perçoivent dans le même temps que moi ce que je pense.

- Vous avez raison Troudup, le Passant, c'est un vous.

- C'est un moi ?! Bonjour moi, dit Troudup au Passant. Comment tu vas mon pote ?

- Ben ça va mieux se répond le Passant tout en se fondant en Troudup, je ne savais pas qui j'étais.

- Et moi donc, réponds Troudup, depuis l'temps que la Patronne nous a laissé tomber, chavais pu qui j'étais moi non plus. A force de pas exister on perd substance.

- Nous en sommes tous là, réponds-je à Troudup, être ou ne pas être. 

- Pas besoin de Shakespeare, dit Paulette Dosltein, soyons ce que nous sommes au moment où nous sommes, ce sera suffisant.

- Ah merde et pute, la v'là qui refout tout en l'air, j'avais presque été là et j'm'y r'trouve plus!

- Vous êtes là, Troudup, pas de doute. Je vous vois, vous m'entendez, non ?

- Ben oui, c'te question. Ah oui, ça y est, la Patronne est de retour! Quand le chat n'est pas là les souris dansent, mais sans Taulière, on a plus assez de vie pour exister.

- Bienvenue, dit Braise.

- Il était plus que temps,  ajoute Marianne, j'étais presque effacée.

- Et ce n'est pas peu dire, approuvent Berman et Ragazzi.

Oui, oui, oui, ils bruissent, soupirent et se réjouissent, ils accourent, tous: les Fred, la Suzanne, le père Phouettard, Corinne, Dracula, les Souche, Tristan, Gorgiette, Ünternix, Droopy, et  le Bougnat pas encore investi, ils affluent pour m'enlacer, me féliciter, m'encourager à exister pour qu'ils retrouvent une place dans le monde. Il vient même des inattendus, qui n'habitent pas l'Appartement, j'aperçois Sarah, j'aperçois le père de François et d'autres que je ne reconnais pas. le monde revient.

- Ouvrez la fenêtre ! Ouvrez la porte ! Ouvrez quelque chose, qu'on puisse respirer !

- OK :

"    

 

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